Vincent de Paul, Lettre 0002. A Monsieur de Comet

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Vincent de PaulLeave a Comment

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Author: Vincent de Paul .
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Monsieur,

Je vous ai écrit deux fois par l’ordinaire d’Espagne, qui passe à Paris et à Bayonne, et adressé mes lettres chez Monsieur de la Lande1 pour les faire tenir à Monsieur le procureur du roi, que je me ressouviens être parents, et ne savoir cui altati vovere vota mea pour avoir de vos nouvelles, quand Dieu, qui, etiemsi differat, non aufert tamen spei effectus, m’a fait rencontrer ce vénérable Père religieux sur son embarquement, par le moyen duquel j’espère jouir du bien duquel la perfidie de ceux à qui l’on fie les lettres m’avait privé.

Ce bien n’est autre chose, Monsieur, qu’une assurance nouvelle de votre bon portement et de celui de toute votre famille, que je prie le Seigneur féliciter du comble de ses grâces. Je vous rendais grâces par mes précédentes du soin paternel qu’il vous plaît avoir de moi et de mes affaires, et priais mon Dieu, comme je fais encore et ferai toute ma vie, me vouloir faire la grâce de me donner le moyen de m’en revancher par mon service, que vous vous êtes hypothéqué au prix de tout le bien qu’un père peut faire à son fils propre.

Je suis extrêmement marri que je ne vous puisse écrire que2 trop sommairement l’état de mes affaires pour le hâté départ des mariniers peu courtois avec lesquels ce vénérable Père s’en va, non à Dax, à ce qu’il m’a dit, mais bien en Béarn, où il m’a dit que le Révérend Père Antoine Pontanus, qui a toujours été de mes bons amis, prêche, auquel, comme à celui duquel j’espère un bon office, j’adresse mes lettres, le prie vous vouloir faire tenir la présente, et de me renvoyer, s’il a commodité, comme ce Père m’a dit qu’il aurait, la réponse que j’espère qu’il vous plaira me faire.

Mon état est donc tel, en un mot, que je suis en cette ville de Rome, où je continue mes études, entretenu par Monseigneur le vice-légat qui était d’Avignon3 qui me fait l’honneur de m’aimer et de désirer mon avancement, pour lui avoir montré force belles choses curieuses que j’appris pendant mon esclavage de ce vieillard turc à qui je vous ai écrit que je fus vendu, du nombre desquelles curiosités est le commencement, non la totale perfection, du miroir d’Archimède ; un ressort artificiel pour faire parler une tête de mort, de laquelle ce misérable se servait pour séduire le peuple, leur disant que son dieu Mahomet lui faisait entendre sa volonté par cette tête, et mille autres belles choses géométriques, que j’appris de lui, desquelles mondit seigneur est si jaloux qu’il ne veut pas même que j’accoste personne, de peur qu’il a que je l’enseigne, désirant avoir, lui seul, la réputation de savoir ces choses, lesquelles il se plaît de faire voir quelquefois à Sa Sainteté4 et aux cardinaux. Cette sienne affection et bienveillance donc me fait promettre, comme il me l’a promis aussi, le moyen de faire une retirade honorable, me faisant avoir, à ces fins, quelque honnête bénéfice en France ; à quoi m’est nécessaire extrêmement une copie de mes lettres d’ordres, signée et scellée de Monseigneur de Dax5, avec un témoignage de mondit seigneur, qu’il pourrait retirer par une enquête sommaire de quelques-uns de nos amis, comme l’on m’a toujours reconnu vivant en homme de bien, avec toutes les autres petites solennités à ce requises. C’est ce que mondit seigneur m’exhorte tous les jours de retirer. C’est pourquoi, Monsieur, je vous supplie très humblement me vouloir faire encore ce bien de vouloir relever une autre cédule de mes lettres et de tenir la main à me faire obtenir de mondit seigneur de Dax cet attestatoire, en la forme que dessus, et de me l’envoyer par la voie dudit Révérend Père Pontanus. Je vous aurais envoyé de l’argent à ces fins, n’était que je crains que l’argent ne fasse perdre la lettre. Voilà pourquoi je vous prie faire, avec ma mère6, qu’elle fournisse ce qu’il faudra. Je présuppose qu’il y faudra 3 ou 4 écus. J’en ai baillé deux, comme par aumône sans reproche à ce religieux, qui me promit de les rendre audit Père Antoine7 pour les envoyer à cet effet. Si cela est, je vous prie les prendre ; sinon, je vous promets vous renvoyer ce qu’on aura fourni pendant quatre ou cinq mois, par lettre d’échange avec ce que je dois à Toulouse ; car je suis résolu de m’acquitter, puisqu’il a plu à Dieu m’en donner le juste moyen. J’écris à Monsieur Dusin, mon oncle8, et le prie de me vouloir assister en cet affaire. Je reçus, par celui qui vous alla trouver de ma part, les lettres de bachelier qu’il vous plut m’envoyer, avec une copie de mes lettres, que l’on a jugée invalide, pour n’avoir été autorisée par le seing et apposition du scel de mondit seigneur de Dax. Il n’y a rien de nouveau que je vous puisse écrire, fors la conversion de trois familles tartares, qui se sont venues christianiser en cette ville, que Sa Sainteté reçut la larme à l’oeil, et la catholisation d’un évêque ambassadeur pour les Grecs schismatiques. La hâte me fait conclure la présente, mal empatouillée en cet endroit, avec humble prière que je vous fais d’excuser ma trop grande importunité et de croire que je hâterai mon retour le plus qu’il me sera possible pour m’aller acquitter du service que je vous dois ; ce qu’attendant, je demeurerai, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

De Rome, ce 28 février 1608.

DEPAUL.

Suscription. A Monsieur Monsieur de Comet, avocat à la Cour présidiale de Dax, à Dax.

 

  1. Très probablement Bertrand de Lalande, conseiller du roi et lieutenant général du présidial de Dax, qui, par son mariage avec Jeanne de Parage, dame d’Escanebaque, est devenu la tige des de la Lalande, seigneurs d’Escanebaque à Sabres (Landes).
  2. Ce mot est répété dans l’original.
  3. Pierre-François de Montorio.
  4. Paul V.
  5. La copie envoyée au saint sur sa demande commençait ainsi : Extrait du quatrième registre des insinuations ecclésiastiques du diocèse d’Acqs ; puis venait le texte des lettres d’ordination, et à la suite : «L’an mil six cent quatre et le vingtième jour du présent mois d’octobre, toutes les susdites lettres d’ordre de prêtrise ont été insinuées et enregistrées au quatrième registre des Insinuations ecclésiastiques du diocèse d’Acqs, ce requérant ledit Vincent de Paul y nommé. Et le quinzième du présent mois de mai mil six cent huit, le tout a été bien et dûment extrait, vidimé et collationné dudit quatrième registre des Insinuations, ce requérant [la place réservée au nom est restée en blanc] son frère, au nom et comme ayant charge dudit Vincent de Paul, pour lui servir ce que de raison. Fait à d’Acqs ledit jour et an que dessus par moi. De Luc, greffier.» L’attestation de Jean-Jacques Dusault, évêque de Dax, terminait le tout. «Joannes-Jacobus Dusault, Dei et Sanctae Sedis Apostolicae gracia Aquensis episcopus, omnibus praesentes litteras inspecturis salutem in Domino. notum facimus et attestamur quod praedicte litterae omnium ordinum et dimissoriae magistri Vincentii Pauli, noslrae dioecesis presbyteri, suprascriptae et in registro insinuationum ecclesiasticarum dictae nostrae diocesis ex vero originali insinuatae, exinde extractae fuerunt prou tenore praesentium attestamur ; in cujus rei fldem dictas litteras eertificatorias signo et sigillo nostris signoque secretarii nostri jussimus communiri. Datum Aquis, die die-decima-septima mensis maii, anno Domini millesimo sexcentesimo octavo. J.J. Dusault, episcopus Aquensis. De mandato praefati Domini mei Reverendissimi episcopi, Duclos, secretarius.» (Arch. des prêtres de la Mission, copie du XVIII° siècle.)
  6. Vincent de Paul avait perdu son père en 1598. (Abelly, op cit., t. I, chap. III, p. 12.)
  7. Antoine Pontanus.
  8. Probablement Dominique Dusin, qui était curé de Pouy ou le devint dans la suite. (Collet, op. cit., t. I, p. 109.)

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