L’art chrétien est l’art de la charité, puisque la charité est son principe et sa fin. Une œuvre d’art est un acte de l’intelligence et de la volonté. L’intelligence conçoit un idéal que la volonté aime et veut manifester ; c’est ainsi que l’homme devient artiste. Son art dépend de l’idéal qu’il a choisi et du motif qui le détermine à l’exprimer.
L’idéal est la forme que l’esprit donne à une chose et qu’il cherche à rendre visible par les moyens de l’art. Cet idéal varie selon la science et le talent de chacun ; c’est une lumière intérieure que l’étude développe et que la vertu augmente, mais que les passions peuvent obscurcir. Sa perfection est d’être l’image, le reflet de l’idéal divin, c’est-à-dire du vrai, du beau et du bien que le Créateur a mis en toute chose. L’idéal a Dieu pour principe, et par conséquent tout art véritable doit être religieux.
Les arts anciens étaient religieux, mais leur idéal était incomplet. Ils le recevaient d’une tradition affaiblie par le temps et l’erreur. La Cause première leur apparaissait à travers les phénomènes de la nature, et ils en connaissaient mal la vérité, la beauté et surtout la bonté. Les artistes grecs recherchèrent l’idéal et l’exprimèrent par des chefs-d’œuvre. Ils symbolisèrent sous des formes humaines quelques attributs divins et personnifièrent la puissance, la sagesse du Créateur, et les beautés de l’ordre matériel, intellectuel et moral ; mais la lumière qui les éclairait était insuffisante, et au lieu d’élever leur idéal vers son principe, ils l’abaissèrent bientôt vers les choses de la terre et les plaisirs des sens.
Les artistes chrétiens ont un idéal supérieur que leur montre la lumière surnaturelle de la foi. Ils cherchent le vrai, le beau et le bien en Dieu même, et ils surpassent ainsi les anciens par leur idéal, comme par le motif qui les détermine à le manifester. L’art chez les Grecs était une jouissance intellectuelle, et s’ils voulaient rendre visible l’idéal qu’ils avaient conçu, c’était pour en jouir davantage et le faire admirer. Leur œuvre n’était pas un acte religieux, un sentiment de piété qu’ils voulaient communiquer ; ils cherchaient leur gloire plus que celle de leurs dieux ; leur art avait un but personnel, intéressé. Il n’en est pas de même pour le véritable artiste chrétien. S’il veut exprimer son idéal, c’est que Dieu en est le principe et la fin ; c’est qu’il aime cet idéal, et que le bonheur qu’il trouve dans cet amour il désire le communiquer. Il est artiste parce qu’il aime Dieu et qu’il veut le faire aimer. Son art est l’art de la charité ; son art est semblable à l’art de Dieu ; car il a le même idéal et le même motif de le manifester.
Dieu est l’artiste parfait ; il a un idéal qu’il conçoit et qu’il engendre éternellement, idéal infini qui est son Verbe, son Fils : « la splendeur de sa gloire, la forme de sa substance » ; idéal dans lequel il se contemple et que rien ne saurait augmenter, car en lui se trouve l’idéal de tous les êtres.
Le principe aime son idéal, comme l’idéal aime son principe, et cet amour mutuel est l’Esprit qui les unit dans une éternelle félicité. L’amour du Père et du Fils est la source de leur volonté, et par conséquent l’inspiration, le motif de l’art divin. Ce bonheur qui procède de la connaissance et de l’amour, Dieu veut le communiquer à d’autres êtres, et il ne peut le faire qu’en leur communiquant sa ressemblance. Il a créé des êtres intelligents et libres, des anges et des hommes auxquels il manifeste sa vérité, sa beauté, sa bonté, afin qu’ils puissent être heureux en le connaissant et l’aimant, comme il se connaît et s’aime lui-même.
Dans son art extérieur, Dieu est tout charité, Deus charitas est. La charité est le nom de l’amour divin, amour parfait et désintéressé, car l’hommage de toutes les créatures ne peut rien ajouter au bonheur infini du Créateur. L’Artiste suprême veut leur communiquer son idéal, qui est sa science et son amour, et il le fait par trois moyens, la Création, l’Incarnation et la Rédemption.
La Création commence la manifestation de l’idéal divin. L’être sort du néant pour affirmer sa vérité, sa beauté, sa bonté. L’homme porte déjà la ressemblance divine, celle du Père par la vie, celle du Fils par l’intelligence, celle du Saint-Esprit par la volonté ; mais ce n’est qu’une préparation, une ébauche. L’idéal lui-même se rend visible par l’Incarnation ; il devient semblable à nous pour que nous devenions plus facilement semblables à lui, pour que nous puissions suivre sa voie, posséder sa vérité et imiter sa vie. Et comme l’abus de notre libre arbitre a déformé en nous son image, il ajoute à l’Incarnation la Rédemption, qui est la révélation suprême de sa bonté. Lorsqu’il nous eut aimés ainsi jusqu’à la fin et que tout fut consommé, il nous envoya son Esprit pour terminer l’œuvre de sa ressemblance. Ce que l’amour a commencé, l’amour l’achève. L’Esprit-Saint a fait notre ressemblance naturelle en fécondant les eaux de la création ; il inaugure notre ressemblance surnaturelle en vivifiant les eaux du baptême. Et de même qu’il forma le corps du Christ dans le sein de la Vierge immaculée, il fixera son empreinte et perfectionnera son image dans nos âmes ; il sera l’Esprit sanctificateur.
La sainteté est la vraie ressemblance divine, le chef-d’œuvre de la charité. Le trois fois Saint donne aux saints sa science et son amour. Il réalise en eux son idéal et les admet à son unité. Les saints sont d’autres Christs, ayant la même vie, la même lumière, la même volonté. Comment n’aimeraient-ils pas les hommes que le Christ a tant aimés ? Non seulement ils conçoivent en eux l’idéal divin, mais ils veulent le manifester, le communiquer. Ils deviennent ainsi les apôtres de la vérité, les artistes de la charité ; ils perpétuent le Christ par leurs exemples, leur enseignement et leurs œuvres. Ils éclairent toutes les ignorances, soulagent toutes les misères, et savent se sacrifier, comme leur Maître, pour le salut et le bonheur de ceux qu’ils aiment.
Les artistes chrétiens ne doivent pas avoir un autre idéal que les saints, ni un autre motif de l’exprimer. Leur art doit être aussi l’art de la charité, l’art du Christ connu, aimé, manifesté. Quels que soient les moyens qu’ils ont choisis, orateurs, poètes, écrivains, architectes, sculpteurs ou peintres, ils doivent s’efforcer de rendre l’idéal visible, en Notre-Seigneur et dans les Saints qu’il a formés à son image, dans la Vierge Marie surtout, son miroir le plus pur, le plus fidèle. Telle est la mission de l’art chrétien dans l’Église ; il y a divinement germé, comme un ornement près de l’autel ; il a traduit les pages des Saintes Écritures, il a fleuri sur les marges des manuscrits, pour servir et glorifier en tout et en tous l’idéal divin.
Saint Vincent de Paul a été dans les temps modernes une des plus admirables images de Jésus-Christ ; n’est-il pas juste que l’art se plaise à l’honorer ? Ses œuvres sont encore vivantes parmi nous et il a été facile de recueillir ses souvenirs, conservés par une piété reconnaissante. Ce qu’on désire d’abord en lisant la vie d’un saint, c’est d’en avoir un portrait fidèle ; et si la peinture n’en a pas laissé, l’imagination cherche à y suppléer, en se créant un idéal qui en représente la sainteté. Les traits qu’elle lui prête s’éloignent souvent de la réalité. La grâce qui élève la nature ne la détruit pas, et les saints transfigurés dans le ciel y garderont leur ressemblance. Nous n’avons pas à composer le portrait de saint Vincent de Paul ; il en existe plusieurs qui ont été faits pendant sa vie. La difficulté est de choisir celui qui répond le mieux à l’idéal que nous pouvons nous en former. La figure de saint Vincent de Paul n’avait rien de remarquable, elle rappelait son humble origine, mais elle était belle par l’intelligence et les vertus qui s’y rendaient visibles.
Le portrait préférable à tous les autres sous ce rapport est celui que fit, d’après nature, Simon François, peintre tourangeau, et que grava Van Schuppen en 1665. Il a été souvent reproduit par les disciples de saint Vincent de Paul, qui l’estimaient par conséquent le plus ressemblant, et c’est celui que l’iconographie chrétienne doit adopter. On est trop porté à ne voir dans saint Vincent de Paul que le modèle de la charité ; il faut savoir distinguer, à travers les voiles de son humilité, les autres dons qu’il avait reçus de Dieu, l’étendue de son génie, la sûreté de sa doctrine, la clarté de son bon sens, la lumière de ses conseils, la science de sa direction, la grâce de son esprit, la douceur de son caractère. Tous ces mérites se lisent dans le portrait de Simon François, dans la vivacité de ce regard et la finesse de cette bouche d’où vont sortir des paroles saintes et persuasives. Saint Vincent de Paul était alors dans la maturité de sa vie. Ce portrait, du reste, ressemble beaucoup à celui que peignit Philippe de Champagne et à celui qui a été gravé par le célèbre Édelinck.
Un autre portrait nous le représente plus âgé, plus près d’aller recevoir au ciel sa récompense. C’est une aquarelle, exécutée sans doute à l’époque de la canonisation, d’après une peinture faite peu de temps avant sa mort. Dans la partie supérieure du motif qui encadre la figure est ménagée une ouverture qui laisse paraître un cœur, tracé sur parchemin. Derrière ce parchemin est écrit cet authentique :
Ego infrascriptus sacerdos congregationis Missionis et præfectus ecclesiæ domus Sancti Lazari Parisiensis, testor et fidem facio cor retro depictum sanguine ex præcordiis sancti Vincentii a Paulo esse intinctum. (Daudet).
Je soussigné, prêtre de la congrégation de la Mission et préfet de l’église de la maison de Saint-Lazare, atteste et certifie que le cœur peint de l’autre côté a été coloré avec le sang du cœur de saint Vincent de Paul. (Daudet.)
L’iconographie rattache aux portraits des saints tout ce qui a rapport aux circonstances et aux événements de leur vie ; c’est ce que l’art a fait pour saint Vincent de Paul. La gravure nous montre les lieux qu’il a habités, les personnes qu’il a fréquentées, les misères qu’il a secourues, et les établissements qu’il a fondés. Elle nous conduit d’abord au village qui a été Bethléem et Nazareth pour sa naissance et sa jeunesse. Voici la maison paternelle, l’église de son baptême et de sa première communion, le grand chêne qui l’ombrageait quand il gardait son troupeau, le moulin de Pouy, témoin des prémices de sa charité. Nous le suivons ensuite dans les rudes sentiers qu’il parcourut avant d’arriver au poste que lui destinait la Providence. Nous faisons le pèlerinage de Notre-Dame de Buglose qu’il aimait ; nous visitons la chapelle de Château- l’Évêque où il fut ordonné prêtre, et celle de Notre-Dame-de-Grâce où il célébra sa première messe ; puis les églises confiées à son ministère, l’église de Clichy-la-Garenne qu’il a fait rebâtir, l’église de Folleville où il instruisait le peuple, celle de Châtillon-les-Dombes où il inaugura les confréries de charité. Nous le voyons explorer les régions où s’exercera son zèle, partager l’esclavage des chrétiens en Afrique et les fers des forçats sur les galères, soigner les malades dans les hôpitaux, et enfin se mettre en rapport, par la famille de Gondi, avec tout ce grand dix-septième siècle dont il sera le bienfaiteur et la gloire.
Pour bien connaître saint Vincent de Paul, il faut le voir au milieu de cette société brillante que toute l’Europe admirait et s’efforçait d’imiter. L’humble prêtre se trouve, malgré lui, mêlé à toutes les grandeurs, afin de pouvoir soulager toutes les misères. Il nous apparaît entouré des hommes les plus célèbres de son temps, qui l’aiment et le vénèrent ; Louis XIII qui réclama son assistance à l’heure de la mort, Anne d’Autriche qui l’appelle à ses conseils, Richelieu, Mazarin, le grand Condé, saint François de Sales, le cardinal de Bérulle, Bossuet, Ollier, la duchesse d’Aiguillon, Mademoiselle Le Gras, le baron de Renty ; tous cèdent à l’onction de sa parole et deviennent les auxiliaires de ses œuvres.
Le spirituel crayon de Callot nous fait connaître les pauvres vrais ou faux que saint Vincent rencontre et les misères de la guerre qu’il soulagera. Le burin vigoureux d’Abraham Bosse nous montre les seigneurs et les dames de la cour qu’il entraîne dans les hôpitaux et qu’il forme aux œuvres de miséricorde. Ils ont encore leurs beaux costumes et leurs grands airs, mais beaucoup d’entre eux, bientôt, quitteront ce luxe et cette fierté pour se faire pauvres, afin de mieux aimer et mieux servir les pauvres.
Une gravure de cette époque constate ce triomphe obtenu sur les vanités du monde, au profit de la charité. C’est la pompe funèbre de la Mode que les dames conduisent au tombeau. Elles portent processionnellement ses atours, les dentelles, les fleurs, les éventails, les bijoux, les faux cheveux, les fourrures qu’elles vont ensevelir avec la défunte. Les hommes qui les précèdent jettent aussi leurs rubans, leurs éperons, leurs bottes, leurs panaches et leurs chapeaux dans le monument, au bas duquel on lit cette épitaphe :
Ci gist sous ce tombeau, pour l’avoir mérité, La Mode qui causoit tant de folie en France : Sa mort a fait mourir la superfluité
Et va faire bientôt revivre l’abondance.
Ce tombeau fut en effet pour saint Vincent de Paul une mine inépuisable, d’où il tira les trésors avec lesquels il put fonder des hospices, secourir toutes les infortunes, sauver des provinces, racheter les captifs, envoyer des missionnaires à tous les rivages, et créer, dans le monde entier, pour la France, cet empire de la charité, cette influence plus glorieuse et plus durable que les conquêtes et l’éclat du règne de Louis XIV. Car les saints ne meurent pas, ils ont une postérité qui continue leur vie. Où saint Vincent de Paul n’envoie-t-il pas encore ses prêtres et ses Filles de la Charité, où ne répand-il pas l’or de ses aumônes et la lumière de ses enseignements ? Son nom est connu et béni par toute la terre. Ses armées pacifiques envahissent l’Afrique, l’Amérique et les régions les plus lointaines de l’Asie, pour y combattre l’ignorance et la douleur, et y conquérir des âmes avec la palme du martyre.
Les artistes de la haine et du mensonge se lèvent contre les artistes de la charité et s’efforcent de détruire leurs œuvres. Un des premiers effets des doctrines de 89 fut le pillage de Saint- Lazare : la veille même de la prise de la Bastille, le 13 juillet, cet asile de la prière et du dévouement fut envahi et saccagé, la bibliothèque dévastée, la chambre de saint Vincent de Paul profanée et sa statue brisée. Peu de temps après, dix de ses disciples étaient égorgés. Combien furent ensuite envoyés en exil et sur l’échafaud par la Révolution ? Mais les artistes de la charité ne se découragent pas et travaillent toujours à réaliser l’idéal divin ; ils disent à leurs bourreaux : Vous nous pillez, vous nous frappez, vous nous tuez, mais vous ne pouvez nous empêcher de vous aimer, de vous servir, de vous assister dans la souffrance, la vieillesse et la mort. Depuis la Révolution les imitateurs de saint Vincent de Paul se sont multipliés, et jamais les œuvres n’ont été plus florissantes.
Les Saints dans l’Église sont les pierres de la Jérusalem céleste, qu’il faut voir à leur place pour en bien comprendre la beauté. Saint Vincent de Paul a des ancêtres comme il a une postérité. Sa charité est un rayon de l’unité infinie, et on peut l’admirer dans sa source divine, dans les Sacrements qui l’ont communiquée et dans les Vertus qu’elle a développées. Saint Vincent de Paul est un anneau de cette chaîne sacrée qui part du cœur de Jésus-Christ et qui rattache tous les Bénis du Père au trône du Souverain Juge, avec lequel ils régneront éternellement. L’art chrétien peut ainsi honorer sa mémoire en l’unissant aux souvenirs de tous les siècles.
L’époque des catacombes est représentée par le bon Pasteur qui apparaît sur un tombeau, entre deux époux chrétiens, entourés de leurs esclaves affranchis, tandis que les autres esclaves meurent sous les coups de leurs maîtres et que les gladiateurs s’égorgent pour le plaisir du peuple romain. Après Galère Maxime qui se débarrassait des pauvres en les faisant noyer, vient Constantin qui fait entrer la charité dans les lois. Au douzième siècle, des moines bâtissent à la charité des palais et les princes fondent des hospices pour le salut de leur âme et l’expiation de leurs fautes, comme Henri d’Angleterre le fit à Angers, après le meurtre de saint Thomas de Cantorbéry. Le treizième siècle sculpte la Charité et ses représentants sur les murs de nos cathédrales, et le quatorzième l’honore par les peintures du Giotto à l’Arma, et de Simone Memmi à la chapelle des Espagnols. Au quinzième, brille le modèle des artistes chrétiens, le bienheureux Fra Angelico, qui mettait l’aumône au-dessus des chefs-d’œuvre, comme le dit son épitaphe composée par Nicolas V. Le peintre de Fiesole nous montre ses frères de Saint-Marc donnant l’hospitalité à Notre-Seigneur, et le diacre saint Laurent distribuant les biens de l’Église aux pauvres, avant d’aller au martyre. Vient enfin la Renaissance, avec ses belles figures, ses grandes compositions et sa prompte décadence.
Au dix-septième siècle, la France ressaisit le sceptre de l’art qu’elle avait porté au moyen âge. Nicolas Poussin et Lesueur n’ont pas alors d’égaux, et le Bernin vint lui-même reconnaître notre supériorité. La sculpture, la peinture et la gravure nous offrent les beaux portraits des contemporains et des auxiliaires de saint Vincent de Paul, et Le Brun trace aux plafonds de Versailles des figures mythologiques qui rappellent son heureuse influence contre la fureur des duels. Le dix-huitième siècle vit canoniser saint Vincent de Paul ; mais l’art frivole et sensuel des Watteau et des Boucher n’était pas digne d’honorer sa mémoire ; les peintres plus sérieux de l’école de Jouvenet, Restout, de Troy, Natoire lui consacrèrent leurs meilleurs tableaux. Puis vint la Révolution, qui ne sut faire que des ruines et des pastiches de l’antiquité païenne. Lorsque, au dix-neuvième siècle, la société fit un effort pour ne pas mourir, elle invoqua saint Vincent de Paul et glorifia ses reliques. Sa châsse est une des œuvres d’art les plus remarquables de la Restauration.
L’Apôtre de la charité a maintenant parmi nous des artistes qui s’inspirent de sa vie et nous la montrent dans leurs œuvres, sur les murs et les vitraux de nos églises. C’est là l’espérance de l’avenir au milieu des hontes de notre époque, où des voix osent réclamer un art sans idéal et une société sans Dieu. La charité nous sauvera de ces misères morales pires que la peste et la guerre. Seule elle peut rendre à l’art ses saintes doctrines et sa noble mission. La Renaissance, pour représenter la charité, n’a su imaginer qu’un symbolisme grossier, une nourrice puissante, capable d’allaiter de nombreux enfants. Ce n’est pas ainsi que la comprenait la grande école de Giotto. La charité chrétienne est vierge, et c’est pour cela qu’elle est mère, qu’elle conçoit le Christ et qu’elle adopte tous les hommes pour ses enfants. Elle foule aux pieds les richesses de la terre qu’elle distribue aux pauvres. Elle porte des fleurs et des fruits parce qu’elle a donné tout son cœur à son divin Époux, qui la fera triompher éternellement dans le ciel. Pour les artistes, comme pour les saints, le grand art est l’art de la charité, l’art qui aime Dieu et qui veut le faire aimer.
E. CARTIER.







