Section IX : Diverses autres affaires de piété auxquelles M. Vincent s’est employé dans le Conseil du Roi
Le zèle de M. Vincent pour tout ce qui concernait les intérêts du service et de l’honneur de Dieu le tenait dans une attention continuelle sur toutes les occasions qui se présentaient pour en procurer l’avancement, et pour détourner ce qui pouvait y apporter quelque obstacle. C’est à quoi il employait le crédit que sa vertu lui avait acquis dans le conseil de Sa Majesté; estimant cette journée-là heureuse, en laquelle il avait pu empêcher quelque mal, ou procurer quelque bien.
Il a fait entre autres choses tout ce qu’il a pu pendant la guerre, pour apporter quelque remède aux désordres que les soldats commettaient de tous côtés, et particulièrement aux profanations des églises, et aux vexations injustes des personnes consacrées à Dieu. Et voyant bien qu’il était impossible d’empêcher tout ce mal, au moins il s’efforçait de le diminuer; et quand il ne pouvait autre chose, il recourait à Dieu par la prière et par la pénitence, pour implorer le secours de sa grâce et de sa miséricorde, tant en faveur de ceux qui souffraient ce mal, que des autres qui le commettaient.
Il y avait un autre désordre fort pernicieux aux bonnes mœurs: c’était que certains comédiens représentaient sur le théâtre des choses non seulement indécentes, mais aussi scandaleuses, et qui ne se pouvaient dire, ni entendre, ni voir, sans une grande offense de Dieu. M. Vincent en ayant été averti, et reconnaissant les pernicieux effets que cette licence pouvait produire, fit en sorte par ses remontrances que cela leur fût absolument défendu.
Les troubles de l’État et les diverses entreprises contre le service du Roi avaient obligé Sa Majesté de s’assurer de diverses personnes couvertes ou suspectes, et de les retenir dans la Bastille, où quoique les choses nécessaires ne leur manquassent point, néanmoins il ne se pratiquait presque aucun exercice de piété parmi eux, n’y ayant personne pour les y exciter et pour les y aider. M. Vincent l’ayant su, fit agréer qu’un vertueux ecclésiastique de la Conférence qui se tient à Saint-Lazare allât visiter ces prisonniers et leur faire quelques exhortations, par le moyen desquelles les prières du soir et du matin furent introduites parmi eux, avec plusieurs autres pratiques chrétiennes, au grand bien et profit spirituel de leurs âmes.
Pendant que le démon, ennemi de la paix, allumait de tous côtés la guerre et la discorde en ce royaume, et jetait en tous les lieux des semences de désobéissance et de rébellion contre le service du Roi, il incitait aussi plusieurs esprits à se révolter contre Dieu, et à faire diverses entreprises contre la religion; et entre autres, il s’en trouva qui tâchaient de renouveler les maximes et erreurs damnables des illuminés. M. Vincent ayant découvert ce mal, qui commençait à se répandre en divers endroits de la France, et particulièrement à Paris et en quelques lieux du diocèse de Bazas, procura par ses soins et par son zèle qu’on y apportât un si prompt remède, que ce monstre fut étouffé dans son berceau, avant qu’il pût faire un plus grand dégât dans l’Eglise.
La liberté que chacun se donnait pendant les troubles de ce royaume, de parler comme bon lui semblait des choses qui concernaient la religion, aussi bien que de celles qui regardaient l’Etat, ouvrit la porte à une autre licence encore plus pernicieuse, d’écrire et de publier toutes sortes de libelles, même contre la foi et les bonnes mœurs. M. Vincent l’ayant représenté au Conseil fit en sorte que cette licence fût réprimée, l’ordre ayant été donné de chercher et de saisir les mauvais livres, avec défense aux imprimeurs et libraires d’en imprimer ou débiter.
Ce saint homme s’est aussi employé avec grande affection pour coopérer en toutes les manières qu’il a pu, soit par ses remontrances et sages conseils, soit par ses sollicitations et entremises, afin que la pratique damnable des duels fût entièrement abolie: ce qui a été enfin heureusement exécuté par la piété de la Reine, et par le zèle et l’autorité du Roi, lequel dès son plus bas âge, comme un Hercule chrétien, a eu la force et le bonheur d’étouffer ce dragon, que les rois ses prédécesseurs n’avaient pu terrasser avec tous les foudres des lois et des ordonnances qu’ils avaient lancés contre ce monstre. Dieu ayant voulu réserver la gloire de cette défaite à notre grand monarque, et signaler les premières années de son règne par un exploit héroïque, qui a sauvé la vie du corps et de l’âme à un million de gentilshommes français, et empêché la ruine et le dernier malheur d’une infinité de très nobles familles, qui lui seront éternellement redevables de leur bonheur et de leur salut.
M. Vincent a fait aussi ses efforts pour déraciner les blasphèmes, ayant à cet effet procuré qu’on renouvelât les ordonnances faites contre ce détestable crime, et même proposé divers moyens pour l’exterminer entièrement: et quoiqu’il n’en ait pas vu l’effet tel qu’il souhaitait, il ne laisse pas d’en avoir le mérite, et il faut espérer que Dieu exaucera quelque jour les ardentes prières qu’il lui a offertes pour ce sujet, et qu’il inspirera à notre incomparable monarque, d’employer les moyens les plus efficaces, et même, s’il le juge expédient, le fer et le feu, à l’imitation de saint Louis son aïeul, pour purifier son État de cette gangrène infernale qui le corrompt et infecte en plusieurs de ses parties, même des plus considérables et des plus nobles.







