La vie du vénérable serviteur de Dieu Vincent de Paul, Livre premier, Chapitre XXXI

Francisco Javier Fernández ChentoVincent de PaulLeave a Comment

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Author: Louis Abelly · Year of first publication: 1664.
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Etablissement de plusieurs Séminaires d’ecclésiastiques.

Les grandes rivières vont toujours continuant leur cours vers l’Océan, en augmentant et grossissant leurs eaux par la décharge de plusieurs fleuves et ruisseaux qu’elles reçoivent dans leur sein: ainsi la charité de M. Vincent, en se portant toujours plus parfaitement vers Dieu, prenait tous les jours de nouveaux accroissements, aussi bien extérieurement qu’intérieurement; non pas tant à la vérité en recevant du secours des autres, qu’en se communiquant et répandant de plus en plus au dehors, selon les occasions que la Providence divine lui présentait.

Nous avons vu dans quelques-uns des chapitres précédents le zèle de M. Vincent et les soins qu’il a pris pour faire revivre le premier esprit ecclésiastique dans le clergé; c’est pour cela qu’il s’employa à procurer les exercices des ordinands, les conférences, et les retraites des personnes ecclésiastiques. Or, comme ces moyens, quoique très excellents et très propres, ne produisaient pas encore tout le fruit que sa charité souhaitait, il jugea qu’il fallait porter le remède jusque dans la première source de la cléricature, c’est-à-dire, préparer et disposer de longue main les enfants qui témoignaient avoir quelque inclination et vocation pour cet état, par le moyen des séminaires, selon l’intention du saint Concile de Trente.

C’est la raison pour laquelle, après qu’il se fut retiré en la maison de Saint-Lazare, environ l’an 1636, il destina le collège des Bons-Enfants pour servir de séminaire, dans lequel on élèverait de jeunes clercs aux lettres et aux bonnes mœurs pour les rendre capables et dignes de l’état auquel ils aspiraient. Néanmoins, ayant reconnu depuis que les fruits de ces séminaires de jeunes clercs étaient un peu tardifs, à cause du long temps qui se passait avant qu’ils fussent en âge et en disposition de recevoir les saints ordres; et d’ailleurs, voyant le grand besoin que l’Eglise avait qu’on formât de bons prêtres qui fussent propres pour être bientôt employés aux fonctions ecclésiastiques, son zèle lui faisait souhaiter qu’il plût à Dieu de pourvoir à cette nécessité par l’établissement de plusieurs séminaires, pour ceux qui avaient reçu les ordres sacrés ou qui seraient en volonté de les recevoir, afin qu’ils y prissent l’esprit ecclésiastique et se formassent aux fonctions de leur état; mais comme son humilité ne lui permettait pas de s’ingérer de lui-même en cette sainte entreprise, la divine Providence qui l’avait fait connaître à M. le Cardinal de Richelieu, lequel témoignait être fort aise de le voir de temps en temps et même de le consulter quelquefois sur les moyens de procurer la gloire de Dieu dans le clergé, lui donna occasion de déclarer un jour à ce bon seigneur les sentiments qu’il avait sur ce sujet. Il lui dit donc qu’après les exercices des ordinands et l’usage des conférences spirituelles entre les ecclésiastiques, qui se pratiquaient déjà en plusieurs lieux, il semblait qu’il ne restait plus rien à désirer, sinon l’établissement des séminaires dans les diocèses, non tant pour les jeunes clercs dont les fruits étaient un peu tardifs, que pour ceux qui étaient déjà entrés ou en disposition prochaine d’entrer dans les saints ordres, afin d’y être exercés pendant un ou deux ans, à la vertu, à l’oraison, au service divin, aux cérémonies, au chant, à l’administration des sacrements, au catéchisme, à la prédication et aux autres fonctions ecclésiastiques, comme aussi pour y apprendre les cas de conscience et les autres parties plus nécessaires de la théologie: En un mot, pour être rendus capables non seulement de travailler à leur perfection particulière, mais aussi de conduire les âmes dans les voies de la justice et du salut; Que faute de cela on voyait fort peu de prêtres qui eussent les qualités nécessaires pour servir et édifier l’Église: et au contraire qu’il y en avait grand nombre de vicieux, d’ignorants et de scandaleux qui servaient de pierre d’achoppement aux peuples.

M. le Cardinal, l’ayant écouté avec satisfaction, témoigna qu’il goûtait fort cette proposition, et l’exhorta efficacement d’entreprendre lui-même un tel séminaire. Et pour lui donner les moyens de le commencer, il lui envoya mille écus qui furent employés à l’entretien des premiers ecclésiastiques que M. Vincent reçut au collège des Bons-Enfants, au mois de février de l’année 1642. Il les fit nourrir et instruire l’espace de deux ans, pour les rendre capables de tout ce qui appartenait à leur condition; et plusieurs autres se présentèrent depuis, qui offrirent de payer leur pension, pour être élevés de même à la piété et à la science. C’est ainsi que le séminaire des Bons-Enfants commença sous la sage conduite de M. Vincent, avec la permission et l’agrément de feu M. l’Archevêque de Paris. Ce bon prélat avait déjà permis aux prêtres de la communauté de S. Nicolas du Chardonnet d’en commencer un autre, sur lequel Dieu versait beaucoup de bénédictions, par les soins de ces messieurs, et particulièrement par le zèle incomparable de M. Bourdoise, à qui Notre-Seigneur avait donné l’esprit clérical en abondance dès sa jeunesse, et une ardeur incroyable pour le communiquer aux autres.

Quelques années après l’établissement de ce nouveau séminaire au collège des Bons-Enfants, le nombre des ecclésiastiques s’y étant beaucoup accru, et le logement, qui est assez resserré, ne pouvant contenir tant de personnes sans incommodité, M. Vincent en retira les jeunes clercs qui étudiaient aux humanités, et les transféra dans une maison qui est au bout de l’enclos de Saint-Lazare hors les faubourgs, qu’il nomma le séminaire de Saint-Charles, où les prêtres de sa Congrégation ont depuis toujours continué et continuent encore maintenant d’instruire aux humanités et d’élever à la vertu les jeunes enfants qui témoignent avoir quelque inclination d’embrasser l’état ecclésiastique.

Depuis ce temps-là, les prélats de ce Royaume, considérant la nécessité qu’il y avait d’établir de semblables séminaires pour les personnes ecclésiastiques, en ont pour la plupart érigé dans leurs diocèses, et plusieurs d’entre eux en ont confié la conduite aux prêtres de la Congrégation de la Mission, comme à Cahors, Saintes, Saint-Malo, Tréguier, Agen, Montauban, Agde, Troyes, Amiens, Noyons, et en plusieurs autres lieux, non seulement de la France, mais aussi de l’Italie et des autres provinces étrangères. En quoi l’on a remarqué que, comme le fruit des missions faites par M. Vincent et par ceux de sa Congrégation, a excité plusieurs autres vertueux ecclésiastiques de s’adonner aux mêmes exercices des missions; ainsi, depuis qu’il se fut appliqué à l’emploi des séminaires et que l’expérience en eut fait voir plus clairement la nécessité, l’utilité et la facilité, ils ont été établis en plusieurs diocèses du Royaume, ce qui a beaucoup contribué au bien de tout le clergé de France, qui commence, par la miséricorde de Dieu, à reprendre sa première splendeur, laquelle semblait avoir été un peu ternie dans les siècles passés.

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