La mort de M. le Prieur de Saint-Lazare, et les reconnaissances que M. Vincent lui a rendues
Messire Adrien Le Bon, prieur de Saint-Lazare était celui duquel Dieu avait voulu se servir, comme nous avons dit, pour introduire M. Vincent et sa Compagnie dans la maison de Saint-Lazare. Il avait non seulement donné son consentement, mais même sollicité pour cet effet M. Vincent et persévéré une année entière, nonobstant tous ses refus, dans cette sollicitation pendant laquelle il fit autant d’instances et employa autant et plus de prières envers ce fidèle serviteur de Dieu pour lui faire accepter sa maison et son prieuré, que d’autres en eussent employé envers lui-même pour le porter à le leur donner: de sorte que par un exemple très rare, et qui est peut-être l’unique de nos jours, il se fit entre ces deux serviteurs de Dieu un conflit de vertus, l’humilité de M. Vincent s’opposant à la charité de ce bon prieur, et l’amour de la pauvreté combattant contre sa libéralité: Et si l’obéissance aux ordres de Dieu que M. Vincent reconnut enfin, et auxquels il n’osa résister, n’eût terminé ce différend, il eût encore dure plus longtemps; et peul-être qu’en cette occasion la plus grande des vertus eût été obligée de céder en quelque façon à celles qui lui sont inférieures, quoiqu’elle n’eût pas laissé de triompher d’une autre manière aussi excellente, mais moins avantageuse au progrès de la Congrégation de la Mission.
Ce charitable prieur avait toujours retenu son logement dans Saint-Lazare avec ses religieux, et il ne se peut dire combien il reçut de satisfaction et de consolation pendant le reste de sa vie de la part de tous ces bons Missionnaires, et par-dessus tous de M. Vincent qui le considérait comme le signalé bienfaiteur, et le vrai père nourricier des Missionnaires qui demeuraient à Saint-Lazare. Il s’étudiait de lui rendre tous les respects, toutes les complaisances, et tous les services qu’il pouvait, par un véritable esprit d’une sincère et filiale reconnaissance; ce qu’il continua l’espace de plus de vingt ans, et jusques en l’année 1651, en laquelle il plut à Dieu retirer de cette vie, le propre jour de Pâques, ce véritablement bon et charitable prieur, pour lui faire goûter les fruits de sa charité dans le ciel.
Comme M. Vincent l’avait honoré, aimé et servi pendant sa vie, il lui fit encore plus paraître la sincérité de son affection en ce dernier passage, auquel il lui rendit tous les devoirs et toutes les assistances, que le zèle qu’il avait pour le salut d’une âme qui lui était si chère lui pouvait suggérer. Il fit venir les Missionnaires qui étaient en la maison pour se mettre en prière autour du lit de ce cher malade, et lui-même récita tout haut pendant son agonie qui fut longue, les prières pour les agonisants, auxquelles il ajouta plusieurs autres suffrages que sa charité lui suggéra.
Lorsque ce bon vieillard, qui était pour lors âge de soixante-quinze ans, eut rendu le dernier soupir, et qu’on eut fait la recommandation de son âme, M. Vincent, se levant parla à ceux qui étaient présents de cette sorte:
« Or sus, mes frères, voilà notre bon père maintenant devant Dieu.: Et puis élevant les yeux vers le ciel et s’adressant à Dieu:; Plaise à votre bonté, mon Dieu, dit-il lui appliquer les bonnes œuvres que la Compagnie peut avoir faites, et les petits services qu’elle a tâché de vous rendre jusqu’à présent: nous vous les offrons, mon Dieu, vous suppliant de lui en appliquer l’efficace. Peut-être que plusieurs d’entre nous étions dans l’indigence, et il nous a pourvus de nourriture et d’entretien. Prenons garde, mes frères, de ne jamais tomber dans ce misérable péché d’ingratitude envers lui, et ces autres messieurs les anciens de cette maison, de qui nous sommes comme les enfants et que nous devons reconnaître et respecter comme nos pères Ayons de grandes reconnaissances envers eux du bien qu’ils nous ont fait: et tâchons de nous ressouvenir tous les jours de M. le prieur, et d’offrir nos prières à Dieu pour lui. »
Il lui fit faire des funérailles très honorables; et il célébra et fit célébrer à son intention un très grand nombre de messes dans l’église de Saint-Lazare et ailleurs: et de plus il en écrivit à toutes les maisons de sa Congrégation en ces termes: « Il a plu à Dieu de rendre la Compagnie orpheline d’un père qui nous avait adoptés pour ses enfants. C’est du bon M. le prieur de Saint-Lazare, qui décéda le jour de Pâques, muni des sacrements et dans une telle conformité à la volonté de Dieu, qu’en tout le cours de sa maladie il n’a pas paru en lui le moindre trait d’impatience, non plus que dans ses incommodités précédentes. Je prie tous les prêtres de votre maison de célébrer des messes à son intention, et tous nos frères de communier »
Après quoi M. Vincent fit mettre une belle épitaphe au milieu du chœur de l’église de Saint-Lazare, auprès de la tombe de ce charitable défunt, pour une perpétuelle mémoire de l’obligation très grande et très particulière que la Congrégation de la Mission lui a, et qu’elle désire toujours reconnaître lui avoir; et de plus il fut résolu ,que tous les ans le neuvième d’avril, qui fut le jour de son décès, on célébrerait en l’église de Saint-Lazare un service solennel à son intention.







