La Vie de Mademoiselle Le Gras. Livre Premier

Francisco Javier Fernández ChentoLouise de MarillacLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Monsieur Gobillon, Prêtre, Docteur de la Maison et Société de Sorbonne, Curé de Saint Laurent · Année de la première publication : 1676.
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Le Fils de Dieu, qui nous a proposé la charité comme la plénitude de sa loi, et comme le plus grand commandement de son Évangile, a fait naître de temps en temps des personnes extraordinaires, qui ont pratiqué cette vertu dans toute sa perfection, pour en servir d’exemple à son Église.

Cette conduite qu’il a fait paraître dans la suite des siècles, n’a jamais eu plus d’éclat que dans celui-ci, où nous pouvons dire qu’il a renouvelé heureusement le zèle, dont il remplit le coeur des premiers Chrétiens. Il a suscité un homme à qui il a inspiré le courage d’embrasser tous les emplois de la charité : et comme il a voulu dans ce siècle donner de nouveaux secours à son Église dans tous ses besoins, il s’est servi de l’illustre VINCENT DE PAUL, et d’une Compagnie dont il l’a fait Instituteur, pour exécuter son dessein.

Nous avons vu ce Serviteur e Dieu entreprendre de remédier à tous les maux qu’il a pu reconnaître : s’appliquer à la conversions de Chrétiens en toutes sortes d’états : leur préparer des retraites, pour les éloigner des occupations du monde, et les attirer à la connaissance de leur salut : travailler à la réforme du Clergé par  l’établissement des Séminaires, et par les exercices de l’Ordination : instruire les pauvres de la campagne par les Missions, et faire annoncer l’Evangile aux Infidèles.

Nous l’avons vu joindre aux assistances spirituelles, les secours nécessaires pour les besoins du corps, à l’exemple des Apôtres qui prenaient soin de recueillir des aumônes en même temps qu’ils s’occupaient à prêcher la parole de Dieu.

Il a pourvu aux pauvres dans leurs maladies, en les faisant traiter dans leurs maisons, et leur procurant des douceurs et des consolations dans les hôpitaux. Il les a assistés dans les prisons et les galères. Il s’est chargé des enfants illégitimes qui étaient abandonnés. Il a établi des lieux de retraite pour les vieillards qui n’étaient plus en état de gagner leur vie, et il a mis les fondements de l’Hôpital général, cet ouvrage incomparable de nos jours qu’on avait cru impossible dans les siècles passés. Enfin il a porté ses soins jusques sur les peuples des frontières ruinées par les guerres, et sur les soldats blessés dans les armées, et il n’y a point d’objet qui ait pu échapper à l’étendue et à la force de sa charité.

Ce n’était pas assez de procurer des aumônes pour fournir à tous ces besoins : il était nécessaire qu’il y eût des personnes attachées pour servir les pauvres dans tous ces états différents de misère et d’indigence : et comme les femmes sont plus capables de ces emplois, cet homme de Dieu a formé une Compagnie de Filles, qu’il a mises sous la conduite d’une Supérieure sage et zélée, et qu’il a consacrées à ce ministère, sous le titre glorieux de Servantes des pauvres.

Pour l’accomplissement d’un ouvrage si important, il a fait choix de LOUISE DE MARILLAC, veuve de Monsieur Le Gras, secrétaire de la Reine Marie de Médicis, et il n’a pu trouver personne qui possédât plus avantageusement les qualités nécessaires pour correspondre à ses desseins.

Ce serait priver la Compagnie de ses Filles et même toute l’Eglise de l’édification d’un si grand exemple que de laisser ensevelir dans l’oubli les actions de sa vie; et il serait à souhaiter d’ailleurs que son histoire digne des auteurs les plus célèbres, fût l’ouvrage d’une main plus habile.Je n’ai pu néanmoins refuser de l’entreprendre aux prières de Monsieur Alméras, qui a succédé à Monsieur Vincent, avec tant de mérite dans la charge de Supérieur général, et j’ai été engagé de satisfaire en cette occasion, à ce que je dois à la Compagnie des Filles de la Charité, qui dans la Maison principale fait une des plus saintes portions du troupeau qui m’est commis.

Il ne m’a pas été possible de découvrir tout le détail d’une vie si chrétienne, après les recherches les plus exactes. Il faut que je me contente de communiquer au public ce que j’ai pu apprendre par ses écrits, qui m’ont été mis entre les mains, et par le rapport de quelques personnes qui ont été les témoins de ses vertus, et qui ont eu part à ses emplois.

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