Histoire générale de la Congrégation de la Mission (54)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

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Author: Claude-Joseph Lacour cm · Year of first publication: 1897.
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LIV. Conduite de M. Pierron

logocmOn avait de la peine à St.-Lazare de ce que M. Pierron semblait chagrin et inquiet de se voir général. On a remarqué ci-dessus qu’il n’avait accepté cet emploi qu’avec une extrême répugnance. Il ne pouvait gagner sur lui de la surmonter. Il ne se mettait guère en peine, de recevoir des personnes même de distinction, qui le demandaient à la porte, jusque-là que M. Faure son assistant, se vit quelques fois obligé de lui dire : À quoi pensez-vous, Monsieur, de ne pas faire honnêteté à de telles gens ? Et il répliquait : Pourquoi m’a-t-on élu général ? Ne vous avais-je pas dit, que je n’étais pas propre pour cette charge ? Sa peine s’augmentait en remarquant certains désordres qui se glissèrent dans les étudiantset autres jeunes gens, attribuant toutes ces choses qui paraissaient dans la maison de St.-Lazare à son insuffisance, pour le gouvernement. On se défit de tous ces sujets discoles comme ils le méritaient.

Quelques maisons particulières le fatiguaient encore pour les plaintes qui en revenaient. À Rochefort, on se brouilla avec M. l’intendant Bégon, pour le terrain que le Roi avait accordé, afin d’y bâtir l’Église et la maison. Il était déjà occupé par M. l’Intendant et fort à sa bienséance. M. Lescuyer, qui était curé, dut venir à Paris pour soutenir ses droits. À Marseille, quelques aumôniers firent de la peine. On avait écrit qu’il était à propos pour prendre un plus grand soin de ces messieurs, comme on y est obligé, de faire établir un Missionnaire pour aumônier de la Vieille-Réale, où l’on tient les malades avant de les porter à l’hôpital ; on l’obtint de la Cour avec les appointements accoutumés. Mais les autres aumôniers ne l’agréèrent pas ; ils écrivirent de leur côte. M. de Montmors, intendant pour lors dans le port de Marseille, apostilla un certain mémoire donné par un aumônier, où la réputation même de M. Boulanger1, supérieur de Marseille, quoique reconnu très homme de bien, n’était pas épargnée ; cet écrit fut envoyé en Cour, à M. le comte de Pont-Chartrain, ministre pour la marine. Il fallut ôter cet aumônier et mettre un autre supérieur à la place de M. Boulanger. Tout cela chagrinait M. Pierron.

Toutefois on commençait de recevoir de bons sujets dans la Compagnie, et de faire les fonctions avec succès, de quoi le général informa diverses fois au commencement de l’année, selon la coutume, les maisons de la Compagnie, qui avaient été longtemps sans rien apprendre, à cause de la caducité de feu M. Jolly, et des difficultés survenues ensuite de l’élection de son successeur.

La Compagnie, dit-il dans sa lettre du 1er janvier 1700 est en paix et en union. On travaille utilement à tous nos emplois. Cette maison est toujours bien nombreuse, il s’y trouve présentement 66 étudiants, la plupart de bonne espérance. Le séminaire interne est rempli de 45 séminaristes, sans compter une quinzaine qui sont dans les autres maisons. Les missions et autres fonctions se font toujours avec zèle et assez de bénédiction. Il n’étaitplus parlé des exercices de l’ordination qui s’étaient fait régulièrement à St.-Lazare cinq fois l’année, tandis que Messire François de Harlay avait été archevêque de Paris, on priait des docteurs de Sorbonne de faire des entretiens de morale, le matin, et de piété le soir, afin de leur donner plus de lustre. Mais Mgr Louis-Antoine de Noailles déjà évêque de Châlons, lui ayant succédé, et ordonné un séminaire pour tous ceux de son diocèse qui prendraient les Ordres, ces exercices furent supprimés. On fit quelques années après, par ordre de S[on] Ém[inen]ce, des retraites de curés et autres ecclésiastiques, qui devinrent célèbres et nombreuses.

La lettre de M. Pierron continue : Le séminaire interne de Lyon, ceux de Cahors et d’Angers ont plus de séminaristes qu’ils n’ont de moyens d’en entretenir. On avait résolu dans la dernière assemblée de mettre à Dijon celui qui n’avait pas réussi à Toul ; mais la maison que nous avons là n’a qu’un fonds très médiocre, nous ne savons quelles mesures prendre pour en venir à l’exécution. On fait venir ici les clercs qui font les vœux à Angers, les autres ont des études à Lyon et à Cahors. Deux ans après, M. Pierron écrivait le même. Chaque maison s’acquitte de son mieux de ses obligations ; partout on vit en union et en paix, ce qui est notre véritable richesse et ce que nous avons de plus précieux. Il y a en cette maison une jeunesse nombreuse et, entre autres, 75 étudiants qui font l’espérance de la Compagnie, tandis qu’elle les entretient à grands frais ; dans le séminaire il y a 40 séminaristes, outre ceux qui sont dans les maisons particulières. On en aurait davantage à Lyon, Cahors et Angers, si ces maisons pouvaient les entretenir. On voit par ces lettres quel était l’état de la Congrégation sous le généralat de M. Pierron, et comment elle se multipliait en sujets.

  1. Josse Boulanger, né 1665.

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