Histoire générale de la Congrégation de la Mission (52)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

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Author: Claude-Joseph Lacour cm · Year of first publication: 1897.
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LII. Soins d’interdire les livres défendus

logocmLe nouveau général eut comme son prédécesseur, une attention spéciale pour retirer des mains des Missionnaires toutes sortes de livres condamnés par le St.-Siège. Chacun sait que Mgr l’archevêque de Cambrai, ayant, en 1697, fait imprimer un livre sur les voies intérieures, il y parut favoriser le quiétisme ; ce qui obligea Mgr de Meaux et d’autres évêques, quoique ci-devant amis de Mgr de Cambrai, de déférer ce livre au St.-Siège et, d’en poursuivre avec empressement la condamnation. Innocent XII gouvernait pour lors l’Église, et censura solennellement ce livre par un bref daté de Rome, le 12 de mars 1699, après l’avoir fait examiner comme dangereux à induire en plusieurs des erreurs déjà condamnées par l’Église, et comme contenant, dans le sens qui se présente à l’esprit, des sentiments et des maximes téméraires, scandaleuses, malsonnantes, offensives des oreilles pieuses dangereuses dans la pratique, et même erronées respectivement ; défendant sous peine d’excommunication de lire et garder ce livre. Et afin que le bref fut plus aisément reçu en France, où l’usage est de contester quelques fois les condamnations d’un livre en général, sans marquer les propositions dignes de censure, on y voit une liste de 23 propositions extraites du même livre, tendant à admettre un état permanent de Pur Amour, qui y exclut l’espérance et la crainte ; où on laisse agir Dieu, sans avoir plus de désirs volontaires et délibérés de son propre intérêt, pas même pour le salut, comme propre, que l’on sacrifie absolument dans les dernières épreuves ; et pour lors, on expire sur la croix avec Notre-Seigneur en qui la partie inférieure ne communiquait pas à la supérieure son trouble involontaire. Dans cet état passif, on exerce toutes les vertus sans penser, pourtant qu’elles sont vertus, mais seulement à faire ce que Dieu veut, &c. Ce bref étant venu en France, il fut reçu unanimement ; et Mgr de Cambrai lui-même condamna son livre, obéissant au St.-Siège.

Le général de la Mission écrivit en cette occasion une lettre à la Compagnie, datée du 28 mars 1699, où il dit : Feu M. Jolly avait coutume d’envoyer aux maisons la condamnation de certains livres et les défenses que le St.-Siège faisait de les lire, comme contenant des erreurs opposées aux bonnes mœurs et à la tradition de l’Église ; je crois qu’il est de mon devoir de l’imiter en cette occasion pour préserver toujours la Congrégation de toute mauvaise doctrine et la maintenir dans celle qui nous est enseignée par l’oracle de l’Église, que nous devons écouter avec une parfaite soumission. J’espère que Dieu fera la grâce à la Congrégation de la conserver dans ces sentiments si sûrs pour le salut, et je le prie de nous prémunir contre toute doctrine fausse ou suspecte. Nous devons éviter la lecture des livres plus curieux qu’utiles pour nous acquitter de nos fonctions. Je recommande fort aux visiteurs et supérieurs de tenir la main à ce que personne ne garde dans sa chambre aucun des livres condamnés par le St.-Siège, mais de les fermer à clef, laquelle ne doit être qu’entre les mains du supérieur. Tenons-nous aux décisions de l’Église et du St.-Siège et aux maximes de la vie intérieure que nous a laissées notre v[énérable] Instituteur, lequel nous a si souvent ordonné de suivre le chemin royal et commun, Via Regia, &c.

Quand le pape Clément XI, successeur d’Innocent XII, eut condamné le fameux Cas de conscience par la bulle Vineam Domini, M. Pierron en l’envoyant aux maisons écrivit encore une autre lettre datée du 30 mars 1703, en ces termes : Vous avez entendu parler d’un imprimé intitulé : Cas de conscience proposé par un confesseur de province, touchant un ecclésiastique qu’il conduit, et résolu par plusieurs docteurs de Sorbonne, qui, en cela, semblaient renouveler les disputes, lesquelles ont troublé si longtemps l’Église. J’ai cru devoir vous avertir, selon l’usage, que cet imprimé a été condamné par N[otre]. S[aint]. Père le Pape, le 12 février dernier, avec défense de le lire, sous peine d’excommunication ; et pareillement par Mgr l’Archevêque de Paris, comme contraire aux Brefs apostoliques, ce consultant, après avoir signé simplement le Formulaire, disant qu’il croyait une soumission de respect et de silence être suffisante pour ce que l’Église a décidé sur le fait de Jansenius ; et comme favorisant la pratique des équivoques et restrictions mentales, et même des parjures. De plus, par un arrêt du Conseil d’État du 5 mars, ordonnant la suppression de tous ces ouvrages. Presque tous les docteurs qui avaient approuvé ce Cas par surprise ou autrement ont souscrit à l’ordonnance de Mgr de Paris ; les autres demeurés opiniâtres ont été exilés, le Pape ayant adressé un Bref fort pressant au Roi, où Sa S[ainteté] a marqué que ces gens inquiets se taisent, que les rebelles soient réprimés, que les opiniâtres obéissent, et que la puissance royale range à leur devoir ceux que la douceur de l’Église n’y ramène pas.

Après une telle narration, M. Pierron ajoute : “ Il n’est pas nécessaire que je vous presse de vous soumettre aux ordres de l’autorité ecclésiastique et civile. Nous avons raison de croire que tous les sujets de la Congrégation sont fort éloignés des sentiments exprimés dans ce Cas ; toutefois, afin de nous en préserver de plus en plus, j’ai cru devoir vous écrire cette lettre pour être lue à tous les prêtres et clercs qui ont fait les vœux. Ne souffrez point qu’aucun des nôtres entrent dans de tels sentiments, ou, par des subtilités captieuses, éludent les constitutions apostoliques ; il faut beaucoup se défier et s’éloigner des opinions nouvelles, toujours suspectes, et singulièrement de celle qui tendrait à renouveler les propositions de Jansenius tant de fois condamnées et défendues : ayons pour les décisions de l’Église, non seulement une soumission de respect et silence, mais une soumission sincère d’esprit et de cœur. Marquons-la dans les occasions, et s’il faut prendre quelque parti, que ce soit celui du St.-Siège et de l’Église. Sur quoi je prie qu’on avertisse que quand il s’élèvera quelque contestation dans l’Église, il ne faut pas se déclarer, ni déclamer contre aucune Communauté, Institut et Société, ce qui ne peut produire que de mauvais effets, mais imiter N[otre] V[énérable] Père M. Vincent, qui dans ces rencontres gardait une si grande retenue, et avait d’ailleurs une si profonde obéissance pour les décisions du St.-Siège qu’il les défendait avec vigueur et prudence. ” On remarque par cet usage de la Compagnie, commencé par feu M. Jolly, d’écrire des circulaires et d’envoyer aux maisons les différentes condamnations des livres faites par le St.-Siège, combien la Congrégation s’attache au centre de l’unité ; et si quelques particuliers s’écartent en certaines rencontres de cette soumission, ils ne suivent pas en cela l’esprit de leur communauté : ils en ont été repris par le général ; et quand ils n’ont pas voulu se corriger, on les a priés de se retirer.

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