Histoire générale de la Congrégation de la Mission (36)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Claude-Joseph Lacour cm · Année de la première publication : 1897.
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XXXVI. Missionnaires d’Alger, et de Madagascar

logocmOn recevait de temps en temps des nouvelles de M. Levacher1 qui, depuis la mort de M. Vincent, continuait de travailler à Alger, en Barbarie, au service et soulagement des pauvres esclaves chrétiens, comme avaient fait M. Julien Guérin2 et autres ses prédécesseurs. Nous avons reçu, écrit M. Jolly, le 9 mars 1673, des lettres de M. Levacher, qui mande que Dieu conserve sa pauvre église souffrante en paix ; et ce qui est bien consolant, c’est qu’il se sert de l’esclavage du corps pour retirer quantité d’âmes de la servitude spirituelle du démon, non seulement par la conversion des pécheurs catholiques, mais encore par la réduction de quantité d’hérétiques de toutes nations à notre sainte religion. Nous avons céans, depuis quelques mois, notre frère Dubourdieu3 ; consul de la nation française à Alger, il fut renvoyé en France par le bey et son gendre, parce qu’il s’opposait avec courage aux infractions du traité de paix fait avec le Roi ; et comme, pour les contenter, les ministres d’État n’ont pas jugé à propos d’y renvoyer notre dit frère, nous en avons présenté un autre pour lui succéder. La cour avait laissé à M. Vincent la disposition du consulat d’Alger pour que les prêtres fussent plus en état de soulager les esclaves ; dans la suite on n’envoya plus de frères, et il se trouva des marchands qui ont exercé cet emploi. M. Jolly continue : Nous voyons, de même quelque disposition pour recouvrer le consulat de Tunis qu’on nous avait ôté par surprise, ce qui serait une occasion pour étendre nos services au profit des pauvres esclaves qui sont là en très grand nombre. Toutefois, cela ne réussit pas.

M. Levacher, ayant trop de travail s’en trouva incommodé comme il l’écrivit au général en 1677, en demandant avec instance du secours. M. Jolly mande sur cela qu’il espérait lui envoyer bientôt ; un prêtre pour le soulager, et, qu’en attendant, il avait fait partir le frère Guillaume Tardif4, qu’il connaissait pour avoir déjà demeuré avec lui avant qu’il fût de la Congrégation et en était content. On ne put faire partir ce prêtre et M. Levacher était encore en 1681. M. Jolly écrivant pour lors aux maisons, entre autres nouvelles : M. Levacher est toujours à Alger, fort infirme. Nous avons destiné du secours pour lui ; mais il s’est rencontré jusqu’à présent quelques difficultés pour le faire partir que nous espérons être bientôt levées. Il rend toujours de très grands services aux pauvres esclaves chrétiens.

Il s’en fallut bien qu’on pût envoyer sitôt ce secours à M. Levacher, les choses se brouillèrent tout à fait entre la France et les Algériens, qui faisant des pirateries continuelles contre les Français, obligèrent le roi très chrétien à y envoyer une flotte, commandée par M. Duquesne, célèbre marin, pour bombarder leur ville ; et ces infidèles firent périr tragiquement M. Levacher en l682, en le mettant la bouche du canon. Quelque temps après on convint d’un traité, et M. Jolly envoya à Alger M. Montmasson5, revenu devant de Madagascar, après la retraite des Français de cette île. Il y alla avec deux frères, le f[rère] François Francillon6 et le f[rère] Jacques Leclerc7. Mais la paix ne dura pas : les Algériens recommencèrent leur premier train, et, en 1688, le Roi envoya une autre flotte devant Alger, commandée par le maréchal d’Etrées qui, par un nouveau bombardement, réduisit une partie de la ville en cendres. Ces malheureux, enragés de se voir ainsi traités, prirent ce qu’il y avait de Français dans leur ville pour les mettre à la bouche du canon et envoyèrent ainsi leurs membres dispersés contre ceux qui bombardaient la ville. Ils traitèrent de la sorte le pauvre M. Montmasson, à qui même le peuple fit insulte et des outrages sanglants quand on le conduisait au supplice. Quelques-uns lui proposèrent de sauver sa vie en renonçant à sa religion pour suivre la loi de Mahomet ; mais il eut horreur, comme il devait, de cette dangereuse proposition. Ce qui fait qu’on doit regarder sa mort comme une espèce de martyre.

Le f[rère] François Francillon mourut avec lui. L’autre fut délivré, parce que quelqu’un alla dire qu’il était savoyard, ce que ce frère ne confirma pourtant pas, cela n’étant pas vrai. C’était M. Montmasson qui était originaire de Savoie ; les travaux que ce bon Missionnaire avait accomplis dans l’île de Madagascar et dans les voyages pour y aller et revenir, et encore davantage la vie très vertueuse qu’il avait menée engagèrent la divine Providence à ne le pas priver en cette rencontre de la couronne du martyre et de la gloire d’une mort aussi précieuse que celle qu’il souffrit.

Il revient un autre de Madagascar, mais qui se trouva si affaibli de ses fatigues qu’il en mourut bientôt après à St.-Lazare. On avait déjà appris le triste sort des colons français dans cette île qu’ils furent obligés d’abandonner. En 1673, M. Jolly écrivait aux maisons : Quant aux Missionnaires de Madagascar, il y a bientôt un an que nous n’en n’avons reçu aucunes nouvelles, et, selon ce qu’ils nous mandaient par leur dernière lettre, il y a sujet de croire que les habitants du pays les auront massacrés ; d’autant plus que le peu de Français qui y restaient étaient dépourvus d’armes et de munitions, par-là exposés en proie à leurs ennemis. Les vaisseaux des Français n’y passent plus depuis que Mrs. de la Compagnie des Indes ont abandonné cette île. Nous n’avons pu leur donner aucun secours, et ils n’ont pas même eu la consolation, comme ils nous écrivent, de recevoir aucunes de nos lettres, quoique nous leur ayons écrit par tous les embarquements qui se sont faits ; de sorte qu’étant dépourvus de tous secours humains, ils ne peuvent attendre assistance que de Dieu seul, qui ne manque pas de pourvoir aux besoins de ceux qui se confient en lui. C’est ce que je vous prie, avec votre famille, de lui demander pour eux d’une façon particulière. Il répétait la même chose dans une autre lettre du 23 7bre : Nous ne recevons aucunes nouvelles de nos pauvres confrères de Madagascar ; je continue à les recommander à vos prières.

On voit ensuite revenir M. Montmasson avec son compagnon, les autres étant décédés en diverses façons dans cette île. On n’y envoya plus personne.

Divers Français s’étaient retirés de Madagascar dans l’île de Mascareignes ou île Bourbon, qui en est voisine, où même on envoyait des forts de l’île de Madagascar, les fainéants et autres dont on voulait éloigner se défaire, en punition de leur mauvaise vie. Y ayant trouvé un bon air et fait quelques habitations, Mrs. de la Compagnie des Indes s’en accommodèrent, et ont perfectionné cette nouvelle colonie comme un lieu propre pour rafraîchir les vaisseaux allant aux Indes orientales. Ils ont demandé des Missionnaires qui y sont allés prendre soin du spirituel en ces derniers temps ; ainsi cette nouvelle mission peut tenir lieu de celle de Madagascar. Pour ce qui est d’Alger, on demeura quelques années à convenir d’une paix avec ces infidèles ; laquelle étant faite on y envoya de nouveaux missionnaires. Mais on parlera de tout ceci dans la suite.

  1. Jean Levacher, 1619-1683.
  2. 1605-1648.
  3. Jean-Arnoult Dubourdieu, né 1626 ; mort 1677.
  4. 1641-1721.
  5. Michel Montmasson, 1639-1688.
  6. 1621-1688.
  7. Né 1658.

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