Histoire générale de la Congrégation de la Mission (16)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

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Author: Claude-Joseph Lacour cm · Year of first publication: 1897.
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XVI. Nouvelle grâce de St.-Siège.

logocmLe pape Alexandre VII, qui estimait la Congrégation, était décédé depuis quelque temps, et on avait lieu d’espérer de trouver la même bonté dans le cardinal Rospigliosi, qui lui avait succédé sous le nom de Clement IX, mais ce nouveau pape ne vécut pas longtemps et fit place au cardinal Altieri, d’une illustre famille romaine, qui prit le nom de Clement X. M. Alméras fit solliciter le nouveau pontife par Mr Simon, supérieur de la maison de Rome, d’accorder un bref à la Compagnie pour confirmer celui d’Alexandre VII, touchant l’indispensabilité des vœux par tout autre que par le Pape ou le général de la Compagnie contre les prétentions de quelques personnes sorties de la Congrégation qui croyaient pouvoir se servir à cet effet des grâces accordées par les papes dans les bulles du jubilé. Voici ce que M. Alméras en écrivit aux maisons du 8 août 1670 : Deux ou trois personnes étant sorties de chez nous depuis quelques années par l’inconstance et suggestion du malin esprit, songèrent à apaiser les remords de leur conscience et les inquiétudes d’esprit dont ils furent ensuite agités par une prétendue dispense de nos vœux, qu’ils obtinrent de certains confesseurs en vertu des dernières bulles du jubilé. C’était celui qu’avait accordé Clement X incontinent après son exaltation, suivant la coutume des nouveaux papes depuis Sixte IV, mais poursuit M. Alméras, comme le remède qu’ils pensaient y trouver était sans fondement et qu’eux-mêmes ont déclaré depuis qu’ils n’y ont pas trouvé l’assurance qu’ils cherchaient, nous ne crûmes pas pour lors qu’il fut besoin d’un plus grand éclaircissement là-dessus que celui qui est expressément contenu dans le bref d’Alexandre VII, dont on est assez informé dans la Compagnie. Nous écrivîmes seulement quelque temps après à M. Simon, supérieur de notre maison de Rome, de consulter sur ce sujet quelques prélats des plus savants et des plus expérimentes de la cour romaine et s’étant adressé à Mgr Fagnani, ci-devant secrétaire de la Congrégation du Concile, c’est le même qui a donné de célèbres commentaires sur le droit canon ; au R. P. Bona1, consulteur de diverses Congrégations et maintenant cardinal, et à Mgr Jean Gualtieri Slusio2, secrétaire des Brefs, qui sont sans contredit des plus capables et des mieux versés en ces matières, ils lui répondirent tous sans hésiter qu’on ne pouvait en vertu des bulles du jubilé, nonobstant la clause dérogatoire qui se trouve sur la fin, commuer3 en aucune façon.

Ils ajoutèrent qu’ils s’étonnaient fort de ce qu’on trouvait des confesseurs si peu éclairés et si faciles, que de dispenser ainsi sur de si faibles prétextes, que cette clause des jubilés n’était pas nouvelle ni introduite depuis le bref d’Alexandre VII, comme l’avaient pensé quelques-uns, qu’elle se trouvait dans les bulles des jubilés précédents accordées par les papes Innocent X, Urbain VIII, Grégoire XV et autres antérieurs. M. Simon le vérifia par la lecture qu’il en fit. Toutefois, ces prélats romains furent d’avis que pour désabuser ceux qui avaient étés trompés à l’occasion de la clause de cette bulle du jubilé et lever tous les prétextes qui avaient servi de fondement à cette fausse imagination, il était bon d’obtenir pour cela une déclaration expresse du St.-Siège. Cette réponse, continue M. Alméras, nous parut si judicieuse et si raisonnable, que nous ne fîmes pas difficulté de la suivre, et nous écrivîmes à Mr Simon d’agir conformément à cela ; ce qu’il a exécuté avec beaucoup de soin et de prudence. Il s’adressa 1° à la Congrégation des cardinaux interprètes du concile de Trente, où l’affaire de nos vœux avait autrefois été examinée par ordre du pape Alexandre VII avant qu’il en accordât le bref, et leur en ayant fait la proposition, ils donnèrent leur décret entièrement conformé à la réponse des trois prélats susdits, sur lequel N[otre] S[aint] P[ère] le pape Clement X a accordé le bref que je vous envoie et la difficulté proposée y est résolue en telle sorte que personne ne saurait plus révoquer la chose en doute. Cette déclaration ne nous donne rien de nouveau, elle ne fait qu’expliquer en termes plus exprès l’indispensabilité de nos vœux qui nous avait été accordée par le pape Alexandre VII depuis plusieurs années. Toutefois, c’est une nouvelle grâce et un sujet particulier à la Compagnie de remercier Dieu d’avoir ainsi y levé les prétextes dont le démon aurait pu se servir, comme il l’avait déjà fait, pour tromper quelques-uns moins affectionnés à leur vocation ; je ne doute pas que chacun de vous n’entre dans ce même sentiment de reconnaissance envers N[otre]. S[eigneur]. et ne travaille à s’affermir de plus en plus dans la fidélité aux promesses qu’il lui a faites.

Ce nouveau bref du pape Clement X est daté du 3 juin 1670 et y rappelant la disposition de celui de son prédécesseur Alexandre VII. Il la confirme de nouveau et faisant mention de la supplique du général de la Congrégation, en conséquence de la sortie de quelques-uns de ses sujets, qui prétendaient être validement dispensés des vœux par l’absolution d’un confesseur donnée en vertu de la susdite clause de la bulle du jubilé, où il est donné pouvoir de commuer toutes sortes de vœux, excepté ceux de chasteté et de religion, avec dérogation à toutes clauses, coutumes ou statuts des ordres religieux et instituts, même confirmés par le St.-Siège, dont même il faudrait faire une mention expresse du conseil des cardinaux, interprètes du concile de Trente. S[a] S[ainteté] déclare que ces vœux ne peuvent aucunement être dispensés ou commués en vertu de ces bulles du jubilé ou autres concessions, où il n’est pas fait mention expresse des vœux de cette Congrégation. Telle est sur ce point la disposition de Clement X. Laquelle n’a pourtant pas arrêté la démangeaison de plusieurs personnes qui se sont crus validement déliés depuis, ainsi que nous verrons dans la suite de l’histoire.

Le général sollicite de plus une autre grâce du St.-Siège qu’on désirât depuis longtemps dans la Congrégation, savoir, de se confesser les uns aux autres quand on était plusieurs ensemble en voyage, cela leur faisant de la peine de s’adresser aux curés ou autres prêtres de lieux qui ne sont pas au fait de notre état et de nos obligations. Voici ce qu’il en écrivit aux maisons en date du 18 S.bre 1671.4 N[otre] S[aint] P[ère] le Pape nous ayant depuis peu fait des grâces particulières, je suis obligé de vous en donner avis et d’expliquer en même temps la manière dont cela s’est fait sans aucun dessein prémédité de notre part, Mgr le Cardinal Spinola ayant vu avec beaucoup de satisfaction les bénédictions que Dieu avait données aux missions de nos prêtres de Rome dans son évêché de Sutry5, il en fit depuis un ample récit au Pape, qui savait déjà par sa propre expérience les fruits que nos missions avaient faits ci-devant dans le diocèse de Camerin6 quand il en était évêque, dont S[a] S[ainteté] lui parla en même temps, et lui témoigna beaucoup d’estime de la Compagnie, et de ses fonctions avec une grande disposition à nous en donner des marques effectives dans les occasions, ce qui obligea son Éminence à presser M. Simon de lui dire quelles grâces on pouvait désirer de nouveau, afin de les lui proposer, et comme on avait un peu auparavant obtenu ce qui était nécessaire à l’entière perfection de l’établissement de notre Congrégation, M. Simon se trouvant en peine à se déterminer et ne pensant pourtant pas différer de répondre à cause du prompt départ du Cardinal de Rome, ayant pris l’avis de ses consulteurs, il résolut de lui proposer ces deux grâces que S[a] S[ainteté] a accordé ; savoir, 1° que les prêtres ou frères de la Congrégation voyageants ensemble étants approuvés dans le lieu de leur résidence pourraient se confesser entre eux dans le cours du voyage, 2° que le général pourra désigner en chaque maison de la Compagnie par lui-même ou par les supérieurs locaux un certain nombre de prêtres habiles, et sages déjà approuvés par l’ordinaire pour ouvrir les brefs de la pénitencerie de Rome, et en exécuter le contenu suivant les conditions qui y sont portées, tout comme si ces prêtres étaient promus au doctorat, ou autres degrés exprimés dans la souscription des dits brefs.

Ce bref qui commence par ces mots Ap[o]st[oli]ci muneris, est daté du 10 juillet 1671 et le Pape y marque dans le préambule qu’il doit prendre en sa protection, et accorder plus aisément des grâces aux Congrégations dont les sujets sont destinés à procurer la plus grande gloire de Dieu, et le salut du prochain par leurs fonctions, et faisant mention de celle qu’avait déjà accordé le Pape Alexandre VII en exemptant les missionnaires de la juridiction de l’évêque à l’égard de leur conduite domestique, ce qu’il n’avait pourtant pas voulu étendre jusque-là à leurs confessions mutuelles, même en cas de voyage, S[a] S[ainteté] l’accorda, M. Alméras continue dans la lettre citée, que la première de ces grâces accordées par le St.-Siège satisfait pleinement à une des demandes faites dans l’assemblée de 1668 et que quant à la seconde quoique l’usage n’en soit pas si commun en France, comme en Italie, et autres pays, on peut cependant en avoir besoin, et que pour s’en servir il désignait dès maintenant à cet effet les supérieurs de chaque maison, le même Pape non seulement continua à la maison de Rome l’aumône de chaque mois que son prédécesseur avait accordée, mais il l’augmenta de quelque chose, sur quoi M. Alméras écrit que l’on doit encore plus considérer le motif qui a porté Sa S[ainteté] à nous favoriser de cette grâce, savoir : l’estime et l’affection qu’elle a pour la Congrégation en vue de l’utilité de ses fonctions ; ce qui doit nous exciter de plus en plus à nous en bien acquitter.

La Congrégation fleurissait ainsi et était estimée dans tous les endroits où elle se trouvait établie. La vertu effectivement y régnait ; et il arriva environ en ce temps ici un cas extraordinaire qui mérite d’être rapporté en cette histoire ; quoique bien des personnes peu crédules pourront y trouver quelque chose qui ne sera pas de leur goût, mais cela ne laissa pas d’animer plusieurs Missionnaires à l’amour de leur vocation. La chose est rapportée ainsi dans une lettre qu’un bon prêtre de la Compagnie, simple et zélé, nommé M. Chiroie7, écrivit en date du 7 janvier 1669 à un de ses confrères à Paris qui y conduisait le séminaire interne :

Il y a longtemps que je me sens particulièrement pressé de vous écrire une chose de grande consolation pour tous les Missionnaires, et vous le pourrez dire comme très assuré à vos séminaristes, quoique je ne l’aie appris que du démon, qui est le père du mensonge. Je me mêlais d’exorciser avec un curé de province une possédée et le démon marqua de la tristesse à mon arrivée, et au contraire de la joie quand je me retirais, disant qu’il ne se mettait pas en peine du curé, l’appelant faussaire, attendu qu’il avait quitté la Compagnie, quoique avec une bonne dispense de M. Vincent. Ce démon dit plusieurs fois avec serment sur les évangiles, et sur mes mains sacrées que ceux qui sont morts et qui mourront dans leur vocation étaient dans le ciel ou en voie d’y aller, et qu’il n’y en aura aucun en enfer ; et, lui ayant demandé le sort de quelques-uns qui étaient morts hors de la Congrégation, il protesta de même qu’ils étaient damnés, ayant mal vécu depuis leur sortie ou ne s’étant pas confessés de tous leurs péchés. Il donna plusieurs marques de possession qui confirment la vérité du fait : la possédée obéissait aux commandements intérieurs, entendant le grec et le latin, révélant les choses secrètes et éloignées. La chose se passa à Bugny dans le diocèse de Luçon en Bas-Poitou. Bien des gens de la Compagnie ont cru la vérité de ce fait ; c’est pour cela qu’il a fallu le faire entrer ici.

  1. Giovanni Bona, cardinal 1670; † 1674.
  2. Identification impossible.
  3. Annales ajoute “ nos vœux ” pour expliquer le sens.
  4. L’original est daté le 29 septembre.
  5. Cardinal Giulio Spinola, évêque de Sutri, 1670-1677.
  6. Clement X, Emilio Altieri, est l’évêque de Camerino de 1627 à sa démission en 1666.
  7. Jacques Chiroye, 1614-1689.

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