Fernand Portal (XVI) L’œuvre est finie

Francisco Javier Fernández ChentoBiographies LazaristesLeave a Comment

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Author: J. Bernard .
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Portal traîne une santé de plus en plus précaire. Les obsèques du Cardinal Mercier l’ont harassé. Jusqu’en avril, il se repose aux Corbières. Une photographie, prise pendant cette période d’inactivité, montre un groupe connu : Lord Halifax, deux prêtres anglicans, Hemmer et Portal. Ce dernier montre son air souriant sur un visage amaigri.

C’est la première fois que « l’abbé » reçoit Lord Halifax dans ce cadre alpestre. Les Conversations de Malines ont dû être revues avec l’ample recul que donnent les larges perspectives. « Notre chère montagne — écrivait Portal — est incomparable pour vivre près de Dieu et penser aux grandes vérités. »

Le 4 avril, Jour de Pâques, il a un entretien avec les Dames de l’Union, au sujet du rôle qu’elles ont à remplir dans le rapprochement des communautés chrétiennes. Ensuite il revient à Paris, le 8 avril, avec Mme Gallice.

Le 13 avril, il reçoit l’importante visite de Dom Beauduin. Grâce à ce bénédictin belge, les dernières réunions de Malines étaient sorties de l’ornière. On verrait malheureusement les répercussions de la note sur « l’Eglise anglicane unie, non absorbée ». C’était une aubaine de profiter de l’expérience d’un « vieux routier ». Et celui-ci, avant de partir, assiste au commencement de réalisations qui aboutiront à la fondation de l’abbaye de Chévetogne, véritable carrefour oecuménique orienté plus spécialement vers l’Orient. Mais, entre temps, Dom Beauduin passera par l’arrêt de rigueur qui frappe les bons ouvriers qui balisent de nouveaux chemins. Le Cardinal Mercier que tout le monde respectait, n’était plus là. L’abbé Portal à coup sûr mourra opportunément : il échappera ainsi à un troisième rejet.

Vers la ‘fin avril, le mal terrasse Portal. Il commence à s’en relever, une quinzaine de jours après. La Cinquième Conversation est en préparation. Courageusement, en écrivant à Lord Halifax, il trace, en raccourci, le bilan, quelquefois douloureux, de la réponse donnée, tout au long de leur vie, à l’« appel » qui les habitait, tous deux, et il scrute avec optimisme l’avenir, comme si leur amitié, tant elle est fermement ancrée et puissante en rendement, se destinait à construire l’union, durant des années interminables :

« Nous devons consacrer la plus grande partie des années qui nous restent à vivre, à jouir d’une amitié qui a été employée à travailler au bien de l’Église, et a été encouragée et renforcée par le projet qui en était le fruit et pour lequel nous avons lutté au milieu de difficultés de toutes sortes. »

Toutefois d’humbles pressentiments menaçaient le « projet » :

« Dans cette question de l’union — affirmait-il à l’abbé Calvet — ce que j’ai rêvé est réalisé. J’ai voulu le rapprochement ; on s’est rapproché, on cause. Ce qui était mon oeuvre est fini. Je n’ai plus qu’à disparaître. Pour aller plus loin, il faut d’autres moyens que je ne sais pas. Il faut d’autres hommes qui ne soient pas usés. Je gênerais plutôt que je servirais. Pour les normaliens, c’est la même chose. J’ai voulu les grouper. Ils sont groupés et le groupement tient. C’est cela qui était mon lot. Pour travailler ce groupement, il faut d’autres hommes Vrai, je n’ai plus qu’à disparaître.»

Ces deux textes, différents, offrent la même lucidité du « tra­vailleur » qui s’est situé à sa place particulière et qui reconnaît d’autant plus l’immensité du chantier à prolonger. Il a eu le génie des premières intuitions, des premières rencontres, des premières conversations, des premières organisations. Il se sent qualifié uni­quement pour les fondations. Il établit les comptes rendus d’une vocation, richement remplie, mais qui n’a pas dépassé sa «grâce». Il abandonne aux collaborateurs qui doivent prendre la relève, une oeuvre à l’état d’ébauche qui ne tient qu’à la conviction d’un homme, dont le talent d’animateur et de catalyseur accomplissait des prodiges en prenant particulièrement soin de la mise en route, la mise en éveil, la mise en relation .

Le 14 juin, il est au milieu des normaliens qui recevaient un ancien de Normale Supérieure, Mgr Baudrillart, le recteur de l’Institut Catholique de Paris. Le 16 juin, il visite avec Mme Gallice le nouveau dispensaire d’Arcueil. Il rentre chez lui, rue de Grenelle. La nuit est mauvaise. Le lendemain, il n’assistera pas à l’ouverture du dispensaire.

Menacé par une occlusion intestinale, l’opération est fixée au dimanche matin 20 juin. Il meurt, la veille, vers 22 h 30, en perdant connaissance, doucement.

Sur sa table de nuit, restait la feuille d’un article écrit par Antoine Martel, sur Lord Halifax, pour la Revue des Jeunes. « L’abbé » avait regardé les épreuves. ,C’était son dernier effort.

Deux personnes avaient entouré les ultimes heures. Mme Gallice, la fondatrice de l’oeuvre de Javel et de l’orphelinat des Corbières, et Antoine Martel, le disciple. C’est celui-ci qui faisait le joint entre Portal et Lord Halifax. Le 19 juin, il avait envoyé à Hickleton une lettre catastrophée. Puis il allait télégraphier le décès. Lord Halifax sera tellement atterré qu’il n’aura pas la force de se rendre aux obsèques. Il viendra à Paris, l’année suivante, au moment de l’anniversaire de la mort de son ami, et il verra Monsieur Pouget, à la maison-mère des Lazaristes. Le noble lord et le rustre auvergnat parlèrent avec la même vénération du P. Portal :

« Il y avait des hommes en quantité   raconte M. Pouget.

Il y avait des gens qui avaient un nom. Pour déranger tant de monde, lui qui n’avait aucune position sociale, il fallait qu’il fût estimé.

« Il était, reprit Lord Halifax, impossible de le connaître sans l’apprécier1. Il était impossible de n’avoir pas pour lui le plus grand respect et le plus grand amour.

« Il s’était aussi occupé des jeunes, fit M. Pouget, et dans les derniers temps, de ceux qui enseignent dans les écoles du peuple. »

( J. Guitton — Portrait de M. Pouget).

L’héritage spirituel était légué à Mme Gallice qui mourut en 1931, et à A. Martel qui mourut L’année après. Ces disparitions brutales compromirent une succession déjà difficile à ressaisir, pour la bonne raison qu’elle ne renfermait pas un ensemble bien défini. La recherche était à poursuivre. Ce qui comptait le plus dans le « dépôt » c’était la mentalité, la visée, l’élan. Marcel Légaut, après Antoine Martel, s’y emploiera. Pour ce qui est des Normaliens et des Instituteurs, ils se rattacheront à la Paroisse Universitaire.

La personne du P. Portal hantera les « oecuménistes » catho­liques : « Je n’ai pas connu le Père Portal, affirme le P. Congar, mais j’étais vivement attiré par sa personnalité spirituelle… Les psychologues parleraient peut-être d’un besoin d’identification à un modèle. J’avais suivi, dans les revues et dans la presse, le dérou­lement des Conversations de Malines ; celles-ci m’apparaissaient comme une sorte d’idéal ».

Dans sa Conférence sur le Rôle de l’Amitié dans l’Union des Eglises, Fernand Portal se présente avec Lord Halifax, tous deux « vieux routiers de l’Union des Eglises et devant sans trop tarder passer à d’autres le flambeau ». Son discours se termine par ces mots mémorables :

« Ayez confiance, jeunes gens, qui abordez la vie à une époque qui verra de grandes choses, dans le monde religieux surtout. En particulier, vous verrez sans doute l’Union de l’Eglise d’Angleterre et de Rome, laissez-moi vous demander un souvenir ce jour-là pour les deux amis qui ont travaillé et quelque peu souffert pour que vous puissiez récolter».

  1. J.-C. Lockhart, dans sa bibliographie de Lord Halifax, écrit : « Il n’y aurait plus maintenant de lettres avec les dernières nouvelles de ce qui se passait dans les cercles ecclésiastiques français et romains, lettres comme Lord Halifax les aimait avec leur mélange de bavardage et de solides pensées, de critiques, d’anecdotes et de plaisanteries, mais pénétrées de l’ardeur et de la dévotion de leur auteur.

    En vérité le nom d’Etienne-Fernand Portal devrait être également honoré dans son Église et dans la nôtre ».

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