Histoire d’un regard sur le pauvre (3)

Francisco Javier Fernández ChentoAu temps de Vincent de PaulLeave a Comment

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Author: l'Équipe de rédaction de l'Animation Vincentienne · Year of first publication: 1981 · Source: Au temps de St-Vincent-de-Paul ... et aujourd'hui.
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3. Un regard qui s’élargit, un regard gni s’universalise (1618-1648…)

Un_infini_regard_Après l’expérience spirituelle et pastoraie de Châtillon, saint Vincent croit avoir enfin trouvé sa vocation, sa voie : il sera curé de campagne, comme le « curé d’Ars » quelque deux cents ans plus tard à peu près dans la même région. Un curé de campagne ayant un projet (un projet pastoral, dirait-on aujourd’hui) : donner priorité aux pauvres, susciter et animer pour cela un laïcat, veiller à mener toujours de front promotion (saint Vincent disait service) et évangélisation. On trouve dans les documents du procès de béatification le bilan impressionnant de son action pastorale au cours de ces quelque six mois de présence dans la paroisse de Châtillon (XIII, 45-54).

Six mois seulement, en effet, car la famille des Gondi ne s’est pas con­solée de son départ et a entrepris toutes les démarches nécessaires pour l’obli­ger moralement à réintégrer son poste. Saint Vincent quitte Châtillon aux environs de Noël 1617 mais il ne revient pas chez les de Gondi pour reprendre son poste de précepteur. Il revient pour se consacrer totalement aux quelque 7 ou 8 000 pauvres villageois qui vivent sur les immenses terres de la famille. Peut-être, le souvenir du pauvre vieillard de Gannes a-t-il eu quelque influence dans cette décision qui, on le verra, n’est en rien un pas en arrière… bien au contraire ! Saint Vincent se croyait appelé à être et demeurer un bon curé de campagne ; la Providence lui destinait un champ d’action infiniment plus vaste et, jour après jour, expérience après expérience, il en prendra pro­gressivement conscience.

Revenu chez les de Gondi, il envisage d’exploiter et monnayer les expé­riences capitales de Gannes-Folleville et de Châtillon : il prêchera des mis­sions dans chacun des villages situés sur les terres des Gondi (comme à Folle-ville) et y constituera des équipes de laïcs pour venir en aide aux pauvres malades en s’inspirant de la première Confrérie de la Charité de Châtillon. Les objectifs sont donc clairs et le champ délimité : des « missions » rurales, des « confréries » pour les pauvres malades à domicile. Missions et confré­ries étant en quelque sorte les deux volets de son action pastorale et sociale.

Au début de l’année 1618, il croit pouvoir en rester là et vivre ainsi son sacerdoce et son charisme. Il a parfaitement assimilé les expériences de Gannes-Folleville et de Châtillon et va en faire bénéficier les pauvres villa­geois.

Mais saint Vincent n’est décidément l’homme ni d’une spécialisation ni d’un territoire délimité ; il est trop attentif à ce que l’on appellerait aujourd’hui « les signes des temps ». Pour l’instant, sociologiquement il ne s’adresse qu’aux pauvres du monde rural ; géographiquement il se limite au domaine, d’ailleurs très vaste, des Gondi. Entre 1618 et 1648, les événements qui, pour lui, comme disait Pascal, seront « des MAITRES que Dieu nous donne » vont l’amener à élargir indéfiniment sa conception sociologique du pauvre, à étendre son regard et le sens de sa responsabilité jusqu’aux extré­mités du monde.

Pour suivre ce cheminement providentiel d’une conversion prenant irrésistiblement les dimensions de l’Eglise et du monde, le mieux est, sans doute, d’évoquer rapidement l’évolution des trois fondations principales de saint Vincent du point de vue sociologique, puis géographique : d’abord les Confréries de la Charité, ensuite la Congrégation de la Mission et enfin la Compagnie des Filles de la Charité.

a. Un regard qui s’élargit

de la rencontre d’un pauvre à la découverte de TOUS les PAUVRES.

i. LES « CONFRÉRIES ».

Lorsque saint Vincent revient sur les terres des Gondi, il envisage de fonder en chaque village « une confrérie » sur le modèle de Châtillon : pour la visite des malades pauvres à domicile ; mais en septembre 1618, prêchant une mission à Joigny, il visite un petit hôpital. Depuis l’expérience de Châtil­lon, il pensait que les malades les plus abandonnés étaient ceux qui restaient éloignés de tout et de tous, et il se rend compte que les pauvres « hospitali­sés » sont également parmi les plus déshérités. Qu’importe, sa toute jeune fondation évoluera pour répondre à cet appel (XIII, 441). Dans ce cas précis, l’évolution est minime et sans problème puisqu’il s’agit d’ouvrir une institu­tion conçue pour les pauvres malades-à-domicile à des malades hospitalisés, mais ce que l’on peut appeler le « réflexe vincentien » est déjà discernable. Saint Vincent n’est pas homme d’institution ni de spécialisation. Il accepte spontanément la réalité du pauvre telle qu’elle est et quelle qu’elle soit, quitte à modifier plan, projet et structures pour les adapter sans cesse à la réalité du pauvre et à ses appels circonstanciés.

En 1619, Vincent, sur intervention de M. de Gondi, est nommé « aumônier général des galères » (l’équivalent peut-être d’aumônier général des prisons aujourd’hui). Cette responsabilité l’amène à approcher une nou­velle forme de misère et l’on s’aperçoit qu’aussitôt sa fondation des « Con­fréries de la Charité » s’adapte pour répondre à cet appel des pauvres prison­niers (XIII, 475.).

Le 23 octobre 1620, la « Confrérie » est encore remaniée et, cette fois, de fond en comble, devenant une association mixte. C’est qu’une fois encore, le regard de saint Vincent s’est considérablement élargi… au rythme de ses rencontres et observations. Jusque-là, mis à part le cas des prisonniers, il s’en était tenu au service des malades pauvres (qui conserveront d’ailleurs, dans l’action de saint Vincent, comme une sorte de prédilection et de prio­rité) ; mais une expérfence plus étendue l’amène à prendre conscience de quantité d’autres formes et situations de misère et d’injustice : les enfants pauvres (problèmes d’éducation et d’apprentissage), les vieillards, les adultes sans travail, les orphelins, les veuves et même ce qu’il appelle « les pauvres honteux » : les ruinés du fait des guerres. Comme toujours, le « réflexe vin­centien » se manifeste, rapide, adapté et la structure de la « Confrérie » se transforme pour répondre efficacement à ces divers appels des pauvres (XIII, 484).

Nous sommes en 1620, trois ans à peine après la « révélation » de Châ­tillon et déjà bien loin de ces « huit pieuses demoiselles et vertueuses bour­geoises » du premier règlement des « Confréries ». Depuis, le regard de saint Vincent s’est étendu aux hôpitaux, aux prisons, aux écoles, à l’apprentissage, aux vieillards, aux veuves pauvres et aux « pauvres honteux ». Il en sera ainsi jusqu’à la mort de saint Vincent, et depuis, en ce qui concerne les « Confré­ries de la Charité » (aujourd’hui : Equipes Saint Vincent en France et Asso­ciation Internationale des Charités — A.I.C. — sur le plan international).

ii. LA CONGRÉGATION DE LA MISSION.

Fondée par saint Vincent le 17 avril 1625. Le processus est exactement le même : il s’agit, au départ, d’une petite équipe de prêtres consacrés à l’évangélisation des « pauvres gens des champs », vivant et travaillant sur les terres des Gondi : une institution donc spécialisée et « localisée » (XIII, 197­202).

Or, très rapidement, cette « spécialisation sociologique » et cette limi­tation géographique sont provoquées et contestées par les réalités, les exigen­ces, les appels des pauvres et, là encore, la structure, les projets, les plans de la Congrégation de la Mission ne cessent d’évoluer, de s’adapter aux nouvel­les situations de pauvreté auxquelles elle se trouve confrontée.

Condition particulièrement insécurisante pour un jeune institut et dans l’une de ses meilleures conférences, celle du 6 décembre 1658 (XII, 73-94), saint Vincent âgé de 78 ans évoque, mime et ridiculise presque (en bon gas­con) l’attitude et les réactions de ses jeunes disciples trop timorés à son goût devant l’effarant éventail des engagements missionnaires et sociaux qui leur sont proposés.

« Mais qui sera-ce qui nous détournera de ces biens commencés ? Ce seront des esprits libertins, libertins, libertins, qui ne demandent qu’à se divertir et pourvu qu’il y ait à dîner, ne se mettent en peine d’autre chose. Qui encore ? Ce seront… Il vaut mieux que je ne le dise pas ! Ce seront des gens mitonnés (il disait cela, note le secrétaire, en mettant les mains sous ses aisselles, contre­faisant le paresseux), des gens qui N’ONT QU’UNE PETITE PERIPHERIE, QUI BORNENT leur vue et leurs desseins à CERTAINE CIRCONFERENCE où ils S’ENFERMENT comme en un point ; ILS NE VEULENT SORTIR DE LA ; et si on leur montre quelque chose AUDELA et qu’ils s’en approchent pour la considérer, aussitôt ils retournent en leur centre, COMME LES LIMAÇONS EN LEUR COQUILLE… (et le secrétaire, manifestement sub­jugué par le fond et la forme du passage, ajoute en note : il faisait de certains gestes de mains et des mouvements de tête, et avec une certaine inflexion de voix dédaigneuse, en sorte que cela exprimait mieux ce qu’il voulait dire que ce qu’il disait. » (XII, 92-93.)

Il est bien vrai que pour suivre saint Vincent, dans la Congrégation de la Mission, mieux valait ne pas être « limaçon » ! Fondé d’abord et unique­ment pour l’évangélisation des pauvres gens des champs, l’institut eut à se conformer et s’adapter, progressivement, à toutes les formes et situations de misères et injustices que saint Vincent décelait et rencontrait, tant à la ville qu’à la campagne, dans les prisons, les hôpitaux, les orphelinats, etc. Se rendant rapidement compte de l’importance de bdns pasteurs orientés vers les pauvres, saint Vincent engagea également ses confrères dans la formation du clergé. On comprend que les « gens mitonnés et de petite périphérie » se soient un peu sentis asphyxiés par un tel programme missionnaire. Pas saint Vincent, même à 78 ans ! Comme il le dira et redira : « les pauvres sont nos maîtres et seigneurs ». A eux de se manifester tels qu’ils sont ; à nous de nous adapter, de nous convertir pour les rejoindre là où ils sont.

iii. LES FILLES DE LA CHARITÉ.

La Compagnie des Filles de la Charité fut fondée en novembre 1633 par saint Vincent et sainte Louise de Marillac. On pourrait ajouter à ces deux noms très connus celui de Marguerite Naseau : une pauvre villageoise de Suresne qui se présenta un jour de 1630 à saint Vincent « pour servir les pau­vres ». Jusqu’alors, dans la logique de l’expérience de Châtillon et aussi de son long séjour chez les de Gondi, saint Vincent s’employait surtout à orien­ter la générosité des personnes plus favorisées vers les pauvres. Marguerite Naseau, lui rappelant soudainement ses propres origines paysannes et pau­vres, l’amène à concevoir ou pressentir ce que l’on appellerait aujourd’hui l’apostolat du milieu par le milieu ou la nécessité pour un milieu de trouver en son sein les ressorts de sa propre promotion et de son salut. L’engagement de Marguerite Naseau, « la première Fille de la Charité » selon saint Vincent (IX, 77), est certainement à l’origine de la fondation des Filles de la Charité.

Conçues d’abord pour la visite des malades pauvres à domicile, dans le cadre des Confréries de la Charité de Paris, elles se retrouveront très vite dans les hôpitaux, les écoles pauvres, au service des prisonniers, sur le champ de bataille soignant les blessés… et… partout où il y a des pauvres.

Nous retrouvons là exactement la même évolution que dans les Con­fréries et la Congrégation de la Mission. Décidément, il semble que ce soit la tare ou plutôt la grâce originelle de toutes les fondations de saint Vincent : dans un premier temps, bien court !, l’objectif apparaît bien précis et déli­mité. Mais la découverte des formes pratiquement infinies de pauvreté dans le Royaume de France et dans le monde amène saint Vincent à élargir sans cesse les horizons de ses instituts et à les adapter en conséquence. Cela d’ail­leurs ne semble guère le préoccuper. Dans une conférence aux Filles de la Charité du 18 octobre 1655, il présente même cette diversification invraisem­blable des oeuvres et engagements comme une grâce et une sorte de récom­pense de la Providence !

« Vous vous êtes données principalement à Dieu pour vivre en bonnes chré­tiennes, pour être bonnes Filles de la Charité, pour travailler aux vertus pro­pres à votre fin, POUR assister les pauvres malades… et Dieu voyant qu’elles le faisaient si soigneusement, les allant chercher dans leur maison comme fai­sait Notre-Seigneur le plus souvent, a dit : « Ces filles me plaisent ; elles se sont bien acquittées de cet emploi ; JE VEUX LEUR EN DONNER UN SECOND. » C’est, mes soeurs, ces pauvres enfants abandonnés qui n’avaient personne qui prissent soin d’eux ; et Notre-Seigneur s’est voulu servir de la Compagnie pour en avoir soin ; dont je rends grâces à sa bonté.

Comme il a donc vu que vous aviez embrassé cela avec tant de charité, il a dit : « Je veux encore leur donner un autre emploi »… c’est l’assistance des pau­vres criminels ou forçats… » (X, 124-125.)

Et voilà comment Saint Vincent, avec sans doute un peu d’humour et beaucoup de foi, justifie la diversité des engagements de la Compagnie des Filles de la Charité. Les pauvres sont innombrables et infiniment diversifiés mais ils sont « maîtres et seigneurs » ; aux servantes et serviteurs de s’y adap­ter.

C’est ainsi que, sociologiquement, le regard de saint Vincent n’a cessé de s’élargir depuis 1617 et, avec lui, les horizons de ses fondations. Il semble bien s’être toujours refusé à faire un choix parmi les pauvres, il les accepte tous, tels qu’ils sont, dans leurs situations concrètes, dans leurs besoins et leurs appels particuliers. Son regard s’élargit sans cesse et s’adapte comme doivent aussi s’adapter ses structures et institutions.

b. Un regard qui s’universalise

de la petite paroisse de Châtillon… à Madagascar

Du pauvre vieillard de Gannes et de la famille abandonnée de Châtil­lon, saint Vincent, simplement attentif à la Providence se manifestant dans l’événement, en arrive à se sentir solidaire et responsable pratiquement de toutes les misères et injustices de son temps. GEOGRAPHIQUEMENT le processus est le même et son champ de conscience ne fera que s’étendre jusqu’à atteindre les limites de la terre.

En août 1617, les horizons de M. Vincent sont ceux de la petite paroisse rurale de Châtillon-les-Dombes. Au début de l’année 1618, son ter­ritoire « pastoral et social » s’étend sur toutes les terres des Gondi et, dix ans plus tard, le ler août 1628, il écrit au pape Urbain VIII, parlant des travaux de ses premiers missionnaires :

« Ils remplissent leur pieux ministère… non seulement dans les bourgs et les villages situés sur les terres (des Gondi)… mais encore dans beaucoup d’autres parties de ce royaume de France, comme dans les archevêchés de Paris et de Sens, dans les évêchés de Chalons, en Champagne, de Troyes, Soissons, Beau­vais, Amiens et Chartres où ils exercent leurs emplois pour le plus grand bien du pauvre peuple… » (I, 59.)

Et après le Royaume de France, ce seront l’Italie, la Pologne, l’Irlande, Alger, Tunis et enfin Madagascar en 1648. Désormais, la charité et le regard de saint Vincent auront vraiment trouvé leur champ de responsabi­lité et d’action : TOUS les pauvres PARTOUT où ils sont.

La fondation de la Mission de Madagascar fut certainement, pour saint Vincent, une étape très importante et une révélation du genre de celle de Folleville et de Châtillon. C’est alors que sa charité prend définitivement les dimensions de l’Eglise et du monde des pauvres. Et, jusqu’à sa mort, il se souciera beaucoup de l’universalisme du regard et de la totale disponibilité de ses disciples. Un prêtre de la Mission qui n’est pas immédiatement disposé à partir à Madagascar n’est qu’une carcasse de missionnaire et une poule mouillée.

Le 30 août 1657, il apprend que, de tous les prêtres qu’il a envoyés dans la grande Ile, un seul a survécu, les autres ayant été victimes de naufra­ges (le voyage durait alors plus de six mois !) ou victimes des fièvres à peine arrivés. Et saint Vincent interpelle sa communauté :

« Quelqu’un de cette Compagnie dira peut-être qu’il faut abandonner Mada­gascar ; la chair et le sang tiendront ce langage qu’il ne faut plus y envoyer ; mais je m’assure que l’esprit dit autrement. Quoi ! Messieurs, laisserons-nous là tout seul notre bon M. Bourdaise ?… serait-il bien possible que nous fus­sions si lâches de coeur et si efféminés que d’abandonner cette vigne du Sei­gneur où sa divine Majesté nous a appelés, parce que seulement en voilà qua­tre ou cinq ou six qui sont morts ! Et dites-moi, ce serait une belle armée, celle qui, pour avoir perdu deux ou trois, quatre ou cinq mille hommes… abandon­nerait tout là ! Il ferait beau voir une armée ainsi faite, fuyarde et poltronne ! Disons de même de la Mission : ce serait une belle Compagnie que celle de la Mission si, parce qu’en voilà cinq ou six de morts, elle abandonnait l’oeuvre de Dieu ; Compagnie lâche, attachée à la chair et au sang ! Oh ! non, je ne crois pas que, dans la Compagnie, il y en ait un seul qui ait si peu de courage et qui ne soit tout disposé à aller remplir les places de ceux qui sont morts. Je ne doute pas que la nature ne frémisse un peu d’abord ; mais l’esprit qui tient le dessus, dit : « Je le veux ; Dieu m’en a donné le désir ; non, cela ne sera pas capable de me faire abandonner cette résolution… » (XI, 420-422.)

Effectivement les volontaires ne manquèrent jamais pour remplir les vides dans la Mission. Madagascar fut ainsi, tout à la fois, la hantise et la grande passion de saint Vincent durant les dernières années de sa vie. Quel­ques mois avant sa mort, il écrivait à M. Bourdaise; décédé depuis deux ans déjà…, mais les communications étaient alors tragiquement incertaines !

« Je vous dirai d’abord, Monsieur, la juste appréhension où nous sommes que vous ne soyez plus en cette vie mortelle, dans la vue du peu de temps que vos confrères qui vous ont précédé, accompagné et suivi ont vécu en cette terre ingrate, qui a dévoré tant de bons ouvriers envoyés pour la défricher. Si vous êtes encore vivant, oh ! que notre joie en sera grande lorsque nous en serons assurés »

et il terminait ainsi cette lettre :

« Priez aussi Notre-Seigneur pour moi, s’il vous plaît, car je ne la ferai pas longue, à cause de mon âge, qui passe à quatre-vingts ans, et de mes mauvaises jambes, qui ne me veulent plus porter. Je mourrais content si je savais que vous vivez… » (VIII, 156-160.)

Il est impressionnant de surprendre ainsi le regard de ce vieillard fixé sur l’Ile si lointaine de Madagascar, alors que tant de fondations, tant d’oeuvres et tant d’urgences le sollicitent en France et ailleurs dans le monde. Il est bien loin le temps où il rêvait de rester un bon curé de campagne. Selon la devise qu’il a laissée aux Filles de la Charité « Caritas Christi urget nos » (la charité de Jésus-Christ nous presse), la charité du Christ l’a poussé tou­jours plus loin et il se sent responsable de TOUS LES PAUVRES quels qu’ils soient, tels qu’ils sont et où qu’ils soient… PARTOUT, comme il le dit un jour aux Filles de la Charité :

« C’est ainsi qu’il faut vous comporter pour être bonnes Filles de la Charité, pour aller où Dieu voudra ; si c’est à l’Afrique, en Afrique ; à l’armée (pour soigner les blessés), aux Indes, où l’on vous demande, à la bonne heure ; vous êtes Filles de la Charité, il faut y aller… » (X, 128.)

« O mes soeurs, donnez-vous à Dieu dès ce moment pour aller PARTOUT où il se voudra servir de vous… Et dites-lui : « Je m’abandonne à vous et me jette entre vos bras, comme un enfant entre les bras de son père, pour faire votre sainte volonté. Je suis du Havre de Grâce ; si vous voulez, je suis de Metz ou de Cahors, je suis de toutes parts, de PARTOUT où il vous plaira… » (X, 513.)

On se souvient qu’un jour saint Vincent avait ironisé sur les gens « qui n’ont qu’une petite périphérie, qui bornent leur vue et leurs desseins à cer­taine circonférence où ils s’enferment »… Le regard de saint Vincent était de très grande périphérie et, fait remarquable, il a su cependant conserver tou­jours une extraordinaire attention à la personne du pauvre, à sa dignité pro­pre, à sa souffrance particulière. C’est qu’en s’élargissant et s’universalisant, son regard n’a cessé de s’approfondir et nous touchons ici, sans doute, au coeur de son expérience et à la source même de sa charité.

c. Un regard qui s’approfondit

du pauvre à Jésus-Christ, de Jésus-Christ au pauvre

La charité de M. Vincent est un peu à l’image du célèbre et très vieux chêne près de la maison de Ranquines. Elle étend et multiplie indéfiniment ses branches parce que régulièrement et vigoureusement elle assure et fortifie ses racines.

Au fur et à mesure, en effet, que le regard de saint Vincent s’étend à toutes les catégories de pauvres et aux pauvres du monde entier… jusqu’à Madagascar… ce regard sur le pauvre s’approfondit jusqu’à y rencontrer Jésus-Christ lui-même.

En la fameuse année 1617, le pauvre vieillard de Gannes et la pauvre famille malade de Châtillon sont évidemment et d’abord, pour saint Vincent, des personnes humaines dans une situation concrète de misère et d’aban­don : c’est face à cette détresse bien précise qu’immédiatement il réagit.

Mais ces pauvres gens lui apparaissent rapidement autres et plus que personnes humaines. En les rencontrant, il a comme l’impression, l’évidence d’avoir, de quelque façon, rencontré Jésus-Christ.

Depuis sept ans, on s’en souvient, il s’interrogeait et multipliait les expériences : abbé de cour, curé de Clichy, précepteur de grande famille… ne parvenant pas à sacrifier vraiment son projet « d’honnête retirade ». Il pre­nait conseil auprès des maîtres spirituels les plus illustres, tel Bérulle, mais demeurait dans le doute et le malaise. Et voilà que deux rencontres de pau­vres, coup sur coup, en l’espace de six mois à peine, lui apportent une lumière inespérée et se révèlent capables de le contraindre à changer radicale­ment de regard et de vie. A Folleville comme à Châtillon, il en est de plus en plus convaincu, Dieu est intervenu de quelque façon dans sa vie et il est inter­venu par l’intermédiaire des pauvres.

Cette évidence d’une intervention de Dieu, saint Vincent la rappelle et l’affirme chaque fois qu’il évoque les événements de Gannes-Folleville et de Châtillon :

« Hélas ! Messieurs et mes frères, jamais personne n’avait pensé à cela, l’on ne savait ce que c’était que missions, nous n’y pensions point et ne savions ce que c’était, et c’est en cela que l’on RECONNAIT QUE C’EST UNE OEU­VRE DE DIEU. » (XI, 169.)

« Appellerez-vous humain ce que l’entendement humain n’a point prévu et ce que la volonté n’a désiré ni recherché en manière quelconque ? (et il semble bien vrai qu’en janvier 1617, saint Vincent était bien loin d’imaginer qu’il con­sacrerait le reste de sa vie à l’évangélisation des pauvres !) Le pauvre M. Por­tail (son premier compagnon dans la Mission) n’y avait point pensé ; je n’y avais point pensé non plus ; cela s’est fait CONTRE TOUTE MON ESPE­RANCE et sans que j’y songeasse en aucune façon » (XII, 7.)

Et, pour prouver l’incontestable intervention de Dieu en cette affaire, il raconte une nouvelle fois l’événement providentiel de Gannes-Folleville.

Même réaction, même certitude pour l’événement de Châtillon qui, à moyen terme, fut à l’origine de la fondation des Filles de la Charité.

« Il se peut dire en effet que C’EST DIEU qui a fait votre Compagnie. J’y pensais aujourd’hui et je me disais : « Est-ce toi qui a songé à faire une Com­pagnie de filles ? Oh ! nenni. Est-ce Mademoiselle Le Gras ? (Louise de Marillac, cofondatrice des Filles de la Charité). Aussi peu. » Je n’y ai jamais pensé, je peux vous le dire en vérité… C’ETAIT DIEU et non pas moi. » (IX, 208.)

Et pour le prouver, saint Vincent reprend le récit de Châtillon.

Il semble donc bien clair, pour saint Vincent, que Dieu s’est, de quel­que façon, manifesté à lui à Folleville et Châtillon et il s’est manifesté dans la personne des pauvres. Il sait ainsi, d’expérience, qu’en ce qui le concerne, Dieu parle et SE REVELE DE PREFERENCE DANS LES PAUVRES. Il dira un jour aux Filles de la Charité

« Vous servez Jésus-Christ dans la personne des pauvres et CELA EST AUSSI VRAI QUE NOUS SOMMES ICI. » (IX, 252.)

Ces derniers mots nous donnent une idée de l’extraordinaire réalisme avec lequel il va vivre cette présence de Jésus-Christ dans le pauvre.

Ces expériences, que l’on peut qualifier de « mystiques », de Folleville et Châtilon, saint Vincent a essayé par la suite de les comprendre et de les présenter à la lumière surtout de deux passages de l’Evangile.

Pour ce qu’il a vécu à Gannes-Folleville, il se réfère de préférence à Luc IV, 18 : Jésus revient à Nazareth, au début de sa vie publique, et entre à la synagogue. Il lit devant l’assemblée, un texte du prophète Isaïe :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
IL M’A ENVOYE PORTER LA BONNE NOUVELLE AUX PAUVRES
annoncer aux captifs la délivrance
et aux aveugles le retour à la vue,
apporter aux opprimés la libération
proclamer une année de grâce du seigneur. »
Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit.
Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
Alors il se mit à leur dire :
«AUJOURD’HUI, s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Ecriture »
(Luc IV, 17-22)

Pour saint Vincent, après l’expérience de Gannes-Folleville, ce texte de l’Evangile affirme clairement que Jésus-Christ est venu évangéliser les pau­vres, délivrer les captifs, libérer les opprimés. Prioritaires de la « mission » de Jésus-Christ, les pauvres doivent donc être les prioritaires de l’Eglise de Jésus-Christ. Or les pauvres sont, le plus souvent, abandonnés de l’Eglise comme de la société. Jeune prêtre, M. Vincent lui-même a, pendant quelque dix-sept ans, recherché plutôt et côtoyé les riches et les grands. L’expérience de Gannes-Folleville lui a rappelé brutalement et providentiellement les priori­tés de l’Evangile. A l’image et à la suite de Jésus-Christ, il se consacrera donc aux « propriétaires » : aux pauvres, aux captifs, aux opprimés et il travail­lera sans relâche à ramener l’Eglise de son temps à sa vocation première : l’évangélisation des pauvres.

Vers 1620, alors qu’il prêche des missions dans les villages situés sur les terres des Gondi, un événement intervient qui amène saint Vincent à appro­fondir davantage sa lecture de ce passage de l’Evangile de Luc. Il rencontre un protestant qui l’interpelle en ces termes :

« Monsieur, vous m’avez dit que l’Eglise de Rome est conduite du Saint-Esprit, mais c’est ce que je ne puis croire, parce que, d’un côté, l’on voit les catholiques de la campagne abandonnés à des pasteurs vicieux et ignorants, sans être instruits de leurs devoirs, sans que la plupart sachent seulement ce que c’est que la religion chrétienne ; et, d’un autre, l’on voit les villes pleines de prêtres et de moines qui ne font rien ; et peut-être que dans Paris il s’en trouverait dix mille, qui laissent cependant ces pauvres gens des champs dans l’ignorance… Et vous voudriez me persuader que cela soit conduit du Saint-Esprit ? Je ne le croirai jamais… » (XI, 34.)

C’est saint Vincent lui-même qui raconte ce souvenir à ses confrères et l’on devine aisément que cette violente contestation du protestant le boule­versa… Il y a trois ans à peine, il était encore du nombre de ces dix mille prê­tres « ne faisant rien et loin des pauvres gens des champs » !

L’année suivante, saint Vincent revint en cette contrée pour prêcher là mission ; le protestant y assista et fut, à son tour, bouleversé par la façon dont on parlait aux pauvres gens et par le soin que l’on mettait à leur service spirituel et corporel :

« C’est maintenant, avoua-t-il, que je vois que le Saint-Esprit conduit l’Eglise romaine, puisqu’on y prend soin de l’instruction et du salut des pauvres villa­geois… » (XI, 36.)

Et saint Vincent de conclure ainsi ce récit :

« Oh ! quel bonheur à nous missionnaires de vérifier la conduite du Saint-Esprit sur son Eglise, EN TRAVAILLANT, comme nous faisons, à l’INS­TRUCTION et SANCTIFICATION DES PAUVRES ! (XI, 37.)

Cet événement l’aida certainement à mieux comprendre et approfondir sa vocation. Ce n’est que dans la mesure où l’Eglise se tourne en priorité vers les pauvrés qu’elle est fidèle à sa vocation et, se consacrant à l’évangélisation des pauvres, saint Vincent est désormais convaincu qu’il se situe, sans doute possible, dans la ligne de la mission de Jésus-Christ.

Avec un autre passage de l’Evangile, le regard de saint Vincent sur le pauvre s’approfondit encore. Il s’agit de Matthieu XXV, 31-46. Les apôtres ont demandé des éclaircissements sur l’entrée dans le Royaume et Jésus parle du « jugement dernier » :

« Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez les bénis de mon Père… Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité prisonnier et vous êtes venus me voir… »

Etonnés, les « élus » demandent quand ils ont visité, vêtu, nourri, soi­gné les pauvres et Jésus ajoute :

« Le Roi leur fera cette réponse : En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, C’EST A MOI QUE VOUS L’AVEZ FAIT. »

Ce passage de l’Evangile de Saint Matthieu est évoqué dans l’Acte offi­ciel instituant la première Confrérie de la Charité (XIV, 126) et il semble bien que ce texte a été, pour saint Vincent, comme la « lumière de Châtillon » qui lui a permis de comprendre et d’approfondir l’événement qu’il vivait. On se souvient que le 20 août 1617, on vint le trouver avant la messe du dimanche pour lui parler d’une famille pauvre, éloignée du village et contaminée par la maladie. Son homélie, à la messe, fut un appel en faveur de ces pauvres gens et la réponse de la paroisse fut inespérée. D’où la fondation de la première Confrérie de la Charité :

« J’avais faim et vous M’avez donné à manger…
J’étais malade et vous M’avez visité… »

On voit aisément le rapprochement entre ce texte de l’Evangile et l’évé­nement. Saint Vincent l’a perçu et, mieux, il l’a vécu. Il a pris l’Evangile à la lettre et il a essayé de le vivre chaque jour dans sa relation aux pauvres. C’est sans doute là que son regard atteint sa véritable profondeur : le pauvre c’est Jésus-Christ.

« Servant le pauvre, dit-il aux Filles de la Charité, on sert Jésus-Christ… Vous-servez Jésus-Christ en la personne des pauvres et cela est aussi vrai que nous sommes ici. Une soeur ira dix fois le jour voir les malades, et dix fois par jour elle y trouvera Dieu… Allez voir les pauvres forçats à la chaîne, vous y trouve­rez Dieu ; servez ces petits enfants (abandonnés), vous y trouverez Dieu… vous allez en de pauvres maisons, mais vous y trouvez Dieu. » (IX, 252.)

Pour saint Vincent, ce ne sont pas là des formules spirituelles et faciles, c’est l’écho vivant d’une expérience personnelle, profonde ; l’écho de Gannes-Folleville et de Châtillon qui se refait entendre chaque fois qu’il ren­contre un pauvre malade, un forçat à la chaîne, un petit enfant abandonné… Et cette conviction, on peut dire cette EVIDENCE, d’une mystérieuse soli­darité entre le pauvre et le Christ, d’une sorte d’identification de l’un à l’autre, modifie et renouvelle définitivement le regard de saint Vincent.

Ainsi, sa charité, sa façon personnelle de servir les pauvres éviteront, le plus souvent, la tentation du « paternalisme » même si les usages de l’époque peuvent apparaître aujourd’hui assez curieux. Jésus-Christ étant dans le pau­vre, étant le pauvre… nous ne pouvons être, pense saint Vincent, vis-à-vis du pauvre qu’en situation de serviteurs et de servantes. C’est là une sorte de révolution des mentalités, au xvir siècle surtout. La dame des Confréries, le prêtre de la Mission, la Fille de la Charité ne sont pas des possédants, des maîtres qui condescendent, qui pàrtagent, qui se penchent vers les pauvres, des bienfaiteurs ; ce sont des serviteurs et des servantes qui, comme dit le psaume, lèvent les yeux vers leurs maîtres. Saint Vincent ne cesse d’insister sur ce point et il est probable que ce renversement du comportement et des mentalités, dans l’exercice de la charité chrétienne, a été autant et plus béné­fique dans l’Eglise et dans le monde que les innombrables fondations et entreprises sociales suscitées par saint Vincent.

Cette conversion des mentalités n’est en fait, pour lui, que la consé­quence logique d’une conviction, d’une expérience : Jésus-Christ est dans le pauvre ; le pauvre, de quelque façon, c’est Jésus-Christ.

Dans ces perspectives nouvelles, le risque demeure, on l’a évoqué au cours de cette étude, de faire du service des pauvres une sorte d’acte de dévo­tion, une « bonne action », une recherche spirituelle plus ou moins désinté­ressée. En saint Vincent, il n’en est rien. Il a connu « par expérience et par nature » la condition des pauvres et jamais sa rencontre de Jésus-Christ dans le pauvre ne gêne, n’atténue son attention pour la situation concrète, humaine et sociale des pauvres, ni son sens de la dignité de la personne des pauvres.

Le regard de saint Vincent s’approfondit au point de rencontrer vrai­ment Jésus-Christ dans le pauvre mais sans jamais obscurcir pour autant la réalité ni les valeurs qui sont celles des pauvres.

Reste, au terme de cette étude, à souligner un aspect, le plus caractéris­tique, peut-être, du regard de saint Vincent sur le pauvre : l’unité, ou pour employer son propre terme : « la simplicité ».

La période qui a précédé la grande année 1617 nous a révélé un Vincent de Paul compliqué, doutant de tout, de lui surtout, multipliant les essais et les expériences de façon assez incertaine, anarchique. Après Folleville et Châtillon, parce qu’il décide de se consacrer à l’évangélisation et au service des pauvres, tout semble soudain s’unifier, se simplifier dans sa personnalité et dans sa vie. Tout se coordonne et s’organise progressivement autour de cette conviction : Jésus-Christ est dans le pauvre ; le pauvre, c’est Jésus-Christ.

Ainsi s’instaure une merveilleuse et toute naturelle continuité entre foi et engagement, entre prière et vie, entre deux mondes que, trop souvent, on considère distincts, sinon séparés. Pour saint Vincent, le Christ que l’on cherche dans la prière étant aussi dans le pauvre, il n’y a plus de difficulté. Il dit aux Filles de la Charité :

« Mes filles, le service des pauvres doit TOUJOURS être préféré à TOUTES CHOSES. Vous pouvez même laisser d’entendre la messe un jour de fête (c’est-à-dire vous en dispenser), mais seulement en cas de nécessité… De la sorte, vous êtes assurées d’être fidèles au règlement, et encore plus, puisque l’obéissance est réputée de Dieu comme sacrifice. C’est Dieu, mes filles, que vous voulez servir ? Pensez-vous qu’il soit moins raisonnable que les maîtres de ce monde ? Si le maître dit à son valet : « Faites ceci » et que, avant que son ordre soit exécuté, il demande autre chose, il ne trouve point mauvais que le valet laisse ce qui a été commandé en premier lieu ; au contraire, il en est plus content. Ainsi en est-il de notre bon Dieu. Il vous a appelées en une Com­pagnie pour le service des pauvres ; et pour se rendre votre service agréable, il vous y a donné des règles ; alors que vous les pratiquez, il vous demande ail­leurs ; allez-y, à la bonne heure, mes soeurs, sans douter que ce soit la volonté de Dieu. » (IX, 216.)

On remarque, dans ce texte, la facilité, la spontanéité déconcertante avec lesquelles saint Vincent confond le Dieu qui parle dans le règlement, le Dieu que l’on rencontre dans l’oraison et la messe… et le Dieu qui appelle dans le pauvre : c’est, selon lui, le même Maître qui d’abord a commandé quelque chose et ensuite en commande une autre. Dans ce cas, selon l’expres­sion connue et tellement significative de saint Vincent : « c’est quitter Dieu pour Dieu », le Dieu de la messe pour le même Dieu présent dans le pauvre.

Ainsi, dans la vie du croyant, tout est unifié et chez le disciple de saint Vincent tout devrait être simple : le pauvre est présent dans sa prière et le Christ est présent dans le pauvre qu’il sert.

C’est ainsi que le regard de Vincent de Paul est devenu aussi simple que riche et profond. C’est ainsi que saint Vincent de Paul a vu le pauvre. Et l’on comprend qu’il ait pu dire un jour à ses missionnaires :

« … Tournez la médaille, et vous verrez par les lumières de la foi que le Fils de Dieu, qui a voulu être pauvre, nous est représenté par ces pauvres… O Dieu ! qu’il fait beau VOIR les pauvres, si nous les considérons en Dieu et dans l’estime que Jésus-Christ en a faite !… » (XI, 32.)

Bibliographie

  • Le grand saint du grand siècle : Monsieur Vincent, par Pierre Coste (3 volumes). Desclées de Brouwer et Cie, Paris, 1932.
  • Correspondances, Entretiens et Documents de saint Vincent de Paul (14 tomes publiés et annotés) par Pierre Coste. J. Gabalda, éditeur,1920-1925. (Les citations de saint Vincent que nous publions sont tirées de ces ouvrages ; avec indication du tome (chiffres romains) et de la page.)
  • La vie du vénérable serviteur de Dieu, Vincent de Paul, par Abelly, premier biographe de saint Vincent. Paris, 1664.
  • Saint Vincent de Paul, par J. Calvet. Ed. Albin Michel, Paris, 1948 et 1959.
  • Guide de saint Vincent de Paul à travers Paris, par R.P. Chalumeau. Ed. CEFAG, Paris, 1960 et 1977.
  • Saint Vincent de Paul et la charité, par André Dodin. « Maîtres spirituels », éd. du Seuil, 1960.
  • Entretiens spirituels de saint Vincent de Paul. Textes réunis et présentés par André Dodin. Ed. du Seuil, 1960.
  • La parole est à Monsieur Vincent, par Marcelle Auclair. Ed. Bayard-Presse, 1960.
  • Votre très humble serviteur Vincent Depaul, par André Frossard. Ed. Bloud et Gay, 1960.
  • Le coeur de saint Vincent de Paul, par Leuret-Dupanloup. Chez Lethielleux, 1971.
  • Ce que croyait Monsieur Vincent, par Jacques Delarue. Chez Mame, 1974.
  • Saint Vincent de Paul ou le trésor des pauvres, par W. de Spens. Paris, 1978.
  • Saint Vincent de Paul, par J.-F. Six. Centurion, Paris, 1980.
  • Monsieur Vincent, texte de Daniel-Rops. Ed. du Chalet, 1959.
  • La vie et l’âme de M. Vincent, D. Rops et R.P. Chalumeau. Ed. Fayard, 1959.
  • Monsieur Vincent. Ed. Fleurus, 1978 (bandes dessinées).
  • Vincent de Paul et le journal de la tendresse chrétienne. Ed. Univers-Media, 1979. Saint Vincent aujourd’hui comme hier. Ed. C.I.F., 1980.

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