La vie du vénérable serviteur de Dieu Vincent de Paul, Livre premier, Chapitre XXVII

Francisco Javier Fernández ChentoVincent de PaulLeave a Comment

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Author: Louis Abelly · Year of first publication: 1664.
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Les Conférences spirituelles pour les Ecclésiastiques.

C’est de tout temps que les conférences spirituelles ont été en usage dans l’Église, principalement entre les personnes désireuses de la vertu. Les anciens Pères du désert s’en servaient comme d’un excellent moyen pour s’entr’aider dans la voie étroite de la perfection évangélique, et nous avons encore des volumes entiers remplis des matières qu’ils traitaient dans leurs saintes assemblées, où ils considéraient Jésus-Christ présent, suivant la parole qu’il en a donnée dans son Evangile, que lorsque deux ou trois seraient assemblés en son nom, il se trouverait au milieu d’eux.

Or, comme M. Vincent reconnaissait l’excellence et l’utilité de ce moyen par sa propre expérience, l’ayant introduit parmi ceux de sa Compagnie, des le commencement de son établissement, avec grande bénédiction, il embrassa volontiers l’occasion que Dieu lui présenta d’établir ces mêmes conférences spirituelles parmi les personnes ecclésiastiques. Voici de quelle manière la chose arriva.

Quelques vertueux ecclésiastiques ayant passé par les Exercices de l’ordination et reçu par ce moyen plusieurs grâces, et particulièrement une grande affection de mener une vie digne du caractère sacré qu’ils avaient reçu, se trouvèrent pleins du désir de conserver ces bons sentiments et de persévérer dans ces saintes dispositions. Ils s’adressèrent à ce sujet à M. Vincent, le priant de les vouloir assister de ses bons avis pour leur conduite, et leur déclarer de quelle façon ils se devaient comporter pour correspondre fidèlement aux grâces qu’ils avaient reçues en l’ordination.

M. Vincent, qui ne respirait que charité, et qui avait un zèle très ardent pour procurer le bien spirituel des personnes ecclésiastiques, leur proposa, entre plusieurs autres moyens, de s’assembler une fois la semaine pour conférer ensemble des choses qui regardaient leur état, comme des vertus ecclésiastiques, des fonctions propres de leur ministère et autres semblables matières dont ils pourraient tirer une grande utilité pour le bien de leurs âmes; outre que ces mêmes Conférences serviraient à faire entre eux quelque union particulière au service de Jésus-Christ et de son Église, pour s’entr’aider les uns les autres, s’encourager dans leurs travaux et se perfectionner dans leurs emplois.

Cette proposition fut reçue par eux comme un avis qui leur venait du ciel par l’organe de M. Vincent. Le mardi fut choisi comme le jour de la semaine qui leur semblait le plus propre pour cette conférence, laquelle ils commencèrent dès ce temps-là, avec l’agrément et permission de M. l’Archevêque de Paris, (ce fut en l’année 1633) et l’ont depuis toujours continuée avec un très grand fruit, non seulement pour leur propre avancement en la vertu, mais aussi pour le bien de toute l’Eglise, comme l’on verra au second livre. Cette assemblée, petite au commencement, quant au nombre, s’est multipliée avec une bénédiction particulière, et a servi comme d’une pépinière sacrée qui a fourni à la France plusieurs archevêques et évêques qui s’acquittent saintement de leurs charges, ainsi qu’un grand nombre de vicaires généraux, officiaux, archidiacres, chanoines, curés et autres ecclésiastiques qui remplissent très dignement les bénéfices, offices et dignités de l’Église, et qui se sont répandus par tous les diocèses de ce Royaume, où ils ont beaucoup profité par le bon exemple de leur vie, et par le zèle qui anime leurs fonctions et qui les fait travailler avec bénédiction à l’avancement du royaume de Jésus-Christ.

Il est bien vrai que ce n’était en aucune façon pour se produire, ni pour se procurer aucun avantage temporel ou l’entrée dans les bénéfices, que ces ecclésiastiques s’engageaient dans ces conférences; Au contraire, entre les dispositions qu’on désirait en ceux qui y étaient reçus, une des principales était un grand dégagement de tout propre intérêt, avec une intention pure et simple de se donner parfaitement au service de Dieu et de correspondre fidèlement a leur vocation. Leur sage et zélé directeur ne leur inculquait pour l’ordinaire autre chose que l’amour de l’humiliation, du mépris, de la pauvreté et des souffrances, à l’exemple de Jésus-Christ, leur divin Maître, dont ils faisaient profession particulière de se rendre imitateurs; et leurs emplois plus fréquents étaient d’aller catéchiser et confesser les pauvres dans les hôpitaux, dans les prisons et autres semblables lieux, ou bien d’aller travailler, quand M. Vincent les y conviait, avec les prêtres de sa Congrégation dans les paroisses des villages et rendre tous les services qu’ils pouvaient aux pauvres de la campagne, et enfin de s’occuper dans les emplois ecclésiastiques qui semblent les plus bas et les moins estimés. Cependant Dieu, qui se plaît autant à exalter les humbles qu’à rabaisser les superbes, voulut se servir de leur abaissement pour les élever: car ces conférences et ces exercices ayant produit un changement assez considérable parmi les ecclésiastiques de Paris, entre lesquels on en voyait plusieurs, d’une naissance illustre, mener une vie fort exemplaire et s’employer avec zèle à diverses œuvres de charité, M. le Cardinal de Richelieu, qui en avait ouï parler, voulut en être plus particulièrement informé. Pour ce sujet il manda M. Vincent, et l’ayant entretenu touchant ces assemblées et conférences d’ecclésiastiques, et même sur la conduite et les emplois des prêtres de la Mission, il en fut très satisfait, et il conçut dès lors une plus grande estime de la personne et de la vertu de Monsieur Vincent que le bruit commun ne lui en avait donné, comme il le témoigna à Madame la Duchesse d’Aiguillon, sa nièce; l’ayant depuis voulu voir en diverses occasions, il l’exhorta de continuer les bonnes œuvres qu’il avait commencées, et lui dit même qu’il estimait que sa Congrégation ferait beaucoup de bien dans l’Église, lui promettant toute protection et assistance.

Il désira aussi savoir quels étaient ces bons ecclésiastiques qui s’assemblaient toutes les semaines à S. Lazare, quelle était la fin de leurs assemblées, de quelles matières ils traitaient dans leurs conférences et à quelles œuvres de piété ils s’appliquaient. Il témoigna une satisfaction particulière des réponses que Monsieur Vincent lui fit là-dessus; comme il avait un grand désir de procurer que les églises de France fussent remplies de bons évêques et que ceux qui seraient élevés à cette dignité fussent pourvus de toutes les qualités requises pour s’acquitter dignement de leurs obligations, il lui demanda quels étaient particulièrement ceux qu’il estimait dignes de l’épiscopat, à dessein de les proposer au Roi pour être nommés par Sa Majesté aux évêchés qui viendraient à vaquer. M. Vincent lui en ayant nommé quelques-uns, ce sage et zélé ministre prit aussitôt la plume et se donna la peine d’en écrire lui-même la liste de sa propre main, selon l’ordre qu’il lui nommait. Et ce qui ne doit pas être omis est que tout ceci se passa si secrètement, et M. Vincent fut si réservé en ce point, qu’aucun des ecclésiastiques de cette conférence n’en a jamais rien su de son vivant; ayant toujours eu, un très grand soin de les entretenir dans cet esprit d’humilité, de simplicité et de désintéressement évangélique, sans jamais leur dire aucune parole qui fît paraître qu’il eût la moindre pensée de leur procurer ces grandes charges, mais plutôt les exhortant incessamment à fuir tout ce qui paraît éclatant et élevé et à aimer et embrasser leur propre abjection. Nous verrons au second livre plus particulièrement les grands biens que Dieu a tirés de cette assemblée qui se faisait à Saint-Lazare pour la sanctification du clergé et pour le service de toute l’Église; l’un desquels a été que cette pratique des conférences ecclésiastiques, ayant ainsi commencé à Paris, s’est depuis introduite en plusieurs autres diocèses, où, par les soins de MM. les Prélats, on voit les curés, les bénéficiers et autres prêtres, tant des villes que des champs, s’assembler en certains jours aux lieux qui leur sont désignés, pour y traiter et conférer ensemble des matières qui concernent leur état et les obligations qui y sont annexées: le tout avec une très grande utilité, non seulement pour la réformation du clergé, mais aussi pour l’édification des peuples.

En l’année 1642, il se présenta une occasion à M. Vincent d’établir une seconde conférence d’ecclésiastiques au collège des Bons-Enfants, qui fut telle:

Les dames de l’assemblée de la Charité de Paris, dont il sera parlé ci-après, ayant procuré qu’il y eut un certain nombre de prêtres, outre ceux qui demeuraient à l’Hôtel-Dieu, pour être particulièrement employés à l’assistance des malades, M. Vincent, selon sa charité ordinaire, reçut à Saint-Lazare les six premiers qui y furent destinés, pour les y préparer par les exercices de la retraite; à la fin de laquelle les ayant exhortés de s’acquitter dignement de l’emploi de charité auquel ils s’allaient appliquer et de conserver l’esprit de piété et l’union fraternelle entr’eux, il s’avisa de leur proposer pour cela divers moyens, dont le principal fut de s’assembler une fois chaque semaine au collège des Bons-Enfants, pour y faire des conférences spirituelles à peu près comme celles de Saint-Lazare. ce que ces bons ecclésiastiques ayant volontiers accepté, il leur désigna le jeudi, comme un jour plus propre que le mardi auquel se tenait la conférence de Saint-Lazare, parce que, le jeudi n’étant pas ordinairement un jour de classe, cela donnait la commodité à plusieurs ecclésiastiques étudiants en théologie dans l’Université de pouvoir assister à cette nouvelle conférence sans perdre aucune de leurs leçons. Ainsi fut commencée cette seconde conférence qui a toujours continue depuis, et qui a donné moyen à plusieurs ecclésiastiques de joindre l’étude de la vertu avec celle de la science, et de se rendre ainsi plus capables de servir l’Eglise et de donner une plus grande gloire à Dieu.

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