Jean-Gabriel Perboyre, Lettre 031. A son Frère Jacques, à Montdidier

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Jean-Gabriel PerboyreLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Jean-Gabriel Perboyre · La source : Lettre 31. — Maison-Mère, original 23..
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Saint-Flour, le 23 février 1832.

Mon cher frère,

Quels tristes moments n’ai-je pas passés depuis que j’ai reçu votre dernière lettre ! Jugez de ma douleur par celle que vous avez éprouvée vous-même à la nouvelle de la mort de Louis. Pouvions-nous perdre rien de plus cher, de plus aimable ? C’était un ange que Dieu nous avait donné dans ce frère. Aussi a-t-il voulu le dérober de bonne heure à la terre. Que notre affliction ne nous absorbe pas cependant tout entiers. Que notre âme désolée se tourne vers Dieu, pour chercher en lui les véritables consolations. Confessons que le Seigneur est tout bon et tout miséricordieux. Il a comblé Louis de grâces pendant sa courte vie et lui a accordé le bonheur de mourir de la mort des saints. Que sa fin est belle aux yeux de la foi ! En échange de cette triste vie qu’il a si généreusement sacrifiée pour J. C., il jouit d’une vie divine, éternelle. Celui qui l’assure est la Vérité ainsi que la Résurrection et la Vie. Quoique nous ayons la douce confiance que notre frère est déjà au sein de la gloire, ne cessons de faire monter vers le trône de la grâce nos humbles suffrages ; ils nous reviendront toujours changés en bénédictions célestes. Nous avons fait aujourd’hui au grand Séminaire un service funèbre avec toute la solennité possible. J’ai reçu dernièrement une lettre de l’oncle de Montauban, et quelque temps auparavant une autre de notre sœur Antoinette. Il paraît que nos parents, se portent bien. Je viens de leur écrire. J’ai des reproches à vous faire, mon cher frère ; vous ne m’écrivez pas assez souvent. Vous ne voulez peut-être pas faire trêve avec les méditations philosophiques. Eh bien ! envoyez-moi des dissertations en guise de lettres. Par là, sans sortir de votre élément, vous communiquerez encore avec les vivants. Vous voilà lancé, me dites-vous, dans l’immense région de l’infini ; bon courage, vous n’épuiserez pas la matière. Tâchez d’éviter un écueil que rencontrent souvent les étudiants en philosophie ; en s’accoutumant à parler de Dieu avec une liberté peu respectueuse, ils affaiblissent insensiblement en eux les sentiments religieux que doit inspirer l’idée de cette adorable Majesté ; la foi en souffre, la piété aussi. L’humilité et la prière procurent plus de connaissance de Dieu que de superbes raisonnements. Il faut travailler de toutes les manières à croître de plus en plus dans cette connaissance ; non cessamus pro vobis orantes et postulantes ut impleamini agnitione voluntatis ejus, in omni sapientia et intellectu spiritali… crescentes in scientia Dei1.

Je vous embrasse bien affectueusement, mon cher frère ; recommandez-moi à la Sainte Vierge.

J.G. Perboyre ind. p. d. l. m.

  1. « Nous ne cessons de prier pour vous et de demander que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté en toute sagesse et toute intelligence spirituelle…, croissant dans la science de Dieu ». (Col. 1, 9-10).

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