Jean-Gabriel Perboyre, Lettre 030. A son Oncle, à Montauban

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Jean-Gabriel PerboyreLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Jean-Gabriel Perboyre · La source : Lettre 30. — Vauris, op. cit. p. 103..
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[Saint-Flour, février 1832]

Mon très cher oncle1,

Oh ! non, vous ne pouviez pas avoir à m’annoncer une nouvelle plus affligeante que celle de la mort de Louis. Qu’avais-je de plus cher parmi les hommes que ce pauvre frère ? Je suis inconsolable. Mon cœur est déchiré ; des ruisseaux de larmes ne cessent de couler de mes yeux ; j’en arrose tous les jours les autels et le dernier signe de tendresse que m’a donné ce cher frère, la lettre qu’il écrivit en partant de l’île Bourbon, le 30 mars, peu de jours avant sa mort. Ah ! mon bien-aimé frère, depuis bientôt un an, ton corps est enseveli dans les profonds abîmes de la mer, et ton âme repose dans le sein de la divinité. Dédommage-nous de notre douleur par ta bienheureuse protection, et obtiens à ceux qui te pleurent la grâce de partager un jour ta gloire et ton bonheur. Je ne doute pas que Louis ne jouisse déjà de la gloire céleste, et dans cette pensée je me dis : Quare tristis es, anima mea, et quare conturbas me ?2 Mais la nature !… Oui, mon très cher oncle, vous avez préparé en Louis un élu au Seigneur. Au moins vous n’aurez pas perdu toutes les peines que vous avez bien voulu vous donner pour nous. Après avoir mené une vie angélique, sous vos auspices, et avoir puisé à la source l’esprit de son état, dévoré de zèle pour le salut des âmes, il s’est élancé à travers les mers, cherchant la mort des martyrs. Il n’a trouvé que celle d’un apôtre. Que ne suis-je trouvé digne d’aller remplir la place qu’il laisse vacante ! que ne puis-je aller expier mes péchés par le martyre après lequel son âme innocente soupirait si ardemment ? Hélas ! j’ai déjà plus de trente ans, qui se sont écoulés comme un songe, et je n’ai pas encore appris à vivre ! Quand donc aurai-je appris à mourir ? Le temps disparaît comme une ombre légère, et sans nous en apercevoir nous arrivons à l’éternité. Verumtamen universa vanitas omnis homo vivens…

  1. Son oncle Jacques Perboyre, C.M., voir Lettre 1, note 4, p. 1.
  2. « Pourquoi êtes-vous triste, à mon âme, et pourquoi m’affligez-vous ? » (Ps. XLII, 4).

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