Jean-Gabriel Perboyre, Lettre 023. A son Frère Louis, à Paris

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Jean-Gabriel PerboyreLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Jean-Gabriel Perboyre · La source : Lettre 23. — Maison-Mère, original 20..
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[8 octobre 1830]

Mon très cher frère,

La grâce de N. S. soit toujours avec vous.

J’éprouve d’une manière bien sensible la vérité de ce que dit sainy Augustin, que l’on ne connaît jamais mieux l’attachement qu’on peut avoir pour quelqu’un que lorsque on en est séparé. Je ne puis vous voir vous éloigner sans émotion, et pardonnez-moi si je vous avoue que je ne suis pas maître de retenir mes larmes. La nature s’afflige, mais la foi vient consoler. Pour soutenir ma faiblesse et soulager ma peine, je me représente la gloire que vous procurerez à Dieu et le salut des âmes que vous aurez le bonheur d’arracher à l’esclavage du démon. L’espoir de vous revoir, sinon ici-bas, du moins dans la céleste patrie, adoucit l’amertume de ma douleur. Allez donc, mon très cher frère, allez où la voix de Dieu vous appelle. Vous emportez mes regrets, mais mes vœux vous poursuivront partout.

Puisse le Seigneur Jésus agréer votre belle résolution et bénir d’avance tous les travaux et toutes les peines auxquels vous vous êtes voué pour la gloire de son adorable nom ! Puisse la Reine des Anges et des hommes vous favoriser toujours d’une protection toute spéciale !

Puisse votre saint Ange gardien, aux soins duquel je vous recommande, vous préserver de tout danger et vous prodiguer tous les secours dont vous aurez besoin pour le corps et pour l’âme !

Puisse l’Ange des mers vous procurer une navigation heureuse et vous servir de guide et de compagnie !

Puissent les anges tutélaires des contrées infidèles que vous êtes destiné à évangéliser vous saluer à votre arrivée, vous seconder dans toutes vos entreprises et vous obtenir d’immenses succès dans l’établissement du règne de Dieu !

Puissions-nous l’un et l’autre vivre de la vie des saints et mourir de la mort des élus !

Je crains de n’avoir pas été fidèle à la vocation que le Seigneur vous a donnée. Priez-le de me faire connaître sa sainte volonté et de m’y faire correspondre. Obtenez-moi de sa miséricordieuse bonté le pardon de mes misères et l’esprit de notre saint état afin que je devienne un bon chrétien, un bon prêtre, un bon missionnaire.

Non, mon très cher frère, je ne vous oublierai pas moi-même : tous les jours de ma vie, je porterai votre souvenir à l’autel. Là nous nous trouverons unis dans le divin Cœur de Jésus.

Je n’enverrai pas à M. Etienne la note de M. Delarche1. Il a tiré sur moi un billet de 230 Fr., ce qui a plus qu’épuisé mes faibles ressources. Toutefois M. Etienne peut tirer encore pour ce qu’il a avancé pour vous ou pour Jacques ainsi que pour ce que je lui devais déjà, s’il n’aime mieux quelque autre moyen de remboursement.

Je vais écrire à nos parents pour les consoler ; ils doivent en avoir un peu besoin. Je vous donnerai de leurs nouvelles aussi souvent que je pourrai. Ecrivez-nous aussi à toutes les occasions que vous rencontrerez. Adieu, mon très cher frère, je vous embrasse en N. S. dans toute la tendresse de mon cœur.

J.G. Perboyre ind. p. d. l. m.

Acquittez-moi auprès de tout le monde et en particulier de M. Boullangier. Les parents de M. Torrette2 vont vous envoyer leurs dépêches. M. Guyot3 doit être déjà à Cahors. Tous nos confrères vous embrassent.

Nota : deux cachets de la poste : 8 oct. 1830 en noir, 11 oct. en rouge (réception).

  1. Delarche (Prudent), C.M., prêtre, né à Hornoy, diocèse d’Amiens, le 14 mai 1800, reçu au séminaire le 20 septembre 1825, fit les vœux le 21 septembre 1827. Rentré dans son diocèse en 1838.
  2. Torrette (Jean-Baptiste), C.M., prêtre, né à Brioude, Haute Loire, le 28 novembre 1801, reçu au séminaire à Paris le 9 décembre 1824, fut ordonné prêtre, avec saint J.G. Perboyre, le 23 septembre 1826, fit les vœux à Cahors le 17 décembre suivant. Arrivé à Macao le 18 octobre 1829. Fut le premier Lazariste Français qui vint en Chine après le rétablissement de la Congrégation, juste à temps pour ne pas interrompre la tradition de l’ancienne mission, représentée par M. Lamiot, dont il ferma les yeux le 5 juin 1831, et prit la succession comme supérieur de la maison de Macao et visiteur des missions françaises confiées aux Lazaristes. Comme étranger il eut des difficultés avec le gouvernement de Macao, expulsé de la colonie, avec les procureurs des autres missions, il alla résider à Canton ; l’exil ne dura qu’un an, en 1834 il revint à Macao. Il rendit des services immenses aux missions dont il avait la charge ; on lui doit l’établissement des vicariats apostoliques, qui ont donné à ces missions une organisation qui garantit pour l’avenir leur succès et leur développement. Décédé à Macao le 12 septembre 1840, le lendemain du martyre de son saint ami.
  3. Guyot (Joseph), C.M., prêtre, né à Saint-Illide, diocèse de Saint-Flour, le 11 juin 1803, reçu au séminaire le 9 décembre 1824, fit les vœux le 10 décembre 1826, décédé à Cahors le 10 août 1879.

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