Jean-Gabriel Perboyre, Lettre 022. A son Frère Louis, à Paris

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Jean-Gabriel PerboyreLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Jean-Gabriel Perboyre · La source : Lettre 22. — Maison-Mère, original 19..
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Mon très cher frère,

La grâce de N. S. soit toujours avec vous.

J’ai été dans des transes mortelles depuis la première nouvelle de la Révolution, jusqu’au moment où nous avons appris que vous étiez en sûreté. Le triste souvenir de mon frère me poursuivait jusqu’au memento des morts ! J’ai versé aussi un torrent de larmes, quand on m’a dit que le corps de Saint Vincent avait été jeté à la Seine, et je n’ai été consolé que lorsque j’ai été tout à fait détrompé. Puisse le Seigneur continuer à favoriser de sa divine protection et vous et tous les Enfants de saint Vincent ! Puisse-t-il leur conserver toujours leur sacré Palladium dans les précieux restes de leur bienheureux Père !

Il ne m’est guère possible d’aller vous voir ces vacances. Les circonstances sont si critiques. Ma bourse n’est pas fournie. Ma présence est utile à Saint-Flour. Toutefois je désire ardemment d’avoir l’occasion de vous voir avant votre départ pour la Chine. Quoique je ne sois pas très éloigné de prendre la même route que vous, je ne suis pas assez prêt ni assez décidé de moi-même pour m’embarquer cette année. En attendant j’applaudirai à votre courage et à votre démarche. Le père et la mère étant encore en vie, je ne vois pas d’arrangement de famille à faire. Plus tard vos frères pourront vous représenter. Je n’ai pas besoin de vous dire que ni les pleurs ni les prières des parents ne doivent vous ébranler.

M. Etienne1 voudra bien m’excuser, je ne l’ai pas remboursé plus tôt, parce que je n’ai pas trouvé d’occasion favorable. Voici de quelle manière je vais le faire : priez-le de tirer sur moi un billet de deux cents francs, après que vous m’en aurez averti par une lettre. Sur cette somme il retirera ses 30 Fr. 70 ou 45 Fr. 70, si vous n’avez pas renvoyé chez le libraire les mois de Marie de M. de Bussy et que vous puissiez me les faire passer. Ensuite vous voudrez bien payer à M. le procureur de Montdidier les frais d’entretien de Jacques, vous ferez habiller ce cher frère et lui garnirez un peu le gousset pour ses besoins légitimes. Enfin, si après tout cela il vous reste quelque chose, tirez-en votre petit profit ; sinon je tâcherai de vous satisfaire plus tard.

Informez-vous s’il vous plaît, si les Annales de philosophie chrétienne ont de bons rédacteurs qui puissent rendre ce recueil précieux. Je désirerais m’y abonner, s’il en valait la peine.

Je vous prie d’interpréter mes sentiments auprès de tout le monde et de recevoir mon accolade fraternelle.

J.G. Perboyre Ind. ptre. d. l. m.

Saint-Flour, le 24 août 1830.

  1. Etienne (Jean-Baptiste), C.M., prêtre, né à Longeville-lez-Metz, le 10 août 1801 ; reçu au séminaire à Paris le 4 octobre 1820 ; y fit les vœux le 18 octobre 1822 ; y fut ordonné prêtre le 24 septembre 1825 ; nommé procureur et secrétaire général de la Congrégation en juillet 1827 ; en 1835 il refuse l’évêché d’Alger ; le 4 août 1843 il est élu Supérieur général, et devint le restaurateur de la Congrégation de la Mission ; décédé à Paris le 12 mars 1874.

    (Cf. Vie de M. Etienne… Paris, 1881)

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