Jean-Gabriel Perboyre, Lettre 020. A son Frère Louis, à Paris

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Jean-Gabriel PerboyreLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Jean-Gabriel Perboyre · La source : Lettre 20. — Maison-Mère, original 17..
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Saint-Flour, le 24 février 1830.

Mon très cher frère et confrère,

La grâce de N. S. soit toujours avec nous.

O la belle journée ! Ce matin, après la cérémonie des cendres, trois personnes que j’aime également et dont chacune m’est aussi chère que ma propre vie, sont entrées dans le même instant dans ma chambre, L’heureuse rencontre de ces trois voyageurs, qui pour la première fois se trouvaient ensemble chez moi, m’a causé encore plus de plaisir que de surprise. Leur compagnie m’a charmé autant de temps que j’ai pu en donner à leur visite. Que ne pouviez-vous être témoin de ma joie et la partager !

Ces trois personnes vous sont parfaitement connues. La première venait de Paris, la seconde de Montdidier et la troisième du Puech. C’étaient mes trois jeunes frères qui me saluaient et m’embrassaient à qui mieux mieux. J’ai reçu à la fois de la même main, trois lettres signées : Louis, Jacques… Antoine Perboyre.

Pour le coup c’est par trop de bonheur. Je n’ai pu m’empêcher de remercier vos bons anges qui s’étaient sans doute concertés pour me procurer une telle satisfaction. En vous écrivant, je vous dirai donc que Jacques et Antoine se portent bien. Je dirai à Jacques que Louis et Antoine se portent, le premier comme un prince, et le second comme un moine.

J’annoncerai à Antoine que Louis et Jacques le défient de se mieux porter qu’eux. Je les assurerai tous que je les aime autant qu’ils puissent m’aimer. Nous sommes bien unis, soyons-le ad majorem gloriam Dei. Puissions-nous l’être encore plus à tout jamais dans le ciel !

J’ai reçu aussi dernièrement une lettre de mon oncle de Montauban ; il se porte bien maintenant et paraît assez content de son pensionnat. Quant à celui de Saint-Flour, il commence à être florissant : il est nombreux ; le bon esprit, la régularité, la piété, l’application des élèves nous donnent vraiment de la satisfaction.

Notre nouvel évêque, que vous avez vu à Paris, nous a déjà honorés d’une visite ; il ne tiendra pas à lui que l’établissement ne prospère de plus en plus.

Vous m’avez fait un crime de ce que, dans ma dernière lettre, je ne vous ai rien dit de nos confrères du grand séminaire et de ce que, ordinairement, je ne vous donne pas assez de renseignements. Le premier point me paraissait inutile ; ces Messieurs écrivant à Paris plus souvent que moi. Pour le second, je croyais devoir m’en abstenir par délicatesse, pour ne pas empiéter sur les droits d’autrui, M. Grappin étant chargé de rendre compte des deux maisons, Vous faites bien d’assister à la classe de morale. Thésaurisez maintenant, munissez-vous de toutes les connaissances théologiques dont vous pouvez avoir besoin dans la suite ; car vous n’aurez pas la facilité de les acquérir si vous allez dans les missions étrangères, et vous n’en aurez pas le temps, s’il vous arrive jamais d’avoir un poste tel que le mien.

Si l’on pouvait se recommander aux études, comme aux prières de quelqu’un, je demanderai d’avoir quelque part aux vôtres ; car mon esprit s’abrutit de jour en jour ; bientôt il sera tout matériel et entièrement nul pour toute fonction intellectuelle, Vous pouvez m’obtenir du moins de l’Esprit qui éclaire tout homme venant en ce monde, les lumières dont j’ai besoin pour bien remplir mes devoirs.

Tous les confrères de Saint-Flour se portent assez bien. On est en général content d’eux. Je les salue de temps en temps ; je ne les vois qu’en passant.

Dans une de vos lettres vous aviez mis le contraire pour au contraire ; c’était une faute : la première locution n’est qu’un substantif, la seconde est un adverbe. Puisque vous réclamez mes leçons, en voilà une. Toutefois ne craignez pas que je m’amuse à épiloguer sur tout ce que vous m’écrivez. Seulement écrivez-moi souvent, et excusez-moi, si je ne puis vous toujours répondre.

Veuillez m’acquitter auprès de tout le monde de la dette du respect ou de celle de l’amitié.

Votre très affectionné frère,

J.G. Perboyre ind. p. d. l. m.

Saint-Flour, le 11 mars 1830.

Pour que vous puissiez accorder les 2 dates de cette lettre, je dois vous dire qu’à peine je l’avais commencée que j’ai été obligé de l’interrompre et de la laisser reposer pendant 15 jours. Vous voyez par là combien j’ai peu de temps libre pour vous écrire. Priez pour moi !

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