Jean-Gabriel Perboyre, Lettre 017. A son Frère Louis, à Paris

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Jean-Gabriel PerboyreLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Jean-Gabriel Perboyre · La source : Lettre 17. — Maison-Mère, original 14..
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Saint-Flour, le 21 avril 1829.

C’est tout de bon, cher frère,

La grâce de N. S. soit toujours avec nous.

C’est tout de bon, cher frère, que vous boudez. Je vois bien pourquoi : vous vous êtes imaginé que je n’avais pas remboursé toutes vos avances, en fait de correspondance. Seigneur, calmez votre ire ; et n’excitez pas, s’il vous plaît, la mienne. Car, si… on vous prouverait que vous confondez l’actif avec le passif ; on vous demanderait comment il a pu se faire, qu’étant comme vous êtes écrivain de profession, votre cœur n’ait pas pu, pendant l’espace de plus de six mois, surprendre à votre plume distraite quelques lignes pour un frère qui vous aime plus que lui-même ; on vous dirait que le bon sens auvergnat, qui, il est vrai, n’est pas encore monté au niveau de la civilisation parisienne, aurait trouvé une espèce de convenance à ce que vous ne m’eussiez pas laissé ignorer que vous aviez été ordonné sous-diacre. Mais ce serait trop de plaintes. Il vaut mieux que je vous accorde une indulgence plénière ; toutes les circonstances me favorisent pour vous expédier mon bref : me voilà en vacances, à l’occasion de la quinzaine de Pâques ; M. Grappin1 et M. Hersent2 partent demain matin pour Lyon, et l’un d’eux au moins ira jusqu’à Paris. Vous apprendrez d’eux tout ce que je pourrais vous dire sur notre pensionnat, qui nous donne, Dieu merci, quelque consolation.

En relisant votre lettre d’octobre, (car il faut bien relire les anciennes, n’en recevant pas de nouvelles), j’ai remarqué quelques fautes que je vais vous signaler. Je sens qu’il n’est pas trop flatteur pour un écrivain de la capitale de recevoir des leçons d’un petit pédagogue de province ; mais il est si important pour lui de bien écrire qu’il ne doit pas même mépriser les avis d’un tel aristarque, lorsqu’ils peuvent lui être utiles. D’abord vous me présentez des respects de la part de M. Boulangier. Quand M. Boulangier, par excès de bonté, se serait servi de ces expressions, vous deviez les traduire en d’autres termes. Un grand secrétaire comme vous, ne saurait se montrer trop attentif à observer toutes les convenances épistolaires.

Vous aviez mis un t et un s de trop dans le nom de M. Boulangier. Malgré cela son souvenir n’est pas moins précieux et moins honorable pour moi. Ne manquez pas d’être auprès de lui l’interprète de mes sentiments de respect et de reconnaissance.

Vous avez aussi mal orthographié le mot travaux que vous avez écrit avec un e. Retenez bien cette règle générale ; on n’écrit eaux au pluriel avec un e que dans les mots qui ont cet e au singulier, comme : le château, les châteaux, le troupeau, les troupeaux, le hameau, les hameaux, etc. Mais tous les mots qui n’ont pas e au singulier, font le pluriel sans e, soit substantifs, soit adjectifs : le mal, les maux le cheval, les chevaux, l’animal, les animaux, le métal, les métaux, le travail, les travaux ; principal, principaux, général, généraux, moral, moraux, fondamental, fondamentaux, etc. Eh bien ! je vous régente comme il faut, n’est-ce pas ? Rendez-moi vous-même un meilleur service : priez pour moi ; je me perds infailliblement. Sans parler des misères personnelles, je suis constamment et profondément saisi de frayeur en pensant qu’il faut répondre pour les autres. Faites provision de vertu et de science tant que vous êtes à la source de l’une et de l’autre. Si plus tard il venait à vous échoir un lot semblable au mien, vous n’auriez ni la même facilité d’acquérir la vertu, ni le temps d’étudier.

Je n’ai pas reçu de nouvelles du papa depuis quelque temps. L’oncle de Montauban se porte bien, mais il est dans de terribles angoisses pour ses affaires. Cette année sera décisive pour lui.

Adieu, cher frère,

J.G. Perboyre i. p. d. l. m.

P. S. — Mes compliments d’amitié à notre cher cousin Gabriel et à Paul son frère, ainsi qu’à M. Tournier, si vous avez occasion de le voir. Il paraît que Jacou va bien à Montdidier, qu’il y est content et qu’on est content de lui.

Notre cousin Cadet Perboyre du fond de la ville est avec moi et il va fort (bien et) se recommande à votre souvenir.

  1. Grappin (Jean), C.M., prêtre, né à Velleminfoy, diocèse de Besançon, le 8 décembre 1791, reçu au séminaire à Paris le 1er novembre 1816, fit les vœux le 27 septembre 1819. Supérieur du Grand Séminaire de Saint-Flour. Visiteur, Assistant du Supérieur général. Décédé à Bordeaux le 4 novembre 1846.
  2. Hersent (Jacques-Philippe), C.M., prêtre, né à Abbeville, diocèse d’Amiens, le 17 septembre 1796, reçu au séminaire le 17 août 1818, fit les vœux le 24 septembre 1820, rentra dans son diocèse en octobre 1836.

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