Vincent de Paul, formateur de prêtres avec d’autres

Francisco Javier Fernández ChentoVincent de PaulLeave a Comment

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Author: Richard Cadoux, p. o. · Year of first publication: 2000 · Source: Vincent de Paul, un prêtre pour notre temps. Quatrième centenaire de l’Ordination sacerdotale de saint Vincent. 1600 - 2000. Colloque, Paris, 20 - 22 octobre 2000..
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18GRAVEn guise d’introduction, je vous présenterai quelques réflexions sur le titre même de cette conférence, tel qui m’a été proposé par les organisateurs du colloque. La formation des prêtres au XVIIème siècle est un des enjeux majeurs de la Réforme catholique. Il s’agit, pour reprendre la formule d’Olier, de “travailler au renouvellement des peuples par la sanctification du clergé “. Le XVIIème siècle français invente des formules nouvelles de formation. Un processus long et difficile va aboutir à la naissance d’une institution promise à un bel avenir : le séminaire d’ordinands.

Dans ce processus, saint Vincent de Paul a tenu une place déterminante. Spirituel habité par l’urgence de la mission et par l’amour du Christ, il fut un homme d’action, organisateur, sachant prendre des initiatives, capable de hardiesse, et, dans le même temps, tout de prudence et de sagesse, obstiné et volontaire. Parce qu’il possédait un sens aigu du réel, il a su rendre viable des formules que d’autres avaient inventées. Il a su donner vie et durée à ce qui avant lui n’était que de l’ordre du projet ou des réalisations tâtonnantes.

Éducateur du clergé et formateur de prêtres, monsieur Vincent l’a été avec d’autres. Cette entreprise a été une oeuvre profondément ecclésiale. Les acteurs en sont des évêques, des prêtres, des laïcs, hommes et femmes, soucieux de voir l’Église se consacrer à la mission qui lui a été confiée par le Christ ressuscité.

Cette histoire, elle commence par un échec, celui des séminaires tridentins. La formation des clercs est un des soucis dominants de la Réforme catholique. Le concile de Trente, dans le 18e décret de la XXIIIe session Cum adolescientum aetas (14 juillet 1563), trace le projet d’un séminaire diocésain, ouvert aux enfants de 12 ans, sachant lire et écrire et nés de mariage légitime. Le séminaire doit assurer l’enseignement des humanités et de la philosophie, suivie de la formation théologique et professionnelle des futurs ministres. Une seule maison doit donc abriter des enfants à peine tonsurés et les clercs engagés dans les ordres majeurs.

Le décret du concile de Trente a été relayé en France par de nombreux autres textes. L’article 24 de l’Ordonnance rendue par la chambre ecclésiastique des États de Blois en 1576 enjoint aux évêques de fonder un séminaire, en le dotant de bénéfices capables d’assurer la vie matérielle de l’établissement. Le concile est également relayé par de multiples conciles provinciaux, souvent empreints de la marque borroméenne, et qui sont autant de lieux de diffusion de la réforme pastorale prônée à Trente. Melun, 1580 ; Rouen, 1581 ; Reims, Bordeaux, Tours, 1583 ; Bourges, 1584 ; Aix, 1585 ; Toulouse, 1590. Les synodes diocésains jouent un rôle analogue. On sait que la Réforme pastorale se met en place en France à partir des années 1580. Et pourtant, en dépit de toutes ces prescriptions, la mise en place des séminaires a abouti à un échec. Marc Venard l’a écrit : “Tous les séminaires véritablement tridentins […..] ont tourné court et connu l’échec : je veux dire qu’ils n’ont exercé aucune influence notable ni sur la quantité ni sur la qualité du recrutement sacerdotal1 “. Cet échec a été reconnu par Vincent de Paul lui-même. On connaît la lettre à Monsieur Codoing, supérieur des lazaristes à Rome, en date du 13 mai 1644 : “L’ordonnance du concile est à respecter comme venant du Saint-Esprit ; l’expérience fait voir néanmoins que, de la façon qu’on l’exécute à l’égard de l’âge des séminaristes, la chose ne réussit ni en Italie, ni en France2…..” C’est ainsi que le premier séminaire français, fondé à Reims en 1567 par le cardinal de Lorraine, s’est progressivement réduit à une simple maîtrise d’enfants de chœur.

Quelles sont les causes de cet échec ? Elles tiennent aux difficultés de l’époque. C’est le temps des “troubles “, des guerres de religion, qui entravent la vie de l’Église et font obstacle aux initiatives réformatrices. Mais plus encore, il convient d’évoquer l’absence de ressources matérielles. C’est la pénurie de revenus bénéficiaux qui, le plus souvent, compromet la fondation des séminaires. Il faudrait également mettre en avant la concurrence exercée par les collèges, ces externats animés par le clergé séculier ou par des congrégations religieuses (jésuites, doctrinaires, barnabites) qui possèdent des cours de théologie. Soit le séminaire fondé par le cardinal de Joyeuse, archevêque de Rouen, installé d’abord à Paris, puis à Pontoise, et qui se stabilise à Rouen en 1615 après la mort du cardinal et qui s’associe deux ans plus tard au collège des jésuites. L’absence d’un corps spécialisé de formateurs se fait également cruellement sentir. Au-delà de ces difficultés, sans doute faudrait-il, pour pouvoir tracer des perspectives d’avenir, disposer d’un certain modèle sacerdotal. Et c’est ici qu’il faut introduire la figure capitale de Pierre de Bérulle.

Vincent de Paul et Pierre de Bérulle ont été étroitement liés. Les deux hommes sont proches par l’âge. Bérulle est né à Cerilly, dans l’Aube, en 1575. Il a donc six ans de plus que Monsieur Vincent. Leurs origines familiales sont différentes. Saint Vincent est issu d’une famille de petits notables ruraux. Bérulle appartient au monde des parlementaires parisiens, proches des cercles du pouvoir. Sa mère est une Séguier. Monsieur Vincent a choisi l’Église pour faire carrière. Depuis son enfance Bérulle est animé par un intense désir de consécration à Dieu. Après des études aux collège de Boncourt, de Bourgogne et de Clermont, il poursuit sa théologie en Sorbonne. Il est ordonné prêtre, au titre de son patrimoine, par l’évêque de Lombez, Jacques d’Affis, le 5 juin 1599, dans la chapelle de l’archevêché de Paris. Bel exemple de liberté chrétienne, puisque le jeune Bérulle est allé à l’encontre de la volonté familiale. En effet, en tant qu’aîné, il aurait dû s’engager dans la carrière parlementaire. Il peut alors écrire à son oncle :

Et je penserais faillir si je ne vous donnais avis de l’accroissement de ma nouvelle dignité en la cour de celui que j’aime et honore seul en cette terre : [….]. [….] cette nouvelle dignité termine d’une part tous mes souhaits, et ne me laisse plus rien soupirer après l’accomplissement de cette alliance étroite qu’elle me donne ici avec Jésus-Christ à l’autel3

Après s’être consacré à la controverse avec les protestants et à la direction spirituelle, il a joué un rôle capital dans l’introduction du Carmel thérésien en France. Depuis 1604, il est avec Duval et Gallemant supérieur du Carmel de France, alors en pleine expansion. Il a fait vœu de n’accepter aucun bénéfice et il décline les propositions d’épiscopat ainsi que celle du préceptorat du dauphin.

C’est ce Bérulle que va rencontrer Monsieur Vincent, lorsqu’il “monte” à Paris, toujours en quête d’une “honnête retraite”4. A cette époque, dans le Paris dévot, Bérulle fait figure de maître spirituel. Ancien élève des jésuites au collège de Clermont, il a été initié par ses maîtres aux richesses de l’humanisme chrétien. Mais plus encore, c’est auprès de Madame Acarie sa cousine, auprès de ses directeurs, capucins comme Benoît de Canfield ou chartreux comme Dom Beaucousin, qu’il a découvert la mystique et le trésor rare et précieux de l’oraison, ce cœur à cœur avec un Dieu qui se révèle dans le silence de la contemplation. La fréquentation des carmélites espagnoles, héritières du charisme thérésien, l’a rendu sensible et attentif à l’humanité du Christ.

Prêtre, il est habité par le souci de la sanctification des prêtres. Madame Acarie ; François de Sales qu’il a rencontré en 1602, lors du séjour parisien de l’évêque de Genève ; Gondi, l’évêque de Paris ; César de Bus, fondateur en Avignon de la Doctrine chrétienne, l’ont encouragé à travailler dans cette voie. C’est dans ce contexte que s’effectue la rencontre entre les deux hommes. Bérulle devient alors le directeur de Vincent. Un oratorien du XVIIIème siècle nous rappelle que Monsieur Vincent “avait demeuré en 1609 avec lui, à Notre-Dame-des-Champs, c’est-à-dire dans les dehors des carmélites du Faubourg Saint-Jacques, avant qu’il commençât l’Oratoire”5.

Et le 11 novembre 1611, Bérulle fonde l’Oratoire à l’hôtel du Petit-Bourbon, à l’emplacement de l’actuel Val-de-Grâce. Autour de l’instituteur de la nouvelle congrégation se regroupent Bourgoing, Bence, Métézeau, Gastaud et Caron. Gibieuf qui rejoindra le groupe quelques mois plus tard célèbre la première messe. Bourgoing a résigné sa cure de Clichy le 13 octobre 1611, au profit de Monsieur Vincent qui lui succèdera le 2 mai 1612. Le projet oratorien est ambitieux :

Ce qu’est la raison d’être de ce nouvel institut : former dans l’Église des prêtres à tout ce qui relève de la prêtrise et leur apprendre à remplir tous les devoirs de prêtres exactement, dans l’Esprit de Dieu et à la perfection. Former et donner de bons prêtres à l’Église ; ce que le concile de Trente a voulu réaliser dans l’Église par le moyen de séminaires pour les fonctions ordinaires et communes des prêtres de la campagne, le réaliser pour tous dans l’Église et pour les meilleurs. Renouveler et former l’esprit de prêtrise en l’Église, les réduire en communauté, comme dans l’Antiquité, et en exercice et occupation de leur ministère, contre la particularité et oisiveté. Considérer les fonctions de la prêtrise : réciter les psaumes de louange et remplir l’office de louange de Dieu, administrer les sacrements, annoncer la parole de Dieu, instruire de la doctrine chrétienne les ignorants, sous l’autorité de l’évêque donner des missions en diverses parties du diocèse, instruire les prêtres ignorants6.

Le projet oratorien se nourrit de précédents extrêmement divers : le modèle ignatien7, l’inimitable Oratoire romain de Philippe Néri que Bérulle connaissait à travers la fondation effectuée en Provence par Romillion8, les oblats de Saint-Ambroise à Milan. Bérulle dessine ainsi la figure idéale d’une communauté de prêtres apostoliques, enracinés dans une vie spirituelle intense et placés à la disposition des évêques pour mettre en oeuvre les grands chantiers de la réforme pastorale prônée à Trente. Comme tous les réformateurs catholiques de l’époque, Bérulle insiste sur l’éminente dignité de l’état ecclésiastique. Mais son originalité réside dans la définition d’un idéal proprement sacerdotal, riche de considérations théologiques et spirituelles. Pour le fondateur de l’Oratoire, les prêtres ont un lien particulier avec Jésus-Christ. L’envoi en mission des apôtres trouve son modèle dans la mission historique du Fils, qui elle-même a pour exemplaire la génération éternelle du Verbe. Cette liaison étroite à Jésus commande la sainteté des prêtres :

Cet état de prêtrise requiert de soi-même deux points. Premièrement une très grande perfection et même sainteté. Car c’est un état saint et sacré en son institution, c’est un office divin en son usage et ministère. Et c’est même l’origine de toute la sainteté qui doit être en l’Église de Dieu. Secondement il requiert une liaison particulière à Jésus-Christ notre Seigneur auquel nous sommes conjoints par ce ministère en une manière spéciale et par un pouvoir si élevé qu’il ne convient pas même aux anges en l’état de la gloire. C’est pourquoi il nous faut tendre continuellement à ces deux points et les tenir entre nous comme essentiels à cette institution, savoir un grand désir de perfection et une très grande liaison d’honneur, d’amour et de dépendance à Jésus-Christ notre Seigneur9.

La vie parfaite n’est pas réservée aux religieux. C’est en ce sens que le prêtre doit être religieux. Pour Bérulle, l’exercice du ministère, qui est le lieu de leur sanctification, exige des prêtres une consécration à Dieu par toutes les fibres de leur être. Alors qu’au XVIIème siècle la prêtrise est le plus souvent un gagne-pain ou la garantie d’un statut social privilégié au sein de ce qui est alors le premier Ordre du royaume, Bérulle veut y faire reconnaître un chemin de sainteté et de conformation au Christ. Il rêve de réunir ce qu’il appelle les trois fleurons de la couronne sacerdotale : autorité, science et sainteté. Dans les Collationes, ces conférences adressées aux premiers oratoriens, Bérulle parle avant tout de vie intérieure et de prière. On ne trouve chez lui aucune théologie du sacerdoce mais une conception bien assurée de ce que doivent être la vie et le ministère du prêtre. Dans cette perspective l’Oratoire se pense comme une pépinière de prêtres.

Vincent de Paul a été l’hôte du jeune Oratoire. Mais l’ascendant de Bérulle ne s’exerçait alors pas uniquement sur M. Vincent. Il y avait dans l’entourage du fondateur de l’Oratoire un autre personnage, M. Bourdoise. Comme l’écrit son premier biographe :

…ayant appris que Mr de Bérulle et quelques autres, allaient commencer une communauté de prêtres, il fit un voyage à Paris au mois d’août de cette année 1611, pour en avoir de nouvelles certaines. Il vit en particulier Mr de Bérulle et Mr Duval, leur communiqua son dessein et parut très satisfait de la manière dont ces messieurs l’avaient reçu. Il était prêt de s’engager dans ce nouvel institut, mais ayant su qu’au premier octobre, il devait s’établir au Petit-Bourbon et qu‘il y aurait une chapelle avec le Saint-Sacrement, il crut que cela ne s’accommodait pas avec ce que Dieu lui avait inspiré et qu’un homme qui se sentait porté à travailler pour toutes les Eglises, ne devait pas s’attacher à une chapelle particulière10.

Le “solliciteur clérical “vient d’un monde bien différent de celui de Bérulle. Né en 1584, à Brou, au diocèse de Chartres, il a été tour à tour, gardien de dindons, laquais d’un magistrat parisien, portier de collège. Formé à la rude école de la vie, en des milieux très frustres et très pauvres, il n’a rien de l’onction d’un Monsieur de Bérulle. Surtout, il a côtoyé tout un prolétariat clérical, aux tâches mal définies (chapelains et prêtres communalistes, filleuls, agrégés, obituaires), nés sur place et restés au pays, dépourvus de bénéfices, sans charge d’âmes, enfermés dans la pauvreté et l’oisiveté. Bourdoise est un ardent artisan de la Réforme catholique :

M. Bourdoise croyant qu’un bon chrétien devait être un bon paroissien, disait que pour attirer les fidèles à leurs paroisses, il fallait y mettre de bons prêtres et les faire vivre en communauté, afin qu’ayant le nécessaire, ils travaillassent avec plus de zèle et de désintéressement ; mais que pour former de bons prêtres il faut nécessairement de bons séminaires ; et c’est pour cela qu’il avait si souvent dans la bouche ces mots, paroisse, communauté, séminaire11.

Son objectif premier est donc de former des chrétiens dans le cadre de la paroisse. Le rêve de Bourdoise, c’est donc celui d’une paroisse vivante, clé de la réforme pastorale. Dans cette perspective, il souhaite organiser dans les paroisses des communautés de prêtres pour assurer, sous la dépendance du curé, l’exercice du ministère pastoral, de telle sorte que la parole de Dieu et les sacrements soient dignement célébrés.

En 1612, alors qu’il n’a pas encore reçu le sous-diaconat, il initie à Paris, au collège de Reims, une communauté d’ecclésiastiques, bientôt accueillie à Saint-Nicolas du Chardonnet par le curé, Monsieur Froger. Ordonné prêtre en 1613, Bourdoise va être conduit à se soucier de la formation des prêtres. Comme l’écrit joliment son biographe : “Il vit bientôt par son expérience qu’il n’est pas aisé de plier de vieux arbres ; c’est pourquoi sans désespérer tout à fait de l’amendement des anciens ecclésiastiques, il pensa à en former de nouveaux12. “En 1618, la communauté accepte de jeunes clercs pour les instruire. Pour Bourdoise, le séminaire est un noviciat :

Ce qui fait un bon capucin ou un bon jésuite, c’est le bon noviciat qu’il y a pour former l’un et l’autre ; ce qui fait qu’il y a peu de bons prêtres, c’est qu’il n’y a point de noviciat pour les prêtres. S’il n’y avait point non plus de noviciat pour chaque capucin et chaque jésuite, les capucins et les jésuites seraient comme les prêtres13.

La communauté de Bourdoise reçoit des candidats de tous âges (Lancelot, l’un des solitaires de Port-Royal, y entra à l’âge de 12 ans en 1627 et y resta 10 ans), des ordinands, des clercs, des prêtres qui viennent se ressourcer ou se perfectionner. C’est un lieu de formation à la vie spirituelle. On insiste sur la recherche de la perfection et sur l’exemplarité de la vie des prêtres. A cet égard, Bourdoise accorde une très grande importance aux signes extérieurs, tonsure et habit (il y gagnera le surnom de Messire Soutane). C’est également un lieu de formation pratique. On y apprend à célébrer, au risque d’ailleurs de sombrer dans une attention forcenée aux rubriques. Insensiblement, la communauté va devenir un séminaire, approuvé oralement par l’archevêque de Paris en 1631. Dans ce domaine, Bourdoise a donc tenu un rôle de pionnier et Monsieur Vincent lui a rendu un hommage appuyé :

Défunt le bon M. Bourdoise a été le premier à qui Dieu a inspiré de faire un séminaire pour y apprendre toutes les rubriques ; avant lui on ne savait ce que c’était ; il n’y avait pas de lieu particulier où on les enseignât ; un homme, après sa théologie, après sa philosophie, après de moindres études, après un peu de latin, s’en allait dans une cure et y administrait les sacrements à sa mode ; c’est ce qui faisait une si grande diversité14.

“Modèle et maître des ecclésiastiques”, selon l’expression d’Olier, Bourdoise est habité par des intuitions originales : le lien avec la paroisse, la communauté comme lieu de formation, l’enracinement dans la vie spirituelle. Les limites du projet sont cependant évidentes. Elles tiennent à la personnalité d’un homme tout en aspérité. Elles tiennent également à une étroitesse et à une rigidité réelle des perspectives de formation. Lancelot, dont les éminents talents intellectuels ne trouveront guère à s’épanouir à Saint-Nicolas et qui trouvera sa voie auprès de Saint-Cyran et de Port-Royal, a pu écrire de Bourdoise, en effet, qu’il “avait beaucoup de zèle mais qu’il manquait souvent de lumières”15.

Des lumières, il n’en manquait pas à l’Oratoire. La congrégation est en pleine expansion. Très rapidement l’Oratoire se consacre aux séminaires, répondant ainsi à la demande des évêques. En 1614, le cardinal de Joyeuse fait appel aux oratoriens pour fonder à Dieppe un collège, qui va fonctionner également comme séminaire. En effet, le Père Étienne Brice verse en novembre 1614 une somme de 12 500 livres pour y faire

une leçon de philosophie et de théologie morale brièvement et succinctement à toutes personnes et signamment pour rendre les ecclésiastiques capables d’être bons prêtres et utiles en leur saint et sacré ministère, en laquelle théologie morale serait entre autres choses traité amplement de l’institution des prêtres, de la bonne vie exemplaire qu’ils doivent mener et des vertus qu’ils doivent avoir, ensemble de toutes les cérémonies qui se font et s’observent en l’Église16.

Sébastien Zamet, qui siège à Langres de 1615 à 1654, établit un contrat avec l’Oratoire le 26 août 1616 “pour instruire gratuitement ceux qui se vouent à l’état ecclésiastique, [….] et montrer aux curés à bien conduire et gouverner le peuple qui leur est commis et principalement ce qui regarde l’instruction du peuple et le service de Dieu17”. Quatre oratoriens s’installent le 18 août 1619, sous la conduite de l’un des plus remarquables disciples de Bérulle, Charles de Condren. Né en 1588, dans le Soissonnais, voué au métier des armes, ayant reçu une parfaite éducation classique (il fait ses délices de Cicéron), il a été reçu en 1613 dans la Maison et Société de Sorbonne. Il est alors le “poulain” d’André Duval. Ordonné prêtre en 1614, il est docteur en théologie en 1615. Mystique, il éprouve un très grand attrait pour l’Ordre des Chartreux. Toutefois, en 1617, il rejoint l’Oratoire. Après un passage à Nevers, nous le retrouvons à Langres, où il devient rapidement vicaire général de Zamet. Le développement du séminaire se heurte aux difficultés suscitées par l’union des bénéfices destinés à assurer la vie matérielle de la nouvelle maison. Le prieuré de Grosse-Sauve est réuni en 1623 seulement et celui de Saint-Amâtre en 1627.

Richelieu, dès son arrivée à Luçon, entreprend de fonder un séminaire. En 1611, il obtient de son chapitre l’autorisation de prélever 3000 livres sur les bénéfices du diocèse ayant plus de 800 livres de revenu (à l’exception des cures). Il achète une maison près de la cathédrale et désigne l’un des chanoines comme supérieur18. Les bénéficiers refusent de payer et rapidement le chanoine démissionne. En 1617, Richelieu fait appel aux oratoriens, présents dans le diocèse depuis quelques mois. Mais comme les bénéficiers refusent de payer, les oratoriens se retirent peu à peu.

A Mâcon, Gaspard Dinet après avoir réuni un synode diocésain en 1613 et décidé la fondation d’un séminaire, obtient l’autorisation royale par des lettres patentes de 1614 et confie ce séminaire aux oratoriens en 1617. Ce séminaire est également un collège puisque les oratoriens s’engagent à fournir des régents d’humanités, de rhétorique, de philosophie et de théologie19.

A Lyon, où l’Oratoire est présent depuis décembre 1616, les oratoriens conduits par Bence ouvrent en 1618 le séminaire Saint-Jean pour former “les clercs en la piété, bonnes mœurs en la grammaire, écriture, lettres latines, cas de conscience et apprendre le psautier par cœur20 “. Marqué par des débuts difficiles du fait de mauvaises relations avec les chanoines de la primatiale, le séminaire ferme ses portes en 1628.

Henri de Gondi, l’évêque qui a encouragé Bérulle à fonder l’Oratoire, fait appel à la nouvelle congrégation en 1620 et unit l’abbaye de Saint-Magloire à l’Oratoire. Les bénédictins font obstruction et les oratoriens ne peuvent s’y installer qu’en 1624. Le séminaire fonctionne à partir de 1625, de manière extrêmement modeste, sous la direction du Père de Condren.

La tentative oratorienne de fondation de séminaires se solde globalement par un échec. On retrouve les difficultés précédemment évoquées : insuffisance des revenus et manque d’expérience des formateurs. Surtout, la formule du séminaire oratorien reste proche de celle du collège qui accueille des enfants pour les humanités et qui possède un cours de théologie destiné aux jeunes clercs. L’oratoire va d’ailleurs de plus en plus s’investir dans les collèges. Pour les deux années 1624-1625, sur dix fondations, on compte six collèges. L’Oratoire, fondé pour l’institution de la prêtrise, s’engage sur une voie différente. Qui va rester fidèle à l’intuition initiale ?

On peut, à bon droit, parler d’années tournantes, au sujet de la période 1625-1627. Deux éléments sont ici à mettre en valeur : l’engagement missionnaire de saint Vincent de Paul et les exercices des ordinands. Après les expériences fondatrices de Folleville et de Châtillon, monsieur Vincent se consacre les années suivantes à la mission sur les terres des Gondi : Villepreux, Joigny, Montmirail. En 1624, il obtient, grâce à ses riches et puissants protecteurs, la charge de principal du collège des Bons-Enfants, alors quasi inhabité, au Faubourg Saint-Victor. C’est là qu’il regroupe les premiers membres de la congrégation de la Mission :

une pieuse association de quelques ecclésiastiques pieux et zélés, qui voulussent s’appliquer entièrement, sous le bon plaisir des prélats, au salut de ces pauvres gens, et aller de village en village, aux dépens de leur bourse commune, les prêcher, consoler, instruire et leur rendre tous ces bons offices gratis21.

Le rôle déterminant de cette expérience missionnaire tient à deux faits. La mission n’est pas une aventure individuelle. D’autre part, c’est dans la mission que s’enracine le souci de la formation des prêtres. Comme l’écrivait Bourdoise :

Les missions à la vérité, font de grand biens dans les paroisses mais si ce bien commencé par les missionnaires n’est cultivé et entretenu par de bons prêtres, c’est comme si un général d’armée se contentait de prendre des villes sans se mettre en devoir de les conserver en y mettant une garnison22.

Au cours le même année 1625, un prêtre de Coutances, Charles Godefroy, présente à l’Assemblée Générale du Clergé le projet d’un “collège des saints exercices où est donné le moyen unique, très aisé et très efficace de porter, maintenir et élever les pasteurs et le corps universel de l’Église en leur perfection”, destiné à initier les clercs aux formes nouvelles de la vie spirituelle (l’oraison contemplative en particulier) et à la célébration de la liturgie, sous la conduite de prêtres expérimentés. La formule envisagée reste modeste :

S’il plaît à Nos seigneurs assurer leurs consciences pour ceux qu’ils recevront aux saints ordres, s’ils veulent vraiment reconnaître si ceux qui s’y présentent ont la vraie disposition qui manifeste le certain appel de Dieu au sacerdoce, ils pourront ordonner qu’aucun ne sera admis en cette dignité si haute qu’il n’ait passé auparavant quelque petit espace de temps en ce collège ; comme de huit jours non seulement pour éprouver leurs mœurs qui ne se peuvent reconnaître que par la conversation ; mais aussi pour les préparer à la réception des sacrés ordres, en leur remontrant la grandeur de cet état, et leur faire naître le désir d’y vivre saintement23.

L’assemblée approuve le texte de Godefroy et l’évêque de Chartres, Léonor d’Étampes, émet à son tour, après bien d’autres, le souhait de voir se créer des séminaires d’ordinands. Godefroy meurt en 1626. Son projet et la déclaration de Léonor d’Étampes vont-ils rejoindre le catalogue des vœux pieux ? Non ; puisqu’en 1628 se mettent en place les exercices des ordinands. L’initiative en revient à l’évêque de Beauvais, Augustin Potier de Gesvres, “un autre saint Charles Borromée, […..] un prélat plein de zèle”24. Celui-ci procède les 14, 15 et 16 septembre 1628 à l’examen canonique des candidats, tel qu’il avait été codifié par le concile de Trente, puis les confie le 17 à Messieurs Vincent, Messier et Duchesne pour un temps bref de retraite spirituelle et d’initiation aux devoirs et fonctions ecclésiastiques.

En 1631, à la demande de l’archevêque Jean-François de Gondi, les exercices débutent à Paris, aux Bons-Enfants (après 1632 ils auront lieu à Saint-Lazare). Bourdoise participe à ces exercices de 1631. Il y aura six retraites d’ordination par an jusqu’en 1643, 5 à partir de cette date, l’ordination de mi-carême ayant été supprimée. Les exercices accueillent entre 80 et 100 ordinands à chaque session, logés, nourris et entretenus gratuitement pendant onze jours. Ce sont des générosités laïques qui ont financé les exercices : celles de la présidente de Herse, de la reine Anne d’Autriche, de la marquise de Maignelay et de bien d’autres dames de la Charité. En 1632, les exercices deviennent obligatoires pour les ordinands du diocèse de Paris. L’obligation est étendue en 1639 à tous les clercs du royaume résidant à Paris et en 1647 à ceux qui se présentent aux ordres mineurs. On estime qu’entre 1628 et 1660, 13 ou 14 000 ordinands auront participé aux Exercices.

Les exercices sont animés par des membres de la Conférence des Mardis ou par des prêtres de la Mission. La journée est réglée. Une demi-heure d’oraison mentale au lever. L’Office divin est célébré en commun. Les ordinands se retrouvent matin et soir pour deux entretiens. Après les entretiens et l’oraison, les ordinands répartis en petits groupes sous la conduite d’un prêtre de la Mission, se livrent à un partage sur le sujet d’oraison ou d’entretien. Le prédicateur suivait un manuel comprenant le sujet, l’ordre et le plan des entretiens, intitulé Entretiens des ordinands25. Les entretiens du matin ont une dominante de théologie morale et sacramentaire. Ceux du soir portent essentiellement sur les vertus ecclésiastiques. Les exercices comprennent également une confession générale et une communion préparatoires à l’ordination. On entraîne enfin les candidats aux fonctions des ordres qu’ils vont recevoir. Le dimanche après l’ordination, ils s’en retournent chez eux après avoir assisté à la grand’messe et y avoir communié en action de grâces de leur ordination.

Dans les années 1630, les exercices se répandent en province et d’autres sociétés de prêtres, tel l’Oratoire ou Saint-Nicolas du Chardonnet s’y consacrent. Des exercices vincentiens va naître en 1633 “la Conférence des Mardis”. Il s’agit d’un corps d’élite en quelque sorte (on y est admis seulement après une enquête minutieuse) recruté parmi les anciens des exercices et organisé en association sacerdotale sous l’autorité du supérieur général de la Mission. Les buts en sont clairement définis : “Honorer la vie de notre Seigneur Jésus-Christ, son sacerdoce éternel, sa sainte famille et son amour envers les pauvres”. Les membres de la Conférence se retrouvent chaque mardi pour débattre d’un sujet de spiritualité. On distribue les tâches apostoliques selon le goût, les capacités, les disponibilités de chacun : missions, visites des malades ou des pauvres. Bossuet, qui en fut, écrira de Monsieur Vincent :

Élevés au sacerdoce, nous fûmes associés à cette compagnie de pieux ecclésiastiques qui se réunissaient chaque semaine sous sa direction pour conférer ensemble des choses de Dieu. Il en était le fondateur et l’âme. Nous écoutions avec avidité, sentant bien que se réalisait en lui ce mot de l’apôtre : si quelqu’un parle, que ses paroles soient comme des paroles de Dieu26.

Les Mardis donneront vingt-deux évêques, parmi lesquels Pavillon, Caulet, Fouquet, Godeau. Parmi les prêtres, mentionnons également Pallu, cofondateur des Missions Étrangères de Paris et Olier. Mais avec Olier, il nous faut évoquer cette “génération de 1640”, qui va “inventer” le séminaire d’ordinands.

Issu d’une famille de parlementaires, Jean-Jacques Olier est né à Paris en 1608. Tonsuré à l’âge de 11 ans, il est un clerc studieux mais frivole en passe de faire carrière dans l’Église. Converti à la suite d’un pèlerinage à Lorette en 1630, il hésite sur sa vocation. Traversé de crises de scrupules, il tergiverse entre aspiration à la vie cartusienne et service des pauvres. En 1632, il participe aux exercices des ordinands et se place sous la direction de saint Vincent de Paul. Le 26 mars 1633, fidèle en cela à une démarche typiquement bérullienne, il prononce le vœu de servitude à Marie. Il est ordonné prêtre le 21 mai suivant. Membre de la Conférences des Mardis, il se jette dans l’aventure missionnaire. En Auvergne, il rencontre Agnès de Langeac, une mère spirituelle qui l’oriente vers le Père de Condren. La rencontre entre ces deux hommes est décisive. En 1635, Condren devient le directeur d’Olier. Ces deux âmes vibrantes, d’éducation raffinée, d’un milieu social identique, étaient faites pour se comprendre. Condren initie Olier en profondeur à la mystique bérullienne. C’est encore Condren qui dissuade Olier d’accepter la succession de Zamet sur le siège de Langres. Ancien supérieur de séminaire, le supérieur général de l’Oratoire sensibilise son dirigé aux problèmes de la formation du clergé, problèmes que son travail missionnaire l’amène également à prendre de plus en plus en compte. En effet, les grandes virées se succèdent : l’Auvergne en 1636-1637, la région de Nantes en 1638, la Picardie en 1639 et en 1639-1641, à l’instigation de Bourdoise, la mission en pays chartrain. C’est là qu’Olier va traverser la grande épreuve de la maladie, une dépression qui le pousse aux confins du désespoir, dans une souffrance aggravée par la disparition de Condren le 7 janvier 1641, qui le laisse comme orphelin. Maladie dont il va sortir dans une attitude de total abandon à l’Esprit.

C’est de cette mission en pays chartrain que va jaillir Saint-Sulpice. L’équipe de missionnaires dont fait partie Olier comprend, sous la conduite d’Amelote, Caulet, lui aussi dirigé de Condren, les frères Brandon, et du Ferrier, toulousain monté à Paris dans l’espoir d’atteindre aux honneurs ecclésiastiques et à qui le Père de Condren a insufflé d’autres idées. C’est d’ailleurs à du Ferrier que Condren, sur son lit de mort, le 30 décembre 1640, a confié son désir de voir se poursuivre l’œuvre des séminaires. Et en septembre 1641, à Chartres, la petite équipe tente pour la première fois d’accueillir des ordinands. Ce coup d’essai est un échec.

Appelés par l’abbé Picoté, l’un des missionnaires du groupe chartrain, Olier, Jean du Ferrier et François de Caulet s’installent le 29 décembre 1641 à Vaugirard, un petit village au sud-ouest de Paris, (avant de prendre sa décision Olier a fait retraite à Notre-Dame des Vertus à Aubervilliers, sanctuaire desservi par les oratoriens). En janvier 1642, ils accueillent les premiers candidats. Le 11 du même mois, Olier prononce le vœu de servitude à Jésus. A la suite d’une transaction personnelle et encouragé en cela par le bénédictin Dom Bataille, Olier obtient la cure de Saint-Sulpice au mois de juin 1642. Il décide alors d’installer le séminaire commencé auprès de l’Église paroissiale, suscitant ainsi un lien fort entre la paroisse et le séminaire. On dénote dans cette décision l’influence de Bourdoise. Les deux hommes étaient en relations épistolaires. C’est sous la conduite de Bourdoise qu’Olier a fait à Chartres ses premiers essais communautaires. Comme l’écrit Descoureaux :

Il alla ensuite les voir à Vaugirard, sur la prière qu’ils lui en firent et conserva toujours une grande liaison avec eux, les visitant souvent, écrivant et répondant, tantôt à Monsieur Olier, tantôt à M. de Foix ou à M. de Lantage et donnant à tous toutes les marques possibles d’estime et d’amitié27.

Dans la mouvance de Bourdoise, Olier a voulu initier une vie communautaire presbytérale au service d’une pastorale inventive et dynamique, dans la ligne la plus authentiquement borroméenne (en 1643 Olier réalisera l’édition française des Acta ecclesiae mediolanensis en même temps qu’il diffusera les Instructions aux confesseurs de l’évêque de Milan). En février 1643, la communauté comporte une vingtaine de membres sous la conduite de Jean du Ferrier.

Toutefois, et c’est là que réside la spécificité du projet d’Olier, paroisse et séminaire constituent deux entités distinctes. A l’été 1642, il loue une maison de la rue Guisarde, où le séminaire emménage en octobre sous la direction de François de Caulet. Olier a retenu les leçons de M. Vincent. Le séminaire est un lieu d’exercices spirituels et d’apprentissage des fonctions cléricales. Le tout est porté par une spiritualité de belle ampleur. Car s’il est hanté par l’urgence de la mission, il éprouve également une vive conscience de la grandeur du ministère presbytéral qui s’enracine dans le mystère du Dieu un et trine, révélé en Jésus-Christ. Comme il est écrit dans le projet de Constitutions de 1642 :

La petite société du séminaire de Saint-Sulpice s’est assemblée en l’honneur du collège des apôtres, pour invoquer leur esprit tous les jours sur l’Église de Jésus-Christ et demander à Dieu qu’il lui plaise de le répandre en plénitude sur son clergéi28…..

Olier a su ainsi faire une synthèse originale entre des apports complémentaires, ceux de Bérulle et de Condren, de Bourdoise et de Vincent de Paul. Mais au moment où Olier jette les bases de Saint-Sulpice, d’autres expériences se développent en France. Jean Eudes, à la même époque, fonde la séminaire de Caen. Jean Eudes est né en 1601 à Ri, près d’Argentan. Élève des jésuites de Caen il est tonsuré à Sées en 1620. Voilà le portrait, à l’âge de 20 ans, qu’en trace l’un de ses plus récents biographes :

…bien enraciné dans une race paysanne où il puise vigueur et réalisme, ténacité et réserve, une maîtrise un peu tendue de sa sensibilité ; un sens religieux, nourri de croyances ancestrales, mais déjà purifié et épanoui en une foi personnelle. Petit de taille, on le pressent animé d’une ardeur, d’une vitalité, d’une foi qui le conduira loin29.

Elle le conduit à l’Oratoire de la rue Saint-Honoré le 19 mars 1623. Une rencontre marque ses débuts à l’Oratoire, celle du Père de Condren, pour lequel il aura toujours une grande vénération. Diacre et prêtre en 1625, il mène l’Oratoire une double activité de directeur spirituel et de missionnaire. Car Jean Eudes est avant tout un missionnaire, un fougueux missionnaire. Comme pour Vincent de Paul, comme pour Jean-Jacques Olier, cette expérience missionnaire est déterminante. Elle lui permet de mesurer l’urgence de la formation de pasteurs. Dans ses missions, Jean Eudes prend l’initiative de donner des entretiens particuliers aux prêtres des campagnes qu’il évangélise. La mission de Remilly, au diocèse de Coutances, en 1641, fut la première où Eudes se livra à ce genre d’apostolat. Les prêtres vinrent nombreux à ces exercices qui leur étaient spécialement destinés. Profondément pénétré de la doctrine bérullienne, Jean Eudes prononce en 1636 un vœu à Jésus pour s’offrir à lui en qualité d’hostie et de victime qui doit être sacrifié à sa gloire et à son pur amour et rédige la même année la vie et le royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes. En 1640, il est supérieur de l’oratoire de Caen. C’est alors que germe progressivement en lui le projet d’un séminaire d’ordinands. Le Père François Bourgoing, successeur du Père de Condren au supériorat général de l’Oratoire depuis le 7 mai 1641, lui refuse son accord30.

Saint Jean Eudes quitte l’Oratoire pour fonder à Caen le 25 mars 1643 une communauté de prêtres

sous le nom et titre de Prêtres du séminaire de Jésus et de Marie, dont le principal but soit d’imiter sur la terre […..] la vie, les mœurs et toutes les fonctions sacerdotales de Jésus-Christ […… travailler par leurs exemples et instruction à établir la piété et sainteté entre les prêtres et ceux qui aspirent à la prêtrise [….] comme aussi s’employer à instruire le peuple en la doctrine chrétienne par les missions, prédications, exhortations, conférences, catéchismes et autres exercices31.

Exclu de l’Oratoire le 28 août 1643, Jean Eudes poursuit les années suivantes une oeuvre missionnaire qui lui vaudra en 1656 les louanges de Vincent de Paul, tout en se consacrant au séminaire de Caen. Il est également en lien avec M. Olier qu’il rencontre en 1650, lors d’un séjour parisien, pour préparer la mission de Saint-Sulpice, qui se déroule en janvier 1651. En dépit des difficultés et des obstacles, suscités notamment par certains oratoriens, l’entreprise eudiste s’étend : Coutances en 1651, puis Lisieux en 1653.

En 1643, saint Jean Eudes était entré en correspondance avec Christophe d’Authier de Sisgaud, qui avait inauguré dans le sud de la France une entreprise analogue, pour lui proposer de faire oeuvre commune avec lui. Né en 1609, d’Authier de Sisgaud a été l’élève des jésuites d’Aix. Arrivé à l’âge d’homme, il se fait missionnaire. Il parcourt les routes de Provence et suscite une communauté sacerdotale, consacrée aux missions et aux exercices spirituels parmi le clergé. En 1638, le Père Joseph l’appelle à Paris pour y établir un séminaire au collège de Bourgogne. Le décès de l’éminence grise compromet le projet. D’Authier propose alors ses services à Charles Jacques de Gélas de Léberon, évêque de Valence qui accueille cette “Congrégation des missionnaires du clergé”. Et en 1639, à Valence, le premier séminaire d’ordinands en France ouvre ses portes. En 1642, Louis XIII, passant à Valence pour se rendre au siège de Perpignan, félicite M d’Authier en formulant le vœu que son Institut se répande à travers toute la France.

Après avoir en vain, durant l’année 1641, sollicité de Rome l’approbation de sa petite société, d’Authier se tourne vers M. Vincent (en 1634 notre provençal, plein d’estime et d’admiration pour Monsieur de Paul avait fait une longue retraite aux Bons-Enfants pour discerner une possible entrée dans la Congrégation de la Mission). On envisage alors une fusion des deux groupes, d’Authier espérant devenir coadjuteur de Vincent, avec droit de succession. Les négociations n’aboutiront cependant pas. En 1647, d’Authier de Sisgaud obtient enfin une approbation pontificale de sa petite société érigée en congrégation apostolique sous le titre de “Congrégation du Très Saint Sacrement pour les missions et pour la direction de séminaires “.

On voit donc l’importance de ces années 1640 pour la formation des prêtres. Aux initiatives d’Olier, de Jean Eudes, d’Authier, il faut ajouter qu’en 1641, M. Vincent transforme en séminaire d’ordinands le séminaire conciliaire des Bons-Enfants. En 1644, Saint-Nicolas du Chardonnet prend le titre de séminaire, avec l’approbation de l’archevêque de Paris. Entre 1640 et 1660, les fondations de séminaires se succèdent à un rythme soutenu32.

Comment rendre compte de ce “décollage”. Il est bien sûr l’un des fruits de la Réforme catholique initiée depuis 1580 et qui s’inscrit peu à peu dans les faits. Mais j’aimerais ici privilégier deux facteurs. Le premier est qu’on dispose enfin dans les années 1640 de groupes de prêtres susceptibles de fournir l’encadrement des séminaires et capables de former des clercs selon le nouveau modèle sacerdotal élaboré par Bérulle et d’autres : eudistes, sulpiciens, prêtres du Saint-Sacrement, lazaristes, oratoriens. Soit Alain de Solminihac qui, en 1638, propose à son synode diocésain l’établissement d’un séminaire à Cahors. Après avoir commencé à donner lui-même des retraites spirituelles de 8 ou 10 jours aux ordinands, il fait appel en 1642 aux lazaristes et le 15 juillet 1648, il peut écrire à M. Vincent : “Vous seriez ravi de voir mon clergé et béniriez Dieu mille fois si vous saviez le bien que les vôtres ont fait dans notre séminaire, qui s’est répandu dans toute la province33“.

Autre facteur, économique celui-là, mais non moins déterminant. Les revenus ecclésiastiques deviennent confortables, grâce à la remontée de la rente foncière et des dîmes, caractéristique de la première moitié du XVIIème siècle. C’est ce qui va permettre le passage des exercices au séminaire par un allongement du temps de séjour. On possède alors plus de moyens de financement de la formation des prêtres. J’en veux pour exemple a contrario les tribulations du même évêque de Cahors. Pour assurer la vie et le développement de son séminaire, il impose au clergé local une fondation de 500 livres. Il suscite alors un mécontentement, qui va culminer dans une cabale de clercs et de laïcs qui viennent semer le trouble et le chahut dans le synode diocésain de 165134.

On voit bien alors que l’élément déterminant de la formation réside dans le passage des exercices des ordinands au séminaire d’ordinands, par un allongement du temps de séjour. Ce passage s’est effectué de manière progressive. J’aimerais prendre ici l’exemple du séminaire Saint-Irénée de Lyon, tel qu’il a été étudié par le Père Jacques Soulcié35. La date officielle de la fondation est celle du 31 octobre 1663. Mais la genèse en est bien antérieure. A l’origine on trouve un petit groupe de prêtres qui a missionné à travers le Forez. Forts de cette expérience, ces prêtres veulent fonder un séminaire. L’équipe obtient de l’archevêque de Lyon, Camille de Neuville de Villeroy, la charge de la paroisse Saint-Michel, située dans la presqu’île. Ils ont l’appui du vicaire général, Antoine de Neuville, le frère de l’archevêque. Ils ont également le soutien des milieux dévots et de la Compagnie du Saint-Sacrement. L’archevêque de Lyon sollicite alors l’aide de la Compagnie de Saint-Sulpice. Le 6 décembre 1659, trois sulpiciens arrivent dans la capitale des Gaules : Messieurs Hurtevent, Guisain et Saint-Laurent. Les sulpiciens exercent le ministère paroissial et c’est dans ce cadre paroissial que le séminaire commence à fonctionner. “A partir du moment où il y a un sulpicien et un aspirant au sacerdoce, il y a un séminaire”36.

Le recrutement des séminaires est d’ailleurs assez diversifié. On y rencontre, bien sûr, des candidats à l’ordination, mais aussi des clercs qui s’interrogent, des prêtres qui viennent se ressourcer, des retraitants de tous états de vie. Le chroniqueur des eudistes présentant les débuts du séminaire de Caen écrit

qu’il y venait autant et plus de prêtres que d’ordinands. Et entre ces premiers, on en remarquait de diocèses voisins […]qui venaient exprès à Caen […] les uns pour se renouveler […] durant une semaine, ou un mois, ou même davantage ; d’autres pour se préparer à dire leur première messe37.

Le séminaire est dirigé et animé par des prêtres qui ne cessent pas leurs activités pastorales ou missionnaires. Ils font communauté de vie avec les séminaristes. Prêtres rompus aux labeurs apostoliques, ils sont avant tout des directeurs spirituels. Car il est clair que le séminaire n’est pas une maison d’études. Collèges et universités enseignent la théologie. Le séminaire assure une formation spirituelle. C’est le lieu des “préparations intérieures”. C’est également le lieu où, dans le cadre de la préparation à la réception des saints Ordres, on apprend à accomplir les fonctions cléricales.

Mais l’allongement du temps de présence va permettre de renforcer certains aspects de la formation : apprentissage de la prédication (dans une visée pastorale bien sentie, M. Vincent insiste sur la simplicité), de l’Écriture sainte (le manuel de l’oratorien Bernard Lamy va devenir un classique) et de la théologie morale (comment bien administrer les sacrements, en particulier celui de la pénitence et résoudre les cas de conscience). Le séjour de plus en plus long au séminaire donne également la possibilité aux formateurs d’initier les ordinands aux vertus chrétiennes et plus particulièrement à celles de l’état ecclésiastique, au premier rang desquels on place la modestie. On inculque aux futurs prêtres l’éminente dignité de l’état clérical. Et on travaille, dans un terme de plus en plus long, à l’acquisition progressive d’un habitus qui fait du prêtre un séparé du monde, un être mis à part. L’allongement du temps de séjour va aussi entraîner la possibilité d’accorder une place plus grande au discernement de la vocation. Le séjour au séminaire va devenir le temps de vérification de l’appel de Dieu. Ce mot de vocation change d’ailleurs de sens au cours du siècle. Chez Bérulle le mot désigne l’intervention de l’autorité hiérarchique appelant à une fonction. Pour parler de ce que nous appelons, nous, vocation, Bérulle emploie le terme de voie. Très progressivement, le XVIIème siècle va élaborer une théorie de la vocation38 qui en définit les marques : attrait pour l’état sacerdotal, rectitude des mœurs, détachement du monde, capacités intellectuelles (la science suffisante), aptitude aux fonctions et appel de l’évêque. Ainsi après avoir eu pour but de préparer immédiatement les clercs à la réception des saints ordres, les séminaires deviennent les lieux où l’on discerne la vocation et où l’on cherche à façonner un certain type d’homme selon le modèle du “bon prêtre”.

A la mort de saint Vincent de Paul en 1660, quel bilan peut-on dresser en ce qui concerne la formation des prêtres ? Le séminaire, à cette date, est une institution encore balbutiante. J’aimerais d’ailleurs, souligner ici l’humilité de ces hommes. Je pense à une réflexion de M. Bourdoise au soir de sa vie :

Il y a quarante ans que Dieu me fait la grâce de m’employer à former dans l’Église de bons clercs ; mais je n’y ai pas encore avancé ; on ne doit pas s’en étonner. Former de bons ecclésiastiques, c’est graver sur des diamants, polir des pierres précieuses ; le travail est long mais d’un profit merveilleux et le mérite en sera d’autant plus considérable que les difficultés en sont extrêmes39.

Il faudrait également évoquer la ténacité et le pragmatisme des acteurs de cette histoire. Habités par un sens aigu du réel et du possible, ils ont travaillé avec les moyens du bord. On connaît le projet d’établissement des séminaires rédigé en 1651 par Olier qui rêve d’une maison où, sous la haute autorité de l’évêque, véritable hiérarque dionysien, directeurs et missionnaires font communauté avec les ordinands et tous ceux qui viennent se ressourcer ou étudier leur vocation. La réalisation a été différente et non sans valeur cependant.

Cette entreprise de formation fut une oeuvre commune, qui ne s’est pas déroulée sans affrontements ni conflits : rivalités entre l’Oratoire et la Mission, difficultés entre M. Vincent et d’Authier de Sisgaud, entraves mises aux projets de saint Jean Eudes par l’Oratoire, tout cela a bel et bien existé. Ce n’était sans doute ni le lieu ni l’heure de les évoquer. C’est aussi le signe que cette tâche a été menée par des hommes passionnés et entiers.

Les évêques y ont eu leur part. La Réforme catholique en France est d’inspiration borroméenne. Elle a été voulue et réalisée par des prélats qui se sont référés à l’évêque de Milan, ce pasteur qui mène au ciel un troupeau hiérarchisé, encadré et soumis. Les prêtres réformateurs ont d’ailleurs mis en exergue l’importance du rôle de l’évêque dans la formation des prêtres. On sait le rang accordé par Olier à l’évêque dans son projet de 1651. Les directeurs sont participants de la grâce de la fécondité épiscopale. Pour Monsieur Bourdoise, il y a dans le diocèse une paroisse qui doit tout particulièrement assumer la formation des clercs, c’est l’Église cathédrale. Dans les Sentences chrétiennes et ecclésiastiques il écrira :

Le séminaire naturel et légitime du diocèse, c’est le chapitre de la cathédrale, dont tout le clergé doit être si bien réglé qu’il puisse servir de règle et de modèle à tout le reste, et il ne devrait y avoir aucun ecclésiastique dans tout le diocèse qui n’eût été tiré de ce séminaire40.

La formation des prêtres a été une oeuvre de prêtres, passionnés de l’Évangile, habités par un grand sens de l’Église et taraudés par l’urgence de la mission. Et j’aime à citer un extrait des Mémoires d’Olier :

Je vois ces grands flambeaux du ciel, ces messagers de Dieu, ces gens de flamme et de feu qui ne songent qu’à prêcher, qu’à porter Jésus-Christ partout où ils le pourront. Ils sont comme ces fusées de feu qui courent et volent parmi l’air pour enflammer le monde à l’amour de Jésus et de Dieu. Comme je vois ces personnages qui sont sans attaches à eux-mêmes, sans soins et sans souci de leur personne et de leur vie, qui ne pensent qu’à porter Dieu partout où ils pourront, partout où ils seront poussés par l’impétuosité de l’Esprit41.

Elle a été enfin une oeuvre de laïcs et je pense aux réseaux dévots qui ont apporté l’appui de leurs influences, de leurs relations et de leurs ressources matérielles.

Cette entreprise de formation des prêtres s’inscrit dans les perspectives globales de la Réforme catholique, telle qu’elle a été codifiée par le concile de Trente. A cet égard, les acteurs de cette histoire ont tenté d’inscrire dans les faits un triple idéal. Un idéal pastoral tout d’abord. Le modèle du prêtre, c’est le curé. Le XVIIème siècle va recentrer autour du prêtre la communauté paroissiale. Cette communauté existait déjà, mais le curé en était le desservant. La communauté devient la paroisse de M. le curé42. On assiste d’ailleurs à une recomposition du ministère presbytéral qui investit fortement dans la “cura animarum”. Un idéal ecclésiastique ensuite. Le prêtre doit être un exemple pour le peuple chrétien et doit être irréprochable quant au respect des mœurs, à la piété et à l’éminente dignité de son état. Vincent de Paul peut ainsi écrire à un supérieur de séminaire :

Une chose à laquelle vous devez tendre particulièrement, est de détruire le mauvais esprit de la boisson qui est une source de désordres parmi les ecclésiastiques, et, pour cela, il faut tâcher de les rendre intérieurs et gens d’oraison, pour aimer à s’entretenir avec Dieu plutôt qu-à chercher les compagnies, et pour s’acquitter de leurs fonctions plutôt qu’à demeurer oisifs43.

Un idéal sacerdotal enfin. S’il y a un appel à la perfection, ce n’est pas seulement parce que les pasteurs doivent être des exemples pour leurs ouailles, c’est aussi parce qu’ils sont prêtres de Jésus. Bérulle et les autres ont tiré toutes les conséquences, dans le domaine de la vie spirituelle, de cette conviction que les prêtres de la nouvelle alliance sont participants de l’unique médiation du Christ entre Dieu et les hommes. C’est ce triple idéal, pastoral, ecclésiastique et sacerdotal que les formateurs de prêtres du XVIIème siècle ont essayé de transmettre à une masse de clercs afin d’en faire des prêtres aptes à promouvoir la réforme de l’Église et de la vie chrétienne. Et l’on passe ainsi d’un clergé de clercs à un clergé de prêtres44.

Si à l’horizon se profile ainsi la silhouette du bon prêtre de la France d’Ancien Régime, passé par le moule du séminaire, il n’en reste pas moins que les revers de cette visée sont bien connus. Daniel Roche a pu parler de cléricalisation de l’Église45. Cette cléricalisation est fondée sur l’exaltation du caractère sacrificiel du prêtre, dans une vision qui renforce la coupure entre le profane et le sacré. On touche ici aux déviations engendrées par la formule sacerdos alter christus. Cette conviction théologique va accentuer le caractère hiérarchique et clérical de l’Église par rapport à la société civile. Il en résulte que le prêtre sera pensé comme un être séparé. En théorie, le curé ne participe pas à la sociabilité villageoise. Il ne va pas au cabaret, ne joue pas, ne chasse pas, ne se mêle pas aux travaux des champs. Cette séparation se traduit dans des signes extérieurs, tonsure et soutane.

Au terme de cet exposé, il reste que l’on peut admirer l’ampleur de la tâche accomplie. Pour finir, je cèderai la parole à un inconnu de l’histoire, l’un des sans-grades qui ont bénéficié de l’ardeur de ces ouvriers de l’Évangile. Dépouillant les papiers de Bérulle, j’ai trouvé la lettre de candidature d’un oratorien, alors en résidence à Marines, le confrère Jean Du Mouchet, datée du 31 janvier 162446.

Mon Révérend Père

La grâce de Jésus-Christ notre Seigneur demeure avec vous pour jamais. Puisque par notre vocation nous sommes obligés d’aspirer de tout notre pouvoir aux Ordres saints, afin que par grâce nous obtenions quelque grande participation du Fils de Dieu qui en est l’auteur pour le servir avec plus de fidélité, deuxièmement ce temps s’approchant duquel on les confert, j’ai cru ne le devoir passer, qu’au préalable je ne vous ai communiqué le désir que j’ai de recevoir l’ordre sacré de sous-diacre. Outre toutes les obligations que j’y ai, l’âge m’y convie, ayant 23 ans accomplis du deuxième de ce présent mois, mais je remets le jour en votre volonté, suivant laquelle je désire moyennant l’aide de Dieu conformer ma vie et mes desseins comme celui qui est et sera pour jamais, Mon Révérend Père, votre très humble, très obéissant et très fidèle serviteur selon Dieu

Laurent du Mouchet de l’Oratoire de Jésus

Ainsi donc, avec d’autres, avec beaucoup d’autres, Monsieur Vincent a été le formateur de très humbles, de très obéissants et de très fidèles serviteurs de Dieu.

  1. Marc VENARD, “ Le prêtre en France au début du XVIIe siècle “, dans Bulletin de Saint-Sulpice, n° 6, 1980, p. 204-205. Sur l’échec des séminaires tridentins, cf. Marc VENARD, “ Les séminaires en France avant saint Vincent de Paul “, dans Le catholicisme à l’épreuve dans la France du XVIe siècle, Paris, Cerf, 2000, p.117-134. L’article est une communication faite dans le cadre d’un colloque vincentien, Luigi MEZZADRI, Vincent de Paul, actes du colloque international d’études vincentiennes, Paris, 25-26 septembre 1981, Rome, Edizioni vincenziane, 1983, p. 1-17.
  2. Vincent de Paul à Bernard Codoing, dans Saint Vincent de Paul, Correspondance, entretiens, documents, édition publiée et annotée par Pierre COSTE, 14 volumes, Paris, Lecoffre, 1920-1925, t. II, n° 709, p. 459.
  3. Bérulle à Pierre Séguier, juin 1599, dans Correspondance de Bérulle, éditée par Jean DAGENS, trois volumes, Paris-Louvain, Desclée de Brouwer-Revue d’Histoire Ecclésiastique, 1936-1939, t. I, n° 1, p. 1-2.
  4. Vincent de Paul à sa mère,17 février 1610, dans op. cit., t. I, n° 3, p. 18.
  5. Louis BATTEREL, Mémoires domestiques pour servir à l’histoire de l’Oratoire, édités par A-M.-P. INGOLD, quatre volumes, Paris, Picard, 1902-1905, t. I, p. 329.
  6. Pierre de BERULLE, Œuvres de piété 311, dans Œuvres Complètes, huit volumes, Paris, Cerf, 1995-1997, t. IV, p. 392.
  7. Cf. Michel CRÉPU, Le tombeau de Bossuet, Paris, Grasset, 1997, p. 48: “Être un Loyola français, tel fut peut-être le rêve secret de cet homme…”
  8. Dans les mois qui précèdent la fondation, Bérulle sollicite Romillion de lui prêter le Père de Retz pour les commencements de l’Oratoire.
  9. Pierre de BERULLE, Œuvres de piété 309 bis, dans op. cit., t. IV, p. 387-388.
  10. P. DESCOUREAUX, La Vie de Monsieur Bourdoise, Paris, François Fournier, 1714, p. 55.
  11. Ibid., p. 546.
  12. Ibid., p. 37.
  13. Ibid., p. LIII.
  14. Conférence du 5 août 1659, dans op. cit., t. XII, p. 289.
  15. Lancelot, Mémoires, cité dans Louis Cognet, Claude Lancelot solitaire de Port-Royal, Paris, Sulliver, 1950, p. 19.
  16. Cité dans A. DEGERT, Histoire des séminaires français jusqu’à la Révolution, deux volumes, Paris, Beauchesne, 1912, t. I, p. 88
  17. Histoire du Grand séminaire de Langres, Ms Bresson, (Bibliothèque du grand séminaire de Langres ), cité dans Paul BROUTIN, La réforme pastorale en France au XVIIe siècle, deux volumes, Tournai, Desclée, 1956, t. I, p. 131.
  18. Cf. Joseph BERGIN, L’ascension de Richelieu, Paris, Payot, 1994, p. 137-140.
  19. Cf. A. DEGERT, op. cit., t. 1, p. 89-91.
  20. cité dans A. DEGERT, op. cit., t. I, p. 92.
  21. Louis Batterel, op. cit., t. I, p. 333.
  22. Courtin, Vie du vénérable serviteur de Dieu, messire Bourdoise, ms, cité par Paul BROUTIN, op. cit., t. II, p. 127.
  23. Cité dans Paul BROUTIN, op. cit., t. II, p. 209-210.
  24. P. DESCOUREAUX, op. cit., p. 132.
  25. En cours de publication.
  26. J.-B. BOSSUET, lettre postulatoire, 2 août 1702, citée dans Pierre COSTE, Monsieur Vincent, trois volumes, Paris, Desclée de Brouwer, 1931, t. II, p. 305.
  27. P. DESCOUREAUX, op. cit., p. 560.
  28. Cité par Paul BROUTIN, op. cit., t. II, p. 262.
  29. Paul MILCENT, Un artisan du renouveau chrétien au XVIIe siècle, saint Jean Eudes, Paris, Cerf, 1985, p. 22.
  30. On est mal renseigné sur l’histoire de la séparation entre l’Oratoire et saint Jean Eudes. Est entré en ligne de compte le caractère autoritaire de Bourgoing, qui héritait par ailleurs d’une situation difficile. D’autre part, en 1642, l’Oratoire, bénéficiant du soutien financier de Richelieu, procède à l’ouverture de “l’Institution ecclésiastique, de l’agrément de trois prélats, en trois diocèses, savoir: à Paris, dans la Maison de Saint-Magloire, à Rouen, à Toulouse…”, Louis BATTEREL, op. cit., t. II, p. 305. Bourgoing a peut-être voulu éviter une dispersion des forces de la congrégation.
  31. Lettres patentes du roi pour le séminaire de Caen, cité dans Paul MILCENT, op. cit., p. 121-122.
  32. Il serait fastidieux d’en dresser ici la liste. Nous renvoyons le lecteur à A. Degert, op. cit., t. 1, p. 192-254.
  33. Alain de Solminihac à saint Vincent, 15 juillet 1648, Correspondance, op. cit., t. III, n° 1052, p. 343.
  34. Cet aspect de l’histoire des séminaires a le mérite de nous rappeler que l’histoire d’une structure, fût-elle religieuse, est indissociable de l’histoire de la conjoncture.
  35. J. SOULCIE, La formation des clercs au séminaire Saint-Irénée, Thèse dactylographiée, Lyon, 1955.
  36. J. SOULCIE, op. cit., p. 51.
  37. P. COSTIL, Annales de la Congrégation de Jésus et de Marie (Archives eudistes, ms 27), cité dans Paul MILCENT, op. cit., p. 242.
  38. C’est en 1651 que l’évêque de Vence, Antoine Godeau publie le Discours de la vocation ecclésiastique
  39. Sentences chrétiennes et ecclésiastiques, citées dans Paul BROUTIN, op. cit., t. II, p. 197.
  40. P. DESCOUREAUX, op. cit., p. LV.
  41. Jean-Jacques OLIER, Mémoires autographes, V, 288-289.
  42. Nous renvoyons ici le lecteur à un chapitre du beau livre de Pierre GOUBERT, Les paysans français au XVIIe siècle, La vie quotidienne, Paris, Hachette, 1994 ( 1ère éd, 1982 ), “ Le paysan et son curé “, p.183-203.
  43. Saint Vincent de Paul à Louis Dupont, 8 octobre 1659, Correspondance, op. cit., t. VIII, n° 3001, p. 145-146.
  44. Pierre GOUBERT et Daniel ROCHE, Les Français et l’Ancien Régime, deux volumes, Paris, Armand Colin, 2000, 3ème édition, t. II, p. 39.
  45. Ibid., p. 23.
  46. Archives Nationales, M. 233.

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