Une Semence d’Eternité : Saint Jean-Gabriel Perboyre : Prêtre de la Mission, Martyr, Premier Saint de Chine (03)

Francisco Javier Fernández ChentoJean-Gabriel PerboyreLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Jean-Yves Ducourneau, cm · Année de la première publication : 1996.
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2. Les germes d’un appel

Jean-Gabriel a un oncle prêtre. Toute la famille en est fière. Il est le frère aîné de Pierre. Jacques Perboyre, « l’oncle Jacques », comme on l’appelle, est prêtre de la Congrégation de la Mission. En son temps, il fut placé au séminaire d’Albi comme professeur mais les troubles révolutionnaires agitaient les esprits et divisaient le clergé. Avec de nombreux autres, Jacques resta fidèle à Rome et réfuta la Constitution civile du Clergé. Il devint ainsi « prêtre réfractaire ». Aux regards de la famille, il n’en devint pas moins un héros de la foi catholique. Après quelques années difficiles et délicates durant lesquelles, il dut souvent se cacher, la paix religieuse revint et il fut envoyé au petit séminaire de Montauban, tenu par les Lazaristes, pour la formation des futurs prêtres. L’influence que Jacques Perboyre exerce sur la famille est immense. Il recevra, dans cette petite pension de Montauban, dix-huit de ses neveux et cousins, dont plusieurs parviendront à la prêtrise.

Jean-Gabriel n’envisage pas le sacerdoce pour lui même. Du reste, personne dans la famille n’y songe car il faut bien que l’aîné prenne la suite du père au travaux des champs. C’est la coutume et à la campagne, les habitudes ont la vie dure. Bien sur, l’enfant avait suivi l’école et le catéchisme avec succès. Le curé du village lui avait même confié la classe en son absence. On est content de lui. Mais, il a reçu là, estime-t-on, l’éducation suffisante pour entamer une vie d’adulte responsable.

Le père de famille gardera Jean-Gabriel avec lui, c’est une chose acquise. On décide par contre que le deuxième fils, Louis, pourrait profiter de l’éducation offerte au petit séminaire de Montauban. Louis sent en lui s’éveiller le désir de suivre les traces de l’oncle Jacques mais le garçon n’a pas encore dix ans. Malgré cela, il ira en pension. Pour un petit enfant habitué à la chaleur de l’âtre familial, c’est là une dure perspective. Pierre et sa femme Marie en sont conscients. Pour habituer l’enfant à la séparation, il suffira d’envoyer avec lui Jean-Gabriel pour quelques semaines, le temps que Louis se fasse aux quatre murs imposants de sa nouvelle vie montalbanaise. En cette saison d’automne 1816, les travaux des champs ne requièrent pas d’aide particulière et donc l’absence de l’aîné ne sera pas trop pénible à supporter.

Il est convenu que Jean-Gabriel suivra quelques cours de français, d’histoire et de mathématiques, le temps de son séjour à Montauban.

Le 8 mai 1817, pour la première fois, il écrit à son père et a ainsi l’occasion de lui montrer quelques résultats probants de son nouveau savoir : « je voulais vous écrire, mais comme je n’ai jamais fait de lettre, ni même lu, je n’osais prendre la plume pour cela. C’est aujourd’hui pour la première fois. Il est bien juste, mon très cher père, que vous ayez les prémices de mon petit savoir. »

Le père Perboyre sait que le retour de son aîné est pour bientôt. Le travail à la propriété va bientôt exiger sa présence. Il se rend donc à Montauban, chez l’oncle Jacques, pour ramener l’adolescent à la maison. Entre temps, le Conseil des professeurs du petit séminaire a délibéré et il est clair que pour eux, Jean-Gabriel doit rester car il manifeste des qualités éminentes pour l’étude et la réflexion. On envisage même pour lui, de le voir entrer dans les Ordres. Fier de son aîné mais un peu triste pour lui, Pierre Perboyre laisse donc son fils à Montauban et repart seul au Puech.

Jean-Gabriel est inscrit au cours de latin et le 16 juin 1817, il écrit, avec une certaine assurance, à son père : « j’ai consulté Dieu pour savoir l’état que je devais embrasser pour aller sûrement au ciel. Après bien des prières, j’ai cru que le Seigneur voulait que j’entrasse dans l’état ecclésiastique ». Tout en demandant l’approbation de son père qu’il sait avoir besoin de lui, il ne perd pas le fil des affaires de ce monde, parfois indispensables pour bien vivre les affaires du ciel : « Si vous agréez que je continue, il est nécessaire que je fasse faire des habits. Vous aurez la bonté de m’envoyer de l’argent pour en acheter, je pense que la bourse de mon oncle n’est pas assez garnie pour en faire les avances ».

Les parents de Jean-Gabriel, résignés mais confiants envers la Providence visiblement agissante, acceptent de voir le garçon cheminer vers la vocation sacerdotale. Il faudra à Jean-Gabriel, fournir des efforts particuliers et constants pour rattraper le niveau d’étude de ses condisciples qu’il ne dépasse qu’en âge.

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