Une Semence d’Eternité : Saint Jean-Gabriel Perboyre : Prêtre de la Mission, Martyr, Premier Saint de Chine (02)

Francisco Javier Fernández ChentoJean-Gabriel PerboyreLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Jean-Yves Ducourneau, cm · Année de la première publication : 1996.
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1. A l’École des Champs

Une histoire millénaire émaille le Quercy. Ses vallées ridées dessinent à elles seules le travail insolent d’une nature rebelle. Depuis longtemps déjà les hommes ont dompté à leur manière ce terrain rocailleux et sauvage. Les chênaies touffues donnent de l’ombre utile lorsque le soleil de juillet déplie ses rayons brûlants. Les nombreux pigeonniers aux toits pyramidaux protègent bien des oiseaux des pluies violentes. Les prairies bosselées nourrissent de leurs herbes verdoyantes les petits troupeaux d’ovins, véritables trésors pour les hommes des labours.

A une bonne vingtaine de kilomètres de Cahors, est implanté le vieux village de Montgesty. Son Église, ancrée fièrement au milieu des vieilles maisons est, comme ailleurs en ce début du dix-neuvième siècle, le poumon de la vie des habitants et le reflet d’une activité spirituelle intense.

Pour rejoindre la ferme familiale des Perboyre, il faut emprunter un long sentier jusqu’au lieu dit « Le Puech ». Ce hameau rattaché au village se laisse entourer par des terres ingrates, parsemées de belles parcelles riches et à la douce couleur rougeâtre. Le bruit des meules de calcaire écrasant les noix rivalise avec le bêlement habituel des moutons en quête de pâturage et les gazouillis stridents des moineaux qui volettent.

La maison est du pur style quercynois ; une ferme comme en disposent les voisins. Entourée de chênes, de noyers, de petites prairies et d’un peu de vigne pour le vin quotidien, elle est le lieu privilégié d’une grande famille unie et chrétienne.

Jean-Gabriel est né au Puech en 1802. Le jour de sa naissance gardera peut-être pour l’histoire une couleur énigmatique. Sur le registre communal, il est né le 15 Nivôse de l’An 10 de la République, c’est-à-dire le 05 janvier 1802. Or, Jean-Gabriel a toujours prétendu être né le 06 janvier, jour de la fête de l’Épiphanie. Se serait-il trompé sur sa propre date de naissance ? Toujours est-il qu’il fut baptisé le lendemain de sa naissance en la petite église de Montgesty, comme il était de coutume de le faire à l’époque.

Jean-Gabriel est l’aîné de huit enfants. Il a pour sœurs, Jeanne née en 1805 qui se mariera ; Mariette, née en 1809, qui demandera son admission au Carmel mais mourra au moment d’y entrer ; Antoinette, née en 1815 qui entrera chez les Filles de la Charité et partira en Chine en 1847 et Marie-Anne, née en 1817, également Fille de la Charité et qui assistera en 1889 aux fêtes de la Béatification de son frère. Jean-Gabriel a aussi trois frères : Louis, né en 1807 qui deviendra prêtre de la Congrégation de la Mission (Lazariste) ; Jean-Jacques, né en 1810 d’abord frère puis à son tour, prêtre de la Mission et enfin Antoine, né en 1813, qui assurera la succession du père à la ferme familiale.

Dans le monde rural, la vie familiale est rythmée par le jour et les saisons. Les champs et les troupeaux sont le trésor inappréciable des paysans du Quercy. Chacun sait la valeur des choses et a du respect pour le travail accompli.

La famille Perboyre n’est pas la plus mal lotie. On vit, comme ailleurs, du travail de la ferme et ce travail porte ses fruits. Ainsi, on consomme beaucoup de légumes du potager ; on fait de la farine avec du maïs. On a quelques volailles et un cochon, sans oublier les nombreux noyers qui fournissent l’huile de noix. Le pain composé de farine de blé et de seigle, est pétri et cuit tous les quinze jours. Pierre Perboyre, le père de Jean-Gabriel, est aussi producteur de vin, à la fois pour la maisonnée et pour la vente aux alentours. On récupère l’eau de ruissellement pour les animaux et les besoins quotidiens de la famille mais pour l’eau potable, il faut marcher jusqu’à la source, à un kilomètre de là.

Enfant comme les autres avec la responsabilité de l’aîné, Jean-Gabriel se rend, avec ses frères et sœurs, à l’école du village de Montgesty, de la Toussaint jusqu’à Pâques environ. Le père qui sait lire, permet ainsi à ses enfants de suivre le même chemin. En effet, l’école n’est pas encore obligatoire. Le Curé, alors véritable pierre angulaire de la vie des villages, s’efforce, tant bien que mal, de recruter un maître d’école qu’il utilise aussi comme chantre et sacristain. En fin d’après-midi, les enfants regagnent la maison sous la conduite de l’aîné. On n’oublie pas non plus le catéchisme quotidien qui est considéré comme une matière de classe à part entière.

Ainsi les enfants Perboyre sont tous éduqués et élevés dans une foi catholique solide. Il est de coutume de prier avec la mère ou même avec toute la famille. On dit de Jean-Gabriel qu’il est particulièrement assidu à la prière et aux leçons de catéchisme qu’il n’hésite pas à réciter à ses petits voisins.

Au dire des habitants de Montgesty, sa piété impressionne ou surprend. Le Curé, en maître d’œuvre, ne s’y trompe pas non plus. Alors que les enfants ne font leur première Communion que vers l’âge de quatorze ans, ou même parfois seize ans – tel est l’usage gallican de l’époque – il permet à Jean-Gabriel de communier pour la première fois à douze ans. Dans sa fougue spirituelle, l’enfant s’agrège dès le lendemain à la Confrérie du Saint-Sacrement, alors très répandue dans cette contrée rurale.

L’école des champs est l’école de la vie. Les yeux ouverts sur la nature qu’on domine respectueusement, on y grandit en maturité plus vite qu’ailleurs, tant la vie est austère et parfois difficile et pénible. Les quinze premières années de Jean-Gabriel sont des années d’une enfance néanmoins heureuse. Il en gardera de fait, durant toute sa vie, une affection sans borne et un respect infini envers ses parents, comme on se plaît à l’époque de l’avoir.

La nature sculpte les caractères des hommes. Elle les burine de ses caprices et de ses joies comme l’eau sauvage des torrents dessine les vallées. Ainsi, à l’image de cette dame solide aux failles cachées, Jean-Gabriel possède un caractère bâti comme un roc, consolidé par une volonté certaine. Néanmoins, on le dit réservé et parfois il ressent cela comme un obstacle, l’empêchant d’entrer en relation avec aisance. Alors il puise en sa profondeur, en ses sources intérieures, pour irriguer sa nature revêche. Il écrira plus tard à son jeune frère Jacques de travailler sur lui-même : « Je désirerais que vous fissiez quelques efforts pour être moins taciturne, plus ouvert. Si vous ne travaillez pas de bonne heure à plier votre caractère sur ce point, vous aurez plus tard des difficultés insurmontables pour devenir sociable et d’une compagnie agréable. Pour moi, je sais ce qu’il m’en coûte ».

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