Saint Vincent de Paul

Francisco Javier Fernández ChentoVincent de PaulLeave a Comment

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Author: Paul Renaudin · Year of first publication: 1960 · Source: Classiques de la Foi.
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Enfance et études

vdp583Vincent, troisième enfant des de Paul ou Depaul1, naquit en 1581 dans un petit village des Landes, Pouy, près de Dax. Comme Geneviève de Nanterre, comme Jeanne de Domrémy, il passa son enfance aux champs, menant les moutons au pâturage et les porcs à la glandée, dans un paysage doux et limpide, une lande aux grands horizons, face aux lointains sommets neigeux des Pyrénées.

Les Depaul étaient simples gens, pauvres gens, mais non pas gens de rien. Quand les guerres, les pilleries, les lourdes tailles ne les venaient pas « mettre à l’aumône », ils vivaient honorablement, élevant quatre garçons et deux filles. A vrai dire, ils n’ont pas d’histoire : ce sont bonnes gens de France, le menu peuple laborieux, honnête et craignant Dieu, qui fait notre solidité.

Mais ils ont à leur table un enfant hardi, un esprit déjà vif et déluré de Gascon : Vincent. Et voilà les Depaul qui pensent à tirer ce petit homme de son humble condition. Leurs autres enfants resteront avec eux; Vincent, on va « le faire étudier ».

Cette pensée, longtemps maniée sans doute, les conduisit un jour à Dax, et Vincent fut confié aux Cordeliers de la ville, moyennant soixante livres par an. En revenant à Pouy, Jean et Bertrande rêvaient à l’avenir de leur gamin; ils lui avaient mis le pied à l’étrier.

L’enfant ne les déçut point : il travailla, satisfit ses maîtres. Mais les soixante livres étaient lourdes pour les parents. C’est alors qu’un avocat au présidial de Dax, M. de Cornet, vint à leur aide. Il cherchait un précepteur pour ses enfants. Il offrit l’emploi à Vincent, malgré sa jeunesse. Et voilà le petit paysan, à treize ou quatorze ans, assez savant déjà pour qu’on lui offre un moyen de s’entretenir lui-même, tout en continuant ses études au Collège et sa pension chez les Cordeliers.

La bonté intelligente de Cornet, le mérite de l’enfant : telle est l’heureuse conjonction qui commence une fortune. Et Cornet, bientôt, pense à l’avenir de l’enfant : « Tu devrais te faire d’Eglise, petit. » Point de meilleur conseil à lui donner, humainement. L’Eglise est une carrière, pour cet enfant du peuple, et celle où il est le plus assuré de s’élever rapidement.

Pourtant, Vincent hésite. Il semble que le sacerdoce l’effraye, et qu’il s’en fait déjà une idée très haute, en un temps où l’on entrait communément dans les ordres par ambition, par intérêt, ou par paresse… Enfin il se laissa persuader. En décembre 1596, il reçut la tonsure et les ordres mineurs, des mains de l’évêque de Tarbes.

En cinq ans, c’était un joli chemin. Déjà Vincent n’est plus un petit paysan. Un jour que son père était venu le voir dans son Collège, il refusa de descendre pour lui parler : un père en hoqueton et en sabots le faisait rougir. Plus tard, racontant ce fait à la duchesse d’Aiguillon, il ajoutait : « En quoi, je fis un grand péché. » Grand péché, non… Petite fierté d’un enfant qui commence à secouer la glèbe natale. Jeune ambition qui coupe les ponts derrière elle… Toute sa vie, le saint sera assez occupé de les relever, de se rattacher à sa basse origine, pour s’humilier devant les grands qui le caressent. Surprenons-le au moment où, tout brûlant de s’avancer dans le monde, il écarte, d’un geste un peu vif, le souvenir de ces années peineuses et malodorantes.

Au reste, la passion du savoir le tenait toujours. A la fin de l’année 1596, il accepta avec joie d’aller poursuivre ses études à Toulouse, grâce à l’argent que son père lui remit : le prix d’une belle paire de boeufs, vendus par le laboureur. Dax, Toulouse : la fumée de son petit village se perd sous l’horizon. Il entra fièrement dans la ville du savoir, où florissait une célèbre Université, la plus considérable après celle de Paris, avec ses cinq Facultés, ses statuts imposants, les examens, le cérémonial, l’élection aux chaires, la vie des collégiats. C’était tout un monde, dont Oxford ou Cambridge nous donneraient mieux l’idée que notre Sorbonne. On voudrait y voir évoluer Vincent, savoir comment il y apprit les livres et les hommes. Mais, de ces huit années (1696-1604), il ne nous reste guère qu’un diplôme, qui nous apprend que l’étudiant en théologie fut reçu bachelier le 12 octobre 1604, et qu’il eut désormais le droit d’expliquer le Livre des Sentences de Pierre Lombard. De tout ce beau mystère d’une jeunesse de grand homme, nous n’avons plus entre les mains qu’un parchemin officiel…

Nul doute, cependant, que Vincent de Paul aurait pu s’élever beaucoup plus haut dans la science, et devenir un beau docteur de Sorbonne. Mais il ne l’a pas voulu. Il a refusé nettement les succès de l’argumentation et de la dispute; bien plus, ce savant a parlé souvent de « la science qui enfle l’esprit »; il s’est méfié de la foi savante, et dira : « Voulez-vous trouver Dieu? Il parle avec les simples. » Retenons pourtant que cet homme qui se fera toujours passer pour un ignorant, qui se traitera lui-même de « pauvre écolier de quatrième », a commencé sa vie par douze années d’études, et qu’il sera capable de comprendre Saint-Cyran, de réfuter Arnauld, d’intervenir avec autorité au Conseil de Conscience, ce faîte de l’Eglise d’alors, dans les subtiles controverses du jansénisme; enfin de s’unir aux plus grands esprits de l’époque pour ramener dans l’Eglise de France non seulement l’ordre et la piété, mais la science et la lumière.

L’ordination

Pendant ce séjour à Toulouse, demeuré si obscur, il se passe du moins de grands événements, dont la date et les circonstances nous sont connues. Vincent de Paul reçut, en septembre et en décembre 1598, le sous-diaconat et le diaconat; puis la prêtrise, des mains de François de Bourdeille, évêque de Périgueux, en septembre 1900. Il n’avait alors que dix-neuf ans.

Ne soyons pas surpris de cette irrégularité. Le désordre, la fraude étaient partout dans l’Eglise de France; les règles du Concile de Trente n’étaient encore ni reçues ni appliquées. Vincent fit comme tant d’autres… Il semble pourtant qu’il se soit lui-même trouvé trop jeune : il attendit un an, après la réception de ses lettres dimissoriales, en 1599, pour se faire ordonner. Et pour dire sa première messe, il choisit une chapelle isolée, perdue au milieu des bois, le petit oratoire de Notre-Dame de Grâce, de Buzet, édifié autrefois par les moines de l’abbaye de Conques. « On lui a ouï dire, écrit son premier historien, Abelly, que, n’ayant pas le courage de la célébrer publiquement, il choisit plutôt de la dire dans une chapelle retirée à l’écart, assisté seulement d’un prêtre et d’un servant. »

Quel émouvant tableau que cette messe solitaire et tremblante! Il semble que l’on voie naître, dans la petite chapelle de Buzet, la destinée de l’homme qui se fera plus tard un des principaux ouvriers de la réforme du clergé, qui relèvera l’idée même du sacerdoce, et rétablira dans les esprits, dans la société d’alors, l’éminente dignité du prêtre de Jésus-Christ.

Esclave des Barbaresques

Mais n’allons pas trop vite : Vincent de Paul est désormais un bon prêtre, il n’est pas encore un saint.

Pour l’instant, il va poursuivre ses petites ambitions humaines, faire son chemin dans le monde. Il part pour Bordeaux, où le duc d’Epernon lui fait espérer une bonne cure; l’affaire n’aboutit pas. Revenu à Toulouse, il apprend qu’une « bonne vieille femme » de la ville (peut-être sa logeuse ?), lui a laissé un petit héritage : quelques meubles et quelques terres. Mais, pour entrer en possession, il faut faire vendre le bien, qu’un « méchant mauvais garnement » tient encore. Vincent va sur les lieux, obtient un jugement de la Chambre mi-partie de Castres, puis se laisse entraîner jusqu’à Marseille, où le « galand » s’est enfui pour ne pas s’exécuter et continuer ses friponneries. Un cadet de Gascogne en mal d’argent et d’ambition, jusqu’où n’irait-il point? Il attrape enfin son homme, le fait emprisonner, et s’accorde avec lui à trois cents écus, qu’on lui baille comptant.

Maintenant, il faut revenir à Toulouse. Mais c’est là que la Providence l’attend, pour l’embarquer dans une série d’aventures qui formeront sa jeunesse.

Sur le conseil d’un gentilhomme avec lequel il s’était trouvé loger à Marseille, il prend la voie de mer pour gagner Narbonne. Le temps est beau, le vent favorable; bientôt le port est en vue. Mais voici venir trois brigantins turcs, montés par ces diables terribles qui écumaient alors nos côtes de la Méditerranée. La chasse commence, Vincent fait le coup de feu avec l’équipage, et reçoit « un coup de flèche qui lui servira d’horloge toute sa vie ». Mais c’est en vain, il faut se rendre à « ces félons et pires que tigres n : capturé, enchaîné, Vincent est emmené en Barbarie, et vendu au marché d’esclaves de Tunis. Prélude inattendu à la vie d’un saint.

Là, du moins, pendant deux ans, sous des maîtres divers : un pêcheur qui le revendit, un médecin spagirique, c’est-à-dire un alchimiste dont il surveillait les cornues et les cuisines mystérieuses, enfin un renégat de Nice en Savoie qui avait obtenu des Turcs, pour prix de son apostasie, un domaine à cultiver, là du moins Vincent apprend la dure condition des captifs, leurs souffrances, leur dénuement moral, les tentations d’apostasie auxquelles ils sont soumis. Il ne perd pas son temps : il cause avec son alchimiste de la religion chrétienne, il convertit les femmes de son renégat, il le décide à faire lui-même pénitence. Il s’échappe enfin avec lui « sur un petit esquif », et débarque à Aigues-Mortes, en juin 1607. Le voilà sauvé!

Il se rend en Avignon, où le vice-légat Pierre Montorio reçoit l’abjuration du renégat, et se prend d’amitié pour celui qui le ramène, en qui il a discerné tout de suite un bon chrétien, et, je pense, un Français né malin.

« Il me fait cet honneur », écrit Vincent à M. de Cornet, « de me fort aimer et caresser, pour quelques secrets d’alchimie que je lui ai appris »; secrets dont on était fort curieux alors, jusque chez les gens d’Eglise… « Mondit Seigneur m’a commandé d’envoyer quérir les lettres de mes Ordres, m’assurant de me faire du bien, et très bien pourvoir d’un bénéfice. »

Grâce à Montorio, Vincent connut donc Rome, le centre de la Chrétienté. « Je fus si consolé de me voir en cette ville où est le chef de l’Eglise militante, où sont les corps de saint Pierre et de saint Paul. Je m’estimais heureux de marcher sur la terre où tant de grands saints avaient marché … » Là aussi Vincent respire l’air de la Curie romaine, s’initie à l’esprit subtil des Italiens, toutes choses qui lui seront fort utiles plus tard, quand il aura à traiter avec eux de graves et délicates affaires.

Représentons-nous bien quel est, à cette époque, l’état d’esprit de Vincent de Paul. Il a vingt-sept ans. Il a pu constater qu’il réussira aisément dans le monde, car il a séduit tous ceux qu’il a approchés : l’avocat Cornet, les gens de Toulouse, le médecin musulman, le vice-légat, le pape Paul IV lui-même. Tous lui veulent du bien, lui proposent d’assurer sa fortune. Pour lui, il ne s’en fait pas accroire. Son bon sens paysan, sa modestie native ne l’ont pas abandonné; il rêve seulement de quelque « honnête établissement » dans sa province, quelque paisible abbaye de bénéfice, qui lui permettra de faire du bien autour de lui et d’aider les siens à vivre. Ainsi en écrit-il à M. de Cornet. Deux ans après encore, en 161o, revenu à Paris, il écrit à sa mère : « J’espère tant en la grâce de Dieu qu’il bénira mon labeur, et qu’il me donnera bientôt le moyen de faire une retirade honorable, pour employer le reste de mes jours auprès de vous. » Ambition modeste, décidée à marcher droitement dans les voies du Seigneur, mais ambition qui reste humaine : le saint n’est pas encore né.

Aumônier de la reine Margot

Voilà donc Vincent revenu à Paris. Il y mène une vie assez obscure, silencieuse, déjà donnée pour une grande part à la charité, car beaucoup de ses journées se passent à l’hôpital de la Charité, auprès duquel il s’est logé. Il sert, il exhorte les pauvres malades recueillis là par les Frères de Saint-Jean-de-Dieu. Mais il fréquente aussi à la cour de la reine Margot, épouse répudiée et annulée de Henri IV, dont un de ses amis, M. du Fresne, l’a fait nommer aumônier, pour assurer sa subsistance.

Etrange princesse, qui a passé du scandale à la dévotion, sans quitter la galanterie; étrange milieu, où il doit évoluer parmi les poètes, les seigneurs, les beaux esprits de l’Eglise et du monde. Sans doute il « s’y resserre dans sa coquille », car M. du Fresne le dépeint ainsi : « Dès ce temps-là, Monsieur Vincent paraissait fort humble, charitable et prudent. Il faisait du bien à chacun. Il était circonspect en ses paroles. Il écoutait paisiblement les autres, sans jamais les interrompre. »

« M. Vincent », comme il se fait nommer, est difficile à saisir, en cette période hésitante, et d’ailleurs mal éclairée. De toutes les belles relations qu’il pourrait se faire à la cour de la reine Marguerite, il ne profite pas; il a déjà le coeur trop pur. Il ne sait plus bien ce qu’il veut et, comme il n’a jamais été pressé, il attend. Il attend encore son bénéfice, et en même temps il donne l’impression d’un homme qui attend autre chose… Peut-être, comme il arrive souvent à nos pauvres désirs humains, qui s’éteignent avant d’être assouvis, quand il reçoit enfin son abbaye (l’abbaye de Saint-Léonard-de-Chaume, au diocèse de Saintes), il ne la désirait plus.

La rencontre de Bérulle

Et puis, soudain, dans cette vie en suspens, le nom de Bérulle qui apparaît. Où, quand se fit la rencontre ? Comme on l’ignore, on invente une gentille histoire : le jeune prêtre surpris par Bérulle au chevet de ses malades, à la Charité; la rougeur, la confusion de l’un, le regard d’aigle de l’autre, qui le dévisage et devine une puissante destinée… Aimable arrangement, qui nous cache seulement un grand mystère.

Ce mystère, il est dans la vie de presque tous les saints. Il y a toujours un point obscur pour nous dans ces existences : un moment où, après avoir vécu comme nous, ou un peu mieux (ou parfois beaucoup plus mal) ,ils sont tout à coup changés, brisés par Dieu pour être refaits dans un nouveau moule, et suivant sa volonté. On connaît, dans certaines vies, ces moments éclatants : saint Paul renversé sur le chemin de Damas, saint Augustin prenant le livre et y lisant l’appel divin, Pierre de Kériolet… et tant d’autres que la grâce, comme on dit, terrassa. Mais parfois cette tempête est tout intérieure; elle échappe à nos regards. Alors, quand nous essayons d’enchaîner les événements d’une vie, la chaîne se rompt, la nuit se fait : nous ne saisissons plus qu’une heure mystérieuse, où l’on voit que l’acte essentiel du drame s’est passé hors de nos regards.

Cette heure est arrivée dans la vie de Vincent de Paul. Et l’on ne peut douter que l’homme qui y joua le premier rôle fut Pierre de Bérulle.

Bérulle était un grand esprit. Tous ceux qui l’approchaient subissaient son influence. Il était celui qui avait amené en France les filles de sainte Thérèse d’Avila, celui qui demeurait le directeur, l’animateur d’une élite d’âmes choisies : sorte de magistère unique et qui, dépassant le domaine des cloîtres, attirait ce qu’il y avait de meilleur dans la société chrétienne d’alors. Il était aussi le docteur qu’on ne peut confondre, la colonne de l’Eglise ébranlée : controversiste qui réduisait au silence les plus fortes têtes du protestantisme et obtenait des conversions éclatantes. Enfin sa sublime conception du sacerdoce était bien faite pour frapper Vincent de Paul, qui avait, lui aussi, réfléchi et tremblé devant la dignité, le pouvoir mystérieux du prêtre de Jésus-Christ.

Mais ce ne sont pas les hommes, c’est Dieu qui fait les saints. La rencontre de Vincent avec Dieu ne fut pas, je l’ai dit, un coup de théâtre, elle se fit même, il me semble, en plusieurs étapes. Elle avait commencé dans la petite chapelle solitaire de Buzet. Elle se renouvelle, s’achève, je crois, dans la retraite que fit Vincent auprès de Bérulle, en 1611. Certains diront qu’elle lui laisse encore quelque hésitation, et que le saint ne sera vraiment mûr, achevé, qu’après la retraite de 1622.

On saisit là, en tout cas, la lenteur prudente, un peu pesante, de ce caractère. Même Dieu ne le convainc pas aisément. Il se garde, il se défend. Mais c’est un beau spectacle aussi, cette patience divine qui attend une âme de bonne volonté, qui respecte ses démarches naturelles — un Dieu qui violente parfois, mais qui plus souvent collabore, et qui se soumet à sa créature.

Voici donc Vincent de Paul quittant peu à peu ses projets, ses petits aménagements humains, pour aller vers des rivages inconnus. Bérulle venait de fonder, en cette année 1611, la congrégation de l’Oratoire, et de l’établir au faubourg Saint-Jacques, dans l’hôtel du Petit-Bourbon. A peine la maison ouverte, Vincent se réfugie là pour faire une retraite. Il n’a pas l’intention de s’agréger à l’Oratoire; il veut seulement de la paix, du silence, et de la lumière. Et bientôt Bérulle, fort de l’autorité qu’il a sur lui, le fait nommer curé de Clichy, un village de paysans dans la banlieue de Paris. Adieu, « l’honnête retirade »! Adieu, toutes les perspectives humaines! Bérulle a tranché. Vincent ne sera plus qu’un instrument docile des volontés de son directeur, en attendant d’être, simplement et uniquement, l’homme de Dieu.

Aumônier et précepteur des Gondi. Curé à Clichy et Châtillon

Catéchismes, prédication, sacrements, visite des malades : le nouveau pasteur se prodigue à tous. En moins d’un an, les résultats furent merveilleux. Un religieux qui était venu prêcher dans l’église de Clichy écrivait : « Je m’employais à prêcher ce bon peuple dont il était curé; mais j’avoue que je trouvai ces bonnes gens qui universellement vivaient comme des anges, et que j’apportais la lumière au soleil. »

Vincent de Paul, d’ailleurs, y est heureux comme il n’a jamais été. Longtemps plus tard, l’année de Clichy est un souvenir lumineux dans son existence. Ecoutez-le qui en parle aux Filles de la Charité : « Ah! me disais-je alors, que tu es heureux d’avoir un si bon peuple! Le pape est moins heureux que toi… »

Comme tous les bonheurs, celui-là fut court. Au bout de quinze mois, Bérulle faisait entrer Vincent comme aumônier et précepteur des enfants dans la noble famille des Gondi2. Cruelle obéissance! Vincent ne discute pas, mais il s’en va, la mort dans le coeur. (Il restait titulaire de la cure de Clichy, mais n’y résidait plus.)

« Je m’éloignai tristement de ma petite église de Clichy; mes yeux étaient baignés de larmes, et je bénis ces hommes et ces femmes qui venaient vers moi et que j’avais tant aimés. Mes pauvres y étaient aussi, et cela me fendait le coeur. J’arrivai à Paris avec mon petit mobilier, et je me rendis chez M. de Bérulle. »

Qu’a voulu faire Bérulle par ce geste d’autorité? Sans doute polir et affiner, en la compagnie des grands, ce prêtre-paysan, encore un peu fruste, sur lequel il fondait de grands espoirs. Sans doute aussi pensait-il que Vincent trouverait, chez ces grands seigneurs terriens, les occasions, les moyens et les ressources nécessaires pour commencer son apostolat parmi le peuple des campagnes. Claires ou obscures, ses raisons furent pleines de conséquences heureuses.

A peine entré chez Emmanuel de Gondi, cet aumônier, ce précepteur, se fait aussi petit que possible : presque un valet. En dehors des heures qu’il passe à instruire les enfants, il s’enferme dans sa chambre « comme en une chartreuse ». Il ne se présente jamais devant le général des Galères qu’on ne l’ait fait appeler. En revanche, voyez-le circuler parmi le domestique, apaisant les querelles, mettant ordre aux gabegies, laissant partout un bon conseil, une parole de Dieu. Et que ne dut-il pas voir sous les combles d’une grande maisonnée! Aux veilles de fêtes, il réunit les gens pour les disposer à recevoir les sacrements. Malgré lui, tout cela revient aux oreilles des maîtres, qui apprécient de plus en plus leur aumônier. Le général est tout content de lui; il l’appelle à l’aide, et lui remettra l’affaire de son salut.

Quant à sa femme, elle n’est pas moins conquise. Marguerite de Silly est une femme de petite santé, et d’une piété inquiète, scrupuleuse, épuisante. Quelle ait, au bout d’un an, voulu se mettre sous la direction de M. Vincent, qu’elle ait supplié Bérulle de contraindre celui-ci à accepter, on ne peut souhaiter meilleur témoignage du tact et de la finesse de Vincent de Paul. Il fit le plus grand bien à sa dirigée. Il la poussa vers l’action, l’enrôla dans sa croisade de charité. Elle devint la première de ces femmes qui, tout au long de sa vie, vont l’aider dans ses oeuvres. Et c’est elle qui fut, avec lui, au berceau de l’oeuvre de la Mission.

Mais avant d’en parler, relatons un curieux épisode de cette vie. Même chez les saints, il faut compter avec les réactions de leur naturel. Après quatre années passées chez les Gondi, M. Vincent étouffe dans « le bel air du monde »; il se persuade qu’il ne réussit pas dans l’éducation des enfants, que Mme de Gondi abuse de l’assistance spirituelle qu’elle lui a demandée pour son âme inquiète; mais surtout il est repris de sa nostalgie des champs : et le voilà qui profite d’un voyage pour quitter ses hôtes sans les avertir, et qui fait le mort pendant six semaines. Coup de tête s’il en fut! Bérulle a été prévenu pourtant; il a laissé faire. Et l’on retrouve M. Vincent dans un village des Dombes, un gros bourg plutôt, depuis longtemps sans pasteur. De vagues chapelains expédient les messes, escamotent les catéchismes. Et la paroisse est pleine de huguenots : Vincent loge même chez l’un d’eux, le jeune Beynier, dont la morale n’est pas plus intacte que la foi. Vincent, en quelques mois, va ramener les chapelains à la règle, et les huguenots à la foi catholique.

Il prend les gens par sa vertu, sa charité, sa douceur. François de Sales n’a pas fait mieux. La conversion de Beynier et de sa famille, celle du fougueux comte de Rougemont, grand duelliste et « franc éclaircisseur », qui brise sur une roche l’épée qui l’entraînait à mal, sont des épisodes où l’on retrouve la saveur d’un « miracle » du Moyen Age.

Enfin, à Châtillon, Vincent prélude à ses fondations charitables. Un jour, il réunit les dames, les engage à aller voir les pauvres malades, à « faire le pot » chez eux, à les servir, les réconforter, les égayer. Il improvise un petit règlement de confrérie; l’assistance spirituelle y est aussi minutieusement décrite que la corporelle, avec le même zèle délicat, respectueux de l’âme des pauvres comme de leur corps.

Ainsi naquit la première Charité. L’idée était si simple, la formule si souple, le fondement de l’oeuvre (l’amour et le culte du Christ dans ses pauvres) si solide, que les Charités se multiplièrent très rapidement.

Fondation de la Congrégation de la Mission

Les Gondi étaient riches en terres; ils étaient seigneurs de près de huit mille paysans, en Brie et en Picardie. Quel champ d’apostolat pour Vincent de Paul! Bérulle, qui l’avait laissé partir, deux mois après s’entremet pour faire revenir le déserteur. Mais remarquons qu’il ne tranche plus, ne commande plus : désormais il regarde agir la Providence en ce prêtre qu’il sent guidé par Dieu.

Le voilà donc, en 1617, rentré chez les Gondi; à l’extrême joie de la générale. Car elle aussi avait le désir de missions dans ses terres, et cette femme maladive a déjà fait son testament : seize mille livres pour une fondation de cette oeuvre. M. Vincent, toujours cunctator, s’entoure de quelques prêtres qui ont déjà travaillé avec lui; mais rien n’est encore réglé. A défaut de son aumônier, Mme de Gondi arrive à convaincre son mari : il créera une congrégation de ces prêtres dévoués, sera le fondateur du nouvel Institut; l’archevêque l’approuvera et le logera.

Cette fois, Vincent croit que Dieu a parlé. Le ler mars 1624, il est nommé principal du vieux Collège des Bons-Enfants, qui se trouve vacant; il en prend possession tout en restant chez les Gondi, et nomme Antoine Portail chef de la communauté naissante3. Louis XIII accorda ses lettres patentes et, après quelques difficultés, le pape Urbain VIII, en janvier 1633, érigeait la Compagnie en Congrégation officielle de l’Eglise, sous le nom de Prêtres de la Mission.

La formule en était une grande nouveauté pour l’époque. Mais voyez l’Oratoire de Bérulle, la Visitation de François de Sales, la Compagnie du Saint-Sacrement : le temps était aux nouveautés. Vetera et nova : Vincent de Paul était dans la tradition de l’Eglise en étant dans le rajeunissement. Mais il s’en rend compte, à coup sûr : il a prévu les méfiances et les oppositions; c’est pourquoi il a tardé, multiplié les précautions, et enfin ne fera pas d’éclat autour de sa Compagnie naissante. Il l’ensevelit dans l’obscurité, l’obscurité où naissent toutes les grandes choses, et peut-on dire surtout les siennes.

A Folleville, à Villepreux, à Montmirail, à Joigny, la Mission commença donc sur les terres des Gondi. Les missionnaires prenaient un bâton, un pauvre bagage, et partaient à deux ou trois, pour une tournée d’un mois, puis revenaient prendre quinze jours de repos et de retraite. Apôtres au coeur pur, u nous allions tout bonnement, envoyés par Nosseigneurs les évêques, évangéliser les pauvres, comme Notre-Seigneur avait fait… Dieu donna quelque bénédiction à nos travaux, ce que voyant d’autres bons ecclésiastiques ils se joignirent à nous et demandèrent d’être avec nous ».

Mais point de recrutement : ils aiment à demeurer « une poignée de gens, pauvres de naissance, de science et de vertu, la lie, la balayure et le rebut du monde », et la risée des Com­pagnies puissantes. Dix ans après la fondation, en 1635, Vincent n’a guère plus d’une douzaine d’ouvriers, et il écrit à M. Portail : « La Compagnie est en fort bonne assiette, Dieu merci… Le nombre de ceux qui sont entrés parmi nous depuis votre départ est de six. Oh! Monsieur, que je crains la multitude et la propagation, et que nous avons sujet de louer Dieu de ce qu’il nous fait honorer le petit nombre de disciples de son Fils. »

Développement de la Congrégation et Missions loin­taines

Malgré cette obscurité, cette « chétiveté » volontaire, le grain de sénevé va devenir un grand arbre. Les évêques ont perdu leur méfiance; beaucoup réclament des missionnaires. C’est ainsi qu’on voit naître des maisons de la Compagnie aux diocèses d’Agen, de Luçon; puis en Champagne, à Troyes, à Montmirail; aux diocèses de Sens, de Reims, de Meaux; dans le Midi aussi.

La réputation, la « bonne odeur » des prêtres de M. Vincent se répand à l’étranger : voici qu’on les demande en Italie, à Turin, Gênes, à Rome même; puis en Pologne, où la reine Marie de Gonzague veut absolument les faire venir. Et voici surtout que Vincent de Paul lui-même élargit son horizon. A partir de 164o, on le voit préoccupé de la situation du catholicisme en Europe, menacé partout par l’hérésie, perdant ses domaines un à un par les guerres ou les schismes. N’est-il pas urgent de défendre ses positions, et même de conquérir au Christ des terres nouvelles ?

Et justement Rome l’y invite : la Propagande, en 1645 et 1646, lui demande des missionnaires pour la Babylonie, les Indes orientales. Comment pourrait-il en envoyer, avec si peu d’hommes ? N’importe : il en enlève un ici, un autre là; il exalte les meilleurs de ses fils dans la pensée de cette nouvelle tâche, des souffrances, du martyre peut-être, qui les y attendent.

« Quel sujet n’avons-nous point, Messieurs, d’avoir donné à cette Compagnie l’esprit du martyre! Cette lumière, dis-je, cette grâce, qui fait voir quelque chose de lumineux, de grand, d’éclatant, de divin, à mourir pour le prochain, à l’imitation de Notre-Seigneur. »

Il envoie donc ses fils en Pologne, en Hibernie, à Madagascar.

« O mon plus que très cher Monsieur, que dit votre coeur à cette nouvelle? A-t-il la honte et la confusion nécessaires pour recevoir une telle grâce du ciel?… S’il plaît à sa divine bonté vous donner grâce, je ne doute point que Notre-Seigneur se serve de vous pour préparer à la Compagnie une ample moisson. Allez donc, Monsieur, jetez hardiment les rêts4. »

Il n’a point cependant oublié la France, déchirée elle aussi par la guerre de Trente Ans. Après cette prise de Corbie qui fit frissonner Paris, le Roi lui demanda vingt prêtres pour aller aux armées. Vingt prêtres ! la Compagnie n’en compte

pas autant. Vincent rassemble des auxiliaires, finit par arriver à quinze, et va les présenter au Roi à Senlis. En chemin,

il a improvisé un petit règlement : vivre en commun s’ils le peuvent, pratiquer leurs « petits règlements », « se taire toujours sur les affaires de l’Etat »; se représenter que, « s’ils ne peuvent ôter tous les péchés de l’armée, Dieu leur fera peut-être la grâce d’en diminuer le nombre… ». Le succès fut foudroyant. Les missionnaires assiégèrent Corbie, campèrent avec les troupes, partagèrent les fatigues du soldat, les privations, la peste, et gagnèrent les coeurs. Vincent lui-même fut émerveillé : « Oh! mon Dieu, Monsieur, que cela passe mon espérance ! »

Il y aurait enfin une autre histoire à écrire, longue et émouvante : celle de la Mission en Barbarie. Vincent de Paul avait connu dans sa jeunesse la captivité chez les Barbaresques, avec toutes les souffrances qu’elle comportait. Son coeur n’avait jamais cessé de penser aux galériens — il avait été nommé aumônier général des Galères par Emmanuel de Gondi, ­de les visiter à Bordeaux sur les vaisseaux du Roi, à Marseille dans l’hôpital des Forçats fondé par la duchesse d’Aiguillon. Un article de la fondation prévoyait l’envoi de missionnaires en Barbarie pour évangéliser les captifs des Turcs. En 1645, Vincent envoie Louis Guérin comme aumônier du consul de France à Tunis, et deux ans après Jean Le Vacher. Il faut voir, dans la correspondance de ces deux hommes avec Vincent, les imprudences héroïques des missionnaires, les travaux, les épreuves, la peste, la prison, les bastonnades, pour connaître ce que, pendant vingt ans, quelques hommes sans appui, presque sans ressources5, ont pu faire là-bas pour le prestige du nom français autant que pour la gloire du Christ. Vincent de Paul y apparaît comme un ministre d’Etat, maître d’une oeuvre politique autant que religieuse. Et la jeune Chrétienté de Tunis et d’Alger eut ses martyrs. Les noms de Guérin, de Husson, des deux frères Le Vacher, de Jean Barreau, peuvent être inscrits en lettres d’or dans les annales de l’Eglise d’Afrique6.

Chacun sait qu’aujourd’hui les lazaristes, restés fidèles à la pensée de leur père, comptent parmi nos grandes Congré­gations missionnaires7.

Fondation des Filles de la Charité

Si Saint Vincent de Paul est le plus populaire de nos saints, c’est pour sa bonté compatissante envers toutes les misères qu’il rencontre; c’est parce qu’il nous apparaît comme l’image même de la charité.

Nous avons vu la première petite Charité naître dans un village, se propager rapidement dans les campagnes et les petites villes. En 1629 et 1630, elles s’établissent à Paris dans plusieurs paroisses; les femmes de la plus haute société s’y inscrivent en grand nombre. Mais les soins fatiguants à donner aux malades, les épidémies de peste qui reprenaient périodi­quement dans la capitale, refroidirent bientôt le zèle des femmes de qualité. On sentit le besoin d’avoir pour les aider de pauvres filles qui ne se rebuteraient de rien, et qui seraient toujours à leur poste de dévouement.

C’est alors que la Providence mit sur le chemin de Vincent de Paul une femme qui devait devenir sa collaboratrice la plus précieuse, Mlle Le Gras.

Louise de Marillac, nièce du maréchal, avait épousé Antoine Le Gras, secrétaire des commandements d’Anne d’Autriche. Elle perdit son mari de bonne heure, et elle cherchait l’emploi d’une vie qui voulait se donner à Dieu. Resterait-elle dans le monde, pour élever son fils ? Se remarierait-elle ? Entrerait-elle en religion, comme elle le souhaitait secrètement? Quand Vincent de Paul devint son directeur, il la simplifia, la fixa, l’engageant à se donner toute au service des pauvres, sans quitter le monde. Déjà elle réunissait chez elle des filles de la campagne, pour les former à instruire des enfants pauvres et à soigner des malades. Mais fidèle à sa méthode de lenteur, il retenait son zèle et lui interdisait toute fondation précise

Après trois ans de probation, assuré d’un zèle parfaitement pur, il lui ouvre enfin la carrière. Il l’appelle à missionner avec lui à Montmirail (1629).

« Allez donc, Mademoiselle, au nom de Notre-Seigneur; je prie sa divine bonté qu’elle vous accompagne, qu’elle soit votre coulas en chemin, votre ombre contre l’ardeur du soleil, votre couvert à la pluie et au froid, votre force en votre travail, et qu’enfin il vous ramène en bonne santé et pleine de bonnes oeuvres. »

Dès lors, Melle Le Gras devint sa collaboratrice de tous les instants, pleine d’obéissance et en même temps d’initiative : fille dévouée, conseillère utile; femme admirable, que l’Eglise a d’ailleurs mise sur ses autels.

Melle Le Gras se mit à visiter toutes les Charités des campagnes et des villes, et à former de nouvelles filles qu’elle envoyait ensuite aider les Dames de charité dans les paroisses. Il lui fallut pourtant de longues instances pour obtenir de Vincent de Paul une règle commune pour ses filles. Il finit par en choisir quelques-unes pour une sorte de noviciat dans la maison de Melle Le Gras, et leur permit de s’engager à la nouvelle oeuvre par un voeu irrévocable, le 25 mars 1634. C’est ce jour-là qu’elles renouvellent encore chaque année l’engagement qui les lie au service de Dieu.

C’était, là encore, une grande nouveauté. Car Vincent de Paul ne demandait à ses filles qu’un engagement tout intérieur, qui comprenait les trois voeux ordinaires de religion, et le voeu de stabilité. Il lançait dans le monde des femmes qui n’auraient point de cloître, qui ne seraient point ce qu’on appelait alors des religieuses.

« Mes filles, vous n’êtes pas des religieuses, et s’il se trouvait parmi vous quelque esprit brouillon qui dît : « Il faudrait être des religieuses, cela est plus beau », ah! mes soeurs, la Compagnie serait à l’extrême-onction. Craignez, tant que vous vivrez, et ne permettez pas ce changement… Mais, quoique vous ne soyez pas des religieuses, vous devez être aussi et même plus parfaites qu’elles. Et comment cela? Il n’y a personne qui aille dans le monde comme les Filles de la Charité, qui ait tant d’occasions de se perdre; en sorte que s’il ne faut qu’un degré de perfection aux religieuses, il en faut deux aux Filles de la Charité. »

Un autre jour, cherchant une image, il comparera ses filles à des oiseaux, et leurs règles aux ailes dont elles se servent pour voler à Dieu; et il trouve ce mot délicieux, digne de saint François de Sales :

« Les règles sont douces et suaves, et les filles qui les aiment n’en sont pas plus chargées que les oiseaux de leurs ailes. »

Aujourd’hui, après plus de trois siècles, nous les voyons maintenir la pureté de leur esprit intérieur, à travers leur multiple apostolat. L’Institut des Filles de la Charité, ce n’est pas seule­ment un merveilleux organisme où l’on ne peut voir aucun indice d’usure, c’est encore et surtout une grande création spirituelle8.

Les Dames de la Charité

Vers le même temps, Vincent réunissait en confrérie les grandes dames qui soutenaient de leur argent, de leur influence, très souvent de leur dévouement personnel, les filles de Melle Le Gras. Il leur donnait un règlement de piété, présidait leurs assemblées, stimulait ou même parfois modérait leur zèle. La marquise de Maignelay, Mme de Miramion, les présidentes Goussault et de Herse, Melle Poulaillon : l’autorité du saint, sa finesse, son tact, obtiennent un rendement magnifique de cette collaboration singulière d’un prêtre-paysan et de femmes du plus haut rang. Pendant les vingt dernières années de sa vie, Vincent de Paul, entouré des Dames et des Filles de la Charité, va être l’âme de toutes les oeuvres d’assistance, de relèvement, d’apostolat. Aucune ne se fondera sans qu’il y ait été pour quelque chose; il est à la fois le capitaine-général de l’Assistance publique et le grand maître de la charité. Il a les formules les plus variées, les plus nouvelles, et il n’a jamais un échec, parce qu’il donne à toutes ses oeuvres un fondement spirituel, parce qu’il n’a vraiment qu’une pensée : servir les âmes par les corps, honorer Jésus-Christ dans ses pauvres.

L’HôtelDieu

L’Hôtel-Dieu de Paris recevait dans ses vastes bâtiments plus de vingt mille malades pauvres par an. Il était aussi une sorte de couvent, où cent religieuses vivaient sous la règle de saint Augustin. Vingt-quatre prêtres du chapitre de Notre-Dame en assuraient l’aumônerie.

Cette puissante organisation fonctionnait pourtant médiocrement. La présidente Goussault s’en inquiéta, pria Vincent de Paul de s’en occuper. Il refusa, n’aimant pas « mettre la faulx en la moisson d’autrui ». Mme Goussault fit intervenir l’archevêque; alors il accepta, et fonda une Compagnie qui comptait « cent ou six-vingt dames de haute qualité ». Il leur donna un règlement spirituel, et leur service à l’Hôtel-Dieu fut minutieusement réglé, pour éviter les froissements qu’on redoutait. Les Dames mirent du savoir-faire à ne pas « vouloir l’emporter » sur les Augustines, et se firent adorer des malades. L’assistance corporelle fut largement améliorée par de grandes distributions de gelées, consommés et confitures; l’assistance spirituelle par la méthode douce et cordiale de M. Vincent. Bientôt il pouvait leur dire :

« Ne serez-vous pas consolées, Mesdames, quand vous m’entendrez-dire ce que vous savez peut-être mieux que moi : que les religieuses paraissent fort satisfaites de la Compagnie,… que plusieurs centaines de pauvres malades ont fait leur confession générale, que plusieurs huguenots se sont convertis, que plusieurs filles ont été retirées du péché,… enfin que toutes choses vont mieux dans l’Hôtel-Dieu. »

Les Enfants trouvés

Il est certain que la misère de ces petites épaves criait au secours. Quatre à cinq cents enfants étaient, chaque année, exposés au coin des rues. Ramassés par la police ou par de bonnes âmes, ils étaient portés à la pauvre Maison de la Couche, au quartier Saint-Landry. Une veuve, deux servantes merce­naires : on imagine ce que devenaient leurs pensionnaires. La plupart mouraient en quelques jours. C’étaient les plus heureux. Les autres étaient vendus, « huit sols la pièce », à divers entrepreneurs de commerces ignobles : à des mendiants qui les mutilaient pour exciter la pitié des passants; à des professionnels de chantage juridique, qui s’en servaient comme d’enfants « supposés » pour capter des parts d’héritages; enfin à des adeptes de la magie noire, qui disaient sur le corps de ces petits leurs messes sacrilèges. Vraiment, derrière la scène brillante du siècle, on aperçoit quelques coulisses infernales.

En janvier 1638, avec l’aide de Melle Le Gras, Vincent de Paul fait transporter douze petits abandonnés dans une maison près de la porte Saint-Victor, et on leur cherche des nourrices de la campagne. Pendant deux ans, sans hâte, l’essai se poursuit. En mars 1640, Vincent permet que les Dames se chargent décidément de tous les enfants délaissés. Anne d’Autriche vient enfin d’être mère : Louis XIII donne une rente de deux mille, puis de quatre mille livres. Mais il en faudra bientôt quarante mille. Et le temps vient où les guerres, les troubles politiques, épuisent ou inquiètent toutes les fortunes. Melle Le Gras et ses filles vont jusqu’aux privations pour que les petits ne meurent pas de faim.

A plusieurs reprises, il est question d’abandonner l’oeuvre. En 1647, Vincent supplie les Dames de la maintenir. On y parvient enfin. Des nourrices rurales viennent chercher les enfants; après leur sevrage, ils reviennent à Paris; on les met peu à peu en état de prendre un métier. En 1657, ils sont près de quatre cents. En 1670, Louis XIV prit l’oeuvre à sa charge, fit bâtir l’Hôpital des Enfants-Trouvés, l’unit à l’Hôpital général. L’oeuvre de Vincent de Paul était devenue un rouage de l’Assistance publique.

L’Hôpital général

La suppressiOn de la mendicité et du brigandage, l’internement de ces innombrables mendigots qui peuplaient les Cours des miracles était un problème qui datait de loin, et qui relevait de la police générale plutôt que de la charité. Néanmoins les Dames s’y attelèrent avec le Parlement et les grands corps de l’Etat. Pressé par elles, Vincent de Paul ne voulut point refuser son concours, mais sans en approuver la réalisation, qui lui paraissait trop grandiose. Il donna un de ses prêtres, Louis Abbelly, comme aumônier, mais refusa pour ceux de la Mission la direction de l’Hôpital. L’échec fut quasiment complet : les gazetiers célébrèrent à l’envi t le plus merveilleux ouvrage du siècle »; mais sur les quarante mille mendiants, sommés à son de trompe dans les rues de se rassembler dans les immenses bâtiments édifiés, cinq mille à peine se laissèrent enfermer. Les autres se cachèrent ou s’envolèrent, les béquillards jetant leurs béquilles, les estropiés retrouvant leurs membres :

Jamais on n’a vu dans Paris
Tant de gens si soudain guéris…

L’Hôpital général ne fut donc pas une création de saint Vincent. Mais, pendant les dix dernières années de sa vie, combien d’oeuvres naquirent ou ne se soutinrent qu’avec ses conseils ! En 1653, la Maison de Jésus, pour héberger, occuper encore un peu quarante vieillards. Puis la Madeleine de la marquise de Maignelay, pour filles repenties; les Filles de la Providence, de Melle Poulaillon; et d’autres encore. Dons, legs, affluent vers le grand intendant des pauvres. Humainement, son oeuvre charitable fut une philanthropie précise et efficace, qui devançait souvent nos idées modernes sur l’assistance. Mais ce philanthrope était surtout un apôtre. Si les services qu’il a rendus aux âmes ne se mesurent pas comme ceux qu’il a rendus aux corps, on peut affirmer pourtant qu’ils les dépassent infiniment.

La Compagnie du SaintSacrement

On sait aujourd’hui qu’il exista, au XVIIe siècle, une autre organisation générale de la charité, résolument clandestine et secrète à l’époque, la Compagnie du Saint-Sacrement. Secrète au point que, dans ses fondations ou ses travaux, la Compagnie n’agissait jamais en son nom, mais par ses membres à titre privé, ou même par des tiers étrangers à la Compagnie.

On est étonné de la variété de ses initiatives contre les misères du temps : hôpitaux, maisons de charité, enfants abandonnés, filles repenties, vieillards, épileptiques, galériens, forçats; répression des duels, de la prostitution, de la mendicité dans les rues, le « renfermement des mendiants et vaga­bonds », etc…

Entre 1638 et 166o, on trouve une Compagnie établie dans un grand nombre de villes, surtout du Midi : Toulouse, Marseille, Aix, Arles, Avignon, Grenoble, Poitiers, Angers, Nantes, Rouen.

Et, naturellement, Paris, « mère des autres Compagnies ». En firent partie, à Paris, Bérulle, Abelly, M. Olier, le P. de Condren, enfin Vincent de Paul.

Celui-ci, pourtant, me semble n’avoir eu que des rapports assez rares avec la Compagnie du Saint-Sacrement. (S’il aimait la modestie, l’obscurité, il ne goûtait guère le secret, qui faisait taxer la Compagnie de « Cabale ».) De brèves rencontres dans le soulagement d’une misère, plutôt qu’une collaboration. La principale fut, à la demande du chevalier de La Coste, Gaspard de Simiane, l’envoi de prêtres de la Mission en Barbarie, pour assister les chrétiens esclaves des Turcs, à Tunis (1646-47).

Le secours aux provinces dévastées

On connaît les deux suites d’eaux-fortes que le graveur Callot intitula Misères de la guerre : elles montrent les indicibles souffrances de nos campagnes râlant sous l’invasion, le brigandage, la famine et la peste pendant la guerre de Trente Ans. Vincent de Paul s’émut de tous ces malheurs. Les prêtres de la Mission furent envoyés en Champagne, en Artois, en Lorraine pour organiser des distributions de vivres, de vêtements, d’outils et de semences; les Filles de la Charité partirent pour soigner les malades. Les Dames durent, malgré la détresse générale, se faire les trésorières de cet immense Secours national. On envoyait aussi des calices et des ornements aux églises pillées par les soldats. Et l’on pensait même au dénuement silencieux de la noblesse lorraine réfugiée à Paris : elle recevait, par le baron de Renty, de discrètes aumônes. Et dans sa lettre de remerciement à M. Vincent, le gouverneur d’une grande ville du Nord écrivait au Père des pauvres : « Vous qui êtes aussi le Père de la patrie9. »

Le réformateur du clergé

Avec Bérulle, Olier, Bourdoise et quelques autres, Vincent de Paul est un des puissants réformateurs du clergé de France.

L’évangélisation du « pauvre peuple des champs » le menait tout droit à cette réforme. Il constatait chaque jour la lamentable insuffisance du clergé rural. Un très grand nombre de prêtres étaient des ignorants, sachant à peine la formule de l’absolution; d’autres vivaient mal, très mal… Bref, on ne sauverait jamais le pauvre troupeau sans lui donner de bons bergers : le missionnaire, à lui tout seul, était impuissant.

Cette idée se rencontrait avec une autre dans l’esprit du saint : la très haute conception qu’il avait du sacerdoce. Jésus-Christ était profané dans le coeur de ses ministres. La vue d’un prêtre indigne lui déchirait le coeur.

L’entreprise était énorme. La préparation aux ordres n’existait pas en France. Malgré les stipulations du Concordat, les prescriptions sévères du Concile de Trente (auxquelles le Parlement s’opposait de tout son pouvoir), les essais de séminaires que certains évêques avaient tentés dans leur diocèse avaient échoué ou végété.

Les retraites d’ordinands

Mais, en 1628, Vincent de Paul s’empare d’une idée qui lui est suggérée par l’évêque de Beauvais, Potier de Gesvres. Elle répond à ce qu’il aime : une idée simple, un humble commencement. Les jeunes gens qui veulent recevoir les ordres feront auparavant une retraite de dix jours, sous la direction de M. Vincent. Donc, en 1628, Vincent va à Beauvais, avec deux docteurs de Sorbonne, et prépare les ordinands. Le succès est complet; on recommence, et deux ans après, Potier de Gesvres décide l’archevêque de Paris à établir ces mêmes exercices. Une ordonnance de 1631 les rend obligatoires. L’institution est née : il y aura désormais cinq retraites d’ordination par an.

Dix jours de retraite, au lieu de cinq ans de séminaire, nous trouvons que c’est peu… Mais Vincent fait que cela soit beaucoup. Il reçoit les jeunes gens dans sa maison, les sert, les nourrit, les entretient matin et soir sur les devoirs et les vertus de l’état ecclésiastique, sur le culte et la liturgie, sur l’oraison. Il appelle pour l’aider des docteurs, des prélats parfois, mais c’est lui qui donne le ton. Bossuet viendra faire sa retraite en 1652, auréolé déjà d’une réputation de bel esprit et d’orateur. Il fut confié au plus humble des missionnaires; mais il reçut une si forte impression qu’il garda toute sa vie estime et admiration pour Vincent de Paul.

On distingua tout de suite les prêtres formés par M. Vincent à leur maintien, leur dignité, leur zèle. Ils étaient une réclame vivante. Beaucoup d’évêques en demandent, et même en Italie, même à Rome. Le pape Alexandre VIII fait de la retraite à la maison de Saint-Lazare une condition indispensable de la réception des ordres. Ainsi Vincent de Paul a l’honneur de contribuer à la réforme du clergé dans la patrie même du Concile de Trente.

La Conférence des Mardis

Une tâche accomplie en suscite une autre. Vincent pense maintenant à entretenir chez les nouveaux prêtres la grâce de l’ordination. En 1633, il réunit un petit groupe de jeunes prêtres dont il a déjà éprouvé le zèle, leur propose un règlement commun, et leur demande de venir tous les mardis à Saint-Lazare, pour s’entr’aider à servir Dieu avec fidélité.

La « Conférence des Mardis » réunit bientôt tout ce qu’il y avait de mérite ou de piété dans le clergé parisien. M. Olier, M. Duval en firent partie dès le début, Bossuet en 1653. Tout ce qui marqua plus tard dans l’Eglise de France, évêques, archevêques, supérieurs de communautés ou de séminaires, passa par la Conférence. Et, fidèle à sa manière, Vincent tournait aussitôt cette parlotte vers l’action. Il appliqua ses membres à des missions dans les villes. Ils en firent à Paris dans les hôpitaux, aux Quinze-Vingt, à l’Hôtel-Dieu. Une autre, en 1641, à Saint-Germain, pour convertir la Cour… Enfin la grande mission de Metz, en 1658, avec une vingtaine de « prêtres des Mardis », demeura célèbre dans les annales de la ville de Metz, et dans l’histoire religieuse du XVIIe siècle.

Les séminaires

Cependant l’essentiel de la réforme était toujours la fondation de séminaires.

Vincent de Paul n’a pas gardé pour la postérité le titre de fondateur des séminaires, qui appartient à M. Olier. Pourtant la petite Compagnie de celui-ci, après quelques essais sans lendemain, ne vint s’établir à Vaugirard, puis à Saint-Sulpice, qu’en 1642, et déjà Vincent, à cette date, avait fondé divers séminaires.

En 1635, il recevait au Collège des Bons-Enfants douze adolescents, auxquels il apprenait le chant, la liturgie, les choses d’Eglise. Une manière de petit séminaire.

Puis, en juin 1637, il inaugure, avec des jeunes gens de vingt ans, nouvellement reçus dans la Mission, un séminaire interne, sorte de noviciat de deux ans, pour ses missionnaires.

Enfin, en 1642, toujours à sa manière lente et prudente, il ouvre un grand séminaire aux Bons-Enfants, et transporte ses adolescents de Saint-Lazare en une maison qu’il appelle le séminaire Saint-Charles. Le premier, donc, il réalise la formule qui a prévalu définitivement : séparation des petits et des grands séminaires. L’organisation était complète; elle donna les résultats qu’on cherchait en vain depuis longtemps.

Dès lors, le mouvement se propagea rapidement. De 1642 à 165o, la plupart des évêques demandent une fondation dans leur diocèse. Ce succès de toutes les oeuvres du saint, pourquoi nous étonne-t-il toujours? C’est le triomphe d’une juste formule, exactement adaptée aux besoins, et c’est le fruit que Dieu donne aux oeuvres faites purement pour sa gloire.

La prédication

Parmi les erreurs du clergé de son temps, Vincent de Paul mit courageusement la manière pompeuse de prêcher, qui avait remplacé (sans la détruire peut-être) la manière triviale du Moyen Age. Guerre incessante à l’éloquence « cathédrante »! Il s’est juré d’exterminer le « Coeli coelorum! » qui tombait d’une chaire tonnante sur la tête des auditeurs.

Dans les Conférences du Mardi, on formait tous les prêtres à la « petite méthode » de Vincent.

« Les apôtres, comment prêchaient-ils? Tout bonnement, familièrement et simplement. Et voilà notre manière de prêcher. »

Vincent juge l’arbre à ses fruits, la prédication à son efficace. Il le dira sans ambages :

« Il se fait tous les jours tant de prédications dans cette grande ville, tant d’Avents, tant de Carêmes ! et trouvez-moi un homme qui en soit devenu meilleur? O Sauveur, vous avez bien de la peine d’en trouver un seul. »

Cela suffit : l’éloquence en usage est condamnée.

Qu’était la nouvelle méthode? D’après un résumé fait par M. Alméras, Vincent de Paul gardait un cadre assez rigide : exorde, proposition du sujet, division en trois points, etc… Rien donc de l’improvisation; ce qui est nouveau, c’est le ton du discours. « Qu’est-ce que toute cette fanfare? » Il faut un ton naturel, des exemples tirés de la vie quotidienne, des faits parlants, « et quelques affections pour exciter les auditeurs à ce qu’on leur a proposé ».

Et surtout, Vincent de Paul a flagellé ceux qui montent en chaire « non pas pour prêcher Dieu, mais pour se prêcher eux-mêmes ».

« Une personne qui prêche pour se faire applaudir, louer, estimer, qu’est-ce que fait cette personne? Un sacrilège, oui, un sacrilège! »

Et il a laissé à ses fils un précepte, une image admirables :

« Il faut monter en chaire comme sur un calvaire, pour n’en rapporter que de la confusion. »

La « petite méthode » eut un succès rapide; Vincent, pour une fois, le constata lui-même :

« Dans la mission qui fut faite à Saint-Germain, le monde y accourut de tous les quartiers de la grande ville… Des personnes de condition, des docteurs, des docteurs même. On ne prêcha à tout ce grand monde que suivant la petite méthode. Et quel fruit ne fit-on pas! Dieu! quel fruit! On fit des confessions générales aussi bien que dans les villages. Or sus ! Dieu! Vit-on jamais tant de monde converti par des prédications raffinées ? »

Notons enfin un dernier aveu de Vincent de Paul sur le succès de toutes ses initiatives. La maison des Bons-Enfants, avec son noviciat de missionnaires, son grand séminaire, le va-et-vient incessant d’ecclésiastiques venus de province pour une retraite de quelques jours, qu’on appelait « les exercitants », (« Monsieur, gémissait le Père économe, nous allons succomber sous le poids des exercitants ! ») cette maison, Vincent de Paul en disait lui-même : « Le Saint-Esprit y fait une descente continuelle sur les âmes. »

Il faut toujours en revenir à ceci : la rénovation du clergé, ce fut la parole, l’exemple, l’influence personnelle de Vincent aux Bons-Enfants et à Saint-Lazare, le rayonnement d’un saint.

Le Conseil de conscience

A cette rénovation il manquait un couronnement. Il restait à agir sur les prélats, les gros dignitaires, les grands bénéficiers; à réprimer des abus qui faisaient partie de l’organisation même de la société de l’époque. Viser cette tête d’une Eglise qui tenait par tant de liens au monde, c’était, autant dire, porter la main sur la tête même du royaume. Vincent pouvait-il y songer?

En 1643, une occasion s’offrit.

A la mort de Louis XIII, Anne d’Autriche établissait un Conseil pour traiter de toutes les affaires religieuses, qui prit le nom de Conseil de conscience. Vincent de Paul y fut appelé, avec Mazarin, le chancelier Séguier, et quelques autres.

Il s’en effraya et refusa. Quand on pense au pouvoir qui lui était mis ainsi entre les mains, on s’en étonne. Mais c’était l’obligation de revenir à la Cour, de fréquenter les grands, toutes choses qu’il détestait. Et les oppositions, les luttes, les intrigues qu’il pouvait prévoir…

On le persuada, il dut se résigner, on le revit au Louvre. Le sacrifice accepté, il montra tout son courage, et sa volonté claire. Quand il faut un plan d’action, il n’est jamais long à sortir son papier.

Dès les premiers Conseils, il dénonce les abus qui règnent dans le haut clergé. Il demande que les bénéfices ne soient donnés ni à des enfants, ni à des indignes; que les évêchés, sans exclure le privilège de la naissance, soient donnés au mérite; que les abbayes de commende, qui n’étaient que viagères, ne deviennent pas «héréditaires »; enfin que les bons et honnêtes bénéficiers ne soient pas évincés par des « dévolutaires », qui n’étaient que des chicanoux ou des forbans. En bref, il poursuit, sous ses multiples formes, la simonie.

Il faut se représenter combien de familles ces réformes allaient toucher, combien d’intérêts elles allaient léser. Déranger l’ordre établi, des usages antiques et fructueux : que de gens furieux dans tout le royaume! Que de cadets qui ne seraient plus d’Eglise! Que d’enfants qui ne seraient plus pourvus dès le berceau!’ N’oublions pas qu’on était alors très âpre au bon « établissement » des enfants; et que la noblesse se ruinait par tous les bouts.

Vincent risqua, bravement, sa popularité. Il tint bon, pendant dix ans, sous le toile des grandes familles, et malgré l’opposition croissante de Mazarin, qui finit par avoir sa tête. Et l’on voit à la fois, curieux spectacle, travailler l’homme et le saint. L’homme qui, au Conseil, dit son avis tout net, mais avec douceur; qui ne considère ni le rang ni la puissance des gens quand il faut refuser une injustice, mais qui sait pourtant les manier et les ménager; qui enfin multiplie les démarches, lui d’ordinaire si « resserré dans sa coquille », quand il aperçoit le moyen d’empêcher un mauvais choix. Et l’on voit le saint qui subit sans mot dire les avanies, les humiliations que les gens déçus se permettent de lui infliger. Maltraité par un seigneur furieux, il se jette à ses pieds; traité de vieux fou par un autre, il acquiesce et renchérit; accusé par un prêtre d’avoir été acheté par un concurrent, il garde le silence. Il ose enfin aller trouver certaine grande dame, la duchesse de Lavardin, et lui retirer un évêché que la reine avait accordé à l’un de ses fils, ivrogne notoire : l’orageuse entrevue se clôt par un tabouret qu’on lui jette à la tête. Il se retire, panse la blessure avec son mouchoir, et dit au frère qui l’accompagnait ce mot délicieux, qui est d’un saint mais aussi d’un Gascon rempli d’humour : « N’est-ce pas une chose admirable de voir jusqu’où va la tendresse d’une mère pour son fils ? »

Toutes ces oppositions n’empêchent pas M. Vincent d’avoir, ou à peu près, la haute main sur l’Eglise de France. On s’en apercevra bientôt. En peu d’années, les abus disparaissent, le culte reprend sa régularité et sa beauté. Les évêques nommés par Vincent de Paul « paraissent entre les autres prélats, en sorte que chacun, jusques au roi, les remarque tout autrement faits ». Vincent, d’ailleurs, continue de les diriger et conseiller dans ses lettres. Il se fait de même le conseil des ordres religieux. Il intervient dans la douloureuse querelle de doctrine soulevée par le jansénisme; il dénonce le livre d’Arnauld, La Fréquente communion, qu’il voit qui « détourne tout le monde puissamment de la hantise de la sainte communion et la sainte confession, quoiqu’il fasse semblant d’être fort éloigné de ce dessein »; il avertit tous ses missionnaires pour les préserver de ces « opinions nouvelles », de ces « maximes pernicieuses », qui « ruinent la messe et la communion10. » Ainsi, il est celui qui porte dans son esprit et dans son coeur toute l’Eglise de France, et qui pourrait dire comme l’Apôtre : « Qui est faible sans que je sois faible, et qui peut tomber sans qu’un feu me dévore? Je me suis fait le serviteur de tous. »

Vincent de Paul, on le sait, ne fut pas le seul à travailler à la grande oeuvre, et je ne veux pas restreindre la part de Bérulle, de M. Olier, de Bourdoise, et d’autres encore. Mais l’action de Vincent de Paul déborda les cadres mêmes du clergé. Il n’a pas seulement changé l’idée que les clercs devaient se faire d’eux-mêmes; il a changé aussi l’idée qu’on se faisait dieux dans le monde. Le respect que nous avons aujourd’hui du prêtre, de sa fonction et de son habit, ni le Moyen Age ni le XVIe siècle ne l’ont connu. Au XVIIe siècle encore, si l’on respectait dans le haut clergé la naissance, la « qualité », le curé du Tiers était toujours tenu pour peu, pour très peu. Incroyablement méprisé des grands, il était parfois meurtri à coups de bâton par le seigneur de son village. En tout cas, un homme de qualité ne lui rendait pas le salut, ne le priait pas de s’asseoir dans une compagnie, et l’envoyait manger avec les valets. Le témoignage d’Abelly sur ces faits est formel; et, beaucoup plus tard, le duc de Beauvilliers écrira encore : « Que je suis malheureux d’être venu au monde dans un temps si déplorable que l’on méprise, que l’on maltraite, que l’on déshonore les ecclésiastiques. »

Cette rupture d’un long préjugé, c’est bien l’oeuvre de Vincent de Paul. Il a mis si haut le sacerdoce qu’il l’a dégagé de toute condition, de toute dignité temporelle. En agissant sur l’esprit du monde autant que sur celui des séminaires; il a entouré la réforme du clergé d’une sorte de sympathie, de collaboration laïque. A Saint-Lazare, tout le monde s’assied à la table commune de M. Vincent. Il n’est pas d’endroit où la fusion des classes ait mieux commencé à se faire, dans la grande fraternité chrétienne. C’est un aspect de l’oeuvre sociale du saint qu’il ne faut pas négliger.

Quarante ans plus tard, Fléchier, rappelant l’oeuvre de saint Vincent, pouvait dire : « A lui, le clergé de France doit sa splendeur et sa gloire. » A lui aussi, pourrait-on ajouter, notre clergé doit d’être encore aujourd’hui l’un des plus dignes et des plus nobles des pays de Chrétienté.

Le directeur de conscience

Si l’on met à part ses nombreux, ses constants Entretiens aux prêtres de la Mission et aux Filles de la Charité, on ne trouverait guère, dans l’immense correspondance de saint Vincent, de « lettres de direction » au sens propre du mot. Rien que l’on puisse comparer à la correspondance spirituelle d’un François de Sales, d’un Bossuet, d’un Fénelon. Cependant Vincent de Paul a accepté, un peu malgré lui, de diriger quelques femmes d’élite.

Il aimait les âmes qui vont à Dieu « bonnement et simplement ». Il n’eut pas de chance : ses deux pénitentes furent des âmes compliquées, ingénieuses à couper des scrupules en quatre. Nous n’avons malheureusement aucune trace de sa conduite de Mme de Gondi, mais les résultats parlent assez : d’une femme maladive il réussit à faire une infatigable apôtre, qui dominait son âme comme son corps, qui acceptait ses inquiétudes — et jusqu’à la perte de son directeur. Car il ne voulait pas qu’elle s’attachât trop à lui; il l’écartait doucement. On voit poindre sa méthode : habituer ses dirigées à marcher seules, sous la conduite de Dieu et de la grâce.

Il en usa de même avec cette vraie fille de son esprit, Louise de Marillac. C’était, au dire de son premier directeur, Camus, « un esprit clair et fort ». Mais cet esprit était « traversé de faiblesses et de nuages », au point qu’elle se reprochait d’avoir manqué à sa vocation religieuse, doutait parfois de l’immortalité de l’âme, et après de grands élans vers Dieu, de « consécrations » admirables et un peu vaines, souffrait de grands abattements. Le premier souci de Vincent fut de la soustraire à son imagination crucifiante. « N’admettez plus les pensées de singularité qui vous ont tracassée… Vous réfléchissez trop sur vous-même. Allons un peu plus bonnement et simplement. » Et toujours : « Soyez en repos sur votre intérieur. » Pourtant il la met à un dur régime, puisque pendant cinq ans, tandis qu’il l’observe, il ne lui donne d’autre consigne que d’attendre. Mais dans cette attente, une règle lumineuse : « Tout ce qui vous inquiète est suspect; la volonté de Dieu ne nous met pas en trouble, elle nous met en paix. » Et aussi un remède souverain : la gaîté. « Soyez bien gaie », c’est le refrain de toutes les lettres. «Tâchez à vivre contente parmi vos sujets de mécontentement. » « Je vous ordonne de plus de vous concilier la sainte joie de votre coeur par tous les divertissements qui vous seront possibles11. »

Ces natures inquiètes et généreuses ont une ressource : se jeter à corps perdu dans l’action, dans l’apostolat. Vincent de Paul lui en ouvrira toute la carrière, après sa longue probation. Mais on connaît son allure prudente et lente; il va l’imposer à sa dirigée.

« Tâchez sur toutes choses à ne pas vous empresser… Affermissez-vous à bien faire vos actions journalières, vos emplois; bref, que tout tourne à bien faire ce que vous faites. »

Petit programme, petite méthode en apparence : rude contrainte pour une âme bondissante. Il fallut s’y plier. Ce n’est pas qu’il ne lui ait laissé une grande liberté d’action lorsqu’il fut sûr d’elle; mais on voit qu’elle le devance toujours, et qu’elle ronge le mors.

« Mon Dieu! Mademoiselle, que vous êtes heureuse d’avoir le correctif de l’empressement! Les oeuvres que Dieu fait lui-même ne se gâtent jamais par le non-faire des hommes. Je vous prie d’avoir cette confiance en lui. »

Nous retrouvons en outre, avec Louise de Marillac, le grand principe de saint Vincent : supprimer le directeur. Camus écrivait à la jeune femme, quelques mois après l’avoir remise en d’autres mains : « Pardonnez-moi, ma très chère soeur, si je vous dis que vous vous attachez un peu trop à ceux qui vous conduisent et vous appuyez un peu trop sur eux. Voilà M. Vincent éclipsé [en voyage] et Melle Le Gras (c’était son nom de veuve d’Antoine Le Gras) hors de pile et désorientée… » La pauvre âme ne savait lutter seule contre ses propres élans. Vincent de Paul la dresse à se tenir debout toute seule, avec un mélange de douceur, de compassion, de brusquerie et d’autorité qu’on ne peut qu’admirer. Il est toujours là; il reçoit toutes les « communications de son intérieur » qu’elle désire lui faire. Mais il n’y répond jamais longuement : quelques lignes dans une lettre d’affaires, pour bien mettre toutes choses à leur place et importance. Et puis il l’accoutume à ses fréquentes absences, il élude des rendez-vous sans l’avertir.

« Les affaires de Dieu avant les vôtres, est-il pas vrai, Mademoiselle ? Défendez à votre coeur de murmurer contre le mien de ce que je m’en vas sans vous parler… »

S’il la croit peinée, il panse la blessure :

«A votre avis, Mademoiselle, vous suis-je pas bien rude? Votre coeur n’a-t-il pas un peu murmuré, de ce qu’étant si proche de vous je ne vous aie ni vue ni fait savoir de nos nouvelles ? Or sus, Notre-Seigneur trouvera son compte en cette petite mortification… et fera par lui-même l’office de directeur. Oui certes, il le fera, et de façon qu’il vous fera voir que c’est lui-même. Soyez donc, ma chère fille, toute humble, toute soumise, et attendez toujours avec patience l’évidence de sa sainte et adorable volonté. »

Sur l’oraison, les idées du saint sont également simples, volontairement un peu courtes. Il n’y a pas de vie vraiment religieuse sans oraison. Il faut donc en dire la nécessité, les bienfaits; mais l’oraison a aussi ses dangers.

« Ni les considérations qu’elle suscite, ni même les sentiments d’amour qu’elle provoque n’ont de valeur par eux-mêmes. C’est une des parties les plus importantes de l’oraison, et même la plus importante, de faire de bonnes résolutions.

Mais les résolutions elles-mêmes n’ont de valeur que « si elles descendent au particulier », c’est-à-dire à cette suite de gestes petits ou grands qui composent la journée de chacun de nous.

« Le reste n’est qu’une production de l’esprit, lequel ayant trouvé quelque douceur en la considération d’une vertu, se flatte en la pensée d’être bien vertueux. On ne l’est souvent que par imagination. »

En effet, il faut répéter ici que Vincent de Paul n’est pas un spéculatif, et ne vise, dans sa direction spirituelle, qu’à l’action. Il a été formé par Bérulle, et s’est nourri lui-même de ses hautes spéculations sur le Verbe Incarné. Mais elles sont trop hautes pour toutes les « chétives Compagnies » de Vincent. Il s’attache plus volontiers à saint François de Sales, ou même à Louis de Grenade. Cela lui suffit pour les deux tâches primordiales auxquelles il a voué sa vie. Les prêtres de la Mission, les Filles de la Charité, composent deux familles religieuses qu’il a vraiment façonnées, marquées de son sceau : puissantes créations spirituelles, auxquelles rien n’est comparable dans l’histoire religieuse de la France (18, 21, 27).

Hommage à saint Vincent de Paul

Vincent de Paul fut, dès son vivant, une figure populaire. On connaissait, dans les rues de Paris, la silhouette rustique du saint prêtre; on assiégeait dans les temps calamiteux la porte de Saint-Lazare. Ses funérailles, en septembre 166o, furent un deuil pour la ville, elles unirent une fois de plus, comme avait fait l’homme durant sa vie, toutes les classes de la société.

Aujourd’hui encore, il est resté le plus familier de nos saints. Sous la cornette des Soeurs, il continue de verser aux pauvres, aux malades, aux enfants, aux vieillards, les trésors de son coeur.

Il a vraiment aimé les pauvres d’un amour irrésistible. Pas seulement la belle Pauvreté, fiancée mystique du saint d’Assise; mais le pauvre même vicieux, dégradé, la chair souffrante de l’humanité. Ils étaient ses amis avant qu’il vît en eux la face douloureuse du Dieu fait homme, avant de devenir « ses seigneurs ». Il y a un grain de folie dans la vie de tous les saints : Nos stulti propter Christum. Vincent de Paul a aimé les pauvres d’un amour sans mesure et sans raison. La raison sans doute a bâti ses grandes oeuvres, elle en a ajusté les rouages et assuré la durée; mais elle n’eût pas suffi à elle seule; à tout instant on la sent inspirée, guidée par l’amour.

Et puis, Vincent a connu le pur et profond royaume de l’humilité.

« Il y a soixante-sept ans que Dieu me souffre sur la terre; mais après avoir bien pensé et repensé pour acquérir et maintenir l’union et charité avec Dieu et avec le prochain, je n’en ai point jamais trouvé d’autre que la sainte humilité… Pour moi, je n’en sais point d’autre : s’abaisser au-dessous de tout le monde, n’estimer personne méchant et misérable que soi-même. »

Il a courbé toute sa vie sous ce joug austère, plus contraire encore à la nature que celui de Dame Pauvreté. Et c’est par l’humilité qu’il a fait de grandes choses, ou plutôt, comme il l’affirmait toujours, que Dieu les a faites par lui.

Ce mélange de prudence humaine et d’abandon à la conduite divine, qu’il a porté à un point de perfection qu’on admire comme une difficile oeuvre d’art, n’est-ce pas aussi le problème de nos vies à tous ? Il nous faut pour cela des guides : Vincent de Paul en est un, le meilleur et le plus attentif, préférable à de plus grands esprits. Apprenons de lui, sans quitter le monde et nos affaires, à tâcher d’agir sur le plan divin. Il ne nous ravira pas au troisième ciel, mais il nous dira, avec son bon sourire grave : « Faisons énergiquement les affaires de Dieu, il fera les nôtres. » Et encore : u Dès que vous serez vide de vous-même, Dieu vous remplira. »

  1. Vincent signa toujours Depaul. D’ailleurs la particule ne témoignait d’aucune noblesse, et beaucoup de ceux qui l’avaient l’accolaient à leur nom.
  2. Les Gondi, d’origine italienne, étaient venus en France avec les reines de là-bas. Emmanuel de Gondi était le frère d’Henri, second archevêque du nom. C’était un homme de bien, zélé pour l’Eglise. Il était général des Galères, une sorte de ministre de la Marine d’alors.
  3. Un peu plus tard, en /626, on les appela les Lazaristes, lorsque la Compagnie s’installa au prieuré de Saint-Lazare, dont on avait fait don à Vincent de Paul.
  4. Lettre à M. Nacquart, qui partait pour Madagascar. Les lettres que M. Nacquart envoya de là-bas à saint Vincent sont pleines d’intérêt.
  5. Tout au moins jusqu’à la donation de quarante mille livres que la duchesse d’Aiguillon fit pour la Barbarie, en 1647.
  6. Cette Eglise ayant été érigée en vicariat apostolique, au terme de ces longs efforts. Vincent de Paul peut être compté parmi ses fondateurs.
  7. Du vivant du saint, il y eut 24 maisons de la Mission, en France ou à l’étranger. En 1656, elle comptait, je crois, 131 prêtres, 44 frères clercs, et 62 frères coadjuteurs.
  8. On n’y voit guère d’autre changement que celui de la petite coiffe rustique des premières Soeurs en celui de la grande cornette ailée qu’elles portent aujourd’hui.
  9. On sait que, de nos jours, la Sécurité sociale s’efforce de répondre à tous les besoins, à toutes les formes actuelles de la misère humaine. On ne peut nier ni son utilité, ni son efficacité, ni sa bienfaisance. Mais cette bienfaisance a pris forcément une figure et des méthodes admi­nistratives, qui lui enlèvent le meilleur de sa vertu. Aussi faut-il savoir gré à toutes les entreprises qui veulent maintenir entre riches et pauvres ce contact direct, humain, où le coeur a sa part essentielle. C’est, pour ne citer que les principales, le rôle du puissant organisme de Mgr Rodhain, le Secours catholique, avec ses nombreuses maisons d’accueil, de dépannage, d’aide aux Nords-Africains, et toutes ses filiales départementales; de l’Union des oeuvres privées (U.N.I.O.P.S.S.), qui, en liaison même avec la Sécurité sociale, s’attache à préserver cet esprit de la pure charité fraternelle; des Petits frères des pauvres; du Nid, pour le sauvetage des prostituées; d’Auxilia, pour les malades « allongés ». Sans parler des Conférences de Saint-Vincent de Paul, des visiteuses d’hôpitaux, de toutes les entraides paroissiales; et de combien d’autres, qui témoignent d’un même souci de préserver la vieille charité évangélique qui inspira toutes les créations de saint Vincent de Paul.
  10. Lettre à M. Dehorgny, à Rome, 25 juin 1648.
  11. II y a là, n’est-ce pas, beaucoup de la manière et de l’esprit salésiens dans la direction.

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