Louise de Marillac, Lettre 0036 bis: à Monsieur Vincent

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Louise de MarillacLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Louise de Marillac .
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Ce 9 février 1641.

Monsieur,

Enfin notre bonne Sœur Marie1 est ici, toute pleine de bonne volonté. Je la trouve un peu fatiguée du travail qu’elle a eu depuis huit jours et appréhende beaucoup de s’en aller toute seule2 et de ne se voir plus avec ses Sœurs, mais cela de la bonne sorte que c’est sans murmure et sans que cela lui forme d’opposition à exécuter l’obéissance. Seulement elle fait paraître grande crainte.

Mais moi, je suis moins sage, car la résolution qu’il me semblait que vous aviez prise de ne jamais envoyer seule m’est si fortement demeurée en l’esprit, qu’il me paraît nécessaire d’envoyer quelqu’une avec elle. Elle peut devenir malade sur les chemins, ou étant là il se peut rencontrer de mauvaises personnes qui jugeront mal d’elle et lui pourront faire déplaisir. Et puis, comme l’on n’est pas insensible et que ce n’est pas peu que ces bonnes filles quittent tout, elle peut avoir beaucoup de chagrin et ne se pouvant soulager l’esprit il y a à craindre du découragement, et je crains aussi que cela nuise aux autres, disant qu’on ne se soucie pas beaucoup des filles puisqu’on les laisse aller toute seule. Toutes ces raisons, Monsieur, font que je prends la liberté de vous supplier d’y penser, et s’il y a moyen qu’elle serve d’exemple aux autres pour les encourager. Le voyage ne nous coûtera pas beaucoup, car outre les dix écus * qu’elle apporta il y a huit jours, elle en apporta encore hier autant.

Pour ce qui est de leur dépense, comme elles sont nourries à ne pas en faire de grande, je crois que si peu que l’on pourra donner à l’une aidera à vivre à l’autre, et elles travailleront pour gagner le reste. Car encore qu’elle eût beaucoup de travail et de malades à Saint-Germain, elle ne laissait pas de blanchir pour autrui et gagnait quelque chose. Je pensais, Monsieur, si vous le trouviez bon, de lui donner notre grosse Sœur Claire, c’est celle qui vous fut trouver à Sainte-Marie pour être reçue et sa mère l’y mena. C’est une humeur assez docile, et je crois qu’elles seront bien ensemble. Je vous supplie très humblement prendre la peine me mander* si vous voulez qu’il soit ainsi et le jour qu’elles pourront partir, et s’il ne faut point que j’envoie retenir leur place au coche.

Je suis bien fâchée de vous travailler dans votre mal que je supplie notre Dieu guérir, et suis, Monsieur, Votre très humble fille et très obligée servante.

P.S.—La Sœur que je vous propose pour aller avec ma Sœur Marie Joly sait lire et non pas elle, elle pourrait tenir école aux pauvres petites filles. Si votre charité pensait à une autre fille, s’il vous plaît la nommer, et s’il y a moyen donner une compagne à notre bonne Sœur Marie.

  1. Marie Joly, une des toutes premières Filles de la Charité, présentée par Madame Goussault vers 1632. Elle sert les pauvres sur les paroisses de Paris: Saint-Paul, Saint-Germain. En 1641, elle est choisie pour la nouvelle implantation à Sedan. Elle y restera jusqu’en octobre 1654. Revenue à Paris, elle vit à la Maison Mère. Elle signe l’acte d’érection de la Compagnie et témoigne lors de la conférence sur les vertus de Barbe Angiboust (Coste X.647).
  2. A Sedan. Cette ville autrefois protestante, vient de revenir à la foi catholique à la suite de l’abjuration du duc de Bouillon en 1634 (Coste II.131).

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