Louise de Marillac, Lettre 0029: à Monsieur l’abbé de Vaux

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Louise de MarillacLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Louise de Marillac .
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(à Angers)

Ce 9 juillet 1640.

Monsieur,

Le peu d’éloignement qu’il y a de La Chapelle à Paris a fait que j’ai reçu deux lettres, que vous avez pris la peine de m’écrire depuis votre petit voyage, dont je vous remercie très humblement. Je prends la liberté, Monsieur, de vous dire au sujet des bons sentiments de ce bon religieux, que s’il eût songé que la bonne manière d’enseigner est faire, qu’il eût fait connaître, à celle qui lui demandait instruction, la diversité des voies de Dieu sur la conduite des âmes. Mais l’esprit des filles est pitoyable, de chercher à se travailler par la pluralité des avis.

Ce que l’on voit n’être pas péché, peut-il pas être souffert de l’âme humble qui ne laisse pas d’en faire usage dans la basse estime que cela lui peut donner d’elle-même. Plût à notre bon Dieu que je fisse ce que je dis, je vaudrais mieux que je ne fais. Enfin, Monsieur, je ne suis point encore dans le commencement d’une maladie à causer la mort ce sera quand Dieu voudra. Enfin ces bons Messieurs exécutent leur bon dessein pour ces pauvres âmes, dans le danger de se perdre.

Je vous assure, Monsieur, que j’en ai grande consolation, et ne recevrai aucun déplaisir que ces bonnes filles, qui avaient eu la pensée de s’associer avec nous, servent à ce bon œuvre si c’est la volonté de Dieu. Le désir que j’ai que nous n’ayons avec nous que celles qui y seront véritablement appelées, sans aucune vue d’intérêt temporel, me fait ne rien désirer fortement en ce sujet; c’est pourquoi, Monsieur, je suis extrêmement consolée de la manière dont votre charité a usé vers celles qui vous ont parlé.

J’ai été un peu en peine de nos Sœurs à cause que j’ai été fort longtemps sans avoir de leurs lettres; elles sont toujours dans leur langueur. Je crois que si ma Sœur Elisabeth1 accommodait de l’eau et qu’elle en prit, elle et les autres, bonne quantité, qu’elles seraient bien mieux; mais nous méprisons ce que nous avons. Elle sera longtemps à mon avis à être sans fièvre. Je pense, Monsieur, qu’il n’y aurait point de danger de la laisser agir, pourvu qu’elle n’aille pas à l’excès, et qu’elle se promène, ou fasse quelque chose dans le jardin, au moins deux fois le jour.

Que direz-vous de ma trop grande liberté de vous parler ainsi de toutes choses. Votre charité dans son exercice me l’a ainsi ordonné ce me semble, ce qui m’a rendue très particulièrement, Monsieur, Votre très obligée servante et très humble fille.

  1. Élisabeth Martin, voir p. 32.

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