La vie du vénérable serviteur de Dieu Vincent de Paul, Livre second, Chapitre Dernier, Section III

Francisco Javier Fernández ChentoVincent de PaulLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Louis Abelly · Année de la première publication : 1664.
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Section III : L’équité et la vigilance avec laquelle Monsieur Vincent se comportait dans les affaires bénéficiales.

M. le cardinal Mazarin, ayant été établi par la Reine chef du Conseil des affaires ecclésiastiques, donnait son temps pour y vaquer, autant que ses autres affaires le lui pouvaient permettre; et lorsque, tenant le conseil, il demandait les  avis touchant la disposition des bénéfices, M. Vincent disait avec respect et avec liberté tout ensemble ses sentiments, en la vue de Dieu, touchant la capacité ou l’incapacité, le mérite ou le démérite des personnes qui étaient proposées. Mais comme il n’y avait point de jour réglé pour tenir ce conseil, et que cela dépendait de la volonté et du loisir de ce premier ministre, lequel en était souvent empêche par d’autres grands emplois, il arrivait que Son Éminence disposait alors, sous le bon plaisir de la reine, des abbayes et même des évêchés qui venaient à vaquer, lorsqu’il le jugeait expédient pour le service du roi, et qu’il n’y trouvait aucune difficulté qu’il crût avoir besoin d’être résolue dans le conseil: cela n’empêchait pas, toutefois, qu’il ne restât une grande quantité d’autres bénéfices moindres, soit réguliers ou séculiers, dont il fallait disposer; tant de résignations et permutations à examiner, tant d’autres affaires différentes à régler, pour empêcher les abus et mettre toutes choses en bon ordre; que M. Vincent, qui en était particulièrement chargé, en rapportait à chaque conseil un très grand nombre.

Or, dans la disposition de ces bénéfices, il jugeait qu’il était raisonnable d’avoir égard aux ecclésiastiques de la maison du roi et de la reine, et même aux aumôniers des armées qui avaient bien servi, pour les faire pourvoir préférablement aux autres, lorsqu’ils se trouvaient avoir les qualités requises; estimant que les officiers de Leurs Majestés, qui vivaient sans reproche et se conservaient en leur intégrité parmi la corruption de la cour, méritaient d’être particulièrement considérés; mais parce que tous n’étaient pas tels qu’ils devaient être, et même qu’il s’en trouvait plusieurs qui, étant déjà pourvus de bons bénéfices, ne laissaient pas d’en demander et d’en poursuivre d’autres; en sorte qu’il arrivait souvent que les plus incapables avaient plusieurs pensions et bénéfices, et que ceux qui le méritaient davantage en étaient privés: pour remédier à ces désordres, il avait fait une liste de tous les aumôniers, confesseurs, chapelains, clercs, chantres et autres officiers ecclésiastiques de la maison, chapelle et musique de Leurs Majestés, où il y avait remarqué ceux qui étaient suffisamment pourvus, et les autres qui ne l’étaient pas; et il veillait et faisait tout ce qui dépendait de lui afin que l’abondance des uns ne préjudiciât point à l’indigence des autres.

Le Roi ayant droit de pourvoir aux cures de Normandie, qui sont en Patronage-lay, lorsque les patrons sont mineurs, à raison de la garde noble qui en appartient à Sa Majesté: M. Vincent se tenait fort sur ses gardes pour n’être point surpris par ceux qui venaient demander ces bénéfices, lorsqu’ils vaquaient par résignation ou par mort, faisant toujours en sorte qu’ils fussent donnés aux plus capables, parce qu’il était entièrement persuadé que ceux à qui il appartient de nommer aux bénéfices qui ont charge d’âmes sont responsables devant Dieu, non seulement de tous les maux que font les pasteurs indignes, auxquels ils les donnent, mais même de tous les biens que ne font pas ceux qui en sont moins dignes, et auxquels ils donnent les bénéfices à l’exclusion des plus dignes.

Il y avait en ce temps-là plusieurs gentilshommes, estropiés à la guerre, qui pressaient extraordinairement pour avoir des pensions sur des bénéfices, pour récompense des services qu’ils disaient avoir rendus au Roi: M. Vincent les recommandait volontiers à la Reine et à M. le cardinal, pour leur faire obtenir quelque récompense; mais ils ne pouvait consentir que ce fût sur des biens ecclésiastiques, parce qu’ils n’avaient jamais vécu et n’étaient guère disposés à vivre ecclésiastiquement, comme doivent faire ceux qui ont de telles pensions.

Ainsi, ce fidèle conseiller avait, d’un côté, les yeux ouverts pour prendre garde qu’on n’usât d’aucune surprise dans les affaires bénéficiales, au préjudice du service de Dieu et de l’honneur de l’Église; et de l’autre, il tenait en main la balance pour garder, autant qu’il dépendait de lui, une juste équité en la distribution de ces biens ecclésiastiques, que les saints Pères appellent le patrimoine des pauvres et le prix du rachat des péchés.

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