Diverses autres œuvres de piété, auxquelles M. Vincent s’est appliqué avec ses occupations plus ordinaires.
Ceux qui ont connu particulièrement M. Vincent et qui ont su quelles étaient l’étendue de son zèle, et les occasions que la divine Providence lui présentait continuellement pour l’exercer, peuvent témoigner avec vérité que depuis trente ou quarante ans, il s’est fait fort peu d’œuvres de piété ou de charité publiques et considérables dans Paris, où il n’ait eu quelque part, soit en donnant ses avis, ou y coopérant en quelque autre manière.
La maison de Saint-Lazare était comme un abord, où se rendaient toutes les personnes qui avaient dessein d’entreprendre quelque bonne œuvre, ou de rendre quelque notable service à l’Église; pour y trouver, en la personne de M. Vincent, le conseil, le secours, et la coopération nécessaires pour y bien réussir.
Ce grand serviteur de Dieu était presque continuellement consulté pour diverses affaires et desseins de piété, non seulement du côté de Paris qui lui en fournissait une ample matière: mais encore de plusieurs autres lieux, d’où il recevait souvent des lettres de la part de diverses personnes qui lui étaient inconnues, et ne le connaissaient que par la réputation de sa vertu et de sa charité, qui leur donnait la confiance de recourir à lui dans leurs doutes. D’ailleurs, outre les assemblées ordinaires qui se tenaient au moins trois fois chaque semaine, auxquelles il se trouvait très exactement; il était encore souvent appelé dans d’autres assemblées particulières, soit de prélats ou de docteurs ou même quelquefois des supérieurs de communautés, ou enfin d’autres personnes de toute sorte de condition; tantôt pour résoudre diverses difficultés importantes, tantôt pour régler et établir quelque bon gouvernement, ou bien pour remédier à quelques grands désordres, ou enfin pour trouver un moyen d’avancer la gloire de Dieu et de procurer le bien des diocèses, des communautés ou des familles.
Il était aussi d’autres fois employé et appelé pour mettre la paix et établir un bon ordre dans plusieurs maisons religieuses, tant d’hommes que de filles; et pour apaiser quantité de différends et de procès entre les personnes particulières, et même entre des communautés entières.
Sa charité le portait aussi à faire beaucoup de visites de personnes malades ou affligées, soit qu’il en fût prié, ou que de lui-même il y allât, pour consoler et exercer toutes les œuvres d’une véritable et sincère miséricorde.
Il avait été chargé, comme il a été dit en l’un des chapitres précédents, de la conduite des maisons des religieuses de la Visitation Sainte-Marie établies à Paris,et à Saint-Denis, desquelles il prenait un très grand soin, y faisant de temps en temps des visites et pourvoyant à tous leurs besoins spirituels.
Ajoutez à tout cela l’application continuelle de ses pensées et de ses soins pour le gouvernement et la conduite de toutes les maisons de sa Congrégation. Le grand nombre de lettres qu’il recevait tous les jours de tous côtés, auxquelles il faisait réponse Et nonobstant toutes ses occupations, et les autres affaires extraordinaires qui lui survenaient, il ne laissait pas d’être tous les jours réglément levé à quatre heures du matin; après quoi il allait à l’église, où il demeurait près de trois heures, et quelquefois plus, pour son oraison, sa messe, et quelque partie du bréviaire; employant toujours avec une merveilleuse tranquillité d’esprit un temps notable pour sa préparation et pour son action de grâces, sans en rien retrancher quelque pressé d’affaires qu’il eût, si ce n’est fort rarement, et en des occasions extraordinaires. Il était pendant la journée accablé de visites des personnes du dehors, et le soir de celles du dedans. Il écoutait un chacun à souhait avec grande bénignité, et avec autant d’attention que s’il n’eût eu autre chose à faire. Il sortait presque tous les jours pour les affaires de piété et de charité qui l’y obligeaient, quelquefois même deux fois le jour, et revenait ordinairement bien tard. Sitôt qu’il était de retour il se mettait à genoux pour dire son Office, lequel il ne récitait jamais autrement dans la maison, tant que ses infirmités lui ont permis de se tenir en cette posture. Le reste du temps, il écoutait ceux de la maison qui avaient à lui parler, et puis il s’appliquait à écrire des lettres, ou vaquait aux autres affaires; ce qui l’obligeait de veiller fort souvent une partie de la nuit, sans pourtant manquer jamais de se lever à son heure ordinaire, s’il n’était malade ou beaucoup indisposé.
Il ne manquait point tous les ans de faire sa retraite et ses exercices spirituels, prenant le temps nécessaire pour cela, nonobstant toutes ses autres occupations et affaires; reconnaissant bien que la principale qu’il devait préférer à toute autre, était celle du salut et de la sanctification de son âme. Il exhortait les autres à cette pratique, à laquelle il était exact et fidèle, tant pour les y porter plus efficacement par son exemple, que pour se renouveler lui-même, et puiser dans le sein de Dieu les lumières, les forces, et les grâces nécessaires pour s’acquitter dignement de tous les grands emplois, auxquels il était engagé: Imitant en cela Moïse qui, parmi l’accablement des affaires que lui fournissait incessamment la conduite d’un grand peuple, n’avait point de refuge plus assuré, ni de retraite plus douce que lesanctuaire; où il se mettait à l’abri de toutes les importunités de cette multitude, et demandait à Dieu pour eux et pour lui son assistance et sa protection.
Voilà comme se passaient les journées et les années de ce grand serviteur de Dieu, que l’on peut dire avec vérité, avoir été des journées et des années pleines, selon la façon de parler de la sainte Écriture: en sorte que sa vie a été non seulement remplie, mais aussi comblée de vertus et de mérites.
Et certes, celui qui voudra jeter les yeux sur les grandes œuvres que Dieu a faites par M. Vincent, et que l’on voit encore subsister; qui considérera toutes les maisons de sa Congrégation établies en tant de lieux; toutes les missions où ils travaillent avec tant de bénédiction; les séminaires où ses prêtres sont si utilement employés; les exercices des ordinands.; les conférences, et les retraites spirituelles qui contribuent avec tant d’avantage au bien de l’état ecclésiastique, et des personnes laïques de toute sorte de condition; l’institution des Filles de la Charité, et l’établissement des confréries de la même Charité en un si grand nombre de paroisses, tant des champs que des villes; les assemblées et compagnies des dames de la Charité pour tant de sortes de bonnes oeuvres; l’établissement de tant d’hôpitaux; et l’assistance temporelle et spirituelle de plusieurs provinces ruinées et de tant de pauvres abandonnés: Quiconque, dis-je, fera une réflexion attentive sur toutes ces choses, sera obligé de reconnaître que ce ne sont pas les ouvrages d’un homme seul, mais que la main de Dieu était avec son fidèle serviteur, pour opérer tous ces grands effets de sa miséricorde. Et quoique toute la gloire en appartienne à Dieu, qui en est le premier et principal auteur; il veut bien néanmoins qu’on honore et qu’on estime ses dons et ses grâces en ses serviteurs, quand ils y ont fidèlement et saintement coopéré: En quoi l’on peut dire que M. Vincent est d’autant plus digne d’estime et de louange, que lui-même s’en estimait moins digne, cherchant en tout son avilissement et son abjection; et que, par un trait admirable d’humilité, lorsqu’on voulait le congratuler des grandes œuvres qu’il avait faites, il répondait, qu’il n’était qu’un bourbier et qu’un limon vil et abject, et que si Dieu l’avait employé à toutes ses œuvres, il s’était servi de sa boue pour lier les pierres de ces édifices.







