La vie de Saint Vincent de Paul, instituteur de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité (037)

Francisco Javier Fernández ChentoVincent de PaulLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Pierre Collet, cm · Année de la première publication : 1748.
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Livre Second

22. Etablissement de la Magdeleine; Mort de M. le Cardinal de Bérulle

colletPendant que Mademoiselle le Gras remplissait bien tous les devoirs d’un tendre et laborieux christianisme, Vincent ne restait pas dans l’inaction. Il était déja à la tête de presque toutes les bonnes oeuvres, qui regardaient le bien du prochain ; et il s’en faisait peu de considérables, sur lesquelles on ne prît pas ses avis. Il en fit, cette même année, réussir une, qui, sans lui, aurait peut-être échoüé. Marguerite-Claude de Gondi, qui, après la mort du marquis de Maignelai son mari, assassiné pendant les troubles de la ligue, saisissait volontiers l’occasion de signaler sa piété, avait en 1618, fondé auprès de Temple une maison de retraite, pour arrêter les désordres des personnes de son sexe, qui avaient eu le malheur de s’y livrer. Il s’en présenta en peu de temps un assez grand nombre, qui parurent charmées de trouver après le naufrage un port si assuré. Mais on reconnut dès le commencement, que cet établissement manquait d’une partie essentielle, et qu’il n’y avait dans cette grande maison personne, qui fût capable de la bien conduire. Comme les religieuses de la Visitation font par état une profession particulière de charité et de douceur, et que ces deux vertus étaient les plus propres à gagner l’affection de ces âmes pénitentes, qu’on ne pouvait enfanter à J.C. qu’avec des ménagements infinis, on proposa à S. François de Sales, d’agréer qu’on mit de ses Filles à la tête de cette nouvelle communauté. Le saint évêque dit que cela se pourrait faire un jour, mais que le temps n’en était pas encore arrivé. Les choses demeurèrent donc à la Magdelaine, dans l’état où elles étaient, pendant près de douze ans. Mais parce qu’il est difficile de continuer bien, quand on a mal débuté, on courait risque de voir tomber en peu de temps une maison si nécessaire, et si propre à arrêter bien des maux. Vincent en fut averti, comme en qualité de Supérieur des religieuses de la Visitation, et plus encore en qualité d’homme, dont la prudence et les lumières étaient universellement respectées ; il pouvait mieux que personne disposer de ces saintes et vertueuses Filles : on le pria de les charger de la conduite de cette communauté. le saint prêtre suivit sa route ordinaire. Il consulta Dieu ; et après en avoir conféré avec M. l’Archevêque de Paris, et avec la Mère Angélique l’Huillier Supérieure de la maison de Sainte-Marie, il destina quatre religieuses de la Visitation à remplir les premières charges du Monastère de la Magdelaine.

Il en fut de ce dessein, comme de la plupart de ceux qui concernent la gloire de Dieu et le salut du prochain, c’est à dire, qu’on ne put l’exécuter, qu’après avoir surmonté bien des obstacles. Vincent les leva par sa patience. Pour ne rien faire, qui sentît la précipitation, et qui marquât quelque attachement à son propre sens, défaut dont il fut extraordinairement éloigné, il fit tenir des Assemblées de docteurs, et d’autres personnes recommandables par leur piété et leur expérience : il concerta avec eux les moyens de conduire à sa perfection une affaire, qui d’un côté regardait la décharge et l’édification du public ; et de l’autre, le salut éternel d’un grand nombre de personnes, ausquelles il n’était ni possible de rester dans le monde sans s’y perdre, ni de se sanctifier dans la retraite, si elles n’y étaient pas bien conduites. Les difficultés s’évanouirent entre les mains d’un homme, à qui son grand sens donnait des ressources infinies. Les Filles de S. François de Sales, que les peines de ce nouvel emploi avaient beaucoup effrayées, s’en acquittèrent avec leur zèle et leur capacité ordinaires. Elles mirent l’ordre dans une maison, où il n’y en avait presque point. Elles gagnèrent les coeurs par leur douceur et leur attention. La charité les rendit maîtresses absolues : on l’est toujours utilement, quand on ne l’est que par un si beau principe : aussi elles règlèrent si bien cette nombreuse communauté, qu’elle produisit dans la suite celle de Rouen et de Bordeaux. Il est vrai que le saint leur servit beaucoup, soit par les sages conseils qu’il leur donnait de vive voix, ou dans ses lettres, soit par les bons Confesseurs qu’il leur procura ; mais le zèle et le travail de ces vertueuses dames n’en sont pas moins estimables ; les enfants ne perdent rien de leur gloire, pour la partager avec leur Père.

La joie sainte, dont l’heureux succès de tant d’affaires, devait remplir un coeur aussi sensible aux intérêts et à la gloire de Dieu, que l’était celui de Vincent de Paul, fut troublée par la mort de M. le Cardinal de Bérulle. Ce grand homme expira à l’autel, entre les bras de son bien-aimé ; il acheva, comme victime (n), l’auguste Sacrifice, que l’épuisement de ses forces ne lui permit pas d’achever comme prêtre. Vincent perdait en lui un ami et un Père ; mais ce qui le toucha plus, c’est que l’Eglise y perdait un modèle du sacerdoce de Jésus-Christ. Pour la dédommager de cette perte, au moins en partie, il ouvrit cette même année, ou la suivante, les portes de sa maison aux ecclésiastiques, qui voudraient ou se réconcilier avec Dieu, après s’en être écartés, ou reprendre dans la solitude des forces et des lumières pour se soûtenir, et pour se conduire dans les pénibles sentiers du ministère.

Ce furent quelques Docteurs de Sorbonne pleins de piété et de vertu, qui commencèrent à faire ces exercices spirituels sous la conduite du saint prêtre. Leur exemple fut suivi par beaucoup d’autres : et c’est là l’origine de ces saintes retraites, qui dans la Congrégation de la Mission, ont sanctifié, et sanctifient encore tous les jours tant de personnes. S. Ignace de Loyola est en quelque sorte celui, à qui l’Eglise est redevable de ce salutaire établissement. Vincent, qui l’honorait d’un culte particiulier, crut ne pouvoir mieux faire que de suivre son plan et sa méthode ; il s’y conforma le plus exactement qu’il lui fut possible. L’utilité, qui en résulte depuis plus d’un siècle, peut encore aujourd’hui être attestée par ce grand nombre de personnes de tout âge et de toute condition, qu’on vait chaque jour briser leurs chaînes les plus douces et les plus fortes, renoncer à leurs plus criminelles inclinations, se déprendre des habitudes les plus invétérées, édifier par la pratique constante des vertus chrétiennes, ceux qu’ils avaient scandalisés par une vie dérèglée, et des moeurs toutes païennes. Comme ces retraites n’ont jamais plus fait de bruit, que depuis que Vincent de Paul eut pris possession de la maison de S. Lazare, il est à propos que nous entrions dans un plus grand détail de faire connaître la manière dont cet établissement s’est fait.

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