La vie de Saint Vincent de Paul, instituteur de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité (029)

Francisco Javier Fernández ChentoVincent de PaulLeave a Comment

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Author: Pierre Collet, cm · Year of first publication: 1748.
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Livre Second

14. Premiers travaux de la nouvelle Congrégation. Exercices des Ordinands. Portrait de M. Bourdoise

colletPendant que Dieu prenait si hautement en main les intérêts de son serviteur, ce saint prêtre n’oubliait pas ceux de Dieu. Il partagea sa petite troupe en différents corps. Il les remplit, avant leur départ, de ce feu saint, dont il était consumé ; et il les envoya dans les endroits, où il crut que leur présence était le plus nécessaire. Son esprit était avec eux, et il les soutenait, lors même qu’il en était séparé. Mais il ne se contentait pas de lever les mains sur la montagne ; comme Josué, il combattait aussi dans la plaine ; et il y a bien de l’apparence qu’il se trouvait toujours dans les endroits les plus difficiles. La province de Lyon, dont il connaissait les besoins, lui échut en partage, comme nous l’apprenons d’une lettre, qu’un Abbé fort célèbre, lui écrivit au mois de Décembre de l’année 1627. J’arrive, lui disait-il, d’un grand voyage, que j’ai fait en quatre provinces. je vous ai déja mandé la bonne odeur, que répand dans tous ces lieux, l’Institution de votre sainte Compagnie, qui travaille pour l’instruction et pour l’édification des pauvres de la campagne. En vérité, je ne crois pas, qu’il y ait en l’Eglise de Dieu de plus édifiant, ni plus digne de ceux qui portent le caractère et l’Ordre de J.C. Il faut prier Dieu, qu’il affermisse un dessein si avantageux pour le bien des âmes, à quoi bien peu de ceux qui sont dédiés au Service de Dieu, s’appliquent comme il faut.

Cette lettre consola beaucoup Vincent de Paul : mais comme en louant le zèle et le travail de ses prêtres, elle lui rappellait en même temps, et les besoins des enfants de la campagne, et le défaut ou de talents, ou d’application de ceux qui étaient chargé de leur salut ; il prit une nouvelle résolution d’arrêter, s’il était possible, le cours de ce double torrent, qui n’entraînait les brebis, que parce qu’il avait d’abord entraîné les pasteurs. Quant aux peuples, comme il n’avait rien de meilleur à faire, que de leur procurer des instructions solides et touchantes, il continua de leur envoyer des missionnaires, aux travaux desquels Dieu donna beaucoup de succès, qui, comme nous le ferons voir dans la suite, étonna une grande partie de l’Europe. A L’égard des Pasteurs, il jugea bien, qu’on ne ferait rien de solide, si on ne tenait une route directement opposée à celle qu’on avait suivie jusqu’alors ; qu’il n’y avait presque rien à espérer de ceux, qui avaient vieilli dans le désordre, ou dans l’ignorance ; qu’il s’en trouvait, à la vérité, plusieurs qui souffraient qu’on fît le bien dans leurs paroisses, mais qu’il y en avait peu parmi eux, qui eussent la force, ou la capacité nécessaire pour le continuer ; qu’il fallait par conséquent ou se résoudre à voir bientôt les peuples reprendre leur ancien train, ou à prendre le parti de former des prêtres plus capables de les entretenir dans la vertu, que n’étaient la plupart de ceux qui étaient chargés de leur conduite.

Vincent n’avait point encore formé de projet si étendu ; mais il ne pouvait guère en former de plus important et de plus nécessaire. Heureusement les circonstances le rendaient un peu plus pratiquable, qu’il n’avait été depuis longtemps. La Rochelle, qui était comme le centre des forces de l’hérésie, venait de se rendre à Louis XIII après plus d’un an de blocus. Cet évènement, auquel le Cardinal de Richelieu avait eu beaucoup de part, ne promettait rien moins que la ruine du parti huguenot. Les évêques crurent enfin pouvoir respirer ; et ceux du second Ordre, qui avaient plus de zèle pour la réforme du Clergé, la pressèrent avec plus de force que jamais.

Adrien Bourdoise, dont la mémoire sera toujours en bénédiction dans l’Eglise de J.C. était un de ceux, qui souffraient le plus impatiemment le désordre des ecclésiastiques. C’était un homme plein de feu pour les intérêts de Dieu. Le zèle de la maison du Seigneur le dévorait. Comme il ne s’appliquait qu’à l’orner et à l’embellir, il ne regardait qu’avec horreur ceux qui la déshonoraient. Il eût volontiers, comme le Roi Prophète, exterminé dès le matin, tous ceux qui du lieu de prière, faisaient une caverne de confusion et de brigandage. Il ne ménageait personne ; il combattait le dérèglement partout où il le trouvait : et une espèce d’excès a été tout le défaut, qu’on a trouvé dans son zèle ; mais ce défaut, si c’en fut un, méritait bien de l’indulgence, dans un temps où il était si rare et si nécessaire. Ce saint prêtre était ami particulier de Vincent de Paul. Ils connaissaient l’un et l’autre les plus vertueux prélats de l’Eglise de France ; et comme ils étaient tous deux animés du même esprit, il ne pouvait que leur inspirer les mêmes sentiments.

Messire Augustin Potier de Gesvres(m), évêque de Beauvais, à qui son amour pour la discipline, et la vigilance Pastorale, ont donné une place distinguée parmi les plus grands prélats de son temps, était fort touché des maux de l’Eglise, pour ne chercher pas un remède propre à les arrêter. Il en conféra souvent avec ces deux excellents prêtres ; et les sages conseils qu’il reçut d’eux, doivent être regardés comme le principe de la réformation de son diocèse, ou plutôt d’une partie de la France qui peu à peu suivit ses exemples. Comme le triste état, où était le Clergé de Beauvais, était le poids et la croix de ce digne évêque, il en parlait toujours avec tant d’inquiètude, que s’il n’eût fait que commencer à s’en apercevoir. Vincent, qu’il appelait souvent à Beauvais, ou qu’il venait voir à Paris, pour profiter de l’esprit de grâce et de lumière dont il était rempli, lui dit un jour dans une conversation qui n’avait pour objet que la réforme des ecclésiastiques, qu’il était presque impossible de changer ceux qui avaient pris un mauvais pli ; que les prêtres qui s’étaient endurcis dans le crime, ne se convertissaient presque jamais, que, pour travailler avec quelque espérance de fruit à la rénovation du Clergé, il fallait aller jusqu’à la source du mal ; que puisqu’il n’y avait rien de bon à attendre des anciens prêtres, il fallait s’appliquer à en former de nouveaux pour l’avenir ; qu’à la vérité l’exécution de ce projet avait des difficultés ; mais qu’il ne manquerait pas de réussir, pourvu qu’on fût (m) ferme et à n’admettre aux Ordres, que ceux qui auraient toutes les marques d’une véritable vocation, et à rendre capables des fonctions du saint Ministère, ceux qu’on pourrait croire y être appelés de Dieu.

Cette proposition plut beaucoup à M. l’ évêque de Beauvais, et il pensa sérieusement aux moyens de l’exécuter. Mais comment s’y prendre dans un temps, où il n’y avait pour les jeunes ecclésiastiques ni Séminaires, ni rien qui en approchât. Voici l’expédient, que Dieu lui suggéra quelques mois après dans un voyage que notre saint faisait avec lui . Au sortir d’une espèce de méditation, que ceux qui l’accompagnaient avait prise pour un assoupissement, ce prélat leur dit, qu’il venait de penser que, pour préparer aux saints Ordres ceux qui se disposaient à les recevoir, il ne pouvait pour le présent rien faire de mieux, que de les faire venir chez lui, les y entretenir pendant quelques jours, et les faire instruire dans des conférences réglées, des choses qu’ils devaient savoir, et des vertus qu’ils devaient pratiquer. O Monseigneur, lui dit Vincent, en élevant la voix plus qu’à l’ordinaire ; voilà une pensée qui est de Dieu ; voilà un excellent moyen pour remettre peu à peu en bon ordre tout le Clergé de votre diocèse.. La conversation roula longtemps sur cette importante matière ; Vincent s’efforça d’encourager de plus en plus M. de Beauvais à exécuter son dessein ; et M. de Beauvais s’y affermit si bien , qu’en se séparant de lui, il l’assûra qu’il allait faire préparer ce qui était nécessaire, pour que tout se passât dans l’ordre et la décence.

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