La vie de Saint Vincent de Paul, instituteur de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité (023)

Francisco Javier Fernández ChentoVincent de PaulLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Pierre Collet, cm · Année de la première publication : 1748.
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Livre Second

8. Retour du Saint à Paris ; il passe par Mâcon, et y rend aux pauvres un service important

colletVincent était trop content de ce premier essai, pour ne pousser pas plus loin ses conquêtes ; mais le départ du Comte de Joigni, et le mouvement continuel des Galères, qui dans ces temps de trouble n’avaient point de séjour fixe, l’obligèrent de reprendre la route de Paris. Il marchait à grandes journées, lorsqu’une affaire de charité l’arrêta. En passant par la ville de Mâcon, il trouva une si grande multitude de pauvres, et de pauvres qui paraissaient très abandonnés, qu’il en fut surpris. Il avait coutume d’interroger sur les Mystères de la Foi, ceux à qui il faisait l’aumône, et de les en instruire, autant que les affaires le lui permettaient. C’était sa méthode ordinaire, et il la suivait dans les villes comme dans les campagnes. Une foule de mendiants l’ayant investi, il reconnut aussitôt qu’ils ignoraient les premiers principes de la religion. Il apprit des enfants, que ces malheureux doublement à plaindre, vivaient dans une espèce d’endurcissement et d’insensibilité, par rapport à leur salut ; qu’ils n’entendaient presque jamais la Messe ; qu’ils ne savaient ce que c’était que d’approcher des Sacrements, pas même de celui de la Pénitence ; et qu’ils passaient leur vie dans un parfait oubli de Dieu, dans une ignorance totale des choses du salut, dans un libertinage, dans des vices et des ordures, qui faisaient horreur. Il n’en fallait pas tant pour toucher un coeur comme le sien. A l’exemple du bon Samaritain, il regarda ce grand nombre de misérables comme autant de voyageurs, qui avaient été dépouillés, et dangereusement blessés par les ennemis de leur salut ; il résolu de bander leurs plaies, et de les soulager. L’entreprise était des plus difficiles. Il fallait mettre de l’ordre chez des gens qui ne l’aimaient pas, établir une exacte discipline parmi des hommes, que leur multitude rendait insolents, et prendre des mesures si sûres, qu’on écartât toute apparence de sédition. Aussi ceux à qui ce projet fut annoncé, le regardèrent comme une belle chimère. Les moins sages le traitèrent de sottise, les plus modérés crurent y trouver beaucoup de témérité, et rien de plus. Chacun se moquait de moi, dit Vincent lui-même, dans une de ses lettres , on me montrait du doigt, lorsque j’allais par les rues, et personne ne crut que je puisse réussir. On ne fut pas longtemps à se détromper, et on reconnut qu’un homme, qui a de la tête, et qui ne se laisse pas effrayer par le bruit, vient à bout de bien des choses.

Le saint homme, avec l’agrément des Magistrats, et de l’évêque, qui tiré d’entre les enfants de S. François de Paule, était plein de charité dont tout l’Ordre fait profession, le saint, dis-je, fit un Règlement, selon lequel tous ces mendiants étaient partagés en plusieurs classes. Il établit ensuite, sous le nom de Confrérie de S. Charles Borromée, deux associations ; l’une pour les hommes ; l’autre de femmes pour les personnes de leur sexe. Dans cette double Confrérie chacun avait son emploi. Les uns avaient soin des malades ; les autres, de ceux qui ne l’étaient pas ; ceux-ci étaient chargés des pauvres de la ville ; ceux-là l’étaient des étrangers. L’exécution de ce plan également sage et naturel, changea en très peu de jours toute la face de la ville. Les Citoyens furent en sûreté ; les Fidèles ne furent plus interrompus dans les Eglises ; les mendiants rassemblés à des heures réglées dans des lieux, où on leur distribuait des habits et des aliments, furent instruits et disposés à une vie chrétienne. Laissons faire le détail d’une partie de ces biens au P. Desmoulins Supérieur des prêtres de l’Oratoire de Mâcon ; il fut et témoin oculaire, et grand admirateur de l’industrieuse charité de notre saint prêtre. Voici ses propres termes.

Je n’ai, dit-il, appris de personne l’état de ces pauvres ; je l’ai reconnu moi-même ; car lors de l’institution de cette charité, comme il fut ordonné que tous les premiers jours de chaque mois, tous les pauvres qui recevaient l’aumône, se confessent ; les autres Confesseurs et moi, trouvions des vieillards âgés de soixante ans et plus, qui nous disaient librement, qu’ils ne s’étaient jamais confessés : et lorsqu’on leur parlait de Dieu, de la très Sainte Trinité, de la Nativité, Passion et Mort de J.C. et autre Mystère, c’était un langage qu’ils n’entendaient point. Or par le moyen de la Confrérie, on pourvut à ces désordres ; et en peu de temps on mit les pauvres hors de leurs misères de corps et d’esprit. M. L’évêque de Mâcon, qui était alors Messire Louis Dinet, approuva ce dessein de M. Vincent. Messieurs du Chapitre de la Cathédrale, et Messieurs du Chapitre de S. Pierre, qui sont des Chanoines nobles de quatre races, l’appuyèrent. M. Chambon Doyen de la Cathédrale, et M. de Relets Prévôt de S. Pierre, furent priés d’en être les directeurs, avec M. Fallart lieutenant Général, ils suivirent le Règlement que donna M. Vincent. Ce Règlement portait, qu’on ferait un catalogue de tous les pauvres de la ville, que s’y voudraient arrêter ; qu’à ceux-là on donnerait l’aumône certains jours ; et que si on les trouvait mendier dans les Eglises, ou par les maisons, ils seraient punis de quelque peine, avec défense de leur rien donner ; que les passants seraient logés pour une nuit, et renvoyés le lendemain avec deux sols ; que les pauvres honteux seraient assistés en leurs maladies, et pourvus d’aliments et de remèdes convenables, comme dans les autres lieux ou la charité était établie. Cet ordre commença sans qu’il y eut aucuns deniers communs ; mais M. Vincent sut si bien ménager les Grands et les petits, qu’un chacun se porta volontairement à contribuer à une si bonne oeuvre, les uns en argent, les autres en bleds, ou en d’autres denrées selon leur pouvoir ; de sorte que près de trois cens pauvres étaient logés, nourris et entretenus fort raisonnablement. M. Vincent donna la première aumône, et puis se retira.

Il faut ajouter à ce récit du Père Desmoulins, que l’exécution de ce projet, qui d’abord avait paru impossible, donna à toute la ville de Mâcon une si grande idée de la prudence, du zèle et du courage de S. Vincent, qu’on l’y regardait comme un homme extraordinaire. les Echevins, et tout ce qu’il y avait de meilleur dans le Pays, le comblaient d’honneurs. On alla si loin, que le saint homme fut obligé, pour se dérober aux louanges et aux applaudissements, de partir au plus tôt, et sans dire adieu. Il n’y eut que les prêtres de l’Oratoire, chez qui il logea pendant environ trois semaines, qui furent informés de son départ : et ce fut en cette occasion, qu’étant entrés de grand matin dans sa chambre, ils s’aperçurent que Vincent ôtait le matelas de son lit, et couchait sur la paille. Il couvrit cette mortification le mieux qu’il put : mais, quelque soin qu’il prît de la cacher, aussi bien que ses autres vertus, on a su qu’il l’avait pratiquée jusqu’à sa mort, c’est à dire, pendant plus de cinquante ans.

Je ne puis omettre ici, que le dessein de la Confrérie, dont nous venons de parler, parut si beau à l’Assemblée du Clergé tenue à Pontoise en 1670 que, par délibération du 17 Novembre, elle exhorta tous les évêques du Royaume, à l’établir dans leurs diocèses. C’est ce que nous apprend l’auteur d’un Livre intitulé : Remède universel pour les pauvres gens, et imprimé par ordre de la même Assemblée. Il dit encore, et j’aurais tort de rien changer à ses paroles, que M. Vincent, digne Fondateur des missionnaires, qui avait des entrailles de père pour toutes sortes de pauvres, a été le premier, qui a établi en France l’an 1623 cette Confrérie de S. Charles à Mâcon (g) et que n’ayant pas trouvé le même zèle ailleurs, il n’a pu y établir que des Confréries de dames, qui ne prennent soin que des malades. Il ajoute, et rien n’est plus propre à nous faire connaître l’importance et l’étendue de la Confrérie de Mâcon ; il ajoute, dis-je, qu’elle ne se proposait pas moins que de soulager toutes sortes de nécessiteux, mendiants, pauvres honteux, sains et malades, prisonniers, Hérétiques convertis, religieux vivants d’aumône ; et qu’outre cela elle travaillait à empêcher les duels, et à terminer les Procès et les dissensions. Voilà ce que Vincent entreprit, et ce qu’il exécuta dans l’espace de moins d’un mois.

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