La vie de Saint Vincent de Paul, instituteur de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité (009)

Francisco Javier Fernández ChentoVincent de PaulLeave a Comment

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Author: Pierre Collet, cm · Year of first publication: 1748.
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Livre premier

9. Confession d’un paysan de Ganne, et ses suites. Première Mission à Folleville.

colletUn jour qu’il était avec Madame la Générale au château de Folleville, diocèse d’Amiens, on le vint prier d’aller à Gannes, petit village éloigné de Folleville d’environ deux lieues. Il s’agissait de confesser un paysan dangereusement malade et qui avait témoigné qu’il mourrait content, s’il avait l’avantage de s’ouvrir à notre saint prêtre. Vincent ne différa pas à s’y transporter. Les voisins du moribond lui en firent un portrait avantageux ; en effet il avait toujours vécu dans la réputation d’un fort homme de bien. Dieu qui voit les cœurs, n’en jugeait pas comme les hommes qui ne voient que les apparences. Le malheureux paysan avait la conscience chargée de plusieurs péchés mortels, qu’une fausse honte l’avait toujours empêché de découvrir. Le saint ayant commencé à l’entendre, eut la pensée de le porter à faire une confession générale. Cette pensée venait de Dieu. Le malade encouragé par la douceur avec laquelle son nouveau directeur le traitait, fit un effort ; il lui découvrit ces misères secrètes qu’il n’avait jamais eu la force de découvrir à personne. Cette droiture si nécessaire à un homme qui était prêt à tomber entre les mains de Dieu, fut suivie d’une consolation qu’on ne peut exprimer. Le pénitent se trouva déchargé d’un poids énorme, qui l’accablait depuis plusieurs années. Ce qu’il y eut de particulier, c’est qu’il passa d’une extrémité à l’autre et que, pendant trois jours qu’il vécut encore, il fit plusieurs fois une espèce de confession publique de ces désordres qu’il avait si longtemps supprimés dans le tribunal même de la pénitence. La Comtesse de Joigni l’étant allé voir selon sa coutume : Ah, Madame ! s’écria-t-il dès qu’il l’aperçut, j’étais damné, si je n’eusse fait une confession générale, à cause de plusieurs gros péchés dont je n’avais pas osé me confesser. Ce généreux aveu, qui était une preuve bien sensible et du changement de celui qui le faisait, et de la sincérité de sa contrition, édifia beaucoup ceux qui en furent témoins. Mais Madame de Gondi, qui était une femme éminemment chrétienne et qui avait, par rapport aux affaires du salut, des lumières bien supérieures à celles de la multitude, en fut tout effrayée et elle en tira une conséquence digne de son zèle et de sa charité. Qu’est-ce que cela, Monsieur, dit-elle, en adressant la parole à Vincent de Paul ? Qu’est-ce que nous venons d’entendre ? Qu’il est à craindre qu’il n’en soit ainsi de la plupart de ces pauvres gens. Ah ! Si cet homme qui passait pour homme de bien, était en état de damnation, que sera-ce des autres qui vivent plus mal ? Ah, Monsieur Vincent, que d’âmes se perdent ! Quel remède à cela ?

Ces pensées occupaient nuit et jour la pieuse générale ; et elle roulait avec une sainte inquiétude dans son esprit, les moyens d’arrêter le cours d’un si grand mal. Comme elle n’ignorait pas qu’en matière de réconciliation avec Dieu, les délais ne peuvent être que funestes : elle pria Vincent, quelques jours après, c’est à dire le 25 de Janvier, jour où l’Eglise honore la conversion de S. Paul, de prêcher en l’église de Folleville, pour exhorter les habitants à la confession générale. Il le fit ce jour-là même et Dieu donna une si grande bénédiction à son discours, que tout le peuple en fut touché, et que chacun commença à repasser toutes ses misères dans l’amertume de son cœur, pour réparer par une nouvelle confession, ce que les précédentes pouvaient avoir de défectueux. Le saint continua à les instruire, et à les entretenir des dispositions nécessaires à la pénitence, avant que de se présenter au sacré tribunal. Il commença enfin à les entendre lorsqu’il les crut assez préparés. Mais la foule fut si grande, que n’y pouvant suffire avec un autre prêtre qui l’aidait, on fut obligé de chercher du secours dans les villes voisines. La Générale en écrivit au R.P. Recteur des Jésuites d’Amiens, qui y vint lui-même. Ses occupations, qui le demandaient ailleurs, ne lui ayant pas permis d’y rester plus longtemps, il envoya, pour travailler à sa place, le P. Fourché de la même Compagnie. Son zèle eut de quoi s’occuper. La moisson était si abondante, que ces trois ouvriers qui la voulaient recueillir toute entière, avaient à peine le loisir de respirer. Dès qu’ils eurent fini à Folleville, ils recommencèrent dans les autres villages du même canton, qui appartenaient à la maison de Gondi. Le concours des peuples y fut égal, et la main de Dieu y répandit les mêmes bénédictions. Vincent, qui se regardait comme le plus grand pêcheur qui fût au monde, attribuait tous les succès à la piété de son illustre pénitente : Madame de Gondi les regardait comme l’effet des rares vertus de son directeur : et il y a bien de l’apparence qu’ils étaient une récompense anticipée de la charité ardente dont ils étaient tous deux consumés.

Cette mission de Folleville et des environs est la première qu’ait faite Vincent de Paul ; et il l’a toujours regardée comme la semence de ce grand nombre d’autres qu’il a faites ou fait faire jusqu’à sa mort. Chaque année le 25 de janvier, il en célébrait la mémoire avec les sentiments de la plus vive reconnaissance. Il voulait que ses enfants la célébrassent comme lui et quoiqu’il fût persuadé que tous les jours sont saints, parce qu’ils appartiennent tous au Seigneur, il rendait cependant à Dieu de très humbles actions de grâces, de ce qu’il avait voulu que le jour de la conversion de S. Paul, fût celui où sa Congrégation avait en quelque sorte été conçue ; ce n’est pas qu’il y pensât alors, ni même plus de huit ans après. Il n’y avait point d’apparence, que cette première tentative dût enfanter ce grand établissement. Elle en fut cependant le principe et la source. Madame de Gondi fut si charmée de cet heureux essai, et des fruits abondants qu’elle vit naître, que dès lors elle forma le dessein de donner à quelque communauté un fond de seize mille livres, au moyen duquel on se chargeât de faire par toutes ses terres, des missions de cinq en cinq ans. Nous verrons un peu plus bas à quel usage ce fond fut employé.

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