La vie de Saint Vincent de Paul, instituteur de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité (007)

Francisco Javier Fernández ChentoVincent de PaulLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Pierre Collet, cm · Année de la première publication : 1748.
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Livre premier

7. Il se retire chez M. de Bérulle. On le charge de la Cure de Çlichy ; ce qu’il fait dans cette Paroisse.

colletPour ménager et augmenter les nouvelles faveurs, dont Dieu récompensait sa patience et sa fidélité, Vincent, assez peu de temps après le commencement de la tentation dont nous venons de parler, exécuta la résolution qu’il avait déjà prise, de vivre autant qu’il le pourrait faire dans la retraite et la solitude. L’union qu’il avait avec M. de Bérulle, ne lui permit pas de délibérer sur le parti qu’il avait à prendre. Ce digne prêtre de J.C. était alors (s) tout occupé du dessein d’établir la Congrégation de l’oratoire ; et il rassemblait avec choix des ministres zélés pour la gloire du fils de Dieu, et disposés (t) à honorer particulièrement celui qui étant prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédech, est l’Instituteur et la source du Sacerdoce de la loi nouvelle. Les premiers Compagnons du P. de Bérulle ne pouvaient manquer d’estimer beaucoup un homme, pour lequel leur saint Instituteur avait une estime si décidée. Vincent entra donc chez eux, non pour être agrégé à leur congrégation ; il a déclaré plus d’une fois qu’il n’y avait jamais pensé ; mais pour se séparer du monde, dont il avait si sensiblement éprouvé l’injustice ; pour étudier les desseins de Dieu sur lui, et se disposer à les suivre ; pour nourrir sa ferveur par le bon exemple de ceux avec lesquels il allait vivre ; et surtout pour trouver en la personne du P. de Bérulle, un ange visible qui le conduisit dans toutes ses démarches, et qui put lui aider à découvrir ce que Dieu voulait qu’il entreprît pour son service. Il lui ouvrit son cœur avec plus d’effusion que jamais : il lui fit connaître son penchant et ses inclinations. Ce vertueux directeur, qui était sans contredit un des hommes les plus sages et les plus éclairés de son temps, reconnut d’abord que Vincent était appelé à de grandes choses. On dit même qu’il lui prédit que Dieu voulait se servir de lui pour rendre à son Eglise un service important ; et que pour cet effet, il formerait un jour une nouvelle Congrégation de prêtres, qui cultiveraient la Vigne du Seigneur avec fruit et bénédiction.

Le saint homme jouissait des douceurs de la solitude, sans cependant abandonner ses occupations ordinaires, lorsque celui qui dirigeait tous ses pas, l’appliqua à un nouveau travail. M. Bourgoing Curé de Clichy, village situé à une lieue de Paris, ne vit pas plutôt M. de Bérulle déterminé à jeter les fondements de son institut, qu’il résolut d’être un de ses premiers enfants. Il le pria de lui donner un successeur, à qui, sans rien craindre pour sa conscience, il pût résigner son bénéfice. Le pieux Fondateur eut bientôt fait son choix ; il connaissait le zèle et la capacité de Vincent de Paul, il le proposa, et la proposition fut acceptée : mais il paraît par le temps qui s’écoula entre la résignation (u) et la prise de possession, que quelque docile que fût Vincent à la voix de son directeur, il ne se chargea qu’avec peine d’un fardeau, sous le poids duquel il craignait de succomber. C’est de tout temps qu’on a vu les ecclésiastiques les plus minces pour la vertu et les talents, briguer les Bénéfices, pendant que ceux qui ont toutes les marques d’une légitime vocation, ou s’en éloignent pour toujours, ou ne s’en approchent qu’avec frayeur.

Vincent fit bientôt connaître combien il était propre à cet emploi. Il prit toutes les mesures possibles, pour être du nombre de ces Pasteurs, que Dieu donne aux peuples dans sa miséricorde. Pour accomplir ce que le S. Esprit ordonne à ceux qui sont chargés du salut des âmes, il s’appliqua à connaître ses brebis, et les divers genres de maladies dont elles pouvaient être attaquées. Il leur distribuait une nourriture salutaire et proportionnée à leurs besoins. Il avait sans cesse devant les yeux cette vérité terrible : que son âme devait un jour répondre pour l’âme de ceux qui étaient confiés à son ministère. Les Prônes, les catéchismes, l’assiduité au tribunal de la pénitence, étaient son occupation ordinaire : ses projets, ses pensées, ses actions n’avaient pour but que le bien de sa paroisse. On voyait ce saint prêtre visiter les malades, consoler les affligés, soulager les pauvres, pacifier les troubles, apaiser les inimitiés, entretenir la paix et la concorde dans les familles, fortifier les faibles, encourager les bons, reprendre avec une sainte fermeté ceux qui ne l’étaient pas, et se faire tout à tous, pour les gagner à J.C.

Le moyen le plus propre et le plus efficace dont il se servit, pour faire fructifier ses discours, fut le bon exemple ; et c’est sans doute celui qui réussira toujours le mieux à ceux qui sont chargés du même emploi. Sa vie était une prédication continuelle. Ses mœurs étaient innocentes, et on ne voyait rien en sa personne, qui ne rappelât l’idée de celui dont il exerçait le sacerdoce. Comme une extrême régularité à quelque chose qui effarouche, et qui par cela même peut empêcher une partie du bien qu’on voudrait faire, Vincent sut la tempérer par des manières pleines de douceur et d’affabilité. Il peignait la vertu avec des couleurs si belles, qu’elle paraissait pleine d’agréments ; et il joignait aux croix dont le chemin du Ciel est parsemé, toute l’onction qui peut les adoucir. Une conduite aussi sage lui concilia les esprits et les cœurs. Les pauvres gens qui composaient presque tout son troupeau, l’aimaient comme un père ; et les bourgeois de Paris, qui avaient les maisons de campagne dans la paroisse, le regardaient et le respectaient comme un saint. Les Curés du voisinage conçurent tous beaucoup d’estime pour lui : ils avaient une grande confiance en ses lumières ; ils recherchaient son commerce ; ils le consultaient dans leurs doutes ; et ils se faisaient un plaisir d’apprendre de lui la manière de bien faire leurs fonctions, et de s’acquitter de tous leurs devoirs.

Ces sentiments d’estime et de respect que les habitants de Clichy et des environs avaient pour notre saint, sont fort bien exprimés dans une lettre, où son Vicaire lui rendait compte de l’état de sa paroisse, dont il avait été obligé de s’absenter quelque temps pour une affaire indispensable. Venez au plutôt, Monsieur, lui disait ce bon prêtre. Messieurs les Curés vos voisins désirent fort votre retour. Tous les bourgeois et les habitants le désirent pour le moins autant. Venez donc tenir votre troupeau dans le bon chemin où vous l’avez mis ; car il a un grand désir de votre présence. Au reste, ces paroles ne doivent pas être regardées comme un vain compliment ; et un Docteur de la Faculté de Paris, Religieux d’un Ordre célèbre, qui prêchait quelquefois dans l’Eglise de Clichy pendant que Vincent en était Curé, a, longtemps après, rendu un témoignage qui confirme bien celui qu’on vient de rapporter, et qui est d’autant plus glorieux à notre saint, qu’il ne peut être suspect. Il le finit par ces paroles remarquables : j’ai prêché le peuple de Clichy, pendant que M. Vincent y demeurait ; et j’avoue que j’ai trouvé que ces bonnes gens universellement vivaient comme des Anges, et qu’à vrai dire j’apportais la lumière au Soleil. L’éloge du troupeau fut toujours dans ces fortes d’occasions l’éloge du zèle, de la vigilance et de l’application du Pasteur.

Lorsque Vincent vit son peuple sur un bon pied, il forma un dessein qui paraîtrait un peu téméraire, s’il était permis de juger des grands hommes sur les règles communes. L’église de Clichy tombait en ruine : il n’y avait que très peu d’ornements ; les Paroissiens n’étaient pas riches ; ils ne pouvaient par conséquent, sans s’incommoder beaucoup, contribuer à une réparation qui demandait de grands frais : et c’est vraisemblablement ce qui avait engagé M. Bourgoing à laisser les choses à peu près dans l’état où il les avait trouvées. Vincent était lui-même pauvre ; et il l’eût encore été, quand son bénéfice aurait été fort riche, parce qu’il était dans l’usage de donner tout à ceux qu’il voyait dans l’indigence. Ces obstacles ne l’arrêtèrent pas ; il fit rebâtir l’église toute entière ; il la fournit des meubles et des ornements nécessaires ; et il la mit en état de faire les divins Offices avec cet air de décence, qui contribue à la grandeur du culte, et à l’édification des peuples. Ce qu’il y eut de particulier, c’est qu’il n’en coûta rien à ses paroissiens. Un nombre de gens de bien qui demeuraient à Paris, se prêtèrent à cette bonne œuvre, et se firent un plaisir de seconder les intentions d’un homme, qui ne cherchait que la gloire de Dieu.

Pour la procurer et l’augmenter de plus en plus, le saint fit encore deux choses. Premièrement, il eut soin d’établir la Confrérie du Rosaire. Il était persuadé que l’honneur qu’on rend à la mère de Dieu, ne peut-être que très agréable à son Fils. Il avait dès son enfance sucé le lait d’une tendre dévotion envers la Sainte Vierge. Lorsqu’il était encore dans la maison de son père, il visitait souvent la Chapelle de Notre-Dame de Buglose, qui n’en est pas éloignée ; et il n’y a pas de doute qu’il ne vit avec bien de la consolation, le concours de ce grand nombre de pèlerins, que la célébrité du lieu y attire de toutes les parties de la France et de l’Espagne. Le temps ne fit que fortifier sa ferveur. On a pu remarquer jusqu’ici, et on verra encore dans la suite que sa confiance en la sainte Vierge était sans bornes ; et de-là on peut conclure une fois pour toutes, ce qu’il pensait de ces esprits superficiels, qui traitent de dévotions populaires, celles qu’ils n’ont pas le courage d’embrasser ; et qui renonceraient peut-être à leurs propres sentiments, si leurs sentiments devenaient ceux du peuple et de la multitude.

La seconde chose que Vincent fit pour le bien de sa paroisse, ce fut d’engager son successeur à élever plusieurs jeunes Clercs qui formés de bonne heure aux fonctions propres de leur état, pussent faire les cérémonies de l’Eglise, d’une manière digne de la sainteté du lieu, et de la majesté de celui qu’on y veut honorer. Il choisit lui-même à Paris et ailleurs ceux qu’il jugea plus capables de bien faire. Ainsi, quoiqu’obligé plutôt qu’il n’avait cru, à quitter un peuple qui lui était si cher, il fit connaître qu’il le portait partout dans son cœur ; et il continua à remplir à son égard, autant qu’il lui fut possible, tous les devoirs d’un Pasteur aussi tendre que désintéressé. Nous allons expliquer les raisons qui déterminèrent notre saint à rentrer dans Paris.

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