La Vie de Mademoiselle Le Gras. Livre Second, Chapitre 2

Francisco Javier Fernández ChentoLouise de MarillacLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Monsieur Gobillon, Prêtre, Docteur de la Maison et Société de Sorbonne, Curé de Saint Laurent · Année de la première publication : 1676.
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En même temps qu’une assemblée générale de Dames de tous les différents quartiers de Paris s’appliquait à ces oeuvres de piété dans l’Hôtel-Dieu, il se formait dans plusieurs paroisses, des Confréries particulières de charité pour assister les pauvres artisans malades dans leurs maisons, et pour leur épargner la honte et les incommodités inséparables de Hôpital.

La paroisse de Saint Laurent à qui Monsieur de Lestoc, Docteur de Paris son pasteur avait attiré la source de ces institutions saintes par l’établissement de Monsieur Vincent et de sa Congrégation dans la maison de Saint Lazare, qu’il avait ménagé en l’année mille six cent trente deux, voulut prendre part à un bien dont elle avait plus besoin que les autres, étant toujours remplie d’un plus grand nombre de pauvres, qui viennent chercher leur retraite dans les faubourgs et les extrémités des villes, qui composent son étendue. Elle trouva dans la personne de Monsieur Vincent non seulement les sentiments d’un Fondateur pour ses ouvrages, mais le zèle et la tendresse d’un paroissien qui s’intéressa dans tous ses besoins, et qui outre les aumônes qu’il lui procura pour commencer le fonds de sa charité, y contribua libéralement de ses biens, et lui continua ses soins et ses assistances pendant sa vie.

Ce fut dans ce temps, que ce père des pauvres, secondé du zèle de Mademoiselle Le Gras, mit la dernière perfection à ces Confréries qu’il avait instituées. Ces sociétés saint étaient composées des Dames des paroisses et gouvernées sous la conduite des Pasteurs par trois Officières choisies d’entr’elles, par une Supérieure qui recevait les malades, par une Trésorière qui avait les aumônes en dépôt, et par une Garde-meuble qui avait soin du linge et des autres meubles nécessaires. Le dessein de cette institution était de fournir aux pauvres de chaque Paroisse toute sorte de secours dans leurs maladies. Mais la plus grande partie de ces Dames n’étant pas en était de les servir par leurs mains, il fallait avoir des personnes qui y fussent également propres et affectionnées. Et une occasion si favorable ne se trouva que lors que le ciel fit naître une compagnie de filles qui s’engagèrent par leur profession à ce service charitable, et qui y furent élevées sous une discipline sage et régulière. Depuis cet établissement Paris, et toute la France ont vu avec édification des Vierges consacrées à JESUS CHRIST, visiter tous les jours ce divin Epoux dans la personne de ses membres, et leur porter de maison en maison les provisions et les remèdes nécessaires pour leur soulagement.

C’est dans cette vue que cette fondatrice a instruit ses filles de rendre ces offices de charité ; et pour leur en faire connaître l’usage, et leur en découvrir le mérite et le prix, elle leur déclara un jour dans une conférence, qu’ayant appris dans quelque lecture, que JESUS CHRIST nous avait enseigné la charité, pour suppléer à l’impuissance où nous sommes de rendre à sa personne aucun service, et que le prochain nous était subrogé en sa place, elle avait conçu le désir de l’honorer le plus qu’elle pourrait dans la personne des pauvres.1 Elle leur faisait faire souvent ces réflexions, les exhortant de ne point perdre Dieu de vue dans leurs exercices, et leur disant que c’était peu de chose de porter des marmites par les rues, et de faire tout autre travail qui regarde le corps, si elles ne se proposaient le fils de Dieu pour l’objet de leur ministère. Si nous nous éloignons tant soit peu, disait-elle , de la pensée que ce sont ses membres, infailliblement ce nous sera un sujet de diminuer l’amour, la douceur et les autres dispositions que nous devons conserver pour ces chers maîtres; et cette pensée au contraire fera que nous n’aurons nulle peine à les servir, à leur porter respect, à nous rendre soigneuses à leurs besoins, et ne nous en plaindre jamais2. Une fille qu’elle avait envoyée à la campagne lui ayant écrit que ce qui lui servait beaucoup en y cherchant les malades, était de se bien persuader qu’elle allait trouver la personne du fils de Dieu, elle lui fit cette réponse, Ah, ma chère Soeur, qu’il est vrai qu’une âme qui cherche Dieu de la sorte, a de consolation ! c’est un avant-goût du Paradis.3

Mais ce ne serait qu’une charité imparfaite si lorsque cette Supérieure instruit ses Filles de chercher Dieu dans l’assistance qu’elles rendent aux pauvres pour les infirmités du corps, elle ne leur enseignait de les conduire euxmêmes à Dieu par les secours spirituels des consolations et des avertissements salutaires : elle savait que le fils de Dieu lorsqu’il donna à ses disciples le pouvoir de guérir toute sorte de maux, leur commanda d’annoncer en temps aux malades le Royaume de Dieu (Luc 10, 9). C’est pourquoi elle a recommandé particulièrement à ses filles les secours spirituels des pauvres comme la fin principale de leurs emplois.

Je pourrais rapporter ici plusieurs avis qu’elle leur a donnés pour bien faire cette action de charité ; mais je n’ai rien trouvé dans ses écrits de plus capable de leur en apprendre la manière dans le détail, que celle qu’elle se proposa un jour pour elle-même dans une méditation qu’elle fit sur ce sujet.

Me mettant en la présence de Dieu pour faire l’oraison sur la visite et le service de nos maîtres les pauvres malades, il m’est venu en l’esprit que nous avons grand intérêt de bien savoir ce que Dieu veut que nous y fassions, afin qu’il soit éternellement glorifié de ses créatures.

Je me suis proposé si j’étais si heureuse que de les visiter, de leur faire entendre que pour faire bon usage de leur maladie, ils la doivent souffrir comme venant de la main paternelle de notre bon Dieu, qui ne fait rien que pour notre mieux. Que pour faire que tout ce que nous souffrons lui soit agréable, il lui faut offrir toutes nos douleurs avec celles de son fils, lui représentant les mêmes souffrances de son fils, comme nôtres par son amour. Que ce serait chose agréable à Dieu, de dire souvent de coeur, ainsi que Notre Seigneur disait au jardin, que sa sainte volonté soit faite. Qu’ils se doivent disposer à recevoir la grâce de Dieu par les Sacrements pour apaiser son ire, qu’ils ont attirée par leurs péchés, et pour assurer leur salut dans l’incertitude de la mort. S’il y a quelque apparence que leur maladie soit mortelle, j’ai pensé de leur faire faire des actes d’espérance, leur donnant le plus de connaissance de la miséricorde de Dieu que je pourrais ; essayant d’en trouver en eux des sujets, comme : des dangers de mort, dont Dieu les a préservés, lors peut-être qu’ils étaient en péché mortel; Qu’après avoir reçu des grâces en leur vie, ils doivent espérer de Dieu une grande miséricorde après leur mort, mais qu’il s’y faut disposer par un vrai regret d’avoir offensé Dieu. Je voudrais aussi leur pouvoir donner quelque connaissance, de la grandeur, de la beauté, et de la charité de Dieu ; de la joie de le posséder éternellement ; de la gloire des âmes bienheureuses. Que pourvu que notre âme parte de ce monde dans la grâce et l’amour de Dieu, nous sommes assurée de jouir de toute cette gloire. Que tous les moments de leur vie qu’ils ont été sur la terre en la grâce de Dieu, et tous ceux de la maladie précédente, leur serviront à cela par les mérites de JESUS CHRIST.

S’ils reviennent en convalescence, j’ai pensé que je les devais avertir de remercier Dieu de la santé qu’il leur donne, leur représentant que c’est pour quelque bon sujet qu’il les laisse au monde, et qu’il ne les a pas appelés. Qu’ils doivent croire que le principal dessein de Dieu est de leur donner encore du temps pour penser à leur salut, et non pas pour vivre, comme si nous n’étions créés que pour vivre un temps sur la terre.

Et puisque la vie de l’âme dure éternellement, qu’il faut bien nous servir de tous les moyens que Dieu nous donne pour la rendre bienheureuse. Qu’il faut faire résolution d’aimer Dieu par dessus toutes choses, et de ne l’offenser jamais mortellement. Qu’un des plus forts moyens que nous ayons pour nous tenir en sa grâce, est la fréquentation des Sacrements, et qu’il ne se faut pas croire, quand il se présente des difficultés qui en éloignent.

Il faut essayer que mon coeur produise pour moi les mêmes affections que je désire donner, parlant avec amour et non par manière d’acquit.4

Voilà les sentiments que l’esprit de Dieu inspirait à cette âme charitable dans ses méditations, pour les communiquer aux pauvres malades. Et cet exemple qui fait voir à ces Filles la conduite de leur Mère, leur donne l’idée et l’ouverture de la manière avec laquelle elles doivent exhorter les malades dans leurs visites.

  1. Texte reprenant le 2éme paragraphe Ecrits page 809 et une phrase du 3 éme paragraphe page 810
  2. texte non retrouvé, peut-être extrait de conférences de Vincent de Paul
  3. texte non retrouvé
  4. Texte non publié

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