Ces Notes historiques sont le recueil de renseignements que nous avions recueillis pendant un séjour de quelques- semaines au Portugal en 1905, et de quelques documents que nous avions sous la main, à Paris, et que nous avons ainsi mis ordre et publiés ne pereant.
Des notes que nous publions ici il résulte un ensemble suffisant pour donner une idée générale de ce qui concerne la Congrégation de la Mission ou des Lazaristes en Portugal, depuis son établissement (1717) jusqu’à nos jours. Ce travail a d’abord paru dans les Annales de la Congrégation de la Mission, année 1906.
Ces renseignements pourront être plus tard complétés par quelques vues générales tirées soit de l’histoire du Portugal, à cette époque, soit des histoires particulières pour quelques-uns des événements importants accomplis dans les colonies : le schisme de Goa, etc. Pour ces diverses questions, on trouvera sans doute, sur ce qui regarde spécialement les prêtres de la Mission, des renseignements dans les archives existant à leur maison provinciale de Lisbonne.
Alfred MILON.
Les documents auxquels nous avons eu recours, sont quelques_ pièces manuscrites recueillies à Paris et formant aux Archives de la Congrégation de la Mission, à la maison-mère, un volume in-fol portant ce titre : Portugal ; Documents. Ancienne province, 1712-1856, et quelques autres pièces plus récentes.
Divers imprimés nous ont aussi renseigné utilement. Il faut surtout mentionner deux Vies de saint Vincent de Paul. La première a été publiée en portugais par Jérôme da Cunha en, 1779 : Compendio da vida, virtudes, milagres e obras prodigiosas de S. Vicente da Paulo fundador da Congregaçao da Missao e das servas dos pobres chamadas Filhas da Caridade, por Jeronimo da Cunha. Lisboa, 1779. L’auteur, d’après ce que dit M. Rosset, dans ses Notices bibliographiques sur les écrivains de la Congrégation de la Mission (Angoulême, 1878, p. 172) est en réalité un lazariste, M. Joachim de Macedo. L’on trouve dans un Appendice de cet ouvrage, des renseignement sur les oeuvres de la Congrégation de la Mission en Portugal jusqu’en 1779. — La seconde Vie de saint Vincent à consulter a paru à Porto en 1889: c’est la traduction en langue portugaise de la Vie populaire de Saint Vincent de Paul, de M. l’abbé Berbiguier, chanoine de Bordeaux. Le traducteur, M. Fonseca, ajouta une continuation aux renseignements historiques empruntés à da Cunha; ette continuation est d’un prêtre de la Mission « qui a longtemps vécu en Portugal» ; nous ne savons qui il est.
II y a lieu enfin de mentionner les renseignements sur les origines de la Congrégation de la Mission en Portugal, publiés dans les Annales de la mème Congrégation, t. XLVIII et XLIX. Ils sont en partie empruntés à un manuscrit qui paraît venu de Portugal et qui est compris (p. 255 et suiv.) dans le Recueil in-folio que nous avons mentionné plus haut. Quelques lettres écrites de Portugal et publiées dans les mêmes Annales de la Congrégation de la Mission fournissent aussi des détails utiles et intéressants.
LA CONGRÉGATION DE LA MISSION
AU PORTUGAL
CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX SUR LE PORTUGAL
Le Portugal, partie de l’ancienne Lusitanie, Etat de l’Europe méridionale, occupe presque toute la partie occidentale de la péninsule hispanique et a pour bornes : l’Espagne au nord et à l’est, l’océan Atlantique à l’ouest et au sud. Sa superficie est 88 872 kilomètres carrés et sa population est 4 3o6 600 habitants (avec son empire colonial, il a une superficie de t 917 400 kilomètres carrés, et 9 millions d’habitants). La capitale est Lisbonne.
Le Portugal est constitué en majeure partie par des montagnes qu’y projettent au nord le plateau de Galice, à l’est le plateau de Castille. Les masses principales qu’on y trouve sont la Serra Cabreira, la Serra da Estrella, le système des Algarves et à l’ouest les hauteurs de Cintra. Toutes ces hauteurs s’abaissent sur l’intérieur du pays par des contreforts abrupts et souvent difficiles à franchir, qui créent entre le Portugal et l’Espagne de véritables frontières naturelles. Au centre et.sur la côte se trouvent quelques belles plaines d’une grande fertilité et parfaitement arrosés. Quatre grands fleuves aboutissent à l’océan Atlantique : le Minho, le Douro, le Tage et la Guadiana, après lesquels viennent le Mondego et le Sadao.
La température est plus élevée mais plus égale qu’en Espagne ; le sol est très fertile, mais en général imparfaitement cultivé. On y récolte des vins renommés, des olives, des figues, des oranges et d’autres fruits exquis. On y trouve
aussi des minéraux : or, argent, fer, plomb, étain, antimoine; du sel, de la houille, des turquoises et autres pierres précieuses ; des eaux minérales et thermales. Il y a peu de gros bétail, mais beaucoup de moutons mérinos et d’excellents mulets. L’industrie est médiocre. Le commerce se fait surtout avec l’Angleterre, qui exporte du vin, de l’huile, des fruits secs, etc.
Le gouvernement est une monarchie constitutionnelle. La maison régnante est celle de Bragance.
Il y a six principales provinces avec leur capitale ; elles sont partagées en districts dont nous indiquons les chefs- lieux :
1º Minho, capitale Porto; 3 districts: Vianna de Castello, Braga, Porto.
2° Tras-os-Montes, capitale Bragance; 2 districts : Villa Real, Bragance.
3º Beira, capitale Coïmbre; 5 districts : Aveiro, Vizeu, Coïmbre, Guarda, Castello Branco.
4º Estramadure, capitale Lisbonne; 3 districts : Leiria, Santarem, Lisbonne.
5° Alemtéjo, capitale Evora ; 3 districts Portalègre, Evora, Beja.
6° Algarve, capitale Faro ; 1 district : Faro.
Le Portugal possède de plus : 1° dans l’Atlantique, l’archipel des Açores, à mi-chemin de l’Europe et de l’Amérique; les îles de. Madère et du Cap-Vert; 2° en Afrique, la Guinée portugaise, les îles de St-Thomas et du Prince, les gouvernements d’Angola (districts du Congo, Loanda, Benguéla, Mossamedès) et de Mozambique (Cabo Delgado, Mozambique, Angoche, Quelimane, Sofala, Inhambane, Lourenço Marqués, Teté, Manica, Zoumbo) ; 3° en Asie, Diu, Daman, Goa, Macao et une partie de l’île de Timor. Le Brésil lui appartenait aussi avant 1822.
La religion dominante est le catholicisme.
Les divisions ecclésiastiques sont les suivantes : archevêché de Braga, ayant pour suffragants l’évêché de Bragance et Miranda, et ceux de Coïmbre, Lamego, Porto et Viseu ; 2° l’archevêché d’Evora, ayant pour suffragants les évêchés de Beja et de Faro ; 3° l’archevêché, patriarcat de Lisbonne, ayant pour suffragants les évêchés de Guarda et de Portalegre sur le continent, et, en Afrique les évêchés d’Angola, Angra, Funchal, Saint-Jacques de Cap-Vert ; Saint-Thomas.
Le Portugal a en outre, dans l’Asie, Goa, archevêché, et ses suffragants : Cochin, Damao, Macao et Saint-Thomas de Méliapour.
Histoire. Le Portugal répond à la plus grande partie de la Lusitanie des Romains et au sud de leur Gallécie (Galice) : la population se composait probablement de Celtes et d’Ibères. Les Lusitani ne commencent à figurer dans l’histoire que vers l’an 200 avant Jésus-Christ. Ils entrèrent alors en guerre avec les Romains : battus en I go, ils formèrent contre leurs oppresseurs une ligue redoutable (190-178) ; mais ils furent encore vaincus. Viriathe, un de leurs chefs les plus braves, soutint neuf ans l’indépendance du pays contre Rome et ne succomba que sous les coups d’un assassin (149-14o) ; enfin Rome l’emporta, et, depuis, elle domina sur le pays pendant près de six siècles. Sertorius s’y rendit indépendant l’an 8o avant Jésus-Christ et s’y maintint jusqu’à sa mort. La province de Lusitanie fut définitivement organisée sous Auguste.
Après l’invasion de la péninsule par les barbares (Vandales, Suèves, Alains), l’an 409 de Jésus-Christ, les Suèves restèrent seuls dans cette contrée : ils fondèrent dans l’ancienne Gallécie un état dont les bornes varièrent, mais qui, en 585, s’absorba dans celui des Wisigoths, et, en 711, fut comme le reste de l’Espagne, conquis par les Arabes.
Aux neuvième et dixième siècles, la région entre le Tage et le Douro fut le théâtre d’une guerre opiniâtre entre les musulmans et les indigènes chrétiens. Le petit pays au nord du Douro et au sud du Minho prit alors le nom de comté de Porto ou Portus Calle, d’où Portugal. Alphonse VI de Castille, en 1095, investit de ce comté Henri de Bourgogne, devenu son gendre, qui l’arracha aux musulmans et le transmit à son fils Alphonse P’; celui-ci, après la victoire d’Ourique, fut proclamé roi et se déclara indépendant ( r 139). Cette indépendance fut confirmée en 1143 par les Cortès de Lamégo.’ 1.c Portugal dès lors ne fit plus que grandir ; Santarem puis Lisbonne lurent conquises sur les Maures(1147); les ordres de Saint-Michel et Saint-Aviz rent fondés (r 185) pour tenir tète tus musulmans. Sanche Io’ (1185-1211) et Alphonse II (1211-1223) créèrent des villes et rédigèrent des lois. Après Sanche II (1223-1246) qui fut déposé, Alphonse III soumit les Algarves. Denis (12i91325), le Roi Laboureur, protégea les paysans et fonda l’université de Coïmbre. Après les règnes troublés d’Alphonse IV (1325-1356); Pierre I » (056-1367) et Fernand (1367-1383), la maison d’Aviz monta sur le trône avec Jean I » (1385-1433).
Dès lors les Portugais portèrent leur activité au delà des mers ; après la conquête de Ceuta sur la côte d’Afrique (1415), le prince Henri le Navigateur donna le signal des, découvertes maritimes qui ouvrirent enfin au Portugal la route des Indes (1498) et lui assurèrent de riches possessions en Afrique et surtout en Asie. Cette époque est illustrée par les expéditions de Diaz, de Vasco de Gama, de Cabral, par les conquêtes d’Almeida, d’Albuquerque, etc. Le Portugal, rival de l’Espagne, regorgea de richesses et devint une puissance navale de premier ordre. Outre ses conquêtes en Asie, il étendit sa domination sur une des plus belles contrées de l’Amérique, le Brésil (150o-153r). Mais des fautes, des excès et l’imprudente expédition de Sébastien en Afrique, où il périt à la bataille d’Alcaçar-Kébir (157-8), mirent brusquement fin à ces succès.
A la mort du cardinal Henri (1580), le roi d’Espagne Philippe Il s’empara du Portugal, qui devint province espagnole : dès lors la marine portugaise décrut.
En 1640, le Portugal s’affranchit du joug de l’Espagne et plaça sur le trône la dynastie de Bragance, issue des anciens rois. Redevenu indépendant, le pays s’allia avec la France et fut d’abord sous l’influence de cette puissance ; mais depuis Pierre II, il pencha vers l’Angleterre, qui en 1703 consolida sa prépondérance en Portugal par le traité de Méthuen. Bientôt les Anglais eurent tout en leurs mains : industrie, agriculture, commerce, finances, politique. Sous le roi Joseph, Pombal voulut secouer ce joug; ses efforts furent impuissants. Napoléon, dans sa lutte contre l’Angleterre, força le Portugal à fermer ses portes aux Anglais, puis l’envahit ; mais l’Angleterre le défendit à cause du profit qu’elle en retirait. La famille royale s’embarqua et s’établit au Brésil. L’Angleterre ressaisit le Portugal sur les troupes françaises qui déjà l’occupaient, 18o8-1810. A la paix générale (1815), la famille royale du Portugal dut rester au Brésil, et l’ambassadeur anglais Beresford gouverna de fait le pays.
En 1820 éclata à Porto une révolution qui avait pour but de donner au Portugal un gouvernement constitutionnel. Le roi Jean VI, qui était jusque-là resté au Brésil, s’empressa de revenir à Lisbonne et accepta la constitution de Cortès, mais s’en affranchit bientôt après (1821). En l’absence de Jean VI, le Brésil se proclama indépendant (1822) et se donna un empereur particulier, dom Pedro, fils de Jean. La séparation ‘du Brésil et de sa métropole devint définitive quand dom Pedro fut appelé au trône de Portugal, à la mort de Jean VI, en 1826.
Ce prince donna cette année même au royaume une charte libérale, puis il abdiqua la couronne de Portugal en faveur de sa fille dona Maria, et ne garda pour lui que le Brésil. Dom Miguel, frère cadet de dom Pedro, se fit proclamer roi en 1828 ; dom Pedro revint au Brésil pour rétablir satille, ce qui n’eut lieu qu’en 1834, après une longue guerre civile. Le règne de dona Maria fut très agité : en septembre 1838, les radicaux réussirent à faire adopter une constitution nouvelle qui fut abrogée en 1842 ; en1851, une révolution militaire fut opérée par le maréchal Saldanha, dans le but de réformer la charte de dom Pedro qui avait été remise en vigueur ; un acte additionnel à cette charte a en effet été admis en 1852: c’est la charte de 1826 ainsi revisée qui est encore aujourd’hui la loi fondamentale du Portugal. Sous Pierre V (,853-1861), Louis Pr (1861-1889), Carlos 1 (1.889) le Portugal a constamment développé sa prospérité. — Extrait du Dictionnaire historique et gé o- graphique de Bouillet.
Anales de la Congrégation de la Mission (1906)







