La Congrégation de la Mission en Portugal (II-B)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

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aaa7. Etablissement à Macao.

C’est à la date du 1er janvier 1785 que le supérieur géné­ral, M. Jacquier, faisait mention d’une autre entreprise apos­tolique, la fondation et la direction d’un séminaire à Macao.

Macao, ville et colonie portugaise de la Chine, sur la côte méridionale dans la province de Kouang-tong, est à 100 kilomètres au sud-est de Canton. Le territoire de Macao n’a guère que t 3 kilomètres carrés de superficie; il embrasse toute la petite presqu’île sur laquelle la ville est construite. La ville autour de laquelle s’étendent des collines est des plus pittoresques. En 1878, la population de la ville était de soixante mille habitants; la colonie entière en avait soixante-dix-sept mille.

M. Jacquier disait en 1785 : « Mgr de Pékin a obtenu de la reine de Portugal la permission d’ériger un séminaire à Macao. Si ce séminaire a lieu, ce seigneur évêque, qui a beaucoup de bontés pour les missionnaires de Goa, est dis­posé d’en choisir quelques-uns d’entre eux pour le diriger. Cette pépinière d’ecclésiastiques chinois sera d’un grand secours, pour multiplier les ouvriers qui travaillent à la propagation de l’Évangile dans l’empire de la Chine. » (Circ., t. Il, p. 164.)— Le supplément à la vie de saint Vin­cent donne ces détails : « En 1784, deux missionnaires, MM. Correa et Villa (Italien), se dirigèrent de Goa vers Macao. Ils y arrivèrent le 28 juillet et s’installèrent au séminaire de San José, où ils furent reçus par D. Fr. Alexandre, du tiers ordre de Saint – François, évèque de Pékin. Ce digne prélat, de retour en son diocèse, demanda des missionnaires pour Pékin au supérieur de Lisbonne, mais il ne put les obtenir, malgré ses instances. »

Et M. Jacquier ajoutait l’année suivante : « Nous vous avons déjà marqué que la reine de Portugal avait consenti que Mgr l’évêque de Pékin érigeât un séminaire à Macao pour y élever de jeunes Chinois, et les former à l’état ecclé­siastique. Ce prélat, muni des pouvoirs de la reine, se ren­dit à Goa. Il conféra sur ce nouvel établissement avec nos confrères qui sont dans cette ville; et, voyant le bel ordre qui régnait dans les séminaires qui sont sous leur conduite, il engagea M. Correa, Portugais, et M. Villa, Italien, de venir le joindre à Macao pour diriger celui qu’il allait y établir. Sa Grandeur partit ensuite, et arriva très heureuse­ment. Il n’en fut pas de mérite de nos confrères. Après avoir mis ordre à leurs attaires, ils s’embarquèrent au mois de mai 1784. Pendant la traversée, qui dura plus de deux mois, ils ont failli deux l’ois perdre la vie. Au port de Malacca, ville des Indes, le feu prit, deux heures après mi­nuit, à un vaisseau hollandais : les flammes s’étendaient jusque sur le vaisseau que montaient nos voyageurs, et leur firent tout craindre. Échappés à ce danger, ils tombèrent dans un autre. Il s’éleva une horrible tempête, des coups de tonnerre effrayants, des éclairs continuels, la mer en fureur, le vaisseau tantôt transporté sur les vagues comme sur une haute montagne, tantôt précipité dans les abîmes de la mer, les mâts brisés, le gouvernail abandonné, les matelots et les soldats consternés, demandant à genoux avec instance l’absolution : tous ces objets leur faisaient juger qu’il n’y avait plus d’espérance, qu’ils allaient être engloutis et obligés de paraître devant Dieu. Tout à coup, l’orage cessa, la mer devint calme. Tout l’équipage rendit au Sei­gneur du ciel, qui gouverne la terre et la mer, les plus sin­cères actions de grâces de ce qu’il l’avait délivré d’un si grand péril.

« Trois jours après, le 28 juillet, nos missionnaires arrivèrent à Macao : ils y furent reçus par Mgr l’évêque de Pékin avec toutes sortes de démonstrations d’affection et de joie. Ce prélat a choisi le collège de Saint-Joseph que les Jésuites occupaient avant leur destruction. C’est une mai­son très belle et très commode pour un séminaire. Il en fit faire les réparations, la fit fournir de tout, et donna un règlement, selon lequel on doit y enseigner la grammaire en langue latine et chinoise, la rhétorique, la philosophie, la théologie dogmatique et morale et les mathématiques. S. M. la reine de Portugal, qui se prête avec plaisir à tout ce qui peut procurer la propagation de la foi, a donné ses ordres pour faire paver de son trésor les dépenses qui ont été faites et celles qui seront à faire pour les réparations de la maison, la nourriture et l’entretien de cinq mission­naires et des élèves. Le 101. octobre 1784, M. Correa, qui est supérieur, fit l’ouverture du séminaire par un discours latin, qu’il prononça en présence de Mgr l’évêque et du noble sénat de la ville, dont ils témoignèrent une grande satisfaction. A la date des lettres qui nous ont été écrites, il y avait déjà huit élèves au séminaire; il y en a sans doute davantage à présent. » (Circ., t. Il, p. 170.)

 

8. Établissement de Sernache.

A la date de 1791 se place la fondation d’un important établissement, le séminaire de Sernache.

Sernache de Bomjardim ou Sernache est un bourg du district et à 6o kilomètres à l’ouest de Castello Branco (Beira, Portugal central). Il dépend du diocèse de Porta­legre. Population, trois mille habitants.

« Le 10 mars 1791, par décret daté de Salvaterra dos Magos, S. A. le prince régent ordonnait au supérieur des Lazaristes de Lisbonne d’organiser un séminaire au grand prieuré do Crato. Le lieu choisi pour cet établissement t’ut Sernache do Born Jardim, — aujourd’hui séminaire pour donner un clergé aux colonies portugaises (1905). — MM. Anastase Coelho et Joachim Pereira Velloso, avec le frère Manuel Lopes, y arrivèrent le t juin et, après une magnifique réception, se mirent à l’oeuvre et obtinrent les meilleurs résultats. » (Vie de saint Vincent en portugais.)

A leur arrivée, ils descendirent chez M. le curé, et après un peu de repos, ils prirent possession des maisons desti­nées au séminaire, lesquelles appartenaient à M. Tiburcio da Paparia.

Le 7 juin, le receveur des droits d’entrée avait envoyé aux missionnaires une copie du décret par lequel Son Altesse Royale leur donnait l’usufruit des maisons et du parc ; le 13, il vint les mettre en possession et leur livrer les clefs.

Quelques années après, Son Altesse Royale rendit le dé­cret suivant relativement aux clercsuqui se destinaient aux Ordres : « J’ordonne que dorénavant tous ceux qui doivent recevoir l’ordre du sous-diaconat dans mon prieuré de Crato y aillent passer six mois continus afin de connaître leur vocation; pour le diaconat, qu’ils y passent trois mois, et trois ou quatre mois pour le presbytérat. » (Palais de Qué­luz, 23 août 1794.)

Le 28 avril 1805, l’église fut consacrée solennellement.

Le 2 novembre 1819, on fit la translation des restes de M. Anastase Coelho qui vint au moment de la fondation ; ses ossements étaient dans le cloître près de la sacristie. M. Coelho était mort le 18 juillet X796; M. Jean Velloso et le frère Lopez étaient morts à Sernache : le premier, le 6 avril 1809, étant supérieur du séminaire, et le second le 20 décembre 1819, âgé de plus de quatre-vingts ans.

La maison de Sernache subsista jusqu’à la Révolution de 1834, et nous avons encore les ordonnances de la visite qui y fut faite par M. Antoine de Magalhaes et signées par lui à la date du 18 octobre 1833. (Archives de Paris ; Por­tugal, ms., p. 529 et 839.)

9. Travaux des prêtres de la Mission à Faro.

«En 1796, l’évêque d’Algarve, — l’Algarve est la province la plus méridionale du Portugal, — D. Francisco Gomes, se trouvait à Lisbonne quand y débarquèrent, de retour de Goa après dix-sept ans de service dans l’Inde, deux prêtres de la Mission italiens, MM. Romualdo Ansaloni et Joseph Maffei. L’évêque obtint du supérieur l’autorisation de les emmener avec lui pour organiser son séminaire qui n’exis­tait pas encore, à Faro».

Faro, ville de Portugal, chef-lieu du district de Faro ou province de l’Algarve, à 215 kilomètres au sud de Lisbonne, est un évêché; il y a une citadelle, une bonne rade; la population est de huit mille habitants.

« L’évêque et les missionnaires arrivèrent à Faro le 15 no­vembre 1796. Ils déterminèrent tout ce qui regardait les études, le spirituel et le temporel. Et après avoir fait un règlement qui est encore suivi en ce séminaire, à peu de différence près, ils partirent pour Lisbonne, le 16 juin 1797; l’évêque les accompagna jusqu’à Sao Braz de Aljustrel et. leur donna un homme de confiance pour les accompagner jusqu’à la capitale. (Vie de saint Vincent en portugais). — Ce n’était qu’un service transitoire, mais c’est un service important que les missionnaires de Lisbonne avaient ainsi rendu.

 

10. Établissement à Pékin, services rendus à la Chine.

Pékin, la capitale de la Chine, est le siège de la dernière maison où s’établirent les Lazaristes de l’ancienne pro­vince du Portugal.

« En 1797, l’évêque de Pékin, qui, quelques années aupa­ravant, avait en vain eu recours au supérieur de la Congré­gation de la Mission à Lisbonne, renouvela sa demande. Mais cette fois il s’adressa directement au gouvernement et

obtint une lettre royale, datée du 12 mai, ordonnant de­ remettre aux missionnaires de Saint-Vincent-de-Paul l’église de Saint-Joseph à Pékin et les fonds nécessaires à leur subsistance. Ne pouvant refuser, le supérieur de Lis­bonne désigna pour cette mission MM. Domingos Joaqui m. Ferreira et José Nunes Ribeira qui se trouvaient déjà à Macao. Ceux-ci n’arrivèrent à Pékin que le 24 mai t8ot. Ils se dirigèrent vers la cathédrale, où ils rencontrèrent l’évêque qui les reçut à bras ouverts, et ils assistèrent. ensuite à l’office pontifical: c’était le jour de la Pentecôte. Le digne prélat les garda quelques jours en sa compagnie, et le ter juin ils prirent définitivement possession de leur maison de Saint-Joseph.

« Les prêtres de la Mission rendirent de grands services. aux diocèses de Macao, Pékin et Nankin ; malgré les extra­ordinaires difficultés qu’ils eurent à surmonter, ils produi­sirent beaucoup de fruits de salut. De la maison de Lis­bonne partirent de nombreux missionnaires pour ces loin­taines régions ; Dieu en fut glorifié et la lumière de l’Évan­gile éclaira une multitude d’âmes qui étaient assises dans. les ombres de la mort.

« En 1841, le 25 novembre, on proposa le P. Joao de Castro pour l’évêché de Pékin, le P. Miranda pour celui de Nankin et le P. Borja pour celui de Macao. Ce dernier seul reçut la confirmation apostolique, sans cependant arriver à être sacré évêque ; il mourut en 1845. On proposa le P. Motta pour lui, succéder ; confirmé et sacré, il gou­verna ce diocèse pendant quelques années. Le P. Joao da, França Castro et Moura retourna en Portugal où on le proposa pour l’évêché de Porto ; confirmé et sacré à Lis­bonne, il mourut vers une heure et demie du matin, le 16 octobre 1868.

Ces détails sont extraits, nous l’avons indiqué déjà, du supplément à la Vie de saint Vincent en portugais (1889). Sur les Lazaristes portugais en Chine il y a d’autres renseignements dans les Mémoires de notre congrégation.

Les maisons de Portugal, que nous avons mentionnées ci-dessus, ont duré jusqu’à la suppression des ordres reli­gieux dans ce pays en 1834. Rappelons maintenant les événements d’un intérêt gé­néral pour cette province jusqu’à la date que nous venons d’indiquer.

Anales de la Congrégation de la Mission (1906)

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