Itinéraire de Monsieur Vincent. Des Malheurs du temps á la Mission (I)

Francisco Javier Fernández ChentoAu temps de Vincent de PaulLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Bernard Koch, C.M. · Année de la première publication : 1994 · La source : Vincentiana.
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Introduction

Le but de cette session est de montrer l’actualité de la visée de l’Institut en retrouvant ce qui a dynamisé les fondateurs, ce qui les a poussés á la mission. Et l’on me demande de montrer comment les blessures des hommes ont contribué á envoyer Monsieur Vincent en mission. Mon projet sera de montrer les ressorts de ce dynamisme: comment la sensibilité s’y conjugue avec les vues de foi. A vous de voir si ces pages y répondent…

4 parties: Les débuts de S.V.; ses principes; les grands moments; les dernières années.

A – Son Itinéraire

Citer des textes nous emmènerait trop loin; il faut au moins résu­mer cet itinéraire, car plusieurs textes cités plus loin s’enracinent dans ces expériences.

Sa naissance le situe dans une région et une époque de foi et de malheurs: époque de foi, dans la conscience vive de la présence de Dieu á toute la vie; mais c’est aussi l’époque des sauvageries des guer­res de religion, tout spécialement en Béarn et Gascogne, ravagés sys­tématiquement par les bandes protestantes du Baron des Adrets et d’autres, aux ordres de Jeanne d’Albret, mère du futur Henri IV, contre lesquelles les catholiques, avec Montluc, furent souvent im­puissants. M. Vincent n’en gardera pourtant pas rancune, et prêchera toujours le dialogue paisible avec les Réformés.

Sa trajectoire: désir d’arriver á assurer l’avenir de sa famille, grâce á l’état ecclésiastique; puis ce désir sera lentement purifié et mûri par les échecs et le contact avec la misère, peut-être comme esclave, près de Tunis, de 1605 á 1607, puis lors de ses visites aux hôpitaux, á Rome, en 1607-1608, et á Paris á partir de 1608.

Paris, il vit longtemps au milieu du tout-venant, dans le quartier des Gascons… II se lie á des bons prêtres, dont M. de Bérulle, qui lui trouve une meilleure situation. En fin 1611 et sans doute début 1612 il séjourne á l’Oratoire naissant, puis Bérulle le fait nommer curé de Clichy pour remplacent Bourgoing, en 1612-1613, enfin il lui obtient la place de précepteur d’une des plus grandes familles de France, les Gondi, en 1613. Bref, on constate chez Vincent á la fois l’expérience de la pauvreté, et l’habileté pour s’en sortir, grâce á une aptitude peu ordinaire aux relations avec des gens de tout milieu.

Suivant les Gondi dans leurs diverses terres, il redécouvre les campagnes, et une pauvreté spirituelle qu’il n’avait sans doute pas constatée dans son enfance: l’ignorance, les péchés cachés. Pour y remédier, il prêche, catéchise et fait faire des confessions générales, d’abord seul, puis il découvre, en fin janvier 1617, l’importance du travail en équipe.

Il a repris contact en mémé temps avec la détresse matérielle dans les campagnes, et pour y faire front, il découvre, en été 1617, les ressources de l’association, avec la fondation de la première Confré­rie de Charité, différente des confréries existantes, tant par l’autono­mie entière laissée aux laïcs dans la gestion, que par la prise en compte de tous les milieux, et pas seulement d’une catégorie sociale ou pieuse.

B – M. Vincent —à lui-même exprimé les principes qu’il en tire pour la Mission, et qui le dynamisent: le lien entre la vue des misères, la vue de la foi, et la mission

Le fondement de ses convictions et de son dynamisme est double:

– Le premier stimulant, c’est les vues de Foi et le feu de la Charité:

a – Sa foi profonde lui fait á la fois contempler la Mission dans la Sainte Trinité, et approfondir l’Évangile.

– Sa contemplation de la Sainte Trinité lui fait voir que les relations des Personnes divines entrainent leur Mission. Il sait mémé le dire aux simples, il l’exprime, une fois, d’une maniéré très imagée, aux Filies de la Charité, le 23 mai 1655: X, 85.

« Quand le Père éternel voulut envoyer son Fils en terre, il lui pro- posa toutes les choses qu’il devait faire et souffrir. Vous savez la vie de Notre-Seigneur, combien elle a été pleine de sou rances ». Son Père lui dit: « Je permettrai que vous soyez méprisé et rejeté de tout le monde, qu’un Hérode vous fasse fuir dès votre bas âge, que vous soyez tenu pour un idiot, que vous receviez des malédictions pour vos couvres miraculeuses; bref je permettrai que toutes les créatures se révoltent contre vous ». Voilà ce que le Père éternel proposa á son Fils, qui lui dit: « Mon Père, je ferai tout ce que vous me commandez. Ce qui nous mon­tre qu’il faut obéir en toutes choses généralement ».

– Sa méditation de l’Évangile et du Notre Père lui fait désirer par-dessus tout et avant tout le Royaume de Dieu, comme il le déve­loppe dans un long entretien, le 21 février 1659: XII 137-138; E. 554.

Il faut savoir que, par ces mots: « Cherchez premièrement le royau­me de Dieu et sa justice », Notre-Seigneur ne demande pas de nous seu­lement que nous cherchions premièrement le royaume de Dieu et sa justice en la manière que nous venons de l’expliquer; je veux dire qu’il ne suffit pas de faire en sorte que Dieu régné en nous, cherchant ainsi son royaume et sa justice, mais qu’il faut de plus que nous dési­rions et procurions que le royaume de Dieu soit porté et étendu partout, que Dieu régné en toutes les âmes, qu’il n’y ait qu’une vraie religion sur la terre et que le monde vive autrement qu’il ne vit, par la force de la vertu de Dieu et par les moyens établis en son Église, enfin que sa justice soit si bien recherchée et imitée de tous par une sainte vie, qu’il en soit parfaitement glorifié et dans le temps et dans l’éternité.

b – L’amour de Dieu le brille, comme saint Paul, et il veut le répandre, il s’exclame le 30 mai 1659: XII 262 en bas; E. 681 II ne me suffit pas d’aimer Dieu si mon prochain ne l’aime.

2° – Le deuxième stimulant, c’est la vue de la misère des hom­mes, c’est l’expérience concrète, actuelle, de la misère totale des hom­mes, spirituelle et corporelle, en mémé temps qu’il voit les pauvres remplis de foi, mémé au fond de leur misère et de leurs péchés.

a – La misère spirituelle: un des textes le plus frappants est ce passage d’une lettre de 1631 á François du Coudray, missionnaire, á Rome pour obtenir une approbation du Pape: I, 115-116.

Vous devez faire entendre que le pauvre peuple se damne, faute de savoir les choses nécessaires á salut et faute de se confesser. Que si Sa Sainteté savait cette nécessité, elle n’aurait point de repos qu’elle n’eut fait son possible pour y mettre ordre; et que c’est la connaissance qu’on en a eue qui a fait ériger la compagnie pour, en quelque façon, y remédier; que, pour ce faire, il faut vivre en congrégation (c’est-á-dire en regroupement) […]

(116) […] et faites entendre qu’il y a longues années que l’on pense á cela et qu’on en a l’expérience.

Comme toute son époque, il croit au péché et á la possibilité d’al­ler en enfer, et c’est une des choses qui le stimule le plus á la Mission.

Il le dit plusieurs fois; ainsi dans une conférence, non datée, sur les débuts de la Congrégation de la Mission (XI 2-3; E. 861):

La honte empêche plusieurs de ces bonnes gens des champs de se confesser de tous leurs péchés á leurs curés; ce qui les tient dans un état de damnation. Et sur ce sujet, on demanda, il y a quelque temps, á l’un des plus grands hommes de ce temps si ces gens-là pouvaient se sauver avec cette honte, qui leur ôte le courage de se confesser de certains péchés. A quoi il répondit qu’il ne fallait pas douter que, mourant en cet état, ils ne fussent damnés.

Hélas! Mon Dieu! (dis-je alors en moi-même), combien s’en perd-il donc! Et combien est important l’usage des confessions générales, qui remédie á ce malheur, étant accompagné d’une vraie contrition, comme il est pour l’ordinaire! Cet homme (un paysan de bonne réputation, confessé avant de mourir, et qui raconta comment il en fut libéré) disait tout haut qu’il eût été damné, parce qu’il était vraiment touché de l’es­prit de pénitence; car, quand une âme en est remplie, elle conçoit une telle horreur du péché que non seulement elle s’en confesse au prêtre mais elle serait disposée de s’en accuser publiquement, s’il était néces­saire pour son salut.

B – La misère matérielle et corporelle: la pauvreté extrême, les maladies et toutes les blessures corporelles et spirituelles des hom­mes Vont puissamment dynamiser á laisser voir á travers lui que Dieu est bon et leur envoie des « mères et mères » comme il dit plus d’une fois. Nous n’y toucherons pas ici, puisque ce sera l’objet de la partie centrale.

3° – Ces vues recevront, au long de ses expériences et de ses oraisons, des développements progressifs: son expérience le fait approfondir, saisir, les vérités de la foi:

a – Il médite les passages oïl Jésus s’identifie á ses disciples, en particulier aux plus petits, et assez vite, il voit que Dieu, et spéciale­ment le Verbe Incarné, Jésus, est littéralement dans le pauvre, qu’il s’identifie á la pauvreté et aux pauvres, qui expriment et conti­nuent sa Passion. Les pauvres sont Jésus-Christ, et Jésus dans sa Pas­sion.

Voici un passage, non daté, d’un entretien aux Missionnaires. Nous y saisirons, comme dans bien d’autres, la démarche typique de M. Vincent: il observe, il regarde, il voit, on peut mémé dire qu’il res­sent vivement, puis il s’éléve á un regard de foi, qui orientera son action: XI, 32; E. 895-896.

Je ne dois pas considérer un pauvre paysan ou une pauvre femme selon leur extérieur, ni selon ce qui parait de la portée de leur esprit, d’autant que bien souvent ils n’ont pas presque la figure, ni l’esprit de personnes raisonnables, tant ils sont grossiers et terrestres.

Mais TOURNEZ LA MÉDAILLE, ET VOUS VERREZ, PAR LES LUMIÉRES DE LA FOI, que LE FILS DE DIEU, qui a voulu être pau­vre, NOUS EST REPRESENTE PAR CES PAUVRES; qu’il n’avait presque pas la figure d’un homme en sa passion, et qu’il passait pour fou dans l’esprit des Gentils, et pour pierre de scandale dans celui des Juifs, et avec tout cela, il se qualifie l’évangéliste des pauvres.

O Dieu!, qu’il fait beau voir les pauvres, si nous les considérons en Dieu et dans l’estime que Jésus-Christ en a faite! Mais si nous les regardons selon les sentiments de la chair et de l’esprit mondain, ils paraitront méprisables.

B – Il contemple Dieu, le Père de la miséricorde, de la com­passion, et I ‘Incarnation du Fils, dans un homme pauvre et souf­frant, par quoi il nous a montré á l’extrême son amour.

Dans une longue conférence, non datée, il essaye de comprendre et d’exprimer cette dimension á partir de notre psychologie humaine: Xl, 23.

Il faut avoir souffert pour comprendre ceux qui souffrent Quand on a ressenti en soi-même des faiblesses et des tribulations, l’on est plus sensible á celles des autres. […]

C’est pourquoi Jésus a voulu partager notre sort, être le prototype de la condition humaine: Vous n’ignorez pas que Notre Seigneur a voulu éprouver sur lui toutes les misères. « Nous avons un Pontife, dit saint Paul, qui sait compatir á nos infirmités, parce qu’il les a éprouvées lui-même » (Hébreux, 4,15). Oui, ó Sagesse éternelle, vous avez voulu éprouver et prendre sur votre innocente personne toutes nos pauvretés! Vous savez, Messieurs, qu’il a fait cela pour sanctifier toutes les afflictions auxquelles nous sommes sujets, et POUR ÉTRE L’ORI­GINAL ET LE PROTOTYPE DE TOUS LES ÉTATS ET LES CONDI­TIONS DES HOMMES.

c – Dans cette ligne, mais peut-être un peu plus tard, il redécou­vre que c’est dans les pauvres qu’II y a vraiment la foi, au milieu mémé de leurs malheurs et de leurs péchés.

Nous allons voir sur pièce combien la vue des misères stimulait le zélé missionnaire de M. Vincent, en mémé temps qu’elle l’interpel­lait dans sa propre foi et le faisait interpeller les prêtres pour leur peu de zélé. C’était le 24 juillet 1655, en pleine Fronde, et en pleine offen­sive du monde protestant contre les catholiques, de l’Irlande á la Pologne.

Ce morceau de bravoure est savamment construit:

  • description vive des malheurs du temps,
  • interpellation á la conscience des prêtres, dont la foi se contente de paroles,
  • et stimulation á l’ardeur missionnaire. Il mérite d’être cité en entier: XI, 200-203; E. 156-159.

Je renouvelle la recommandation que j’ai faite et qu’on ne saurait assez faire, de prier pour la paix, afin qu’il plaise á Dieu réunir les cacheurs des princes chrétiens. La guerre est par tous les royaumes catholiques: guerre en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Suédé, en Pologne, attaquée par trois endroits, en Hiberniez, jusque dans les pauvres montagnes et rochers presqu’inhabitables. L’Écosse n’est guère mieux; l’Angleterre, on sait l’état déplorable o6 elle est. Guerre partout, misère partout. En France, tant de gens souffrent! O Sauveur! O Sauveur! Si, pour quatre mois que nous avons eu ici la guerre, nous avons eu tant de misère au cacheur de la France, Oit les vivres abondaient de toutes parts, que peuvent faire ces pauvres gens des frontières, qui sont dans ces misères depuis vingt ans? Oui, il y a bien vingt ans qu ‘ils ont toujours la guerre; s’ils ont remé, ils ne sont pas assurés de recueillir; les armées viennent, qui pillent, qui enlévent; et ce que le soldat n’a pas pris, les sergents le prennent et l’emportent. Aprés cela, que faire? Que devenir? Il faut mourir. S’il y a une vraie religion… qu’ai-je dit, misérable!… s’il y a une vraie religion! Dieu me le par- darme! je parle matériellement. C’est parmi eux, c’est en ces pau­vres gens que se conserve la vraie religion, une foi vive; ils croient simplement, sans éplucher; soumission aux ordres, patience dans l’ex­trémité des misères á souffrir tant qu’il plait á Dieu, les uns pour les guerres, les autres á travailler le long du jour á la grande ardeur du soleil; pauvres vignerons, qui nous donnent leur travail, qui s’attendent á ce que nous prierons pour eux, tandis qu ‘ils se fatiguent pour nous no urrir !

On cherche l’ombre; on ne voudrait pas sortir au solea; nous aimons si fort nos aises! En mission du moins on est dans l’église á couvert des injures du temps, de l’ardeur du soleil, de la pluie, auxquel­les ces pauvres gens sont exposés.

Et nous crions á l’aide si l’on nous donne un tant soit peu plus d’occupation qu’á l’ordinaire. Ma chambre, mes livres, ma messe! Encore pour cela, baste! Est-ce lá être missionnaire, d’avoir tou­tes ses aises? Dieu nous sert ici de pourvoyeur, il nous fournit tous nos besoins et plus que tous nos besoins, il nous donne la suffisance et au deld. Je ne sais si nous songeons assez á le remercier. Nous vivons du patrimoine de Jésus-Christ, de la sueur des pauvres gens. Nous devrions toujours penser quand nous allons au réfectoire: « Ai-je gagné la nourriture que je vais prendre? ». J’ai souvent cette pensée, qui me fait entrer en confusion: « Miserable, as-tu gagné le pain que tu vas manger, ce pain qui te vient du travail des pauvres? ». Au moins, si nous ne le gagnons pas comme eux, prions pour leurs besoins. Bos cognovit pos­sessorem suum (Isaie 1,3): les bétés reconnaissent ceux qui les nour­rissent. Les pauvres nous nourrissent; prions Dieu pour eux; et qui ne se passe pas de jour que nous ne les offrions á Notre-Seigneur, afin qu’il lui plaise leur faire la grâce de faire bon usage de leurs souffrances.

Je disais… que dis-je, misérable! On disait dernièrement que Dieu s’attend aux prêtres pour arrêter sa colère; i1 s’attend á ce qu’ils se mettront entre lui et ces pauvres gens, comme d’autres Moise, pour l’obliger á les délivrer des maux causés par leur ignorance et par leurs pèches, et qu’ils ne souffriraient peut-être pas, s’ils étaient instruits et si l’on travaillait á leur conversion. C’est aux prêtres á le faire. Ces pauvres gens nous donnent leur bien pour cela; tandis qu’ils travaillent; qu’ils bataillent contre les misères, nous sommes les Moise qui devons continuellement lever les mains au ciel pour eux. Nous sommes les auteurs, s’ils souffrent pour leur ignorance et pour leurs péchés; c’est donc nous qui sommes coupables de tout ce qu’ils souf­frent, si nous ne sacrifions toute notre vie pour les instruire.

M. Duval, grand docteur de l’Église, disait qu’un ecclésiastique doit avoir plus de besogne qu’il n’en peut faire; car, dès que la bâtardise (fainéantise) et l’oisiveté s’emparent d’un ecclésiastique, tous les vices accourent de tous côtés: tentations d’impureté et tant d’autres! Oserai-je dire? 11 y faut penser; cela se présentera peut-être quel qu’autre fois. O Sauveur, 6 mon bon Sauveur, plaise á votre divine bonté délivrer la Mission de cet esprit de bâtardise, de recherche de ses propres aises, et lui donner un zélé ardent pour votre gloire, qui fera embrasser tout avec joie et qui ne lui fasse jamais refuser Vocea­siorz de vous servir! Nous sommes faits pour cela; et un missionnaire, un vrai missionnaire, un homme de Dieu, un homme qui a l’esprit de Dieu, tout lui doit être bon et indifférent; il embrasse tout, il peut tout; á plus forte raison, une Compagnie, une congrégation peut tout, étant animée et portée par l’esprit de Dieu.

Ces lignes sont un peu longues, mais on y sent tout le souffle missionnaire qui ressort de la contemplation des misères des pauvres gens, en mémé temps que tout l’art d’un orateur.

 

Il nous a laissé lui-même

DES RÉSUMÉS SYNTHÉTIQUES DE SES VUES

Il savait les condenser et les synthétiser lorsque, dans ses entre­tiens aux Dames ou aux Filles de la Charité, il exposait les motifs de leur vie de service. Citons le canevas d’un entretien d’avril 1640 aux Dames de la Charité, sur le service des pauvres malades de FMlel­Dieu et des Enfants Trouvés: XIII 781.

Les motifs pour s’affectiorzner á ce bon ceuvre sont:

Que, visitant les pauvres de l’Hótel-Dieu et ces pauvres

(Enfants), vous visitez Dieu mémé en eux; et le service que vous leur rendez, c’est á Dieu mémé. Cum ipso sum in tribu­latione (Je suis avec lui dans sa tribulation) (Ps 90[91115).

Que vous faites voir et sentir la bonté de Dieu par la vôtre á ces bonnes gens, et le faites glorifier; et c’est pour cela qu’il vous recommande de visiter les pauvres; ut glorifient Patrem vestrum (pour Qu’ils glorifient votre Père) (Mt 5,16).

3. Vous coopérez au salut de ces pauvres amés avec Jésus-Christ, procurant qu’ils soient instruits, fassent une confes­sion générale et partent de ce monde en bon état, ou sortent guéris de l’Hôtel-Dieu en bon état.

4. Vous édifiez toute l’Église en voyant que vous vous appli­quez avec tant de bonté á l’assistance des pauvres (etc.).

Son disciple Bossuet proclamera

LA CONCLUSION: L’ÉGLISE EST LA VILLE DES PAUVRES

Nous n’avons apparemment plus de texte où M. Vincent dit cela explicitement. Mais fi reste un texte magnifique et très fort de Bos­suet, qui a été Prêtre des Mardis, imprégné de l’esprit vicentine, qui a prêché au pauvre peuple á Metz, et qui, l’année de son arrivée á Paris, en 1659, a donné son célébré « sermon sur l’éminente dignité des pauvres dans l’Église »…

Voici deux des passages les plus forts de ce sermon: (vers le milieu du I er point, et vers le début du 2° tiers du 2° point. Je les al cités dans le chapitre sur Saint Vincent du livre collectif « Les pau­vres, un défi pour l’Eglise »). L’ÉGLISE DE JÉSUS-CHRIST EST VERI­TABLEMENT LA VILLE DES PAUVRES. Les riches, je ne crains point de le dire, en cette qualité de riches, car il faut parler correctement, étant de la suite du monde, étant pour ainsi dire marqués á son coin, n’y sont soufferts que par tolérance, et c’est aux pauvres et aux indigents, qui portent la marque des fils de Dieu, qu’il appartient proprement d’y être reçus…

Venez donc, 6 riches, dans son Église; la porte enfin vous en est ouverte; mais elle vous est ouverte en faveur des pauvres et á conditions de les servir. C’est pour l’amour de ses enfants qu’il permet l’entrée á ces étrangers.

Voyez le miracle de la pauvreté! LES RICHES ÉTAIENT ÉTRAN­GERS, MAIS LE SERVICE DES PAUVRES LES NATURALISE et leur sert á expier la contagion qu’il contractent parmi leurs richesses. Par conséquent, 6 riches du siècle, prenez tant qu’il vous plaira des titres superbes, vous les pouvez porter dans le monde: DANS L’ÉGLISE DE JESUS-CHRIST, VOUS ÉTES SEULEMENT SERVITEURS DES PAU­VRES.

On y retrouve des mots de Saint Vincent: « serviteurs des pau­vres », et mémé sa pensée. Et nous venons de l’entendre s’exclamer, ce 24 juillet 1655: XI 200-201; E. 157.

SIL Y A UNE VRAIE RELIGION… qu’ai-je dit, misérable!… s’il y a une vraie religion! Dieu me le pardonne! Je parle matériellement. C’EST PARMI EUX, C’EST EN CES PAUVRES GENS QUE SE CON­SERVE LA VRAIE RELIGION, UNE FOI VIVE…

Bref, nous pouvons croire que M. Vincent a trouvé dans ce Bos­suet-là un porte-parole génial.

C’EST TOUT CELA QUI LE STIMULE POUR LA MISSION, et pour une Mission qu’on ne peut faire qu’ensemble, en équipes de Prêtres en coopération avec les fidèles. En effet, ce service spirituel et corporel des pauvres, qui est la mission du Christ Jésus, nous avons á le recevoir et á Exercer en Église

Ceci également est une conviction de M. Vincent. Toujours s’est voulu relié aux Evêques et il a répété que nul ne peut s’arroger un emploi, Toujours aussi il a voulu agir en concertation et en col­laboration. Prêtres ou laïcs doivent recevoir mission, et agir en lien avec le Pape, les Evêques, les curés, et ensemble.

C’est ici le lieu de citer la partie omise dans la lettre de 1631 á Mr du Coudray: I, 1 15-1 1 6.

Pour ce faire, il faut vivre en congrégation (= en association) et observer cinq choses comme fondamentales de ce dessein:

1° de laisser le pouvoir aux évêques d’envoyer les missionnai­res (dans) la part de leur diocèse qu’il leur plaira;

2° que lesdits prêtres soient soumis aux curés où ils iront faire la mission, pendant le temps d’icelle;

3° qu’ils ne prennent rien de ces pauvres gens, mais qu’ils vivent á leurs (propres) dépens;

4° qu’ils ne prêchent, ni catéchisent, ni confessent dans les villes où il y a archevêché, évêché ou présidial, excepté les ordinands et ceux qui feront les exercices dans la maison;

5° que le supérieur de la compagnie ait l’entière direction d’icelle; et que ces cinq maximes doivent être comme fondamentales de cette congrégation.

Bien plus tard, lorsque l’Europe envoie des apôtres dans les conti­nents où l’Eglise n’est pas encore organisée, il écrira á un confrère, le 3 mai 1652, á propos d’un projet d’envoi en Amérique du Nord: (IV, 377).

Il est bon […] d’envoyer de nos prêtres pour la conversion des infidèles, mais cela s’entend QUAND ILS ONT UNE LÉGITIME MISSION.

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