LXIV. Décrets de l’assemblée de 1711. Séminaire de rénovation
L’assemblée où M. Bonnet fut élu général est la 8ème des assemblées générales. On y fit quelques décrets en latin, comme dans toutes les autres. On demanda, s’il n’était pas temps d’exécuter le dessein pris sous M. Vincent, de faire passer les sujets qui auraient déjà quelques années après les vœux, dans une maison de retraite pour s’y renouveler spirituellement et y acquérir une plus grande connaissance des fonctions. Après avoir allégué les raisons de part et d’autre, il fut conclu de ne pas différer davantage la chose, d’ailleurs si nécessaire, l’exécution n’en étant plus trop difficile, en égard à l’état présent des affaires et des sujets de la Compagnie, qu’ilfallait le faire au plus tôt, dans la maison qui semblerait au général la plus commode pour cela. M. Bonnet exécuta ce décret dès l’année suivante : il détermina à cet effet la maison de St.-Charles, voisine de St.-Lazare, où on avait autrefois élevé des jeunes gens, et il nomma M. Faure premier assistant, pour prendre soin de ce Séminaire de rénovation. Le général en écrivit à la Compagnie dès le mois de janvier 1712. Nous pensons efficacement à commencer ce nouveau Séminaire de rénovation, qui avait été arrêté par feu M. Vincent, dans la première assemblée qu’il tint à St.-Lazare en 1642. On voit là, depuis combien de temps on avait désiré dans la Compagnie de se renouveler dans l’esprit et la grâce de sa vocation. Et il allègue les propres paroles de cette assemblée ; savoir : La Congrégation a résolu deux choses. 1° que dorénavant on ferait une seconde probation à St.-Lazare, ou ailleurs, au gré du général ; 2° qu’elle durerait un an, et ne se ferait qu’au boutde six ou sept ans après le Séminaire, sans néanmoins borner le pouvoir du général, pour avancer ou reculer ce temps, selon qu’il le trouverait à propos, pour le bien des particuliers et de la Compagnie. M. Bonnet continue : L’assemblée de 1668, sous M. Alméras, restreignit cette durée à six mois, en marquant qu’il faudrait commencer quand l’état de la Compagnie le pourrait permettre, et la dernière assemblée ayant jugé que cette probation plus nécessaire à présent que jamais, n’était pas impraticable, nous en avons dressé les règlements pour commencer le 1er juillet prochain, sans savoir si ce sera à St.-Lazare, ou ailleurs. Quelques supérieurs ont déjà désiré d’y être admis ; je serais bien aise que ceux qui sentent un tel désir nous le marquent, afin que cet établissement soit mis en train par des gens de bonne volonté, ce qui ne nous empêchera pas d’y appeler ceux qui en auront un vrai besoin. PlusieursMissionnaires demandèrent d’abord d’y venir ; et M. Bonnet en appela douze à Paris qui s’y rendirent au printemps de l’année 1712. Ils n’y entrèrent pas encore sitôt. Ils en commencèrent seulement les exercices au mois d’octobre et ne purent sortir qu’en hiver. Quelques-uns n’y restèrent pas les six mois entiers. Le général les renvoya tous dans les maisons d’où ils étaient venus, ne voulant pas les retenir à St.-Lazare, ni les envoyer ailleurs, de crainte que quelques-uns ne s’imaginassent que quand on les appellerait au Séminaire, on prendrait de là occasion de les tirer de leur poste, et qu’ainsi ils ne fussent pas portés de bonne volonté de demander à y aller. Les premiers en revinrent assez contents, toutefois ils avaient souhaité qu’on leur eût donné un directeur en second un peu plus expérimenté.
Le général parle du succès de ces premiers exercices du Séminaire de rénovation dans une de ses lettres, en ces termes : Nous ouvrîmes le Séminaire derénovation a St.-Charles, le jour de l’Assomption de la ste.-Vierge. Neuf de nos prêtres l’ont commencé et il a fort bien réussi grâce à Dieu ; ces messieurs en sont fort contents et édifiés, et nous pareillement. Á l’avenir on ne fera pas le Séminaire en hiver, mais seulement depuis la semaine du Bon Pasteur après Pâques jusqu’à St.-Luc, afin que les ouvriers soient en état de reprendre leurs travaux des missions et des séminaires.
Nous n’y recevons chaque fois que dix ou douze personnes au plus, tant à cause que ce nombre est suffisant, que parce que l’inapplication de ces messieurs aux fonctions ne laisse pas de nous causer quelque trouble pour la conduite, à cause des mesures qu’il y a à prendre pour les remplacer dans leur absence. C’est de cette façon que ce Séminaire commença et dura les années suivantes, jusqu’en 1720 inclusivement. Toutefois on remarqua que diverses personnes assez jeunes demandèrent d’y aller, et y furent appelés, ayant plutôt en vue comme on a cru decontenter leur curiosité en voyant Paris, ou leur inconstance en changeant de maison que par bonne envie de penser à leur renouvellement intérieur.
En 1720 les maisons souffrirent beaucoup. Ce fut d’abord par l’introduction générale des billets en France qui y furent presque aussitôt décriés ; et d’ailleurs, la peste qui fit cette année-là beaucoup de ravages ; elle rendit les chemins difficiles, ce qui a causé l’interruption de ce séminaire en 1721. Dans le commencement, les maisons particulières où demeuraient les sujets qui y allaient, supportaient la dépense, tant pour les voyages que pour la pension des six mois de séjour à St.-Charles. Dans la suite, M. Bonnet jugeant que cela chargerait trop les maisons un peu éloignées de Paris, répartit la dépense nécessaire pour la pension de ces messieurs, sur chaque maison, selon ses facultés, ainsi qu’il en avertit la Compagnie par une lettre ; mais les voyages se firent toujours aux frais des maisons d’où ces messieurs étaient envoyés. Ce qui ne laissait pas d’incommoder davantage celles qui étaient loin de Paris, encore plusque les autres. Nous avons rapporté ici tout ce qui regarde ce Séminaire établi selon ce qui avait été résolu par cette assemblée ; nous revenons présentement aux autres décrets.
On recommanda que dans l’assemblée provinciale chacun s’attachât invariablement à tout ce qui est réglé dans les constitutions à cet égard, sans rien ajouter ni retrancher ; surtout de les finir en sept ou huit jours tout au plus ; qu’on n’y voie pas venir inutilement des procureurs, sous prétexte de faire les affaires de la Province : c’est que quelques-uns y venaient sous ce prétexte par curiosité, ou pour voir ce qui se passait dans l’assemblée ; qu’on n’y fît point de décret ; arrêtant seulement ce qu’on juge devoir être proposé à l’assemblée générale, ou au supérieur général ; qu’on en envoie les actes entiers, avec les demandes approuvées ; c’est le visiteur qui y préside ; à qui il appartient selon les constitutions, de les faire commencer et finir. Arrêté de même, par l’assemblée sur la question proposée, savoir : Si les assistants du général doivent faire leur résidenceordinaire dans les maisons ou du moins dans les villes où le général fait la sienne ; que cela devait être ainsi suivant les constitutions, et qu’on ne pouvait les envoyer ailleurs pour un temps notable sans une très grande nécessité, au quel cas on leur substituerait des vice-gérants. On voit assez l’utilité de ce décret.
L’assemblée ne donne des assistants au général, que pour lui servir de conseil. Ce sont les seuls officiers qu’il ne choisit pas, et tous les autres sont entièrement à sa discrétion. On ne l’avait pas toujours observé ci-devant avec exactitude, et depuis on y a encore manqué. En telle sorte qu’aujourd’hui le général n’a auprès de lui aucun des assistants qui furent nommés dans l’assemblée, excepté celui qui fait cet office pour la nation italienne.
On demanda si ceux qui ont voix passive dans l’assemblée domestique ou provinciale, pour l’élection d’un député, peuvent avant et après le scrutin destiné pour faire l’élection, renoncer à leur droit avant ou après l’avoir été élu. Il fut résolu que ce n’était pas permis sans raison qui fut approuvée de l’assemblée, pour plusieurs motifs qui furent alors proposés. On parla de ce que disent les règles du supérieur local, c. 7, s. 4, c. 5, où il s’agit de l’élection des députés à l’assemblée, soit provinciale, soit générale, qu’après avoir tenté inutilement 4 ou 5 scrutins, où soit deux, soit plusieurs personnes ont toujours un nombre égal de voix, on peut recourir au choix de 2, 3, ou 5 compromissaires, si tout le monde en convient. Mais si un ou plusieurs des électeurs ne veulent pas consentir à ce compromis, l’assemblée détermine qu’en tel cas, le consentement des deux tiers suffit, conformément à ce qui est marqué dans les constitutions particulières, sur le choix des compromissaires pour l’élection du général. On dit appartenir aux directeurs de missions, durant le cours des missions, de lire les lettres qu’on écrit aux missionnaires de labande, et même celles qu’ils écrivent à moins qu’elles ne fussent cachetées du sceau du supérieur, ou que le supérieur lui-même ou l’assistant ne se trouve en mission. Auquel cas, un tel droit leur appartient. De plus défendu expressément à qui que ce soit outre le supérieur général, de se servir de carrosse petit ou grand, lui appartenant ou à quelqu’une des maisons de la Compagnie, ou préparé pour lui sous un autre nom. Cet usage étant tout à fait opposé à la première pauvreté et simplicité des anciens missionnaires. Défendu aussi de se servir de carrosses de louage, si ce n’est en cas de nécessité avec permission du supérieur. C’est que M. Huchon1, premier assistant, que M. Watel avait établi curé de Versailles, quand M. Hébert fut fait évêque d’Agen, étant incommodé et ne pouvant aisément aller à cheval, se servait d’une petite chaise roulante, pour venir à St.-Lazare faire son office d’assistant, et les autres missionnaires ne l’avaient pas approuvé.
Sur la proposition faite derenouveler le décret des assemblées précédentes qui recommande l’uniformité dans la barbe, les cheveux, les chapeaux, les habits et les manières d’agir, cette assemblée le fit par un huitième décret, enjoignant aux visiteurs et supérieurs d’y tenir la main à l’égard de tous leurs inférieurs et si quelqu’un ne veut pas obéir, d’en avertir le général. Le 9ème porte que le secrétaire d’une assemblée doit être choisi, du nombre de ceux qui la composent, et qu’une même personne en nul cas ne peut avoir deux voix actives, quand même il serait tout à la fois député et substitut à la place d’un autre, ce qui n’est pas permis. En fin, l’assemblée pria justement le général de ne jamais accorder, à qui que ce soit, la permission d’aller voir ses parents, et de se détourner pour les visiter, à moins d’un cas de nécessite qui presse. On n’a pourtant jamais tant vu de ces sortes de permissions dans la compagnie, que depuis cette dernière assemblée, et d’autres missionnaires qui sans permission ont fait de tels voyages, n’ont pas été punis en suite.







