Histoire générale de la Congrégation de la Mission (62)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Claude-Joseph Lacour cm · Année de la première publication : 1897.
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LXII. Nouvelles provinces, les maisons de Pologne

logocmLe Pape voulut que ce nouvel établissement, tout comme les Missionnaires qu’il avait envoyés à Avignon, dépendît de la province romaine et du visiteur d’Italie, jusqu’à ce qu’il y eût un nombre suffisant de maisons en Espagne, pour en faire une province particulière. Les Missionnaires italiens voyant par-là leurs maisons multipliées, et le visiteur ayant de la peine dans un pays chaud, comme celui-là, de faire un si long trajet pour les visites, ils demandèrent qu’on fît deux provinces et que chacune eût son visiteur. Le général ne crut pas devoir le refuser, mais dans la crainte que ces provincesétrangères venant à se multiplier, le nombre des personnes ayant voix délibératives dans les assemblées ne surpassa, ou du moins n’égala, celui des français, ce qui dans la suite aurait pu causer de l’embarras. Il fit de même en France une nouvelle province de Picardie. Les maisons des environs du pays étant pour lors en nombre suffisant pour faire une province. Il donna avis de ce changement à la Congrégation par sa lettre du 1er janvier 1705.

La dernière assemblée générale, dit-il, témoigna désirer que nous dividassions la province d’Italie en deux, ce que nous avons fait. L’une est la province Romaine, où M. Figari1 est visiteur ; l’autre est la province de Lombardie, qui comprend les maisons de Gênes, Turin, Pavie, Bastia en Corse, Crémone, Reggio et Ferrare. Nous y avons établi visiteur M. Seghino2, supérieur de Pavie. Ils ont chacunsept maisons. La province de France en ayant un peu trop, nous en avons créé une nouvelle de Picardie qui a aussi sept maisons, y compris les deux de Normandie que nous y avons jointes, et nous y avons fait visiteur M. Germain3, supérieur d’Amiens. Cette division subsista, en sorte que, dans la Congrégation, il y a présentement six provinces en France, deux en Italie et une en Pologne.

Nous avons, continue M. Watel, de fâcheuses nouvelles de Pologne. Ce royaume est miné par diverses factions de guerres civiles et étrangères. Plusieurs Polonais, étant mécontents du roi Auguste, élurent pour roi Stanislas Leczinski, grand seigneur du royaume et le roi de Suède occupait avec ses troupes une grande partie de ces provinces. On m’écrit, continuait M. Watel, que la famine et la peste commencent à suivre ce premier fléau en quelques provinces. Nos maisons souffrentbeaucoup en tout ce pays-là. Les Moscovites opposés aux Suédois firent une irruption du côté de Vilna et amenèrent quantité de prisonniers, et, entre autres, un Missionnaire de la maison de la Congrégation en cette ville ; on sollicita ensuite la charité des autres maisons pour contribuer à sa délivrance. La peste enleva plusieurs personnes dans la Prusse, la Grande Pologne et la Russie. Voici ce qu’en écrivait M. Watel, le 20 7bre 1708 : Je vous recommande tous les besoins de la Pologne, et en particulier ceux de nos confrères qui sont extrêmes à présent, la peste s’étant déclarée dans la ville et aux environs de Varsovie, d’où nos prêtres ont forcé M. Tarlo, visiteur de la province de se retirer à Presmilie, parce qu’il était déjà incommodé et qu’ils craignaient que la peste ne nous le ravît. Ce qui avait été une perte irréparable pour la province.

Un ancienprêtre ayant servi trois années de suite les pestiférés, s’est trouvé hors d’état de leur continuer ses services à cause de sa faiblesse ; un jeune prêtre, nommé Pierre-Stanislas Vueis4, âgé seulement de 37 ans, s’est mis à genoux devant M. Montméjan5 qui conduit la maison ; il lui a demandé sa bénédiction pour aller assister les pauvres malades. Dieu a exaucé son dessein ; il fut emporté par la peste la nuit du 3 août dernier, il allait visiter les malades jusque dans les galetas ; il se communia de sa propre main, et il est mort plein de foi dans les exercices de la charité comme les martyrs. Deux autres prêtres lui ont succédé dans ce pénible emploi, le premier desquels est déjà hors de combat, et l’autre s’expose à un évident danger. Quelques-uns de nos frères ont aussi été attaqués ; cinq ou six domestiques sont morts, nos messieurs ont beaucoup de peine à fournir au soulagement des malades et à l’entretien des fossoyeurs. Les Filles de la Charité y ont pareillement perdu de leurs meilleurs sujets, tant Françaises que Polonaises ; ces pauvres Filles ont affronté le danger avec un courage et une intrépidité au-dessus de leur sexe, que le seul amour de Dieu peut inspirer et soutenir jusqu’à la fin. Ce fléau de Dieu ne cessa pas sitôt ; il fit encore d’étranges ravages à Culm et à Vilna, où quelques Missionnaires moururent de la peste en ces maisons-là, comme on l’écrivit de Paris aux maisons de la Compagnie.

Pour ce qui est de M. Tarlo, il revint à Varsovie, et continua à y exercer son office de supérieur et de visiteur de la Province. Tous les Missionnaires étrangers et polonais avaient une grande confiance en lui ; il était bien rempli de l’esprit de la Mission, et, outre cela, accrédité dans le royaume, à raison de son illustre naissance. Le roi Auguste ayant recouvré sa couronne et l’évêque de Posnanie étant venu à mourir quelque temps après, S[a] M[ajesté] nomma M. Tarlo à cet évêché, le plus considérable de Pologne, après l’archevêché de Gniesen. Il fit toutes les remontrances possibles àN[otre] S[aint] P[ère] le Pape pour le dispenser d’accepter cette dignité, et pria M. Watel de joindre ses bons offices aux siens, afin de détourner de dessus sa tête ce terrible fardeau ; il ne put l’obtenir et fut sacré évêque. Mais il vécut dans l’épiscopat, jusqu’à la mort, avec beaucoup d’humilité et de simplicité, sans rien diminuer de son estime et de son affection pour la Congrégation qu’il regarda toujours comme sa mère, ayant demandé par grâce de n’être pas effacé du catalogue des Missionnaires pendant sa vie et d’être aidé des suffrages ordinaires après sa mort, ayant toujours eu soin lui-même, de son côté, d’en faire autant pour les défunts de la Congrégation dont on lui envoyait les billets mortuaires.

  1. Lazaro-Maria Figari, 1648-1725.
  2. Antonio Giuseppe Seghino, 1652-1735.
  3. Jean Germain, 1658-1715.
  4. Pierre-Stanislas Vueiss, 1671-1708.
  5. Inbonnu.

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