Histoire générale de la Congrégation de la Mission (59)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Claude-Joseph Lacour cm · Année de la première publication : 1897.
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LIX. Décrets de l’assemblée de 1703.

logocmCette assemblée, après les séances nécessaires pour l’élection d’un général, s’appliqua dans les suivantes à faire quelques décrets, pour régler certains articles qui lui parurent de quelque conséquence. Il y fut dit que l’intention de l’assemblée était que nul prêtre qui aurait passé douze ans après les vœux dans la Congrégation fut exclu du droit de voix passive au généralat, c’était pour contenter les étrangers, qui craignaient qu’on ne fît quelque chose de semblable à ce qui s’était passé dans l’assemblée précédente, pour l’exclusion de M. Faure. À l’égard des factions, ou brigues dans les assemblées, et domestiques, et provinciales, les règles des supérieurset visiteurs, avec les constitutions, en disent assez pour les empêcher, et, s’il s’en trouve, les punir sévèrement, la Congrégation en ayant toujours eu grande horreur. Quoiqu’elle se soit garantie jusqu’à présent du moindre soupçon de nouveauté et en particulier de l’hérésie jansénienne, on avait pourtant jugé à propos en ce temps où ces erreurs se sont glissées en plusieurs endroits, de recommander à tous les sujets de la Compagnie l’éloignement de toutes nouveautés dangereuses ; et, si on remarquait quelqu’un qui en fût taché ou qui les favorisât, on serait obligé d’en avertir d’abord le général, afin d’y apporter un prompt remède ; de veiller aussi sur les régents, ce qu’ils n’enseignent rien aux étudiants de la Compagnie, ni dans les séminaires externes, qui ressente tant soit peu les nouveautés ; louant et approuvant la lettre de M. Pierron, envoyée à l’occasion dela condamnation du Cas de conscience censuré par le Pape. M. Watel étant devenu général, fit exactement observer ce décret, faisant ôter aux régents les livres qui étaient tant soit peu suspects et ordonnant aux supérieurs de les tenir fermés. On demanda dans cette assemblée à l’égard des Missionnaires qui se trouvent dans des maisons, succursales ou hospices, dépendants d’autres maisons et ne peuvent ou ne veulent assister à l’assemblée domestique, s’ils doivent envoyer leurs suffrages par écrit, pour le choix du député ; on avait fait ainsi à Valfleury, lieu dépendant de Lyon, où habitaient sept ou huit prêtres qui s’étaient d’abord assemblés pour donner leurs voix, puis les avaient envoyées cachetées à Lyon. On arrêta que cela ne se pouvait pas faire, mais qu’il fallait convoquer tout le monde à l’assemblée de la maison, afin qu’on y vienne, si on veut jouir du droit de donner son suffrage. On était en doute quel office des morts les clercs et frères sont obligés de dire pour lesdéfunts de la Congrégation. L’assemblée déclara que c’était les trois Nocturnes avec les Laudes, et que ceux qui ne savaient pas lire, devaient réciter le rosaire ou trois chapelets. Ce sont là les décrets latins de cette assemblée.

Comme il n’y avait pas bien longtemps que la précédente c’était tenue, les députés pour terminer les questions qui s’y proposent, ne trouvèrent pas matière à laisser au supérieur général des demandes pour les décider à son loisir, et en instruire ensuite la compagnie. Toutefois, il ne manquait pas d’y avoir certaines plaintes, contre les infractions des règles. M. Watel fut prié par l’assemblée d’y apporter quelques remèdes, et il le fit par la lettre qu’il écrivit en date du 12 7bre 1703 environ un mois après son élection, dont il avait déjà donné avis par une lettre plus courte.

Vous avez appris, dit-il, l’heureux succèsde notre dernière assemblée générale, et il a plu à Dieu de verser sur elle beaucoup de bénédictions ; il est de mon devoir de vous exhorter à en remercier Dieu. On y a fait peu de décrets, mais on a témoigné désirer ardemment que ceux des assemblées précédentes fussent mieux observés, aussi bien que les avis et instructions donnés à leur occasion. J’ai été chargé de recommander le soin des malades, que rien du nécessaire ne leur manque, conformément à nos usages. On a fait beaucoup de plaintes sur ce qui paraît en plusieurs de nôtres, et surtout dans les jeunes gens que l’esprit primitif de la Congrégation est fort affaibli, jusque-là que certains non contents de laisser des usages et pratiques introduites, dès le temps de M. Vincent, semblent de plus en faire peu de cas, et les mépriser. Vous voyez aisément où cela pourrait conduire, puis entrant davantage dans le détail il dit : Il y en a qui se licencient à traitersplendidement les nôtres, avec des externes dans des maisons de campagne, recevant le même traitement de ces externes chez qui ils vont quelques fois loger, bien qu’il y ait des maisons dans le lieu, ou assez près. D’autres qui se trouvent en des maisons, peu éloignées les unes des autres, se régalent mutuellement, en se donnant des rendez-vous à cet effet. Tout cela, si on n’y remédie, aurait des suites fâcheuses. On doit traiter ceux des nôtres qui viennent de dehors de la manière prescrite par l’assemblée de 1673. Et on a appris qu’on y a excédé en quelques endroits. Il s’est glissé en certains, je ne sais quelle liberté, d’employer de leur bien de patrimoine, ou bénéfice, en des usages vains, et inutiles, oubliant qu’ils ont fait vœu de pauvreté. Il n’est permis de le faire qu’en œuvres pies, avec la permission du supérieur. C’est faute contre la pauvreté de recevoir, ou se procurer des présents qu’on s’appropriede disposer à son gré des aumônes, et rétributions de messes, les supérieurs doivent veiller à ce qu’on écrive le nom de la maison sur les livres qu’ils permettent aux particuliers d’acheter, sans qu’ils puissent les emporter d’une maison à l’autre. Pareillement on s’est plaint fortement de ce qu’il paraît que plusieurs se conforment aux façons de faire des gens du monde, peu convenables aux personnes de notre état, en usant de tabac sans permission, et devant des confrères, et les externes qui n’en sont pas édifiés. L’assemblée souhaite que les supérieurs et visiteurs empêchent le cour de cet abus, par toutes sortes de moyens, et de même de rien changer dans la forme et couleur des habits, tant des prêtres, que des frères, dans la manière de porter les cheveux, et la barbe, &c. Quelques-uns écrivent dans des lettres des choses que la prudence, et la charité, devraient tenir cachées. D’autres envoient ces lettres par des gens affidés, et en reçoivent de même sans la participationdes supérieurs. Il faut que les supérieurs pour prévenir ces désordres lisent soigneusement les lettres que les inférieurs écrivent ou reçoivent, et tâchent de découvrir en suite ces mauvaises pratiques, prenant garde de plus qu’on ne change rien dans la manière de commencer les lettres, prescrite dans la lettre circulaire de feu M. Alméras.

Il est ensuite parlé des missions. On désire que les directeurs fassent spécialement attention à traiter les curés, et autres ecclésiastiques avec tout le respect et déférence qui leur sont dû, se souvenant des avis et des exemples de M. Vincent sur ce sujet, prendre garde que personne ne donne lieu de croire, qu’on viole le secret de la confession, v. g. , en obligeant les pénitents de déclarer leurs complices au supérieur, ou acceptant la commission de les découvrir ce qu’on de doitjamais faire, que dans la dernière nécessité. Autrement ce serait rendre les missionnaires très odieux, et les missions fort infructueuses. Les mêmes directeurs veilleront à faire observer les règlements avec plus d’exactitude surtout en ce qui regarde le temps d’entendre les confessions, donnant l’exemple aux autres. Empêcher tant qu’ils pourront les nôtres de chanter des cantiques, planter des croix pendant les missions. Ce n’est pas notre usage de recevoir des hommes dans la confrérie de la Charité, excepté celui qui est choisi pour procureur. Il ne faut pas non plus introduire l’usage des retraites par bande devant la mission, ni dans les églises ou chapelles, où nous ne confessons pas ordinairement les externes, ou ne saurait trop recommander la correspondance entre les missionnaires, et la dépendance que les inférieurs doivent avoir de leurs supérieurs. Ces deux choses étant la base, et le soutient des communautés, comme elles en font le bonheur. Ainsi on fera une attention particulière, à ce que personne n’entreprenne rien de conséquence sans en écrire ausupérieur ou au général, et que les particuliers notamment les procureurs ne fassent rien d’eux-mêmes, qui soit tant soit peu extraord[inai]re. L’obéissance attire les bénédictions du ciel sur nos entreprises. On a observé que quelques supérieurs, se sont facilement livrés à donner les exercices spirituels à des religieuses, hors le cours des missions, à faire chez elles des visites, avec le pouvoir des évêques. Ils doivent s’excuser, et les prélats recevront aisément leurs excuses, s’ils veulent leur représenter respectueusement, mais vivement les raisons qu’on a de ne pas accepter tels emplois.

On s’est plains aussi que d’autres font souvent des promenades et voyages de quelques jours aux champs sans nécessité, et cela avec des dépenses inutiles, et perte de temps, sans parler du mauvais exemple, qu’ils donnent à leurs inférieurs. On a dit que quelques-uns négligent d’entendre les communications, que d’autres entreprennentdes choses assez considérables, sans en parler aux consulteurs. D’autres souffrent que ceux qui parlent dans les conférences, et répétitions d’oraison, disent bien des choses contraires à la charité, en taxant par des termes généraux, des personnes de la compagnie. Et d’autres y font des reproches couverts à ceux qui pourraient avoir écrit de leur conduite aux supérieurs majeurs, au lieu d’obéir à la règle, qui les oblige de déclarer de temps en temps à leur famille, qu’on leur fera plaisir d’avertir les supérieurs de leurs défauts. Et qu’on le peut faire en toute liberté. D’autres ne prennent pas soin de faire lire les ordonnances des visites, décrets d’assemblées, et lettres circulaires qui sont de quelque conséquence. Il y en a qui négligent de faire renouveler les vœux à ceux qui n’ont pas encore six ans de vocation, après les avoir faits. Enfin on remarqua que certains conduisent leur famille d’une façon trop impérieuse, qui ne ressent rien de la conduite douceet charitable du fils de Dieu, qui a été si parfaitement imité par notre Vén[érable] père, ce qui toutefois ne doit pas donner occasion aux inférieurs d’improuver la fermeté que les supérieurs doivent avoir pour maintenir le bon ordre. Voilà, conclu M. Watel, ce que la dernière assemblée m’a prié de vous écrire, pour empêcher la Compagnie de tomber dans le relâchement. Je vous prie de recevoir tous ces avis dans le même esprit qu’ils vous sont donnés, qui n’est autre que l’esprit de charité. Il est bien juste de prévenir tous ces défauts, et nous en relever si nous en sommes coupables, afin de rappeler en nous, ou de conserver, le premier esprit de notre institut, sans contredit des défauts pareils à ceux qu’on marque dans cette lettre, y donnaient une grande atteinte. On n’observe pas que dans les autres assemblées, on en remarqua de si essentiels dans les supérieurs, quand ceux-ci tomberontdans ces dérèglements. La Congrégation ira bientôt en décadence, ne pouvant se soutenir que par l’observance des règles, laquelle dépend toujours de ceux qui ont la conduite immédiate des maisons.

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