Histoire générale de la Congrégation de la Mission (56)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Claude-Joseph Lacour cm · Année de la première publication : 1897.
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LVI. Missionnaires envoyés à Alger d’autres à la Chine

logocmLa Congrégation ne se rebuta pas d’envoyer de nouveaux ouvriers à Alger pour procurer les soulagements accoutumés aux pauvres esclaves chrétiens, quoiqu’elle eût vu la manière barbare dont on y avait ôté la vie à M. Montmasson et à un frère. Sitôt que la paix eut été réglée entre la Franceet les Algériens, on destina M. Laurence1, ancien prêtre de la Congrégation, déjà ancien, pour y aller en qualité de vicaire apostolique. Il partit de Marseille, M. Jolly étant encore vivant, et il arriva à Alger en 1694.

Il y resta assez longtemps seul avec un frère, et M. Pierron en donna les nouvelles suivantes : M. Laurence, vicaire apostolique en Barbarie, vit paisiblement à Alger, quoique beaucoup surchargé de travail, étant obligé, fêtes et dimanches, de dire au moins deux messes pour donner moyen aux pauvres esclaves de l’entendre, y ayant, Dieu merci, très peu de prêtres en esclavage. Nous pensons à lui envoyer, au printemps, un prêtre de notre Congrégation, pour être son coadjuteur dans le vicariat apostolique, et nous avons déjà écrit pour cela à Rome. Le général tint sa parole, et pria M. Lambert Duchesne2, pour lors supérieur d’Alet, d’aller joindre M. Laurence pour l’aider dans ses travaux, ce qu’il fit ; et M. Pierron en donna encore des nouvelles dans une lettre suivante en ces termes : Les deux messieurs, avec le frère Jacques Le Clerc, qui était parti avec M. Laurence, se portent bien. Ils me mandent qu’un corsaire d’Alger venait de prendre un vaisseau espagnol allant aux Indes, où il y avait 4 Pères de la Merci, 4 Capucins, un Cordelier et un prêtre séculier. Un des Capucins, qui parlait un peu français, fut réclamé par le consul français et a été relâché. Cette prise est un secours spirituel à cette église souffrante, mais en même temps une surcharge temporelle à raison de la pauvreté des esclaves, qui sont dans l’impossibilité d’entretenir tant de prêtres, et de payer leur patron. M. Laurence prit deux des Capucins dans la maison et mit l’autre, à desservir un bagne ; les Pères Trinitaires, qui ont soin de l’hôpital, prirent chez eux les Pères de la Merci ; les autres n’ont point d’emploi, M. Laurence en ayant déjà donné à deux autres prêtres, anciens esclaves. Il se trouvait donc pour lors dix-sept prêtres à Alger, outre les 2 Missionnaires et les deux prêtres administrateurs de l’hôpital, qui étaient Espagnols. Ils eurent bien de la peine à se mettre sous la protection du consul français, mais il fallut obéir aux ordres de Philippe V, roi d’Espagne, qui y a mis tous, ceux de la nation en ce pays-là, ce qui, pourtant, causa de la jalousie et suscita ensuite des envieux à M. Duchesne, après la mort de M. Laurence, ainsi que nous verrons.

Dieu ouvrit encore aux Missionnaires la porte d’un autre pays plus éloigné, qui était la Chine, et il se servit pour cela de N[otre] S[aint] P[ère] le Pape, Clément XI, qui avait une singulière affection pour la Compagnie. Il faisait l’honneur à la maison de Rome d’y aller quelquefois avant que d’être pape, et en même temps a vu un missionnaire français quoique reçu en Italie, nommé M. Anselme3, homme simple et droit de le voir, et même prenait ses avis pour sa conscience ; il fit une retraite pour se disposer à recevoir le st. ordre de prêtrise ;étant devenu pape, il fit dire à M. Anselme qu’il serait bien aise de le voir encore quelquefois, et que, pour cela, on l’introduirait, par un escalier réservé, dans sa chambre.

Le St.-Père, comme marque M. Pierron dans sa lettre du 1er janvier l700 dit un jour devant M. Anselme, qu’il voulait envoyer des prêtres de la Congrégation dans la Chine et aux Indes, demandant si plus[ieu]rs s’offriraient d’y aller. Quand on l’eut proposé aux français, quantité se présentèrent pour cette mission éloignée, tandis qu’il n’y eut que peu d’Italiens qui en écrivirent au général pour s’offrir.

Le Pape y avait déjà envoyé depuis deux ans, pour vice-visiteur apostolique, un prêtre de la Mission, italien, nommé M. Louis-Antoine Appiani4, lequel, dit M. Pierron, étant arrivé à la Chine, nous mandera s’il voit là quelque disposition pour faire un établissement, et alors on fera des efforts pour envoyer des ouvriers. Cependant, ceux qui se sentiront avoir un attrait pour cette Mission, feront bien de nous en donner avis, afin que nous y pensions à loisir, et, en attendant, qu’ils pratiquentles vertus apostoliques, lesquelles peuvent, moyennant la grâce de Dieu, mériter une si sainte vocation ; elle demande une vertu mâle et très solide, à l’épreuve de toutes les peines, mortifications et tentations. Il avait appris par des lettres dudit M. Appiani, qu’après ses divers voyages et les peines qu’il avait endurées, il était prêt de monter sur un navire qui devait le conduire en Chine avec ses compagnons, mais que le capitaine, qui était Anglais, ne voulut jamais l’y admettre, quoi qu’ils fussent convenus du prix pour les passer ; toutefois qu’il espérait bientôt arriver à la Chine par quelque autre commodité ; et qu’étant à Madras, port d’où il écrivait, près de Meliaport ou ville de Saint-Thomas, sur la côte de Coromandel, un de ses compagnons lui avait demandé d’être admis dans la Congrégation. M. Appiani est devenu ensuite célèbre dans la Chine, par la part qu’il a eue aux souffrances de Mgr le cardinal de Tournon, auparavant patriarche d’Antioche et envoyé par N[otre] S[aint] P[ère] le Pape, en qualité de légat apostolique, pour terminer les différends survenus entre les Missionnaires de cet empire, sur les cérémonies chinoises, ce que fit par unmandement depuis approuvé par le Pape, où il les déclare superstitieuses. Ce mandement lui attira de fâcheuses persécutions de la part de l’empereur de la Chine. Il est fort parlé dudit M. Appiani que Mgr de Tournon prit pour son interprète, dans les Mémoires de Messieurs des Missions étrangères.

Il était originaire du Piémont et avait un autre frère cadet, aussi prêtre de la Mission, qui alla en même temps dans les vastes régions du Mongol, en Asie ; mais il revint bientôt en Europe et amena avec lui un jeune homme de cette nation à Paris, puis il retourna en Piémont. Ainsi, son voyage n’eut pas de suite. Il écrivit du Mongol à M. Pierron une lettre datée du 22 février 1700, où il l’informa que deux mois auparavant, interprétant son intention sur ce qu’il avait donné permission à son frère de recevoir deux prêtres dans la Congrégation, lequel pourtant ne reçut que M. Mullener, étant déjà à la Chine, il avait pareillement reçu comme Missionnaire de la Congrégation un prêtre âgé de 31 ans, d’une famille noble de Ravenne, nommé M. Nicolas Piepascoli5. C’était un docteur en l’un et l’autre droitqu’il avait professé en son pays, lequel, dans une retraite faite en la maison de Monte Citorio, à Rome, il y fut tellement touché de Dieu que, depuis, il n’eut que du mépris pour le monde et conçut un tel zèle pour le salut des Indiens, qu’il quitta tout pour se consacrer à leur service. M Appiani ajoute que, pour lors, ce prêtre faisait tant de fruit auprès de ces pauvres infidèles qu’il faudrait un gros volume pour les marquer ; qu’il avait un don particulier de se faire aimer de tout le monde, même des Anglais et Hollandais hérétiques, lesquels ont secondé tout ce que son zèle lui a fait entreprendre, et ce qui est de plus considérable, qu’il est extraordinairement vertueux et appelé dans ce pays-là l’ange de paix et un vrai saint.

Voilà, ajoute M. Pierron, un grand don que Dieu a fait à la Congrégation. Il m’a écrit pour me prier d’agréer sa réception, mais demandant cela d’une façon qui fait bien connaître qu’il possède déjà l’esprit de la Mission et les vertus qui le composent. Il ne s’est point encore présenté d’embarquement que celui qu’on prépare en ce mois ici, par lequel je ne manquerai pas de lui mander que nous agréons ce qu’a fait M. Jean Appiani, et que nous souhaiterions qu’il plût à Dieu de nous envoyer de tels sujets. Toutefois, il n’est plus parlé dans la suite de ce Missionnaire.

  1. Yves Laurence, 1632-1705.
  2. Lambert Duchesne, 1652-1736.
  3. Jean-Baptiste Anselme, 1645-1714.
  4. 1663-1732.
  5. Inconnu.

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