Histoire générale de la Congrégation de la Mission (43)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Claude-Joseph Lacour cm · Année de la première publication : 1897.
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XLIII. Autre assemblée générale en 1692. Ses décrets.

logocmOn a déjà dit ci-dessus que le décret de l’assemblée précédante qui donne une place distinguée aux assistants faisait beaucoup de peine à M. Jolly. Et qu’il le jugeait contraire à la simplicité, dont la Congrégation fait une profession particulière. Peut-être voyait-il que Mrs. ses assistants faisaient trop valoir ce décret, en affectant toujours de prendre de telles places. Les anciens de St.-Lazare semblaient n’en être pas édifiés, et un de ceux qui avaient rendu de meilleurs services, nommé M. Louis Serre, pour faire connaître ce qu’il pensait d’une telle distinction, allait toujours dans le chœur se mettre le dernier des clercs, ce qui faisant peine au préfet du chœur, et l’ayant averti en vain de se mettre en son rang, parmi les prêtres, alla enfin le dire à M. Jolly, de qui il reçut cette réponse : Laissez le faire. Il sait bien à qu’il fait. Le général résolu donc de faire abroger ce décret, et pour cela de tenir une autre assemblée générale.

Il avait d’abord pensé à en convoquer, suivant les constitutions, une sexennale, six ans après la dernière assemblée générale, qui avait été tenue, comme on a vu, en 1685. Mais les guerres étaient survenues ; elles rendirent les chemins difficiles, surtout pour les étrangers qui devaient à venir d’Italie et de Pologne, et qui pour cela s’excusèrent. Elles ne permirent donc pas de le faire. Voici ce qu’en écrivit M. Jolly aux maisons de la Compagnie, dans une lettre du 18 décembre 1690 : Le visiteur des maisons d’Italie m ayant écrit, il y a quelques mois, à l’occasion de l’assemblée sexennale qui doit se tenir l’année prochaine, qu’en cas de continuation de guerre il serait malaisé de venir de ce pays-là, ici, à cause de la rupture avec le duc de Savoie et parce que les Piémontais, qui sont en bon nombre dans la Congrégation, ne pourraient pas entrer en France, quelque voie qu’ils prissent pour cela. C’est parce que S[on] A[ltesse] R[oyale] ne le voulait pas. Faisant aussi attention que le voyage serait difficile pour les Polonais, attendu que l’Allemagne est pleine de gens de guerre ; de l’avis de nos assistants à qui j’ai proposé tout cela et de plus notre intention qui était de convoquer une assemblée générale pour quelques raisons qui regardent le bien de la Congrégation, on a jugé à propos de n’en point tenir de sexennale l’année prochaine, à moins qu’on ne vît cette difficulté du chemin, levée. Je fus de même bien aise de savoir le sentiment de tous les visiteurs des provinces ; ceux-ci ayant pareillement jugé cette assemblée sexennale n’être pas nécessaire, nous avons résolu de ne pas la tenir, mais d’en convoquer une générale sitôt que les chemins seront libres et qu’on pourra voyager avec assurance. J’ai voulu faire savoir ceci aux maisons, parce que quelques supérieurs faisaient des instances pour être informés du temps de cette assemblée sexennale et pouvoir, sans interrompre les fonctions, convoquer leur assemblée domestique.

Il n’attendit pas bien de temps à convoquer cette assemblée générale ; l’ayant indiquée à Paris immédiatement après Pâques de l’année 1692.

L’affaire des assistants lui tenait fortement à cœur, et le voyant déjà vieux de plus de 70 ans, il ne voulait pas qu’on attendît après sa mort dans une assemblée générale pour une future élection, où les assistants n’ayant pas le général à leur tête, auraient peut être trop dépourvu, ainsi le décret aurait aisément subsisté.

Les Italiens, ayant pour visiteur M. Terrarossa, supérieur de Rome, vinrent par mer aborder à Marseille ; et les Polonais, qui avaient pour chef M. Tarlo, prirent des passeports pour venir par la Hollande et Bruxelles. Les assemblées provinciales de France se firent et se tinrent pacifiquement, et les députés se rendirent à Paris avec les visiteurs au temps marqué. Les assistants du général témoignèrent d’abord de la fermeté, pour maintenir le décret en leur faveur. Mr. Talec, un d’entre eux disant qu’il en avait juré l’observation comme de tous des autres. Toutefois l’assemblée ne jugea pas leur prétention raisonnable. Et M. Talec fut déposé de son assistance, ayant vu lui-même qu’il était obligé de demander sa démission. Il était de plus admoniteur du général, et M. René Gouhier1, homme distingué par son savoir et connu même dans Paris pour cela, en qui M. Jolly avait grande confiance, fut mis à la place de M. Talec pour ce dernier office ; mais on ne lui substitua pas d’assistant. Il en restait trois comme ci-devant, attendu que l’assemblée précédente avait jugé à propos d’y en ajouter un quatrième pour les nations étrangères et surtout pour la nation italienne. Ce fut M. Thomas Robicolli2, prêtre, de la maison de Rome, qui vint le premier à Paris pour exercer cet office, et cet usage a continué depuis. Nous allons rapporter en abrégé les décrets de cette assemblée.

On a traité, dit-on, du décret de la préséance accordée dans la dernière assemblée aux assistants du général, et la présente a déclaré d’un consentement unanime, et des assistants même, qui pour le bien de la paix, et de la Congrégation y ont renoncé que sans avoir égard à ce décret, il fallait s’en tenir à l’ordonnance à l’usage observé auparavant dans la Congrégation. Savoir : que hors le cas des assemblées générales, il n’y ait point de places particulières pour les assistants, et l’assemblée défend à tous et un champ de sujets de la compagnie de rien proposer à l’avenir, dans quelque assemblée que ce soit, qui tende à se procurer à soi-même ou aux autres directement ou indirectement aucune préséance, sous telle peine que l’assemblée jugera à propos. Ce décret est vigoureux. Il fait connaître que M. Jolly quoique vieux, savait encore se faire obéir, en imposant la loi à la Congrégation, en gagnant les esprits, pourvu maintenir la simplicité et l’humilité, en quoi il avait certainement raison.

Les autres décrets sont encore en grand nombre : savoir, qu’à l’égard des sous-assistants, pour lesquels on demandait s’ils devaient prendre séance immédiatement après l’assistant au chœur ; qu’excepté la maison de St.-Lazare, où pour de bonnes raisons le sous-assistant à la place immédiatement après l’assistant, il fallait s’en tenir ailleurs à ce qui avait été pratiqué jusqu’à présent. L’assistant qui fait tout l’office du supérieur ou défunt, ou rappelé, ou absent, ou grièvement malade, n’a pas droit quand il ne peut aller à l’assemblée provinciale, d’en substituer un autre, les constitutions ne l’accordant qu’au seul supérieur. En cas que celui qui est élu député dans l’assemblée domestique, pour aller à la provinciale, renonce à son élection, et, avant ou après, refuse de partir, on ne peut faire de nouvelle élection à cause de plusieurs inconvénients qui seraient à craindre. L’on ne doit pas refuser là où l’on dirige les séminaires externes, l’honneur, et la charge d’examiner les ordinands, que les évêques défèrent quelquefois, mais bien celui d’examiner les confesseurs, ou d’être admis à leur conseil, sans obtenir la permission du général. Et si on l’obtient, s’en tenir à ce qu’a réglé l’assemblée de 1668. En parlant de la direction des conférences du diocèse, pour ce qui est de la confession des malades, des pauvres, et des prisonniers, qu’on pourrait visiter, il ne faut rien innover, mais s’en tenir aux règles et aux usages de la Congrégation.

Dans la lecture que l’on fit de ce qu’avaient proposé entre eux les députés, pour examiner différentes questions, savoir, s’il fallait enseigner aux étudiants l’administration des sacrements, et les y exercer, les faire prêcher au réfectoire, ils pensèrent de devoir les exercices aux sacrements une ou deux fois le mois, que pour ceux qui étaient déjà dans les ordres sacrés, qu’on devait renvoyer les sermons du réfectoire, au temps des vacances pour ne pas interrompre les études, à moins qu’il ne fut question de jeunes prêtres restant à St.-Lazare quelque temps après leur ordination, ou d’anciens étudiants qui avaient déjà achevé leurs études, qu’il fallait permettre aux mêmes étudiants, d’entrer dans la chambre de leur régent seulement pour les études, à condition que tandis qu’ils seraient dans la chambre, la porte serait ouverte, on peut la fermer quand ils sont avec le préfet des études. Qu’il convient de même que les séminaristes externes puissent aller voir dans leurs chambres les nôtres qui sont leurs régents, ou leurs directeurs, mais que pour l’ordinaire la porte doit être ouverte. Qu’il fallait laisser au jugement du supérieur, ou du directeur de donner permission aux séminaristes internes, de se promener les fêtes et dimanche après vêpres, mais ne rien innover dans l’usage de la maison de St.-Lazare. Touchant la permission de quelque sorte d’étude sur la fin du séminaire interne, que les supérieurs pour écrire dans diverses lettres les choses qui doivent être écrites, sans obliger d’observer leur règle, où tout est clairement expliqué. Et de même pour signer les comptes du procureur. L’assemblée approuva toutes ces résolutions.

Il y eut pareillement des disputes pour examiner, les difficultés touchant les fonctions, et sur leur rapport qu’en certains lieux, il y avait du bruit pour porter l’étole dans les enterrements. Entre les anciens prêtres, ou l’assistant, et l’hebdomadier nommé pour faire les enterrements. Il fut dit suivant l’avis des mêmes députés, que cela n’appartient ni aux anciens prêtres, ni à l’assistant, à moins pour cela ; que l’uniformité parfaite dans les paroisses souhaitée par plusieurs était difficile que c’est au supérieur d’appliquer un chacun aux fonctions selon son talent ; qu’il faut incessamment faire un coutumier, où on marque tout ce qu’il y a à faire dans la paroisse, le donner ensuite à examiner au visiteur, puis l’envoyer au général ; que dans les contestes survenues quelquefois entre les assistants et les procureurs, en ce que leurs règles semblent leur recommander le soin des mêmes choses, comme de visiter la cuisine, grenier, dépense, &c, pour déterminer ce qui est de l’office, d’un chacun, on doit observer à l’avenir ceci : c’est à l’assistant à visiteur ces endroits, et faire en sorte que ceux qui en ont soin, s’acquittent de leur devoir, et au procureur de prendre garde, s’ils font quelque chose contre le bon ordre, afin d’avertir le supérieur ou l’assistant, mais sans rien ordonner là y même. Le procureur doit faire les provisions, de ce qui peut se garder, comme blé, étoffes, &c, de l’ordre du supérieur, et l’assistant prendra soin qu’on les fasse de bonne heure, et que le tout soit de bonne garde. Le procureur pourra visiter tout cela, afin que s’il remarque quelque chose qui se gâte, il en avertisse le supérieur, ou l’assistant, toutefois il n’appartient ni à lui ni a l’autre, de déterminer à qui le frère achètera, pour la dépense journalière, en jours maigres, ou en quelques autres. Cela appartient au supérieur seul, à moins que pour certaines raisons, il ne s’en décharge sur l’assistant. C’est l’office du procureur de garder chez lui ce qui sert pour les usages ord[inai]res des gens de la maison, comme papier, ceinture, &c, qu’on ne pouvait pas encore dresser un règlement, pour être observé par les curés, faisant la retraite annuelle dans les maisons. Qu’il fallait attendre d’être bien informé par expérience, de ce qui était plus convenable, plus[ieu]rs curés n’agréant pas notre usage de répéter l’oraison, et ne voulant pas pour cela venir en retrait, et les évêques souhaitant de même qu’on le supprima. Il se faut donc contenter de l’introduire, où l’on peut, à moins que les curés n’en parussent absolument éloignés. Il ne faut point introduire de lecture de piété en public dans les séminaires externes, comme quelques-uns les demandèrent, sous ce prétexte que les séminaristes la négligent en particulier, mais se contenter que leurs directeurs, et confesseurs, la leur recommandent, ou ordonnent.

Quelques-uns uns trouvaient de l’obscurité dans ces termes, des règles Chap. 10 et 13. que les jours de chapitre on doit s’accuser devant les autres au supérieur, ou autre tenant sa place, où en fixa le sens en ordonnant que cela devait se faire quand il y avait trois personnes pour s’accuser, et y garder l’ordre observé jusqu’à présent, que ceux d’un différent état s’accusent séparément, savoir, un prêtre ancien seul, s’il n’y en a pas d’autres, de même un étudiant, ou prêtre qui n’aurait pas encore deux ans après les vœux.

On parla aussi des erreurs des quiétistes, et pour témoigner un singulier respect et obéissance à l’égard du St.-Siège, ce qu’on jugea être nécessaire à la Congrégation, on ordonna à tous ses sujets d’éviter avec soin toutes les d[ernier]es erreurs et les abus introduits, sous prétexte d’une oraison particulière, renouvelant en conséquence dans son entier le décret et ordonnance faite là-dessus en la dernière assemblée, défendant à chaque supérieur, ou autres d’enseigner aux sujets de la Congrégation, ou externes cette nouvelle méthode, de garder fermés à clé, avec les livres défendus, tous ceux qui ont été écrit sur ce sujet, et condamnés par le St. Siège. De même de n’ordonner point à lire d’autres qui parlent de cette méthode d’oraison. Si quelqu’un apprend qu’on n’obéit pas à ce décret, il sera obligé d’en avertir le général, pour punir selon la prudence, punir le délinquant, et, s’il en était besoin à cause de son opiniâtreté, le chasser de la Compagnie. Sur quelques doutes fournis à l’occasion du règlement, et avis donnés pour les missions, on résolut que personne, excepté le directeur ou un autre à qui il en donnera la commission, ne distribuera des chapelets ou images, le catéchiste peut pourtant en donner quelques-uns dans le catéchisme. L’action de la communion doit se faire immédiatement après avoir pris l’ablution, ensuite achever la messe, et communier le peuple.

  1. Robert Gouhier, né 1630.
  2. Inconnu.

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