Histoire générale de la Congrégation de la Mission (24)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Claude-Joseph Lacour cm · Année de la première publication : 1897.
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XXIV. Autres mémoires pour le bon acquit des fonctions

logocmEn voici d’autres sur les fonctions différentes de l’institut, en commençant par les missions. On marque d’abord la crainte de relâchement dans le boire et le manger. Et pour les preuves les directeurs seront fermes à maintenir les règlements, et les résolutions de l’assemblée précédante, fournissante d’autre part raisonnablement selon l’usage de la Compagnie le nécessaire, pour ne pas donner lieu de plainte, et de passer à l’excès sous prétexte de nécessité. Si on ne peut commodément porter de petits plats pour les portions, les mettre selon le règlement toutes coupées pour chacun dans un ou deux grands plats, tellement que le directeur n’ait qu’à les présenter. Et éviter ainsi plus aisément l’excès, donner au prédicateur qui sort de prêcher un bouillon, ou un doigt de vin avec du pain et du fruit, mais d’éviter [là] toute délicatesse tant en mission, que dans les cures. Porter en mission des chopines, si cela se peut aisément pour donner à un chacun sa portion réglée de vin, ne pas convier les curés à manger qu’au terme de règlement. Encore moins d’autres externes que de la permission du supérieur de la maison ; et qu’on ait besoin de quelques jours de repas, les passer plutôt dans le lieu où l’on va que dans celui que l’on quitte.

Les confesseurs, pour s’acquitter de leurs obligations avec la capacité que demande cet emploi, en trouveront les moyens dans les avis suivants : Faire exactement les conférences des cas de conscience dans les maisons au temps marqué dans les règles des supérieurs ; faire lire et apprendre les avis de St.-Charles aux confesseurs ; et exercer quelquefois publiquement la confession. Tout de même aux étudiants qui sont dans les Ordres sacrés, comme on le fait pour les séminaristes externes, les examiner avec soin, devant et après les avoir présentés à l’ordinaire pour l’approbation, à moins qu’on ne soit sûr de leur savoir, et ne les appliquer qu’avec précaution au tribunal pour n’entendre d’abord que des gens qui n’ont pas coutume d’avoir des cas difficiles, et avec qui il n’y a pas du danger.

En suite touchant la manière d’assister aux visites de Nosseigneurs les Évêques qui ont assez pris la coutume de mener quelques missionnaires pour les précéder dans les lieux où ils vont, et disposer les peuples à profiter de cette grâce et recevoir le sacrement de Confirmation. Il est dit d’abord qu’il est mal aisé en cela d’être parfaitement uniforme, attendu que les évêques, auxquels on doit obéir, font leurs visites différemment ; toutefois, que, autant que faire se pourra, il faudra observer ce qui en suit : Avant que le Prélat envoie son mandement dans les paroisses on y ira recevoir ses ordres. Et s’il y avait quelque chose de prêcher et confesser dans les villes, exceptées par la Bulle de l’érection de la Compagnie, ou trop difficiles, comme si on exigeait de deux missionnaires qui doivent préparer les peuples à recevoir la visite, de le faire en plus de deux paroisses chaque jour, on s’en excuserait avec respect. Si le prélat souhaite d’être précédé en chaque paroisse, selon l’usage accoutumé, on fera en sorte que, dans le mandement envoyé aux curés une quinzaine de jours avant la visite, il soit marqué que, la veille de ladite visite, des Missionnaires viendront pour disposer les peuples par des instructions et des confessions. Le jour avant le départ, on recevra la bénédiction du Prélat. Et portant tout ce qui est nécessaire comme des sermons sur la visite, et sur la confirmation, les parties de la pénitence, la charité chrétienne qui doit être en vigueur dans les paroisses, etc. De plus un Pontifical, ou une feuille des cérémonies de la visite. Ils iront au moins deux ensemble dans chaque lieu désigné, saluant d’abord le curé, et lui exposant le sujet pour lequel on vient. On fera en sorte de garder toujours les règles et les pratiques ordinaires, en s’approchant tant qu’on pourra de l’ordre et des fonctions de la mission et arrivant, si on le peut, dès la veille, dans le lieu où il faudra travailler, pour pouvoir plus aisément le lendemain, faire la méditation, dire la messe et réciter l’office divin.

Tout ce qu’il y a à faire dans la visite, c’est de prêcher, catéchiser, confesser, accorder les différents et informer Mr. le curé s’il le faut de ce qu’il doit faire à la réception du Prélat. Les sermons et catéchismes seront pour les sujets ci-dessus marqués. Et tandis que lui prêchera, l’autre fera quelque autre fonction selon l’occurrence. Les accommodements demandent beaucoup de temps ; on ne s’en chargera donc pas entièrement, mais seulement on disposera, en public et en particulier, ceux qui ont des démêlés à les terminer en présence du Prélat, quand il sera arrivé. Si on doit rester tout le jour dans la paroisse, on y pourra faire trois actions comme dans les missions, savoir : deux sermons, un le matin, l’autre le soir, et le catéchisme à midi ; de quoi il faudra avertir le peuple à midi. Mais si on ne demeure qu’un matin ou un après-dîner, ce qui profiterait de peu, on mêlera différentes matières dans un même sermon pour dire sur chacune de la visite, la pénitence, la confirmation, etc., ce qui est le plus nécessaire, sans omettre le catéchisme, tant qu’on pourra.

Quelque muni qu’on soit de l’autorité de l’Évêque, il faut porter beaucoup de respect aux curés et aux prêtres et gagner leur affection, pour pouvoir, dans les occasions, faire avec fruit des missions chez eux.

Ainsi, jamais on ne se charge d’informer de leurs mœurs, de la manière dont ils font leurs fonctions, ou d’autres choses odieuses ; mais prier les évêques d’en charger quelqu’un autre, attendu que cela préjudicierait aux succès des missions. Si le Prélat désire qu’on aille avec lui, outre ce que dessus, on étudiera les cérémonies de la visite et de la confirmation, qu’il faut bien savoir pour cela. On fera en sorte de conserver toujours pour sa personne sacrée un profond respect, sans s’avancer aisément à lui donner des avis, à moins qu’il ne le demande, ni à dire son sentiment sur les matières de doctrine et de discipline en présence de ses officiers, évitant à table toutes les fautes contraires à la tempérance, comme de boire le vin pur, choisir ou demander les viandes délicates, &c. Allant à cheval, on arrivera si on peut, avant l’évêque, pour disposer le curé à le recevoir, s’étudiant dans tout le chemin à édifier de telle sorte qu’on puisse dire d’eux comme du Fils du Dieu : qu’il est passé en faisant du bien à tout le monde. Voilà ce qui fut prescrit pour le cas des visites épiscopales.

On régla de même quelques articles pour les cures unies à la Congrégation, afin d’y garder l’uniformité et une exacte subordination. Le supérieur seul prendra la qualité de curé dans la souscription des actes qui regardent la paroisse. Les autres signent seulement : N[otre]., faisant les fonctions curiales dans une telle paroisse ; à moins qu’un particulier ne fut pourvu de la cure et, pour lors, le supérieur ne prendrait pas la qualité de curé. Tous les prêtres de la maison parleront du curé avec honneur et estime, en l’autorisant de leur mieux, surtout devant les externes. Le supérieur fera, quand bon lui semblera, les prônes et autres fonctions, en qualité de curé ; toutefois, il fera bien de ne pas prendre toujours sur lui tous les emplois honorables, mais de les partager entre les prêtres de la maison aux jours solennels, sans pourtant quitter sa place. Il doit prendre soin lui-même de l’assistance spirituelle des malades, ce qui est un des devoirs les plus étroits d’un curé, les visitant au moins une fois la semaine, et spécialement les pauvres. Les autres prêtres l’aideront volontiers en cela, aussi bien que pour les autres fonctions quand il les voudra faire, sans visiter les malades. Le tout que le supérieur les ira voir. Dans ces visites on veillera leur procurer les secours spirituels dont ils auront besoin sans attendre l’extrémité. Et on sera toujours accompagné d’un frère ou de quelque autre. La porte de la chambre reste ouverte tandis qu’on les confessera surtout si ce sont des femmes. Si on ne pourrait trouver de compagnons, il faudrait plutôt prendre un domestique exprès ; mais ne pas se dispenser de cela sous quelque prétexte que ce soit pour éviter des suites dangereuses qui pourraient arriver faute de cette précaution.

Le supérieur visitera les petites écoles de deux en deux mois au moins, et, s’il en était empêché, commettre un autre pour que les maîtres et les maîtresses soient de bonnes mœurs, les uns pour les garçons seuls, les autres pour les filles ; il veillera à ce qu’on ne leur fasse voir que de bons livres. Il faut entretenir la confrérie de la Charité dans la ferveur, assemblant pour cela les dames une fois le mois environ pour leur bien spirituel et le soulagement des malades. On pourra prier quelque fois le prédicateur à manger, et donner quelque chose dans la quête qu’on fait pour lui de l’avis du visiteur sans pourtant rien introduire qui fasse quelque droit à l’avenir. Il faut donner aux prêtres externes habitués dans la paroisse, s’il y en a, un rang convenable à leur âge et qualité, les honorant toujours plutôt plus que moins. On n’exigera pas avec empressement et importunité les droits curiaux surtout pour les enterrements &c., mais sans laisser perdre les essentiels, sans par trop de condescendance, comme dîmes, fondations &c. Et si les débiteurs ne payaient pas après leur avoir souvent demandé avec honnêteté, les y contraindre avec justice du consentement du visiteur, et les particuliers ne relâcheront rien de ces droits, ni ne feront aucune aumône sans la permission du supérieur, remettant aussi ce qu’on leur donnera de distribution de messes, &c, entre les mains du sacristain, ou d’autres députés pour cela. Il faut se garder d’introduire de nouvelles pratiques et dévotions publiques, onéreuses, difficiles à continuer ; de même de nouvelles confréries, se contentant de celles qui peuvent être établies. Quant aux messes votives, solennelles et basses, suivre les rubriques, mais sans contrevenir à la volonté des évêques, s’ils ordonnent d’en user autrement. Pour éviter les plaintes que les hommes ont coutume de faire de ne pouvoir aborder les confessionnaux quand les femmes le environnent, on peut en avoir de particuliers pour eux si cela est facile, surtout aux grandes fêtes, ou bien les partager en ne recevant que les hommes du côté de l’autel et les femmes de l’autre. Cela étant plus commode et plus décent. On peut recevoir à confesser dans la quinzaine de Pâques d’autres paroissiens qui se présenteraient pourvu qu’ils aient une permission de leur curé, et que leur prélat ne l’ait pas défendu. Il faut pourtant passer les paroissiens les premiers, c’est au supérieur d’appliquer un chacun selon son art, son talent, et sa capacité, tenant la main à ce que tous les confesseurs soient assidus le matin au tribunal les jours des fêtes, et en temps de concours. Et que les jeunes prêtres se forment aux fonctions, à qui il faut recommander le plus la discrétion dans les interrogats, éviter toutes sortes d’attache à des dévotes, et n’en pas souffrir de leur part ; retrancher tout ce qui les pourrait produire, et entretenir, comme visites, conversations trop fréquentes, termes très trop tendres, lettres, présents, &c, ce qui a coutume d’avoir de fâcheuses suites, ne pas leur permettre de communier plusieurs fois la semaine sans de grandes raisons, ni leur donner des avis par écrit ou faire faire souvent des confessions générales et encore moins vœux d’obéissance à eux-mêmes ni de chasteté perpétuelle, qu’après de longues épreuves, et des vœux pour un temps, ne leur imposer en confession aucune œuvre de charité immodérée qui puisse causer du scandale ou de la division dans les familles.

 

 

 

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