Histoire générale de la Congrégation de la Mission (05)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Claude-Joseph Lacour cm · Année de la première publication : 1897.
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V. Zèle de M. Alméras pour les cérémonies dévotion à la Ste Vierge.

logocmCe digne supérieur général n’était pas seulement très zélé pour la régularité des maisons de la Compagnie, il avait aussi fort à cœur que comme elle est une congrégation ecclésiastique, on s’y appliquât de son mieux à bien faire les cérémonies de la messe et de l’office, afin d’être en état de les apprendre à ceux qui seraient élèves dans leurs séminaires. Il en écrivit à ce sujet une lettre circulaire à toutes les maisons, où il marquait qu’il est de très grande importance que tous les ecclésiastiques, et spécialement les Missionnaires destinés pour enseigner les cérémonies de l’église aux jeunes élèves, soient très affectionnés à s’en acquitter avec grande dévotion, modestie et exactitude, une telle fonction étant de leur état par rapport aux séminaires et aux retraites que les prêtres font chez eux de temps en temps.

On avait souhaité avec raison, afin d’y garder l’uniformité, que plusieurs choses pas assez détaillées dans les rubriques du Missel, et d’ailleurs expliquées d’une façon laissait [sic] encore quelques obscurités d’où naissaient des doutes dans l’esprit de différents particuliers qui les expliquaient diversement, fussent clairement désignées dans un manuel des cérémonies auquel on avait déjà travaillé du vivant même de M. Vincent, et par sa permission, tenant pour cela des conférences non seulement entre les Missionnaires, mais y appelant des externes habiles en cette matière, pour ne rien fixer qu’après une mûre délibération et en ordonner ensuite la pratique à St.-Lazare ; qu’au reste, il avait été assez malaisé de faire transcrire assez de copies pour toutes les maisons présentes et à venir ; ainsi on avait jugé nécessaire de faire imprimer ce Manuel, dont le général envoyait deux exemplaires à chaque maison, enjoignant que tous les Missionnaires s’y conformassent.

Il y joignit un mémoire important touchant toutes ces cérémonies et telle a été l’origine de ce manuel dont il n’eut d’abord qu’un tome qui n’expliquait que les cérémonies générales sans particulariser celles des fêtes particulières de l’année tant mobiles qu’immobiles ni distinguer ce qu’il y avait à faire pour chaque office du célébrant, du diacre, &c., ce qu’on réserva pour un second tome et il ne parut que bien longtemps après, comme nous dirons en son lieu. La lettre du général sur ce point est datée de Paris, le 28 avril 1662.

Le septième juillet suivant, il en écrivit une autre lettre pour recommander à la Congrégation une dévotion singulière à la très s[ain]te Vierge Mère de Dieu après avoir fait tenir pour cela plusieurs conférences dans toutes les maisons, aux fins de délibérer s’il était expédient que la Compagnie se mit sous la protection spéciale de la s[ain]te Vierge dont il avait demandé les résultats lesquels lui furent envoyés. Il marque y avoir observé avec une consolation sensible le zèle de toute la Congrégation pour se dévouer spécialement à Marie et fait un abrégé bien judicieux des différents motifs répandus dans ces résultats de conférence, savoir : que la Mère du Sauveur du monde dont tous les chrétiens sont les frères était par conséquent la Mère très débonnaire de ceux-ci, toute-puissante auprès de son Fils, lequel répandait volontiers ses libéralités en faveur de sa Mère ; qu’elle était également pleine, comme son Fils, de charité et de miséricorde pour les hommes ; qu’on ne pouvait manquer d’être favorisé de Dieu par son entremise, et que pour ce sujet presque toutes les communautés religieuses et même toute l’église l’avaient prise pour leur protectrice, à quoi la Congrégation semblait plus obligée que les autres, n’ayant aucun patron déclaré saint, et sentant un besoin extraordinaire du secours du ciel pour réussir dans les fonctions aussi importantes et difficiles que le font celles qu’elle a entreprises dans les missions et autres emplois ; et d’ailleurs y ayant à craindre pour la conservation de la propre conscience, et en particulier de la pureté en entendant toutes sortes de péchés contraires dans les confessions générales que ces mêmes fonctions communiquent aux Missionnaires une espèce de ressemblance avec Marie, en ce qu’elles tendent à former Jésus-Christ dans les cœurs de ceux qu’il faut gagner à Dieu, selon l’expression de l’Apôtre ; qu’après tout la Bulle de l’érection de la Compagnie et les règles communes des Missionnaires les obligent à honorer la Mère de Dieu d’un culte particulier, qu’ainsi le moyen auquel la Compagnie pensait ne pouvait être que très agréable à Dieu, fort convenable à l’Institut, et tout à fait conforme aux intentions de n[otre] s[aint] Père le Pape et à celles de feu M. Vincent.

Toutefois que cette dévotion ne devait pas se terminer à la Mère, mais passer jusqu’à Dieu qui doit recevoir nos prières et nos vœux par son entremise et qu’elle doit être différente de celle qui parait en certaines gens, lesquels se contentent d’être dévots à Marie, et continuent dans leurs péchés, espérant d’avoir par ce moyen la grâce d’une bonne mort, on met la dévotion à réciter quelques chapelets sans se mettre en peine de la sévérité Chrétienne et de la pratique des vertus solides, telles que sont l’humilité et la mortification, la charité, et les autres au lieu que l’esprit de la Congrégation dans cette dévotion doit être de s’engager fermement à l’imitation des vertus et des bonnes œuvres du Fils et de la Mère ; de mériter par cette dévotion qu’elle croisse en nombre de bons sujets et encore plus en vertus, renonçant pour toujours selon les promesses qu’un chacun a faites dans son baptême au démon, au monde et à la chair par l’observance exacte des vœux que l’on a fait et le soin de conserver le premier esprit de l’Institut qui est un esprit de simplicité, d’humilité, de douceur, de mortification, et de zèle pour travailler toujours au salut des pauvres gens des champs, à l’avancement des jeunes clercs dans la science et la vertu, et au bon succès des différentes fonctions, selon les règles que lui a prescrites feu M. Vincent, desquelles elle prétend jamais ne se détourner, ainsi les supérieurs n’auront pas la liberté d’introduire dans leur maison aucunes prières ou jeûnes ou autres pratiques extraordinaires à l’honneur de Marie ; cela est laissé à la dévotion particulière d’un chacun, qui serait en cela louable, mais pourvu qu’il ne fasse rien d’incompatible avec les observances communes, ni qui marque trop de singularité. Dans la maison seule de St.-Lazare, l’usage est de jeûner les veilles de fêtes chômées de Notre-Seigneur et de s[ain]te Vierge, qu’avec surplus, pour rendre cette dévotion ferme et constante sans aucune légèreté, il faut que chaque missionnaire ait une grande estime de la Mère de Dieu, en sorte qu’il conserve pour elle un amour singulier et une confiance tendre, s’étudiant pour cela d’imiter ses vertus, entre autres l’humilité, la pureté, la charité, inspirant aux autres dans les sermons et exhortations les mêmes sentiments ; faisant un bon usage des occasions journalières qu’on a de lui témoigner son zèle dans l’observation de ses fêtes, dans le recours à Elle au commencement de la journée, dans la récitation de l’Ave Maria et autres prières qu’on dit chaque jour : tout cela pouvant être d’un mérite d’autant plus grand qu’il paraît moins et qu’il n’est pas de notre choix. Enfin, on renouvellera tous les ans, le jour de l’Assomption, une oblation respectueuse et cordiale faite en commun par toute la famille.

M. Alméras en envoya un acte ou formulaire tout dressé pour commencer dans toutes les maisons le quinzième d’août 1662, ce qui a continué et continue encore dans toute la Congrégation. Cette lettre est bien écrite et contient un très bon abrégé de tout ce qu’on peut dire de plus solide pour inculquer et expliquer cette importante dévotion envers la très digne Mère de Dieu, et c’est ce qui a engagé à en donner ici le détail.

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