Histoire générale de la Congrégation de la Mission (03)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

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Author: Claude-Joseph Lacour cm · Year of first publication: 1897.
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III. Règlements de l’assemblée de 1661

logocmTous les missionnaires savent le grand talent et en même temps l’excellente inclination qu’avait M. Alméras pour régler non seulement une maison mais tout un Ordre. M. Vincent s’était servi de lui pour travailler à ce qu’il y avait déjà de règlements faits, tant en commun que pour les offices particuliers et il s’y était employé avec un grand zèle et un pareil fruit. Sitôt qu’il se vit élu général, il pensa à faire déterminer dans l’assemblée où son élection s’était conclue ce qu’il jugea plus important pour perfectionner les règlements de la Congrégation ; elle n’était pas encore assez nombreuse, ou plutôt la diminution de ferveur n’avait pas encore donné lieu de faire quelques décrets, encore moins dans la première de toutes les assemblées tenues en 1642, durant la vie du Fondateur qui voulut s’y déposer comme il est marqué dans sa Vie. Les décrets qui passent pour les premiers de la Congrégation sont de l’assemblée qui suivit celle dont nous parlons tenue en 1668.

Quelque temps après son élection, M. Alméras envoya aux maisons un mémoire pour instruire les supérieurs des qualités nécessaires en ceux qui se présentent et demandent d’être reçus dans la Compagnie, leur enjoignant de s’informer de leur bonne intention, de leur âge, de leurs parents, de leur extérieur, s’ils sont bien faits, si leurs parents consentent à leur entrée dans la Compagnie, et s’ils peuvent se passer d’eux, s’ils ont étudié et comment, s’ils sont pourvus d’un titre pour recevoir les ordres sacrés ; en fin de bien remarquer leurs bonnes et mauvaises qualités d’esprit et de corps, pour en faire un rapport juste au général et le mettre ainsi en état de juger d’abord s’ils sont propres pour la Congrégation sans être obligés d’écrire tant de lettres.

M. Alméras régla pareillement au commencement de son généralat l’Acte de protestation que l’on fait dans toutes les maisons de la Compagnie au commencement de chaque année pour se consacrer en commun au service de Dieu dans les fonctions de l’institut ; il le dressa tel qu’il est conforme à celui dont saint François de Sales s’était servi dans la direction. Chacun y découvre l’onction et la tendresse qui remplissait le cœur de ce digne supérieur général. Il l’envoya aux maisons, en telle sorte qu’on le fit partout pour la première fois au commencement de l’année 1663, ce qui a été toujours continué dans la suite.

De plus il régla conformément à un mémoire dressé au nom de M. Vincent que dans chaque maison on y conserverait les lettres écrites quand elles contiendraient quelque chose de considérable propre à instruire les successeurs, en en faisant plusieurs liasses chacune en son rang, pour y avoir recours en cas de besoin ; qu’on marquerait tous les ans dans un livre exprès, tout ce qui se passerait de remarquable en la maison par rapport au spirituel et au temporel dans chaque emploi, pour en informer en temps et lieu le supérieur général, et quand dans les maisons particulières il se trouverait quelqu’un qui n’aurait pas achevé les deux ans de séminaire interne il fallait en avertir le général deux ou trois mois avant la fin dudit séminaire, lui marquant toutes les dispositions de ces sujets, afin qu’il pût mander s’ils feraient les vœux ou non ; et quand ils les auraient faits, envoyer leur nom, prénoms, leur patrie, la date de leur entrée en la Compagnie, etc., que si quelqu’un venait à mourir dans les maisons, il faudrait au plus tôt en avertir le supérieur général, en lui marquant en abrégé, ce qu’on aura observé dans la vie et dans la dernière maladie du défunt et tenir un registre exact de tous ceux qui décèdent dans les maisons.

Il désira de même selon les intentions de feu M. Vincent que dans les maisons où l’on était chargé de faire des missions, on marqua, dans un livre particulier, tout ce qu’on aurait observé en chaque mission, y écrivant le nom de la paroisse, la date de l’année, la distance de la ville épiscopale, le nombre des communiants, celui des ouvriers qui y auront travaillé, la durée de chaque mission, son succès bon ou mauvais, le temps commode à faire cette mission, et autres circonstances particulières ; quand il s’agira des missions déjà faites, on pourra consulter les livres des dépenses et autres de la maison pour en recueillir l’ordre, et ce qu’on en pourra savoir, c’est à quoi il faut être exact dans la suite et les ouvriers qui succéderont aux anciens pourront par ce moyen s’instruire de ce qu’ils doivent observer pour faire réussir une mission qu’ils vont entreprendre dans les endroits où leurs prédécesseurs ont travaillé avant eux.

Le même supérieur général jugea dans les premières années de son gouvernement qu’il était important de fixer la souscription des prêtres de la Compagnie tant dans leurs lettres que dans leurs signatures en faisant des actes publics au nom de leur maison ou de la Compagnie, il écrivit donc pour cela une lettre circulaire, où il ordonne qu’il faut se souscrire indigne prêtre, clerc ou frère de la Congrégation de la Mission, et non simplement de la mission, y ayant d’autres prêtres qui peuvent user d’une telle souscription, attendu qu’ils vont faire des missions comme nous et cela pourrait former des équivoques qui seraient sujets à des inconvénients en matière de fondation, donation, contrat, &c. au lieu que personne pas même de prêtres vivants en communauté, et établis pour faire des missions, ne peuvent se souscrire de la Congrégation de la Mission, parce que la Compagnie est la seule approuvée et établie du St.-Siège sous ce titre ; qu’il fallait avertir tous les sujets de chaque maison d’écrire ainsi à ceux de la Congrégation, et se signer de même, afin d’éviter par-là tout équivoque, y ayant eu certains endroits des communautés de prêtres qui prennent le titre de missionnaires, comme à Marseille où les prêtres de la communauté de M. Authier dits communément de Saint-Sacrement, s’appellent encore aujourd’hui dans cette ville les prêtres de la Mission de Provence ; M. Alméras défend même en cette lettre dans ce petit détail, marquant qu’on doit se signer indigne prêtre ou clerc &c. de la Congrégation de la Mission et non prêtre indigne de la Congrégation, sur laquelle plutôt que sur la prêtrise paraîtrait tomber le sentiment de son indignité que l’on proteste au lieu qu’il regarde proprement le sacerdoce selon la pensée de M. Vincent et des premiers missionnaires qui ont mis en usage cette souscription ; il ajoute qu’il ne faut pas abréger cette signature en se servant seulement de la première lettre de chaque mot, quand on écrit à des externes qui auront de la peine à deviner ce que cela voudrait dire, ou à des supérieurs ou autres personnes dignes de respect auxquels ne conviendrait pas cette façon d’abréger ainsi la souscription.

Rien n’était plus essentiel pour le bon ordre de la Compagnie que le choix des supérieurs des maisons et leur soin à tenir la main au règlement. M. Alméras fit dresser un mémoire qu’il envoya, dès le mois d’avril 1661, aux maisons de la Congrégation, afin que les supérieurs s’y conformassent, y marquant qu’ils devaient observer eux-mêmes et faire observer aux autres avec fidélité les règles communes et en particulier les usages qui y sont marqués touchant la pauvreté, de n’avoir rien de fermé à clef dans la chambre, ne rien donner, recevoir, et emporter d’une maison à autre sans permission pas même de livres achetés de son bien, sur lesquels le nombre de la maison où l’on demeure doit s’écrire d’abord qu’on les achète, la liberté entière pour les inférieurs d’écrire au général et aux visiteurs à quoi même ils doivent les porter de temps en temps pour les engager à la confiance sans que le supérieur local semble désirer de savoir s’ils écrivent aux supérieurs majeurs ou non ou s’ils en recevant des lettres, et afin que cette liberté soit plus grande, les inférieurs qui voudront écrire pourront s’adresser à l’admoniteur du supérieur pour lui faire cacheter leurs lettres sans être lues, et ensuite les envoyer, mais quant aux lettres à de gens qui demeurent dans le lieu où est le général ou le visiteur ou le supérieur particulier il faut les lui envoyer à cachet volant afin qu’il les lise s’il veut et les cachette ensuite pour les faire remettre à leur adresse ; on a toujours appréhendé dans la Congrégation que des lettres écrites ou reçues d’autres que des supérieurs sans passer par leurs mains introduisissent de trop grands commerces avec le monde, et ensuite le dégoût de la vocation, l’expérience de plusieurs missionnaires a fait voir que cette crainte n’est pas mal fondée.

Les supérieurs veilleront de plus que l’office divin se récite dévotement et que les médiations [sic] prescrites, que le silence s’observe sans entrer dans la chambre de uns des autres, qu’on fasse la communication de trois mois en trois mois, qu’on demande d’être averti au chapitre plusieurs fois dans l’année, quelque fois pénitence aux supérieurs en s’humiliant des fautes que l’on fait contre les règles, de ne pas s’entretenir en sortant de quelque maison des défauts qu’on y observe, ne pas murmurer de la conduite des supérieurs généraux ou particuliers, il ne faut pas recevoir des sujets qui viennent d’une autre maison s’ils n’ont une patente du supérieur ou un ordre du supérieur Majeur.

Outre tout cela les supérieurs s’appliqueront à lire et à bien entendre tant les règles communes que celles de leurs offices et de ceux des autres, ils assembleront les consulteurs de la maison deux fois ou au moins une fois chaque semaine, et dans l’occurrence des besoins pressants où il faut demander leur avis pour terminer ce qu’il y a à faire tant pour le spirituel que pour le temporel de la famille, ils inviteront leur admoniteur de temps en temps à les avertir de leurs défauts, n’entreprendront ni procès ni bâtiments ni rien de considérable sans avoir consulté le général ou le visiteur, tiendront la main à l’observance des ordonnances des visites, au règlement des missions pour les exercices de la communauté, les sermons, catéchismes, &c. à l’acquittement des fondations dont il faut avoir un livre dans chaque maison et d’autres semblables pour y écrire les missions, les retraites des externes, les lettres circulaires, et mémoires des supérieurs généraux, les règles particuliers de chaque office afin d’en tirer des copies dans le besoin ; ils payeront sans se plaindre la dépense du voyage des visiteurs et des sujets qu’on envoie en leurs maisons, cela ayant été réglé par feu M. Vincent, écriront au moins deux fois l’année au général et plus souvent aux visiteurs pour les informer de tout ce qui se passe dans leur maison à l’égard du spirituel et du temporel, afin que les supérieurs majeurs soient toujours bien instruits ; on ne nommera pas les prêtres de la maison du nom de leur office, comme d’assistant, de directeur, de procureur, mais on les qualifiera seulement prêtres de la mission, il n’y a que le supérieur d’excepté ; à qui on donne la qualité dans le dessus des lettres qu’on lui écrit, et non pas en parlant de sa personne, ce sont là les avis que M. Alméras jugea à propos du donner à tous les supérieurs de la Congrégation au commencement de son généralat quelques mois après l’assemblée de 16611.

  1. Les correspondances, la charité, le bon ordre des maisons, etc. Voici le sommaire dans les Annales.

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