Histoire générale de la Congrégation de la Mission (02)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

CREDITS
Author: Claude-Joseph Lacour cm · Year of first publication: 1897.
Estimated Reading Time:

II. [El]ection de [M.] Alméras [é]lu 2e [gé]néral de [la] Congrégation. 1661.1

logocmM. Vincent eut donné la consolation de voir, avant sa mort, la Congrégation assez bien affermie et il avait lieu d’espérer que cette Compagnie dont il s’était trouvé l’Instituteur, sans penser au commencement d’en former aucune dans l’église, serait de durée et continuerait dans la suite des temps les mêmes fonctions qu’elle avait faites ci-devant. Cette Congrégation se trouva orpheline, le 272 septembre 1660 par la mort de son très digne Instituteur, et M. René Alméras, qu’il avait eu soin d’appeler auprès de lui quelque temps avant que mourir pour lui aider à conduire la Compagnie durant les dernières années de sa vie, se trouva marqué dans le billet laissé dans la cassette après le décès de M. Vincent, tant pour conduire la Congrégation en qualité de Vicaire général pendant la vacance du généralat, que pour lui succéder en cette charge ; la maison de St.-Lazare applaudit au choix de son digne fondateur et toute la Congrégation en fut très contente.

Elle n’était pas encore divisée en provinces réglées et gouvernées par des visiteurs qui y résident comme elle l’est à présent3. Toutefois, on tint les assemblées nécessaires pour envoyer les députés à l’assemblée générale indiquée à Paris par M. le Vicaire général. M. Jolly y vint de Rome et prit avant son départ congé des principaux amis de la Congrégation en cette ville, entre autres du cardinal Corrado, dataire, lequel lui donna des avis d’un vrai Père touchant la conduite de la Congrégation, lui disant qu’il avait appris avec regret la mort de son digne Instituteur ; et après s’être un peu recueilli en lui-même ainsi que M. Jolly l’a laissé par écrit, il l’assura que son Institut était un des meilleurs qui fut dans l’église, qu’il s’étendrait bientôt, mais qu’il en fallait conserver l’esprit et en suivre les maximes, savoir : le désintéressement, l’union mutuelle, l’observance des règles, n’entrer dans les offices que par obéissance sans aucune brigue, éviter de donner connaissance des affaires du dedans aux externes, prendre garde à recevoir de bons sujets et avoir soin de l’établissement de Rome. Ce cardinal connaissait fort bien l’esprit de la Compagnie et les moyens de l’y conserver.

Quelques particuliers ne jugeaient pas à propos qu’on jeta les yeux sur M. Alméras pour le faire général à cause qu’il était infirme et de petite santé, les choses allèrent si loin, qu’un de ces particuliers, homme pourtant de bon sens, zélé et estimé dans la Compagnie, n’y voulut point du tout consentir jusqu’à ce que selon ce qu’on a dit assez communément dans la Congrégation, M. Vincent s’apparut à lui pour l’y faire condescendre, lui adressant les paroles de la mère de Jacob à ce sien fils, lorsqu’elle le pressait d’obéir à ce qu’elle lui ordonnait d’aller trouver son père dans le lit pour en obtenir la bénédiction au lieu d’Esaü son aîné et qui craignait, au contraire, d’en être maudit ou maltraité s’il venait à s’apercevoir de ce qui se passait, In me sit ista maledictio, fili mi. M. Alméras fut donc élu général dans l’assemblée de la Congrégation au commencement4 de l’année 1661. Elle lui donna pour assistants MM. d’Horgny5, et6 Jolly ; le premier pour admoniteur et finit en cinq jours de temps.

Le nouveau général d’abord après son élection en donna avis aux maisons par une lettre-circulaire très belle et très judicieuse mais pleine d’humilité et de confusion de lui-même qui fait bien voir qu’il était digne élève de feu M. Vincent, on sait ce que M. Alméras avait été dans le monde ; il était né dans une famille riche et accréditée pourvu de bonne heure d’une charge de conseiller au grand Conseil, on fit tout ce que l’on put pour le détourner d’entrer dans une Congrégation naissante où il ne paraissait que des pauvres gens sans naissance et sans grand savoir ; tout cela fut inutile. Il prit la soutane de missionnaire en 1637 et environ 24 ans après, ayant passé par toutes les charges de la Compagnie, il en fut élu supérieur général comme nous avons dit. Il eut la consolation d’y voir mourir celui à qui après Dieu il était redevable de sa naissance, je veux dire son père, qui voulut embrasser l’état de frère coadjuteur dans la Congrégation, lui qui avait employé ci-devant toutes sortes de moyens pour détourner son fils d’y entrer. On a, à la fin de la Vie de M. Vincent, de l’édition italienne, un abrégé des vertus du second général de la Mission, auquel on peut avoir recours.

  1. Ici, comme ailleurs, la marge gauche a été coupée pour le reliure ou enveloppée dedans.
  2. Corrigé de l’original “ 28. ”
  3. D’une autre main, au fond: “ La Congrégation était divisée en 6 provinces. 1° France. 2° Poitou. 3° Champagne. 4° Aquitaine. 5° Savoie. 6° Italie. Les visiteurs ne résidaient pas tous dans leur province. L’assemblée de 1724 exigea cette résidence. Les assemblées domestiques et provinciales se tinrent en vue de cette assemblée générale, voir les actes de l’assemblée 1661. ”
  4. D’une autre main: 17 janvier.
  5. Jean d’Horgny, +. 1667.
  6. Le nom Thomas Berthe doit y ajouter, comme a fait l’auteur dans les Annales.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *