François-Régis Clet : prêtre de la Mission, martyr en Chine, 1748-1820 (13)

Francisco Javier Fernández ChentoFrançois-Régis CletLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: André Sylvestre, cm · Année de la première publication : 1998.
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XII – La Vénération à l’égard du martyr

Vie du Bienheureux François-Régis Clet : prêtre de la CongréLe P. Clet était entouré d’une telle réputation de sainteté que sa tombe devint l’objet d’un véritable pèlerinage. Les chrétiens et les païens allaient, avec une totale confiance, demander au saint martyr la délivrance de leurs maux. Ils allaient jusqu’à arracher les fleurs et les herbes qui avaient germé sur la tombe et en composaient des remèdes.

Des faits à caractère surnaturel se produisirent qui frappèrent les imaginations. Ainsi, au moment de la mort du martyr, d’épaisses ténèbres enveloppèrent la ville de Pékin et ses environs pendant trois jours, le fait est rapporté par sept témoins dans l’enquête pour le procès de béatification. Divers miracles de guérison eurent lieu, attribués par les bénéficiaires à l’intercession du martyr.

L’enquête entreprise en vue de la béatification devait comporter l’exhumation et la reconnaissance des restes mortels du martyr. Cela se fit en 1858 sous la présidence de Mgr. Delaplace, vicaire apostolique du TchéKiang, et de Mgr. Spelta, vicaire apostolique du Houpé. Malgré le témoignage d’une chrétienne dont le père et l’oncle avaient transféré le corps du cimetière des criminels au cimetière de la Montagne rouge, un doute subsistait sur l’identité de la tombe. En effet, il y avait les tombes de deux Pères Liéou, le nôtre car Liéou était le nom chinois du P. Clet, et un autre missionnaire qui portait ce même nom de Liéou et qui était jésuite. A la vue du fragment de stèle resté en place sur la tombe, Mgr. Delaplace se souvint que les rebelles avaient emporté les pierres tombales pour construire le rempart de la ville. Il alerta les chrétiens les priant d’essayer de retrouver dans le mur du rempart la fameuse pierre tombale. Ils la retrouvèrent et l’inscription qu’elle portait faisait suite aux quelques lettres qu’on pouvait déchiffrer sur le fragment resté en place. Les premiers mots gravés en rouge de l’inscription en chinois étaient :  » François Liéou de la Société de St. Vincent…  »

Aucun doute n’était plus possible. L’on demanda au vieux fossoyeur païen qui était gardien du cimetière, d’ouvrir la tombe. Il dit :  » Vous voulez celui-là ? – oui, qu’est-ce qu’il a celui-là ? – Oh il est venu de nuit, j’étais alors un gamin de quinze à seize ans, mon père m’envoya piocher ici… – Et pourquoi l’a-t-on apporté de nuit ? – Je ne sais pas au juste, mais il parait que c’était un criminel (un Fan-jen) et qu’il avait eu des affaires au tribunal…  » (Demimuid, p. 382) C’est Mgr. Delaplace lui-même qui rapporte ce dialogue. Il emporta les précieux ossements et les fit mettre en sûreté. Il avait l’intention de les ramener à Paris, comme l’on avait déjà fait pour les ossements de Jean-Gabriel Perboyre. Mais les chrétiens firent opposition. Mgr. Spelta, dans une lettre à Mgr. Delaplace, exprimait leur sentiment :  » Plusieurs missionnaires et un bon nombre de chrétiens désirent que le Vénérable martyr Clet reste ici pour les protéger. Ils veulent bâtir une église où ils lui élèveraient un monument. Bref ils s’opposent à son départ et veulent tout mettre en œuvre pour le retenir chez eux.  » (Ibid., p. 384) et Mgr. Delaplace ajoute  » Cette ardeur des chrétiens du Houpé ne me surprend pas du tout, ils aimaient, ils vénéraient tant M. Clet ! Si vous saviez combien marque la figure de M. Clet au milieu de tous les missionnaires qui sont venus en Chine ! Quel respectable souvenir il a laissé. J’ai rencontré nombre de chrétiens qui jadis ont été sous sa direction, jamais ils ne tarissent sur le vieux Père Liéou !  »

Les restes du P. Clet avaient été, en ces temps de troubles, mis en sûreté dans la chapelle du Séminaire de Hankow. En 1868 à la demande du Supérieur général de la Mission M. Etienne, Mgr. Delaplace s’entendit avec Mgr. Zanoli successeur de Mgr. Spelta et obtint d’emporter ces précieuses reliques en France. Exhumées à nouveau en 1868, elles furent transportés à Paris par Mgr. Delaplace. Touché par les regrets des chrétiens, Mgr. Delaplace écrit :  » Ces pauvres chrétiens du Houpé, ah ! ils ont le cœur gros! Durant plus de 30 ans M. Clet avait été leur père. Ils l’aimaient, le vénéraient, le tenaient pour un Saint, plein de l’esprit des prophètes et des thaumaturges. Ils espéraient le garder… Je les ai consolés, missionnaires et chrétiens en leur promettant que je prierais M. notre très honoré Père de faire don au Houpé d’une relique insigne de chacun de nos martyrs (M.M. Clet et Perboyre) dès qu’ils seraient canonisés.  » (Demimuid, p. 385)

Les chrétiens adressèrent une supplique à Mgr. Delaplace pour le prier de leur laisser le corps de leur protecteur. Ils disaient :  » Au nom de tous les chrétiens du Hou-kouang, nous vous adressons la présente supplique pour obtenir de garder parmi nous le corps saint du Vénérable Clet, pour la mémoire éternelle de son martyre et l’augmentation du respect religieux que nous professons pour lui… Il y a quelques dizaines d’années, la persécution sévissait dans la province du Hou-kouang, les Pères Liéou et Tong (Perboyre) ont été étranglés pour la foi. Dès que leurs âmes admirables furent dans le ciel, des miracles apparurent sur la terre… L’évêque SU (Mgr. Spelta) eut l’occasion d’accompagner, avec le regret qui lui est dû, le corps vénérable du P. Tong (Perboyre). Il avait demandé avec instance qu’on laissât à la province du Hou-kouang les reliques du vénérable Père Liéou et il avait ordonné aux chrétiens de préparer une église où l’on vénérerait plus tard ces précieuses reliques. Tous nous avions applaudi à cette proposition. Mais les rebelles nous ont dispersés et réduits à de tels malheurs que l’église projetée n’a pas été bâtie. Nous voulons pourtant la bâtir, c’est certain… Nous vous adressons cette humble supplique, vous conjurant d’avoir égard à l’affection de tout ce troupeau de fidèles, et de lui laisser le corps de son ancien pasteur Nous nous cotiserons tous pour lui élever une église au lieu même de son martyre et par là, nous serons comblés de bienfaits spirituels durant dix mille et cent mille ans.  » (Demimuid, p. 386)

Mais Mgr. Delaplace était déjà en route pour la France et Paris avec son précieux dépôt. Il le remit à la Maison-Mère au début de 1869. Alors que les étapes du procès de béatification suivaient leur cours en Chine et en France, les reliques furent reconnues canoniquement par Mgr. Richard le 6 septembre 1878. En attendant la béatification elles furent placées dans un petit caveau dans la bas côté gauche de la chapelle des Lazaristes, avec une plaque qui portait cette inscription :

Ici repose le corps du Vénérable François-Régis Clet

La Béatification en 1900

La cause de béatification introduite en 1843 aboutit en 1900. Le St. Père Léon XIII déclara bienheureux, le dimanche 27 mai, 77 martyrs de Chine, du Tonkin, et de Cochinchine. Parmi eux quelques prêtres diocésains et quelques laïcs, mais surtout 49 membres de la Société des Missions étrangères de Paris, 26 membres de la famille dominicaine, un franciscain italien le P. De Triora, et enfin notre missionnaire François-Régis Clet.

Le Bref pontifical parle du P. Clet en ces termes  » La Congrégation de la Mission de St. Vincent de Paul, qui embrasse toutes les œuvres de charité et qui est étendue jusqu’aux extrémités du monde, a associé aux martyrs indiqués plus haut, le Vénérable serviteur de Dieu François Clet : les travaux apostoliques ne l’ont point abattu ; les dangers et les menaces ne l’ont point effrayé ; il a subi avec la plus grande constance un long et cruel martyre, la torture d’une dure captivité, l’ignominie des plus mauvais traitements, et enfin la mort par le supplice de la strangulation.  »

Les stèles qui marquaient l’emplacement des tombes du P. Clet et du P. Perboyre étaient restées en place. Elles furent enterrées par les chrétiens au début de la Révolution culturelle, de crainte qu’elles ne soient profanées ou brisées. Mgr. Dong, l’actuel archevêque de Hankow-Wuhan, les a fait rechercher et installer avec honneur sur le terrain du Grand Séminaire régional de Wuhan, afin que les futurs prêtres se souviennent de ceux qui furent leurs  » Pères dans la Foi  » et soient encouragés à marcher sur leurs traces.

Depuis la béatification, un autel a été élevé en l’honneur du martyr dans le bas côté gauche de la chapelle des Lazaristes, en face de celui de Jean-Gabriel Perboyre. Lors de la cérémonie de canonisation de St. Jean-Gabriel Perboyre le 2 juin 1997, le St. Père dans son discours final sur la place Saint-Pierre a dit qu’il espérait pouvoir bientôt canoniser d’autres martyrs de Chine.

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