En 1798, à Besançon , M. François Martelet est fusillé. Certains esprits, ni bienveillants, ni clairvoyants, auraient pu penser que ce prêtre n’avait pas l’étoffe d’un héros. Passionné pour la musique, l’éloquence et l’art décoratif, il avait une jovialité d’humeur qui le faisait classer parmi les insouciants. Dès le début des troubles révolutionnaires, François Martelet montra de quelle trempe il était. Professeur au séminaire du Mans, il refusa le serment constitu-tionnel et en montra à ses élèves la vraie portée. Alors il connut l’exil. A la chute de Robespierre, il s’installa à Saint-Omer, et, durant deux ans, y accomplit clandestinement les fonctions sacerdotales. Trahi, il est emprisonné, le 21 octobre 1797, à Jussey où il était né. Les juges de son pays ne voulurent pas le condamner. Ceux de Vesoul lui suggérèrent de mentir pour être acquitté. Il leur répondit : «Mieux vaut mourir pour la vérité que vivre par le mensonge.» Après quatre mois de prison et quinze interrogatoires, François Martelet mourut, à trente-huit ans, fidèle à sa foi (1).
En 1945, dans l’archipel des Philippines , avec le débarquenient américain, commence ce qu’à juste titre on a appelé «la tragédie sanglante des Philippines». Avant leur défaite complète, les Japonais vont faire des centaines de victimes civiles. Les trois maisons de la Mission — à Manille, la Maison centrale de San Marcelino, celle du quartier « Intra muros », et le séminaire de Mandaloyong — ont subi d’importants dommages matériels, et surtout des pertes humaines : le bilan de mars 1945 indiquera dix-huit victimes : treize prêtres et cinq frères. C’est le 9 février que, pour la Maison Centrale, le drame se termina. Le 3, les soldats japonais avaient enfermé dans le réfectoire les six prêtres et les trois frères qui composaient la Communauté. Le 9 février, comme les Américains avaient, dans Manille, conquis de nouvelles positions, les gardiens, vers les dix heures du soir, firent sortir nos confrères, les mains attachées derrière le dos. Dans la nuit, une mitrailleuse cracha. Le 4 mars suivant, les neuf corps étaient tirés du lac voisin. Parmi les victimes, se trouvaient M. José Tejada, visiteur de la Province depuis 1932, et M. José Fernandez à qui son zèle avait valu le nom de «Curé de Manille». C’est aussi dans cette même nuit que deux prêtres et trois frères de la Mission étaient assassinés au séminaire de Mandaloyong : MM. Prisciano Gonzalez et Crispin Gomez, et le frère Rafael Martinez. Mais il est impossible de préciser les détails qui entourèrent leur fin… Si l’on ajoute à ces victimes quatre confrères, morts de mort naturelle, c’est vingt-deux membres que la province des Philippines a perdus au cours de la guerre (2).
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l) Ephémér. historiques C.M., 1904, pp. 59-60.
2) Annales , t. 110-111 pp. 354-365.







