Éléments d’union dans la Famille Vincentienne

Francisco Javier Fernández ChentoLa Famille VincentienneLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Benjamín Romo, C.M. · Traducteur : Centre de traduction – Filles de la Charité, Paris. · Année de la première publication : 2002.
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A. De quelle famille parlons-nous ?

Lorsque nous parlons de la Famille Vincentienne nous faisons allusion à tous ces groupes d’associations ou à des congrégations qui, dans leur vie (style) et dans leur action (apostolat), s’inspirent avec diverses nuances, de ce que nous appelons aujourd’hui « charisme vincentien ».

D’autre part, nous savons que les charismes sont des dons que l’Esprit-Saint accorde à l’Église, par l’intermédiaire d’une personne ou d’un groupe de personnes, pour le service de l’Église, elle-même, et du monde.

Saint Paul nous parle, à plusieurs reprises, de ces charismes comme des dons de Dieu pour le service des autres. Dans sa lettre aux Corinthiens, il leur dit : Il y a, certes, diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit ; diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais c’est le même Dieu qui opère tout en tous.1

Dans mon intervention, je parlerai de certains éléments qui favorisent l’unité des différentes associations vincentiennes et de leurs membres. Cette unité dont je vous parle aujourd’hui veut que le rêve de Jésus : « Qu’ils soient un… » devienne une réalité. Nous voulons également connaître davantage ces éléments communs qui permettent d’unir nos forces pour plus d’efficacité dans notre engagement d’être des instruments de salut pour les pauvres. Je ne vais rien dire de nouveau, on a déjà beaucoup écrit sur ce thème. Mon intention, à cette occasion, c’est plutôt de vous rappeler ce que nous sommes et ce que nous réalisons comme Famille.

Dans notre FV, comme dans toute famille humaine, il y a certains membres qui se fréquentent davantage et qui entretiennent des rapports étroits. Dans la famille, il y a des parents qui se voient et font la fête occasionnellement. Par contre, d’autres ont des relations plus étroites, à l’exemple des frères et sœurs. Dans notre FV il y a quelques associations qui sont plus proches les unes des autres, qui se rencontrent assez souvent, se connaissent et se reconnaissent comme des proches, comme des frères, c’est pourquoi l’amour entre elles est plus visible : elles partagent en profondeur la vie, le cheminement, les difficultés, etc. Elles collaborent mutuellement et elles s’aident afin de se former et mieux servir.

Je vous parle, en premier lieu, de ces frères et sœurs de la FV et je le fais avec l’intention de vous rappeler la fin pour laquelle ils ont été fondés, pour le service du pauvre :

Les Confréries de la Charité, aujourd’hui l’AIC : Saint Vincent fonde l’Association de la Charité en 1617 à Chatillon. L’histoire de sa naissance est très connue. Depuis ses origines sa finalité est signalée clairement : Pour honorer Notre-Seigneur Jésus-Christ, patron d’icelle, et sa sainte Mère, et pour assister les pauvres malades… corporellement et spirituellement.2

La CM ou Lazaristes ou Missionnaires Vincentiens : Saint Vincent a fondé la CM en 1625. Il la fonde pour évangéliser les pauvres, par paroles et par oeuvres, tout particulièrement les pauvres gens des champs, grâce aux missions populaires et à la formation du clergé. Sa devise est : ‘ Il m’a envoyé évangéliser les pauvres’.3

La Compagnie des Filles de la Charité : Saint Vincent et sainte Louise fondent la Compagnie des Filles de la Charité en 1633 pour être servantes de pauvres et cela revient à dire être servantes de Jésus-Christ et pour servir les pauvres corporellement et spirituellement. Leur devise est : La charité de Jésus-Christ nous presse.4

La SSVP : En 1833, Frédéric Ozanam fonde à Paris avec d’autres camarades de l’Université, la Société de Saint Vincent de Paul. Sa finalité : Aider notre prochain, ceux qui souffrent, les abandonnés, comme le faisait Jésus-Christ et suivant la tradition vincentienne.5

La JMV :6 elle naît en 1847 sous l’influence des apparitions de la Vierge Miraculeuse à sainte Catherine Labouré. Sa fin : Former les membres à vivre dans une foi solide à la suite de Jésus-Christ évangélisateur des pauvres. Vivre et prier, comme Marie, dans la simplicité et l’humilité, en assumant la spiritualité du Magnificat. Susciter, animer et garder l’esprit missionnaire dans l’Association, surtout au moyen des expériences missionnaire, en particulier parmi les plus pauvres et les jeunes.7

L’AMM : Cette Association naît également au sein de la FV sous l’influence des apparitions de la Vierge à sainte Catherine Labouré,8 pour honorer Marie dans le mystère de l’Immaculée, comme modèle de vie chrétienne : Sa fin est de rappeler Marie conçue sans péché ; et aussi la sanctification de ses membres, leur formation intégrale dans la vie chrétienne et l’apostolat de la charité, spécialement auprès des plus abandonnés (les familles et les pauvres en général). La Sainte Médaille de Marie, à la fois par le symbolisme qu’elle présente que par la puissance dont elle jouit, offre à la fois un modèle et une aide pour ces buts.9

Missionnaires Laïcs Vincentiens : Cette Association naît en 199910 à l’intérieur de la FV elle-même. Sa fin : développer, faciliter, soutenir et coordonner la présence et le travail missionnaire des laïcs dans les missions « ad gentes » confiées à la FV ou animées par elle.11

Selon ce que nous avons dit jusqu’ici de chacun de ces groupes de la FV, nous pouvons discerner entre eux des éléments communs. Je cite les suivants :

Toutes ces Associations :

  • reconnaissent saint Vincent comme fondateur ou inspirateur,
  • ont une même mission : le service évangélisateur des pauvres. C’est la tâche des vincentiens,
  • ont en commun un style de vie et une forme concrète de servir les pauvres. Nous verrons plus clairement cette affirmation en développant le point suivant,
  • partagent une spiritualité commune d’incarnation : Dieu incarné dans le pauvre, cela veut dire, notamment, que je parle à Dieu lorsque je parle avec le pauvre, que je fais l’expérience de Dieu dans la rencontre avec le pauvre, que je sers Dieu et je l’aime dans le service des pauvres…
  • partagent un caractère séculier. Le charisme naît avec une association de laïcs ; la Confrérie de la charité est la première fondation vincentienne. Elle est aussi séculière car ses membres se sanctifient par le vécu de leur mission au milieu du monde.

Nous pouvons décrire (non pas définir) le charisme vincentien comme un style de vie chrétienne dans l’Église et dans le monde. C’est une façon d’être. Ce n’est pas quelque chose que l’on ajoute à la personne. Ce n’est pas un vêtement que l’on met ou que l’on enlève selon les circonstances, les opportunités ou les moments déterminés, c’est plutôt vivre à la manière de Jésus vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le charisme est un don qui façonne et qui marque le style de vie, les relations, les actions de celui qui le reçoit. C’est pourquoi le charisme est une force qui nous donne la possibilité de vivre notre vocation de baptisés dans le monde avec un style bien défini. Le charisme vincentien est une vocation dans l’Église et pour le service, c’est un style d’être et de réaliser notre mission dans le monde.

Permettez-moi de faire un pas en avant dans notre réflexion en donnant réponse à une question que j’aimerais bien que nous nous posions : Quels sont les éléments ou les réalités qui nous unissent comme famille ?

B. Le style commun à la Famille Vincentienne

Une famille a des origines communes, donc un air commun, un style propre fait de principes et d’expressions. Elle a aussi une tradition transmise ou orale qui passe des uns aux autres, à travers le tissu normal de la vie quotidienne. Quels sont les principes, les gestes ou les éléments communs partagés par la FV ? Je signale quelques caractéristiques qui manifestent ce style de vie et la mission que cette famille, notre famille, partage. Ces éléments se trouvent unis dans une seule expérience, de telle sorte que même si nous les séparons pour mieux réfléchir sur eux dans la vie concrète, ils sont entrelacés.

1. Le centre : Jésus-Christ, évangélisateur des pauvres

Il n’y a rien de plus important, dans l’expérience spirituelle du vincentien, que le « noyau central» de l’expérience de Jésus-Christ, et de Jésus-Christ, évangélisateur et serviteur des pauvres. C’est le fondement de la mission vincentienne, le modèle pour le chrétien qui veut vivre sa foi dans un engagement à partir du style de saint Vincent. De là, on découvre Jésus et on le suit, le regard fixé sur Lui qui vit proche des pauvres, les écoute, les aide, leur pardonne, leur donne à manger, chemine avec eux et leur annonce que le Royaume des cieux est à eux et à tous ceux qui se font comme eux.

Il est passionnant ce chemin car il consiste à entrer en Jésus-Christ, à participer à sa vie, à ses pensées, à ses sentiments, à son amour et à son destin. C’est pourquoi saint Vincent disait : Notre-Seigneur Jésus-Christ est le vrai modèle et ce grand tableau invisible sur lequel nous devons former toutes nos actions.12 Une autre fois il dit : Ressouvenez-vous, Monsieur, que nous vivons en Jésus-Christ par la mort de Jésus-Christ, et que nous devons mourir en Jésus-Christ par la vie de Jésus-Christ, et que notre vie doit être cachée en Jésus-Christ et pleine de Jésus-Christ, et que, pour mourir comme Jésus-Christ, il faut vivre comme Jésus-Christ.13

Qui est Jésus pour moi ? Avec quelle image évangélique de Jésus sais-je mieux identifier mon expérience de foi ?

2. Aimer le Christ dans les pauvres et les pauvres dans le Christ, les servant « corporellement et spirituellement »

Jésus-Christ dans les pauvres et les pauvres en Jésus-Christ, sont les deux pieds du cœur vincentien pour faire la traversée de ce monde. Nous pouvons distinguer Jésus-Christ et les pauvres, non pas les séparer. La passion pour Jésus-Christ nous engage dans une compassion effective envers les pauvres et nous dispose aussi à la souffrance qui est le prix qu’il faut payer pour aider les blessés du chemin.14 Le salut nous vient de Jésus-Christ, nous le savons bien, non pas des pauvres, mais la garantie que nous acceptons ce salut consiste à le partager avec les pauvres.

Les pauvres « vulgaires et grossiers » sont pour les vincentiens le sacrement souffrant du Seigneur. « Mais tournez la médaille, et vous verrez par les lumières de la foi que le Fils de Dieu, qui a voulu être pauvre, nous est représenté par ces pauvres ; qu’il n’avait presque pas la figure d’un homme en sa passion ».15 Il s’est mis à la place des pauvres jusqu’à dire que le bien que nous faisons aux pauvres, il le considère comme fait à sa divine personne ».16 C’est pourquoi, les pauvres, leurs quartiers, les rues et les hôpitaux sont « les lieux saints du vincentien17 ». Pour cela aussi, dit saint Vincent « Quand vous quitterez l’oraison et la sainte messe pour le service des pauvres, vous n’y perdrez rien, puisque c’est aller à Dieu que servir les pauvres ; et vous devez regarder Dieu en leurs personnes ».18 Le service, pour le vincentien, est « corporel et spirituel ».

3. Servir les pauvres avec une charité pratique et concrète

La tradition vincentienne insiste sur la charité pratique. C’est le secret de la sainteté du vincentien. Saint Vincent met l’accent sur l’amour affectif. Lorsque j’avais faim, non seulement on a eu pitié de moi, mais on m’a donné à manger, et lorsque j’ai eu soif, non seulement on s’est approché de moi pour me contempler, mais on m’a donne à boire, lorsque j’étais en prison, on ne s’est pas contenté de prier pour moi, mais on est allé me visiter…19

Du temps de saint Vincent à l’aujourd’hui de notre histoire, les membres des associations vincentiennes sont reconnus comme des hommes et des femmes capables d’aimer d’une manière pratique, concrète et effective. Ils aiment en servant, en se salissant les mains dans le service des pauvres. Les vincentiens ne sont pas nés pour être des cadres supérieurs ou des administrateurs ; ils ne sont pas nés pour servir à partir de plans ou de programmes bien intentionnés mais ne touchant pas la misère du pauvre, au contraire, ils sont nés pour chercher des solutions aux problèmes du pauvre, des solutions concrètes, à courte, moyenne et longue échéance.

4. Ils s’efforcent de vivre et de servir avec un style de simplicité et d’humilité

Saint Vincent dit : L’esprit de Jésus-Christ est un esprit de simplicité qui consiste à dire la vérité, à dire les choses comme elles sont, sans rien dissimuler ni cacher et en référer à Dieu seul. Saint Vincent est convaincu de l’importance de la simplicité, il dit qu’elle est la vertu que j’aime le plus et à laquelle je fais plus d’attention dans mes actions, si me semble.20 Dieu aime les personnes simples.21 Le vincentien est une personne qui s’efforce de vivre ce style puisque c’est le chemin qui nous rend semblables à Dieu et nous met en relation proche et fraternelle avec les pauvres.

Le style de vie simple nous permet d’établir des relations « faciles » entre nous, de nous connaître rapidement, de nous approcher des pauvres, d’être authentiques, cohérents et fidèles à nos engagements. La simplicité nous engage à la vérité, à la dénonciation de tout ce qui est mensonge et duplicité.

L’humilité c’est le fondement de toute perfection évangélique et le chemin qui nous conduit à la sainteté.22 Saint Vincent centre son attention sur l’humilité de Jésus-Christ qui, par amour pour nous, prit notre condition humaine et se présenta comme le modèle de l’humilité par excellence.23 L’humilité nous entraîne à reconnaître notre condition de créatures et notre nécessité de rédemption. L’humilité se manifeste par l’attitude reconnaissante pour les dons reçus et nous mène, d’autre part, à tout voir, dans notre vie, comme grâce. Elle se concrétise aussi par une maturité spirituelle qui conduit la personne à vivre « en attitude de servante », dans une volonté de s’engager même dans des actions serviles au service des pauvres. Finalement elle se manifeste par le désir effectif de se laisser évangéliser par les pauvres « nos seigneurs et nos maîtres ». Sans l’humilité, la collaboration serait impossible.

Que signifie aujourd’hui mener un style de vie simple et humble pour que les pauvres puissent nous reconnaître comme leurs serviteurs sans se sentir offensés ou agressés ?

5. Ils servent le pauvre avec un contact direct et personnel

À partir du charisme vincentien on sert le pauvre par un contact direct et personnel avec lui. Nous sommes vincentiens parce que nous sommes avec le pauvre, nous le connaissons personnellement, les programmes pour le secourir ne sont pas abstraits, ils sont élaborés après avoir reconnu leurs blessures. C’est notre style, nous n’en avons pas d’autre. Pour nous, rien ne peut remplacer le contact direct avec les pauvres. Ils nous apprennent ce que nous devons faire. Leur dégradation concrète nous dicte le programme du travail que nous devons suivre. Cette programmation, pour être vincentienne, doit comporter deux éléments inséparables : amour qui devient aide solidaire concrète et évangélisation explicite, libératrice. Pain et catéchisme, charité et mission. L’Évangile sans pain, sans aide concrète, resterait mutilé, et le pain sans Évangile créerait des personnes dépendantes, c’est-à-dire, de nouvelles pauvretés. Saint Vincent disait : Vous devez avoir soin que rien ne leur manque en ce que vous pourrez, tant pour la santé de leur corps, que pour le salut de leur âme.24

6. Les pauvres sont considérés comme nos « seigneurs et maîtres »

C’est dans le contact direct avec les pauvres, à partir de la foi, que nous apprenons ce principe comme une expérience. Ils sont le sacrement souffrant de Jésus-Christ, un sacrement grossier, rustre, parfois sentant mauvais. Ils sont le Christ défiguré de la croix, mais Seigneur du monde, de l’histoire et du cœur de ceux qui le suivent.

Ils ordonnent et nous obéissons. Ils nous disent comment, quand et de quoi ils ont besoin et nous répondons à leur appel. Ils sont nos maîtres et nous devons avoir l’amour serviable, obéissant et soumis des serviteurs. Nous ne les aidons pas de haut mais d’en bas, non de l’extérieur mais de l’intérieur, nous ne cherchons pas leur reconnaissance mais leur guérison et leur libération, afin qu’ils soient aussi en état d’aider les autres.

Ils sont nos « maîtres ».25 Nous apprenons d’eux la vraie foi en Dieu en la pratiquant avec eux. Sain Vincent disait : Ce qui me reste de l’expérience que j’en ai est le jugement que j’ai toujours fait que la vraie religion, la vraie religion, Messieurs, la vraie religion est parmi les pauvres. Dieu les enrichit d’une foi vive ; ils croient, ils touchent, ils goûtent les paroles de vie….26 Ils nous libèrent de nos idoles, de nos fausses représentations de Dieu, ils nous apprennent l’action que Dieu veut de nous ; nous apprenons d’eux que nous sommes coupables de leurs souffrances si nous ne faisons pas tout notre possible pour les aider.27 Ce sont eux les maîtres qui nous guérissent d’une foi manquant d’équilibre qui proclame ce qu’elle ne pratique pas. Auprès d’eux nous apprenons que les portes des cieux sont faites avec le bois de la crucifixion et que nous pouvons les aider à porter la croix et à l’alléger. C’est aussi en guérissant leurs blessures que les nôtres guérissent et pour cela il faut aimer à la sueur de nos visages et à la force de nos bras.28 Un service d’accompagnement des laïcs vincentiens sans un service personnel et direct auprès des pauvres, peut être limité et appauvri.

7. Ils aiment d’un amour affectif, effectif, inventif et communicatif

L’amour qui est compassion, affection et sentiment profond dans notre trajectoire vincentienne devient un amour effectif, un service réalisé avec joie, enthousiasme et constance. Cet amour est inventif jusqu’à l’infini, il cherche et trouve des ressources, organise et invente les formes de charité et de don de la vie. C’est un amour qui cherche à aimer et à faire que les autres aiment de la même façon. Saint Vincent disait : Il ne me suffit pas d’aimer Dieu, si mon prochain ne l’aime.29 Parce que Le Fils de Dieu s’est fait homme comme nous, afin que nous soyons non seulement sauvés, mais sauveurs, comme lui.30 Saint Vincent a communiqué cet amour qu’il découvrit et vécut : des gens de toute sorte et de toute condition, messieurs et dames des confréries de la charité, dames de la noblesse et simples filles des champs, simples frères, missionnaires, laïcs de tous les coins, la duchesse d’Aiguillon et le cordonnier Claude Leglay.31 Si nous aimons les pauvres, si nous les voyons en Jésus-Christ, nous voudrons que tous les gens soient enthousiasmés pour cette tâche de Dieu et nous chercherons les moyens de les introduire dans ce travail sacré et urgent. À présent comme au temps de saint Vincent, nous pouvons dire que les pauvres, qui ne savent pas où aller ni quoi faire, qui souffrent et qui se multiplient tous les jours, constituent mon poids et ma douleur. C’est pourquoi, sans aucun doute, nous pouvons affirmer en vérité : aujourd’hui le charisme vincentien est actuel, urgent, dans un monde où les pauvres se multiplient de plus en plus.

8. Ils se laissent évangéliser pour les pauvres

Ce sont les pauvres qui viennent nous délivrer d’une vie trop centrée sur nous-mêmes. C’est cela notre meilleur salaire. Ils guérissent les blessures produites par notre embourgeoisement, nos myopies ; ils donnent un sens et une direction à nos vies. Ils nous mettent sur la voie étroite qui conduit à la Vie. Saint Vincent disait : Vous devez souvent penser que votre principale affaire et ce que Dieu vous demande particulièrement est d’avoir un grand soin de servir les pauvres, qui sont nos seigneurs. Oh ! Oui, mes sœurs, ce sont nos maîtres.32

S’éloigner des pauvres, c’est s’éloigner de Dieu, s’approcher des pauvres c’est s’approcher de Dieu. Ils ont besoin d’une Bonne Nouvelle et la FV a reçu de Jésus-Christ cette Bonne Nouvelle faite avec le pain de la justice et du service d’amour. Évangéliser selon la tradition vincentienne consiste à continuer et à faire connaître la vie de Jésus Christ, en utilisant les moyens de Jésus-Christ et d’abord aux préférés de Jésus-Christ, puis à tous les autres mais à partir des pauvres et de leurs blessures. C’est notre façon Vincentienne de vivre l’amour. Servir les pauvres c’est servir Jésus-Christ et servir Jésus-Christ, c’est servir les pauvres. Le Christ vivant et ressuscité nous envoie guérir les marques des clous, la plaie du côté du Christ crucifié dont la passion se prolonge dans l’histoire de tous les crucifiés et les pauvres de ce monde.

De nombreux aspects de la vie spirituelle de saint Vincent ont été transformés et même d’une façon substantielle, à partir de la rencontre avec les laïcs que Dieu mettait sur son chemin. La personne qui accompagne aujourd’hui les associations vincentiennes doit « se laisser façonner » par Dieu grâce à l’écoute attentive des laïcs qu’elle sert et à travers lesquels Dieu révèle aussi sa volonté.

9. Le charisme vincentien est un charisme missionnaire

Être missionnaire signifie aller à la rencontre des autres. Jésus est missionnaire du Père. Saint Vincent est le missionnaire qui abandonne ses plans et ses projets afin de devenir « l’être » pour les autres. Il convoque des hommes et des femmes pour sortir d’eux-mêmes et aller aux pauvres de toute la France et du monde entier. Il les invite à aller là où les besoins sont les plus grands et où les pauvres sont « les plus pauvres ». La disponibilité et la mobilité sont des attitudes fondamentales du charisme. Le charisme vincentien naît avec saint Vincent de Paul, qui en 1617 fonde les Confréries de la Charité, aujourd’hui l’AIC. Plus tard, en 1625 il fonde la CM. Finalement en 1633, il fonde avec sainte Louise de Marillac, la Compagnie des Filles de la Charité. Au moment de sa mort, ses fondations étaient déjà présentes en plusieurs pays en dehors de la France : la Pologne, l’Italie, l’Algérie, Madagascar, l’Ecosse….33

10. Marie dans la Spiritualité Vincentienne34

Marie n’est pas une annexe dans la FV ni la dévotion exclusive d’un groupe ou d’une association. Marie montre à la FV la façon dont on vit la vie d’union à Jésus-Christ, à l’écoute de sa Parole, pour le service des autres. La dévotion mariale dans le chemin vincentien est sobre en ses expressions, d’un profond sens pratique. Marie est maîtresse de vie spirituelle, elle nous apprend l’écoute attentive de la Parole, c’est la mère qui intercède, elle nous montre la voie de la prière et le lieu des pauvres comme notre seul espace de vie, elle nous apprend à vivre attentifs aux besoins des pauvres et la façon de les servir. Saint Vincent disait : La très sainte Vierge sortait pour les nécessités de sa famille et pour le soulagement et la consolation de son prochain ; mais c’était toujours en la présence de Dieu.35 Il disait aux Filles de la Charité qu’elle est la maîtresse de qui nous devons apprendre le soin, la vigilance et l’amour qu’elle avait pour son Fils.36

Les apparitions à sainte Catherine Labouré ont eu lieu justement lorsque la FV commençait à renaître, après avoir été dispersée et, dans une certaine mesure, dissoute par la Révolution Française. Dans les décades postérieures à l’année 1830 notre Famille a expérimenté une importance renaissance.37 Nous savons qu’à partir de cet événement d’amour de Marie vont naître deux branches importantes : La JMV et l’AMM.

On dit que Frédéric Ozanam portait la médaille lorsqu’il a fondé les Conférences de Saint Vincent de Paul en 1833.38 En 1843, il a écrit, lui aussi, la notice d’une œuvre qui renfermait le premier récit imprimé des apparitions à sainte Catherine Labouré. Le 4 février 1834, Ozanam demanda de mettre sous la protection de la Sainte Vierge les Conférences récemment fondées. Il a choisi la fête de l’Immaculée Conception comme sa fête patronale. Cette proposition fut acceptée à l’unanimité par les membres de la Société.

L’AIC, c’est-à-dire, les Dames de la Charité, jusqu’à 1959, faisaient un Acte de Consécration le 8 décembre où elles invoquaient Marie sous le titre d’Immaculée Conception. Ensemble, avec les Filles de la Charité et les membres de la CM, elles ont été les distributrices les plus actives de la médaille, après les apparitions à sainte Catherine Labouré.

C. Un mot sur la diversité

Le temps ne nous permet pas d’entrer dans le détail sur ce sujet qui est également important, car on ne peut parler d’unité comme uniformité, nous parlons d’unité à partir des réalités communes et des réalités qui nous font différents. Nous portons une richesse en commun et nous sommes une forteresse par notre « être différent ». La collaboration ne se donne qu’à partir de notre diversité et de notre autonomie. Les différences entre les diverses associations existent et c’est pour nous un défi de les découvrir et de les vivre car elles deviennent notre plus grande richesse pour une collaboration effective. Aucune des associations n’épuise la richesse du charisme vincentien et cela a ses conséquences. Les diverses associations ont des histoires différentes, des façons différentes de travailler pour les pauvres, des nuances différentes dans leur spiritualité. Les efforts que de nombreux pays réalisent pour créer la FV sur des bases solides, prétendent non à l’homogénéisation des diverses institutions, mais à la connaissance mutuelle, l’entraide et la collaboration.39

Conclusion

Accompagner les laïcs des différentes associations exige de nous de connaître, d’une façon assez précise, et de vivre ces réalités du charisme vincentien communes à tous ; d’avoir une connaissance théorique et pratique de ces éléments qui sont distincts en chaque association.

Selon ce qui a été dit au cours de cette intervention, nous pouvons affirmer qu’il existe une identité qui unit tous les membres de la FV mais, nous pouvons également affirmer que chaque association a sa propre identité. Nous en déduisons, avec certitude, que toutes les associations ne peuvent avoir le même type d’accompagnement. Chaque association a son propre style et cela exige de la personne qui l’accompagne, une connaissance détaillée de l’association et un respect profond de sa propre autonomie.

Je termine en disant que les membres de la FV sont ceux qui vivent leur vie comme Jésus-Christ, faisant le bien, convaincus avec saint Vincent que ceux qui aiment les pauvres durant leur vie, n’auront pas peur de la mort.40 Et encore, convaincus avec saint Vincent que Nous ne pouvons mieux assurer notre bonheur éternel qu’en vivant et mourant au service des pauvres, entre les bras de la Providence et dans un actuel renoncement de nous-mêmes, pour suivre Jésus-Christ.41

  1. 1 Co 12, 4-6
  2. SV XIII, 532
  3. cf. Lc 4, 16-21.
  4. cf. 1 Co 5,14
  5. cf. Mt 25, 31-48.
  6. Approbation par le Pape Pie IX, dans les rescrits du 20 juin 1847 et du 19 juillet 1850, et confirmée ensuite par d’autres dispositions du Saint-Siège. Texte approuvé et confirmé par la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique. Prot. N. P. 53-1/99. Par Eduardo Cardinal Martínez Somalo, Préfet le 2 février 1999, fête de la Présentation du Seigneur.
  7. Statuts Internationaux, 1999, Art. 9.
  8. Ses Statuts ont été approuvés par sa Sainteté le Pape Pie X le 8 juillet 1909. En Vincentiana 42 (1998) 79-82.
  9. Statuts Internationaux, Art. 2.
  10. Décret d’approbation (Prot. n. P. 53-2/99) du Saint-Siège le 7 avril 1999. En Vincentiana 43 (1999) 150-159.
  11. Statuts Internationaux, Art.2 2.1.
  12. SV XI, 212
  13. SV I, 295
  14. Cfr Lc 10, 25-37
  15. Cfr SV XI, 32
  16. Aux Dames de la Charité, 11 juillet 1657 SV XIII, 811
  17. cf. SV XIII, 817
  18. SV IX, 31
  19. cf. Mt 25, 31 et ss.
  20. SV I, 284
  21. cf. SV IX, 391
  22. cf. Regles Comunes II, 7
  23. cf. Ph 2,7; cf. SV XI, 394
  24. SV IX, 119
  25. SV XII, 180
  26. SV XII, 170
  27. cf. SV XI, 202
  28. cf. SV XI, 40
  29. SV XII, 262
  30. SV XII, 113
  31. cf. SV XII, 294. Cfr J.-P. Renouard, Les laïcs et M. Vincent, en 39 (1995) 213-214.
  32. SV IX, 119
  33. Nous savons que saint Vincent lui-même était prêt à partir pour la mission : « Et moi-même, quoique vieux et âgé comme je suis, je ne dois pas laisser d’avoir cette disposition en moi, voire même de passer aux Indes, afin d’y gagner des âmes à Dieu, encore bien que je dusse mourir par le chemin ou dans le vaisseau » (SV XI, 402).
  34. Pour ce point j’ai utilisé la conférence du P. Robert Maloney, c.m. Asociación de la Medalla Milagrosa. Una nueva imagen para un nuevo Milenio, Ed. La Milagrosa, Madrid, 2002.
  35. SV IX, 340
  36. cf. SV IX, 142
  37. Pour nombre de détails sur la croissance de la FV durant cette période, cf. René Laurentin et Philippe Roche, C.M., Catherine Labouré et la Médaille Miraculeuse (Lazaristes, Filles de la Charité, Dessain et Tolra, Paris, 1976. Cf. en particulier les pages 66 et suivantes. Cf aussi René Laurentin, Vie authentique de Catherine Labouré (Desclée De Brower, Lazaristes, Filles de la Charité ; Paris, 1980).
  38. René Laurentin, Vie authentique de Catherine Labouré, I Récit (Desclée De Brower, Lazaristes, Filles de la Charité ; Paris, 1980) 189).
  39. cf. AA.VV. “Raviver la Charité » 3, Ed. CEME, Salamanca 2002, p. 238.
  40. cf. SV I, 596
  41. SV III, 302

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