Catherine Labouré : un témoin pour aujourd’hui !

Francisco Javier Fernández ChentoCatherine LabouréLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Anne Prévost, F.C. · Année de la première publication : Février, 1997 · La source : Échos de la Compagnie.
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I. La sainteté de Catherine Labouré

Une parole de Catherine, quelques mois avant sa mort, peut résumer sa vie et nous livrer le secret de sa sainteté.

En effet, en 1876, Catherine se sent pressée par Marie de confier à sa Soeur Servante, Soeur Dufès, la réalisation de la statue représentant la première phase de l’apparition du 27 novembre 1830.

Soeur Dufès, émerveillée par son récit, dit à Catherine : «Vous avez été bien favorisée ! – « Oh, répond Catherine, je n’ai été qu’un instrument ; ce n’est pas pour moi que la Sainte Vierge est apparue ; si Elle m’a choisie, ne sachant rien, c’est afin qu’on ne puisse pas douter d’Elle »».

«Je n’ai été qu’un instrument ;
ce n’est pas pour moi que la Sainte Vierge est apparue ;
si Elle m’a choisie, ne sachant rien, c’est afin qu’on ne puisse pas douter d’Elle».

Tous les mots de cette phrase nous montrent que Catherine n’est pas le centre.

Comme Marie, elle est «toute tendue vers le Seigneur». Elle est «toute donnée à Dieu» pour reprendre une de nos expressions de Fille de la Charité.

Arrêtons-nous quelques instants sur les paroles de Catherine citées plus haut.

1. «Je n’ai été qu’un instrument…»

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Catherine en 1876, seule photo authentique prise de son vivant, l’année de sa mort.

Catherine, à la suite de saint Vincent et de sainte Louise, se reconnaît comme un instrument entre les mains de Dieu. Sa prétention n’est autre que celle d’être un «instrument».

«Saint Vincent et sainte Louise avaient la profonde conviction de n’être que des instruments entre les mains de Dieu qui, d’une manière imprévue et imprévisible, s’est servi d’eux pour instituer la Compagnie» (Constitutions, p. VIII).

A travers quelques-unes de ses qualités, Catherine nous apprend ce qu’est un «un instrument au service de Dieu». En effet, sa préoccupation constante a été d’être au service du dessein d’Amour de Dieu pour les hommes.

  • Sa bonté et surtout son impartialité font régner un bon esprit dans son service de vieillards, réputé difficile. Elle respecte chacun, est équitable et tient tête à ceux qui tentent d’exploiter sa bonté au détriment des autres.
    «Nul ne s’est jamais plaint d’elle dans son accueil», dit Soeur Combes.
    «Je n’ai jamais entendu dire qu’elle ait mécontenté personne», dit Soeur Cantel.
  • Sa compréhension à l’égard des jeunes Soeurs, nouvellement arrivées, les aide à dépasser leurs difficultés.
    «Allons ! C’est le Bon Dieu qui permet cela. Ne vous découragez pas !». «Allons, mes petites, il faut faire quelque chose pour le Bon Dieu».
  • Sa vigilance à couper court à toute critique ou indiscrétion favorise autour d’elle un climat de charité.
    «Sœur Catherine s’abstenait de juger qui que ce soit, dit Soeur Charvier. Si on lui demandait de se prononcer sur les personnes, elle disait invariablement : « Laissez-moi tranquille, cela ne me regarde pas »».
  • Son souci du bien des pauvres lui donne cette intelligence du coeur qui fait appel aux riches pour susciter leur générosité. Loin de monter les uns contre les autres, elle a le souci de permettre à chacun de s’ouvrir à la souffrance des autres et de tout faire pour contribuer à la soulager.
    «Soeur Catherine racontait à la Maréchale de Mac Mahon qu’elle avait été obli­gée de renvoyer sans secours une femme qui sollicitait soixante francs pour payer son loyer. En voyant son chagrin, la Maréchale donna la somme».
  • Sa compassion pour ceux qui souffrent déjoue la tendance au triomphalisme qui règne au début de la guerre de 1870. Elle ramène à la réalité l’exaltation patriotique de certaines Soeurs. En voyant les soldats partir, elle dit :
    «Pauvres agneaux, on les conduit à la boucherie».
  • Sa passion pour l’unité fraternelle lui donne le courage de faire les premiers pas. Quand Soeur Dufès, sa soeur Servante, lui fait des reproches injustifiés, une fois l’algarade passée, Catherine rétablit elle-même le contact en allant lui demander quelque permission anodine.
    «C’est autant pour le Bon Dieu !», dit Catherine.
  • Ses remises en cause sont promptes et sans complaisance.
    «Un jour, pendant la récréation, une jeune Soeur soutenait le contraire de ce que disait Soeur Catherine. Comme elle défendait son point de vue, la Supérieure intervient. « Je vois que vous soutenez avec énergie vos opinions ».
    Soeur Catherine se mit à genoux au milieu de la cour et demanda pardon… « Je vois bien que je ne suis qu’une orgueilleuse »».
  • Son esprit de foi l’entraîne au printemps 1876 à prendre Soeur Dufès pour confidente, alors qu’elle a été si longtemps défavorable à son égard. Catherine lui confie la réalisation de la Vierge au globe que Marie avait demandée.
  • La transparence de sa vie lui fait souvent répéter :
    «Il ne faut mettre sa confiance qu’en Dieu, et ne rien espérer que de Lui».
  • Sa prière humble reflète également sa disponibilité à Dieu :
    «Lorsque je vais à la chapelle, je me mets là devant le Bon Dieu, et je Lui dis : « Seigneur, me voici, donnez-moi ce que vous voulez ». S’il me donne quelque chose, je suis bien contente et je Le remercie. S’il ne me donne rien, je Le remercie encore parce que je n’en mérite pas davantage. Et puis, je Lui dis alors tout ce qui me vient dans l’esprit : je Lui raconte mes peines et mes joies et j’écoute».

En disant : «Je n’ai été qu’un instrument», Catherine chante à sa façon le Magnificat : «le Seigneur s’est penché sur son humble servante». En effet, dans son action de grâce, Marie ne disait-elle pas d’une manière implicite : «Je ne suis qu’un instrument au service de Dieu» ?

2. «Ce n’est pas pour moi que…»

Durant toute sa vie Catherine n’a jamais cherché à récupérer quelques com­pliments ou honneurs pour elle-même. Habitée seulement par le souci des au­tres, sans recherche de quelque intérêt personnel, elle sait tourner leur regard vers Dieu, vers Marie.

  • Quand un vieillard revient ivre, elle le couche et attend le lendemain pour le raisonner. Quand il demande pardon, elle lui dit : «Ce n’est pas à moi qu’il faut demander pardon. C’est au Bon Dieu I». Si Catherine réagit, ce n’est pas vis-à-vis d’elle. Ce n’est pas sur un plan affectif. Ce qui est important pour elle, c’est que le vieillard se rende compte que Dieu veut qu’il soit un homme debout.
  • Au lieu d’abonder à son tour dans certaines critiques, Catherine dit simple­ment : «Ne manquons pas à la charité. La Sainte Vierge ne serait pas contente ! Sachons voir les qualités !».
  • On peut remarquer la pureté d’intention de Catherine ; ses actions, ses réac­tions, ses paroles ne sont pas orientées vers elle, mais vers Dieu.
  • Catherine sait découvrir Dieu dans les pauvres, dans les vieillards, y compris les plus désagréables. Quand on lui reprochait sa trop grande indulgence envers les vieillards ivrognes, elle répondait : «Que voulez-vous, je vois Notre Seigneur en eux».
  • Elle espère envers et contre tout la conversion des pécheurs. Elle les voit comme des «blessés», à qui elle veut rendre courage et estime. «Siron, le chef des occupants, un ancien galérien, dira un jour : « j’en suis tout changé »».
  • Catherine voit aussi Dieu dans les prêtres et les Supérieurs et les considère comme les représentants de Dieu :
    «Ne murmurez pas. Nos supérieures représentent Dieu» !
    «Ne regimbez pas ! La supérieure, c’est le Bon Dieu» !

Catherine regarde également les événements avec ce regard de foi. Tout ce qui va dans le sens de Dieu retient son attention. Dans le cas contraire, elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour que cela change. Elle élargit cette perspective aux événements publics dont elle n’a pas la maîtrise : «Laissez faire le Bon Dieu, il sait mieux que nous ce qu’il nous faut».

3. «Si la Sainte Vierge m’a choisie, ne sachant rien…»

Quand Catherine dit : «la Sainte Vierge m’a choisie», on dirait qu’elle a entendu Marie lui dire : «Tu ne m’as pas choisie ; c’est moi qui t’ai choisie, pour que tu portes beaucoup de fruits» (Cf. Jn 15).

Dans le coeur de Catherine, il n’y a aucun sentiment de complaisance en soi ou de vaine gloire. Catherine reconnaît qu’elle a été choisie en raison de son ignorance : «Si Elle m’a choisie, ne sachant rien, c’est afin qu’on ne puisse pas douter d’Elle».

En réalité, ce n’est pas à l’ignorance de Catherine que Marie a été attentive, mais à son humilité. En effet, cette expression de Catherine, à la fin de sa vie, est révélatrice du sentiment qui l’a habitée jour après jour, à savoir qu’elle n’a cessé d’apprendre de Dieu et des pauvres. «Les pauvres sont nos maîtres», cette expression de saint Vincent s’est ancrée dans sa vie. Rappelons-nous également son expérience spirituelle du 18 juillet 1830 où elle a dû accepter de se laisser guider par un petit enfant et d’apprendre de lui à «voir autrement» pour reconnaître Marie, «puisqu’elle doutait si c’était la Sainte Vierge».

Catherine ne nous rappelle-t-elle pas que la sainteté, c’est aussi emprunter l’humble chemin d’apprendre sans cesse des autres, particulièrement des plus petits ?

II. Deux «secrets» du message de 1830

Après nous être arrêtées sur quelques aspects de la sainteté de Catherine, regardons ce qu’elle a vu et découvert au cours de la première apparition, celle du 18 juillet 1830. Écoutons ce que le Seigneur nous dit par la voix de sa Mère.

Retenons deux secrets de ce message qui rejoignent tout particulièrement notre vie de Fille de la Charité :

  • Marie, unique Mère de la Compagnie,
  • Marie, Mère des pauvres.

1. Marie, unique Mère de la Compagnie

Marie, tu étais là

Au cours de cette apparition du 18 juillet, il se passe quelque chose comme aux noces de Cana. «Voici que la Mère de Jésus était là». Marie est là, en son nom, pour nous. Car nous avons besoin d’être éduquées pour devenir plus attentives à ce que Dieu nous donne pour accomplir notre vocation de Fille de la Charité.

Le fin mot de l’action de Marie, c’est de dire à son Fils : «Ils n’ont plus de vin». Bien sûr, Jésus voit, entend et sait. Mais, nous, nous avons besoin d’en­tendre Marie lui parler de nous. Et surtout, Marie ajoute : «Faites tout ce qu’il vous dira».

En disant : «J’aime à répandre les grâces sur la communauté», Marie redit sa présence à nos côtés et le pourquoi de cette présence. Elle est là pour nous aider à réaliser notre mission auprès des pauvres. En parlant des grâces qu’elle aime à répandre, Marie nous rappelle que la Compagnie est bien l’ceuvre de Dieu. Nous ne sommes pas seules pour accomplir notre service auprès des pauvres, Dieu nous donne sa tendresse pour la partager avec eux.

Marie, maîtresse de vie spirituelle

«La Communauté, je l’aime beaucoup, heureusement I» Marie nous redit son amour pour chacune d’entre nous. Cependant, tout de suite après, elle ajoute : «pourtant, j’ai de la peine ! ll y a de grands abus sur la régularité. Les règles ne sont pas observées !».

Autrement dit, les Constitutions ne sont pas bien vécues. Et pour cette raison, Marie a de la peine. Dieu a un dessein sur la Compagnie et celle-ci semble l’oublier ! Heureusement, Dieu l’aime beaucoup et veut l’aider à retrouver la ferveur et la vitalité de ses origines. Marie aussi

A travers sa présence agissante à nos côtés, Marie ne nous enfante-t-elle pas à nouveau dans notre vocation ? Ne nous invite-t-elle pas à cette conversion permanente qui se trouve dans une démarche humble d’accueil de la grâce qui nous transforme ? Notre vocation n’est-elle pas un don de Dieu à accueillir chaque jour et une tâche à accomplir avec sa grâce ?

2. Marie, Mère des pauvres

Marie fait défiler devant Catherine les événements douloureux qui vont se passer et entraîner de multiples souffrances : «Les temps seront mauvais. Les malheurs viendront fondre sur la France… Le monde entier sera renversé par des malheurs de toutes sortes. (La Sainte Vierge avait l’air très peinée en disant cela)».

Ensuite, elle fait communier Catherine au mystère d’identification du Christ souffrant dans le Pauvre.

«La Croix sera méprisée. On la mettra par terre. Le sang coulera. On ouvrira de nouveau le côté de Notre Seigneur…».

  • A travers ses entretiens avec la Vierge, Catherine découvre la profondeur et l’universalité du regard de Marie. Par ce regard, Catherine comprend la pers­pective mondiale du message. N’est-ce pas la même invitation qui est rappelée dans les Constitutions, celle de prier pour l’humanité entière marquée par la violence et la souffrance ? «La prière pour les pauvres et en leur nom reste leur premier devoir» (C. 2, 9).
  • Catherine est également interpellée dans sa propre foi. Marie lui rappelle la nécessité de développer un regard de foi dans son service des pauvres. Jésus ne se donne plus à voir, mais il nous donne de Le reconnaître dans les blessés de la vie. «…les pauvres leur représentent le Christ… Le service des Filles de la Charité est, en même temps que vision de foi, mise en oeuvre de l’Amour, dont le Christ est la source et le modèle» (C. 2, 1).
  • Enfin, Marie lui fait part d’une autre préoccupation qui habite son coeur : la situation misérable de certains enfants.

A Reuilly, Catherine constatera, comme les Soeurs de sa communauté, com­bien les jeunes sont délaissés et livrés à eux-mêmes. Elle voit «rouler dans la rue des premiers communiants ivres morts. Ce sont des « tireurs » comme on les appelle : des enfants exploités par les fabriques de papier peint qui prospèrent sur la misère de Reuilly. Les jeunes y sont traités comme des « bêtes de somme ». La plupart ne font même pas la première communion».

Marie ne fait pas un long discours au sujet de ces enfants, mais elle indique la manière de mettre en place quelque chose pour eux. Catherine dira au Père Aladel : «La Sainte Vierge veut de vous une mission… vous en serez le fonda­teur et le directeur. C’est une confrérie d’enfants de Marie…».

Marie va même jusqu’à suggérer de fêter certains jours pour aider ces en­fants en difficulté à découvrir qui Elle est pour eux. Alors, ils pourront saisir à travers Elle un chemin qui les conduira vers son Fils et vers des conditions de vie plus humaine.

Après avoir partagé ses inquiétudes, Marie invite Catherine à se tourner vers son Fils, Lui qui a un coeur doux et humble.

«Venez au pied de cet autel. Là, les grâces seront répandues…».

Marie semble faire écho à une des paroles de Jésus : «Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger» (Mt 11, 28-30).

Cette invitation n’est-elle pas celle des Constitutions de venir puiser quoti­diennement à la Source les forces nécessaires pour renouveler, affermir notre regard de foi et élargir notre coeur aux dimensions du monde ?

«Dans la louange à Dieu, l’écoute de sa Parole, la supplication, elles n’agissent pas seulement en leur nom, mais elles portent les joies et les espoirs, les tris­tesses et les angoisses de toute l’humanité» (C. 2, 12).

En conclusion

Par sa vie et par le message de Marie qu’Elle nous a transmis, Catherine est un «signe prophétique» pour nous, Filles de la Charité, et pour le monde d’aujourd’hui à l’aube de ce troisième millénaire.

Comme Catherine qui s’est laissée «subjuguer» par la beauté de Marie, particulièrement le 27 novembre 1830, ne craignons pas de regarder longuement notre «Unique Mère». Elle est le chef-d’oeuvre que Dieu nous donne pour nous entraîner à vivre de mieux en mieux notre vocation de Fille de la Charité. «Dans son service du Christ dans les pauvres, la Compagnie regarde à juste titre vers Celle qui engendra le Christ… la Vierge a été par sa vie le modèle de cet amour maternel dont doivent être animés tous ceux qui travaillent à la régénération des hommes» (C. 2, 11).

Bibliographie : Vie authentique de Catherine Labouré – (1. Récit ; 2. Preuves) R. Laurentin – DDB

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