{"id":108196,"date":"2014-02-04T12:30:33","date_gmt":"2014-02-04T11:30:33","guid":{"rendered":"http:\/\/vincentiens.org\/?p=108196"},"modified":"2014-02-04T12:30:33","modified_gmt":"2014-02-04T11:30:33","slug":"frederic-ozanam-philosophie-et-philosophes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vincentians.com\/fr\/frederic-ozanam-philosophie-et-philosophes\/","title":{"rendered":"Fr\u00e9d\u00e9ric Ozanam (Philosophie et philosophes)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/ozanam.jpg\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-104110\" alt=\"ozanam\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/ozanam-240x300.jpg?resize=240%2C300\" width=\"240\" height=\"300\" \/><\/a>C\u2019est line pieuse pens\u00e9e des amis d\u2019Ozanam d\u2019avoir consacr\u00e9 \u00e0 sa m\u00e9moire line \u00e9dition compl\u00e8te de ses \u0153uvres. \u2014 \u00c0 coup sur, si celle belle \u00e2me prend encore quelque int\u00e9r\u00eat au t\u00e9moignage des hommes, cette \u00e9dition de ses \u0153uvres compl\u00e8tes est le monument qui doit lui plaire davantage. L\u2019amiti\u00e9 empress\u00e9e a compris son v\u0153u posthume et l\u2019a r\u00e9alis\u00e9 avec un z\u00e8le incomparable. L\u2019\u00e9di\u00adtion vient de s\u2019achever, et nous avons d\u00e9sormais l\u2019\u0153uvre enti\u00e8re de ce vaillant \u00e9crivain, dont une partie in\u00e9dite semblait perdue pour la science et les lettres, tandis que d\u2019autres parties publi\u00e9es, mais dispers\u00e9es par les mille hasards de la publicit\u00e9, couraient le risque de ne se re\u00adjoindre jamais. Le moment est venu de porter un juge\u00adment d\u2019ensemble sur l&rsquo;homme qui fut un homme excellent, avec une physionomie de la plus vive origina\u00adlit\u00e9, et sur l\u2019\u0153uvre qui ne fut, \u00e0 vrai dire, qu\u2019une seule id\u00e9e, mais vari\u00e9e avec art et f\u00e9cond\u00e9e par la richesse des aper\u00e7us.<\/p>\n<p>Les documents se sont multipli\u00e9s autour de cette m\u00e9\u00admoire aimable, en raison m\u00eame des affections qui s\u2019\u00e9laienl multipli\u00e9es autour de cette vie si pure. Tout le monde a lu avec ravissement cette notice de M. Amp\u00e8re qui parut tr\u00e8s peu de temps apr\u00e8s la mort d\u2019Ozanam, et qui, par l\u2019\u00e9loquence \u00e9mue et naturelle dont elle est empreinte, m\u00e9ritera de survivre \u00e0 la triste occasion dont elle est n\u00e9e, et restera parmi les meilleures inspirations du savant<\/p>\n<p>acad\u00e9micien. En t\u00e9te de l\u2019\u00e9dition qui vient de para\u00eetre, le P. Lacordaire a plac\u00e9 une biographie \u00e9tendue, pleine de verve et de passion, trait\u00e9e avec ce style vif et bril\u00adlant dont le c\u00e9l\u00e9br\u00e9 orateur trouve le secret dans une jeunesse d\u2019\u00e2me toujours renouvel\u00e9e. M. Nettement a plus d\u2019une fois rendu de justes et touchants hommages \u00e0 l\u2019au\u00adteur des \u00c9tudes germaniques. A l\u2019occasion des Dentiers \u00e9crits tV Ozanam, M. llersart de la Yillemarqu\u00e8 rassem\u00adblait, dans des pages particuli\u00e8rement aimables, d\u2019in\u00adg\u00e9nieuses appr\u00e9ciations m\u00eal\u00e9es de souvenirs r\u00e9cents et encore pleins de larmes. Voil\u00e0, entre autres documents, ceux qui ont fait revivre avec le plus d\u2019autorit\u00e9 et de charme cette nohle figure, sit\u00f4t disparue.Nous essaierons, tout en nous servant de ces pr\u00e9cieux secours, d\u2019apporter notre part d\u2019impressions personnelles et de souvenirs, et peut-\u00eatre pourrous-nous ajouter quelque trait \u00e0 l\u2019\u0153uvre de ces habiles \u00e9crivains. Une heureuse fortune nous fait rencontrer Ozanam \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 les sensations sont profondes et durables, en des circonstances o\u00f9 l\u2019on peut dire que l\u2019iioimne se laisse p\u00e9n\u00e9trer dans la sinc\u00e9rit\u00e9 la plus parfaite de son \u00e2me. Avec quelques autres jeunes gens, privil\u00e9gi\u00e9s du sort, et qui tous, dans les voies di\u00adverses o\u00f9 la vie les a engag\u00e9s, ont gard\u00e9 l\u2019impression vive de cette rencontre, nous avons pass\u00e9 deux ann\u00e9es enti\u00e8res dans la familiarit\u00e9 intellectuelle d\u2019Ozanam. Et cela, non pas sur les bancs de la Sorbonne o\u00f9 le professeur, tr\u00e8s respectueux pour son auditoire, n\u2019apportait jamais qu\u2019une \u00e9loquence soigneusement m\u00e9dit\u00e9e, mais dans l\u2019ombre d\u2019un coll\u00e8ge de Paris, o\u00f9 M. Ozanam, pendant deux ann\u00e9es des plus laborieuses, consentit \u00e0 venir faire une classe de rh\u00e9torique, d\u00e9lassement bien lourd, pour une sant\u00e9 si fr\u00eale, \u00e0 ses fatigues hebdomadaires de l\u2019enseignement public. Nous ne pouvons nous rappeler, sans une \u00e9mo\u00adtion profonde, ces ann\u00e9es 1843 et 1844, si voisines de nous par le temps, si lointaines d\u00e9j\u00e0 par la distance mo\u00adrale des \u00e9v\u00e9nements. Le nom d\u2019Ozanam n\u2019avait pas encore d\u00e9pass\u00e9 un horizon tr\u00e8s limit\u00e9; mais d\u00e9j\u00e0 il faisait pres\u00adsentir la force et l&rsquo;\u00e9clat de son taleut \u00e0 tous ceux cjui s\u2019approchaient de lui. Nous ne craindrons pas, dans la rapide peinture que nous donnerons de l&rsquo;homme, d\u2019in\u00adsister sur ce trait qui manque aux notices que nous avons lues, et de le repr\u00e9senter dans cette vive et fa\u00admili\u00e8re attitude d\u2019un ma\u00eetre ador\u00e9, laissant \u00e9chapper \u00e0 Ilots les id\u00e9es et les sentiments, mettant toute son intel\u00adligence et tout son c\u0153ur eu contact avec son jeune audi\u00adtoire. Il y aura l\u00e0 peut-\u00eatre quelque nouveaut\u00e9.<\/p>\n<p>Nous voudrions aussi faire conna\u00eetre ses \u0153uvres, qui sont une tentative heureuse de renouvellement de l\u2019apo\u00adlog\u00e9tique chr\u00e9tienne par la passion savante et po\u00e9tique tout \u00e0 la fois, par l\u2019enthousiasme sinc\u00e8re animant l\u2019\u00e9rudi\u00adtion. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 sans doute le but supr\u00eame o\u00f9 tendaient tous les efforts d\u2019Ozanam. Mais cette id\u00e9e ma\u00eetresse n\u2019avait eu lui rien d\u2019\u00e9troit ni de tyrannique, et laissait \u00e0 son in\u00adtelligence toute sa libert\u00e9 dans le choix des moyens, dans la disposition des mat\u00e9riaux, dans l\u2019\u00e9conomie g\u00e9n\u00e9rale de son travail. La v\u00e9rit\u00e9 chr\u00e9tienne \u00e9tait la conclusion pressentie de tous ses livres, mais cette conclusion, l\u2019au\u00adteur, qui \u00e9tait en m\u00eame temps un artiste habile, lie l\u2019im\u00adposait pas \u00e0 ses lecteurs avec la fatigante obstination des apologistes maladroits qui \u00e9puisent leur science en plai\u00addoyers. L\u2019\u00e9tude n\u2019\u00e9tait qu\u2019un moyen sans doute pour cette intelligence \u00e9prise de la foi. Mais on sent que le moyen lui- m\u00eame enchantait l\u2019auteur presque autant que le but qu\u2019il poursuivait. Sa passion pour la science parait presque aussi vive que sa passion pour le christianisme, et c\u2019est ce carac\u00adt\u00e8re m\u00e9lang\u00e9 d\u2019enthousiasme scientifique et religieux qui donne \u00e0 ses \u0153uvres tant de vie et de sinc\u00e9rit\u00e9, tant de va\u00adri\u00e9t\u00e9 surtout au sein de l\u2019unit\u00e9 persistante et fondamentale.<\/p>\n<p>Chose \u00e9trange et qui peut nous donner \u00e0 tous \u00e0 r\u00e9fl\u00e9\u00adchir sur la fortune des livres et sur l\u2019in\u00e9gale r\u00e9partition des renomm\u00e9es ! Aux dons les plus rares de l\u2019imagination et du bon sens, \u00e0 l\u2019\u00e9clat d&rsquo;une science \u00e9loquente et vari\u00e9e, au charme sympathique d\u2019une foi profonde et d\u2019une ex\u00adquise puret\u00e9, Ozanam joignait le privil\u00e8ge d\u2019amiti\u00e9s nom\u00adbreuses dont quelques-unes \u00e9taient illustres. Et pourtant, personne, je pense, ne me d\u00e9savouera quand je dirai qu\u2019en dehors du cercle assez restreint du monde univer\u00adsitaire et acad\u00e9mique, o\u00f9, comme professeur et comme \u00e9crivain, il obtint de grands succ\u00e8s, en dehors aussi de ce que l\u2019on a appel\u00e9, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, le parti catholique, la r\u00e9putation d\u2019Ozanam ne fut pas \u00e9gale \u00e0 ses grands talents. Il n\u2019arriva pas, de son vivant, \u00e0 cette expansion de renomm\u00e9e, \u00e0 cette notori\u00e9t\u00e9 publi\u00adque o\u00f9 l\u2019on voit parvenir tous les jours des \u00e9crivains tr\u00e8s inf\u00e9rieurs. Pour nous servir d\u2019une image bizarre, mais juste, son nom jouissait de la plus haute estime dans cette partie de Paris dont on pourrait d\u00e9terminer h g\u00e9o\u00adgraphie intellectuelle en tirant une ligne de Saint-Sulpice \u00e0 la Sorbonne et de la Sorbonne \u00e0 l\u2019Institut. Je doute que ce nom ait jamais, dans ce temps-l\u00e0, pass\u00e9 les ponts. On pouvait croire qu\u2019il \u00e9tait ignor\u00e9 dans le monde des lettres bruyantes, du journalisme populaire, et de la critique qui c\u00e9l\u00e8bre, \u00e0 grand orchestre de phrases, une renom\u00adm\u00e9e par semaine. C\u2019\u00e9tait une iniquit\u00e9 flagrante, explica\u00adble pourtant, si la chose en valait la peine, par mille petites causes dont les meilleures sont bien frivoles. Cette iniquit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 aux trois quarts r\u00e9par\u00e9e par les travaux brillants et consciencieux que je signalais tout \u00e0 l\u2019heure. Il ne tiendra pas a nous que cette \u0153uvre de r\u00e9pa\u00adration ne s\u2019ach\u00e8ve et que le nom d\u2019Ozanam ne reprenne, dans la hi\u00e9rarchie des r\u00e9putations contemporaines, le niveau \u00e9lev\u00e9 auquel le place naturellement la double distinction du talent et du caract\u00e8re. Ce n\u2019est pointant pas une apologie que nous entreprenons ici ; c\u2019est une \u00e9tude critique, rien de plus, mais inspir\u00e9e par un senti\u00adment d&rsquo;affectueuse justice.<\/p>\n<h2>I<\/h2>\n<p>Que le lecteur ne s\u2019effraye pas trop, en nous voyant \u00e9vo\u00adquer des souvenirs de coll\u00e8ge. Il y a tel de ces souvenirs qui peut apporter une information utile ou un renseigne\u00adment piquant sur l\u2019histoire d&rsquo;une intelligence. Croit-on qu\u2019il f\u00fbt indiff\u00e9rent de savoir au juste comment M. Ville- main faisait sa classe et gouvernait les jeunes intelli\u00adgences confi\u00e9es \u00e0 son professorat pr\u00e9coce? Nous avons entendu plus d&rsquo;une fois, avec un singulier plaisir, d&rsquo;an\u00adciens \u00e9l\u00e8ves de M. Cousin rappeler les heures studieuses qu\u2019ils passaient avec lui, dans cette vieille \u00e9cole normale ou l\u2019on agitait tant d\u2019id\u00e9es jeunes au milieu des ruines. Quand il s\u2019agit d\u2019un de ces hommes \u00e9minents qui se por\u00adtent tout entiers dans tout ce qu\u2019ils fout, il n\u2019y a pas d\u2019\u0153uvre insignifiante ou m\u00e9diocre. Cela est vrai surtout de l\u2019enseignement, qui est une occasion naturelle, pour une intelligence avide de progr\u00e8s, de s\u2019\u00e9prouver et de se d\u00e9velopper librement \u00e0 l&rsquo;ombre devant ces jeunes gens \u00e0 la fois sympathiques et difficiles, qui sont d\u00e9j\u00e0 un audi\u00adtoire, sans \u00eatre encore le public. Excellente mani\u00e8re de conna\u00eetre \u00e0 fond un homme, que de le voir ainsi aux prises avec lui-m\u00e9me et avec ses id\u00e9es, essayant d\u2019inspirer le go\u00fbt des choses de l\u2019esprit \u00e0 une jeunesse souvent re\u00adbelle, multipliant ses ressources en raison de la r\u00e9sistance, variant sous mille formes la d\u00e9monstration, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ait trouv\u00e9 l\u2019argument d\u00e9cisif, pensant tout haut, et dans ces luttes improvis\u00e9es, rencontrant parfois la plus naturelle des \u00e9loquences. La parole du haut enseigne\u00adment, \u00e0 la Sorbonne ou ail Coll\u00e8ge de France, est expos\u00e9e \u00e0 un grave inconv\u00e9nient. Le professeur ne vit pas avec son public; il ne le conna\u00eet pas; tout au plus peut-il estimer, d\u2019apr\u00e8s les applaudissements, s\u2019il a r\u00e9ussi \u00e0 plaire; il ignore s\u2019il a convaincu. D\u2019ailleurs un auditoire libre est essentiellement mobile. On a commenc\u00e9 l&rsquo;e&gt; pos\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me ou d\u2019un livre devant une nombreuse assem\u00adbl\u00e9e ; 0Il pense l\u2019achever devant la m\u00eame assembl\u00e9e ; on se trompe ; elle n\u2019est la m\u00eame qu\u2019\u00e0 la surface : dans l\u2019in\u00adtervalle d\u2019un semestre elle s\u2019est peut-\u00eatre renouvel\u00e9e dix fois. Aussi ne s\u2019\u00e9tablit-il que bien rarement une commu\u00adnication s\u00e9rieuse entre le professeur et son public. D\u2019ail\u00adleurs, on le sait, ces auditoires de bonne volont\u00e9 viennent chercher des impressions; ils peuvent rencontrer par surcro\u00eet une instruction s\u00e9rieuse, mais ils s&rsquo;en soucient m\u00e9diocrement. Le professeur incline, par la force des choses, \u00e0 prendre le ton d\u2019un orateur, plus que celui d\u2019un ma\u00eetre. Le public, par la m\u00eame force des choses, incline \u00e0 prendre le r\u00f4le de juge plus que celui de disciple : il bl\u00e2me par son silence, il encourage par ses bravos; mais, en bonne conscience, pense-t-il \u00e0 s\u2019instruire? \u2014 Dans l\u2019enseignement plus modeste d\u2019une classe il s\u2019\u00e9tablit un commerce intime et r\u00e9gulier d\u2019intelligence entre le ma\u00eetre et les \u00e9l\u00e8ves. Le ma\u00eetre exerce une influence d\u00e9\u00adcisive par la continuit\u00e9 de son action; il se rend compte des progr\u00e8s ou des r\u00e9sistances; il r\u00e8gle sa marche d&rsquo;apr\u00e8s celle de son jeune auditoire ; il se proportionne aux intelligences; il devine ais\u00e9ment les points divers sur lesquels il peut rel\u00e2cher ou sur lesquels il doit tendre son effort; il assiste \u00e0 son \u0153uvre. On n\u2019estime pas assez haut, g\u00e9n\u00e9ralement, ce que des hommes habiles et consciencieux d\u00e9ploient de ressources d\u2019esprit ou de science sur ces th\u00e9\u00e2tres obscurs, au fond de nos coll\u00e8ges. Ozanam fut un de ces ma\u00eetres incomparables dans l\u2019intimit\u00e9, Il laissait \u00e9chapper, connue d\u2019une source intarissable, des tr\u00e9sors de sensibilit\u00e9 litt\u00e9raire et d\u2019\u00e9lo\u00adquence improvis\u00e9e. Il puisait \u00e0 un fonds si riche qu\u2019il semblait ne pas craindre la prodigalit\u00e9. Ce fut, en ce sens, un vrai prodigue, et il le fut jusqu\u2019\u00e0 sa derni\u00e8re heure.<\/p>\n<p>Je me souviens, comme si c\u2019\u00e9tait hier, du jour o\u00f9 nous le v\u00eemes para\u00eetre dans sa chaire du coll\u00e8ge Stanislas. La premi\u00e8re impression fut toule \u00e0 la curiosit\u00e9, et, je dois le dire, \u00e0 une curiosit\u00e9 un peu maligne. Ozanam n\u2019avait pour lui rien de ce qui pr\u00e9dispose en faveur d\u2019un homme, ni la beaut\u00e9, ni l\u2019\u00e9l\u00e9gance, ni la gr\u00e2ce. Sa taille \u00e9tait m\u00e9\u00addiocre, son attitude gauche et embarrass\u00e9e. Des traits incorrects, un teint livide, une extr\u00eame faiblesse de la vue, qui donnait \u00e0 son regard quelque chose de troubl\u00e9 et d\u2019ind\u00e9cis, une chevelure longue et en d\u00e9sordre, lui composaient une physionomie assez \u00e9trange, mais fran\u00adchement laide, qu\u2019un dessinateur habile, dans le portrait plac\u00e9 en t\u00eate de l\u2019\u00e9dition, a jug\u00e9 mal \u00e0 propos, selon nous, d&#8217;embellir pour la post\u00e9rit\u00e9. Cette figure \u00e9l\u00e9gante, r\u00e9gu\u00adli\u00e8re, ce n\u2019est plus Ozanam. C\u2019est mieux que lui, et je le regrette. Car si la malignit\u00e9 souriait d\u2019abord, la sym\u00adpathie avait sou tour. On ne pouvait rester longtemps indiff\u00e9rent \u00e0 cette expression de douceur et de bont\u00e9, transmise du c\u0153ur \u00e0 travers un masque un peu lourd, mais qui n\u2019\u00e9tait disgracieux qu&rsquo;\u00e0 la premi\u00e8re vue. Que la vraie bont\u00e9 est belle et que cette beaut\u00e9 est rare! Joignez \u00e0 cela un sourire d\u2019une tr\u00e8s spirituelle finesse, et \u00e2 cer\u00adtains moments un \u00e9panouissement d&rsquo;intelligence sur cette physionomie transform\u00e9e, comme si elle se f\u00fbt. ouverte pour laisser passer un rayon de l\u2019\u00e2me; ajoutez enfin, comme dernier trait, l\u2019habitude de souffrir, visiblement empreinte sur ce visage maladif, mais en m\u00eame temps, l&rsquo;habitude de souffrir avec calme, marqu\u00e9e dans cette expression singuli\u00e8re de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 douloureuse, qui devint chez lui dominante dans les deux derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie; on conviendra qu\u2019\u00e0 ce prix, l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 des traits importe peu, et que le plus difficile des hommes se r\u00e9si\u00adgnerait \u00e0 \u00eatre laid de cette charmante mani\u00e8re. D\u2019ailleurs Ozanam \u00e9tait \u00e0 mille lieues de penser \u00e0 tout cela, et je gagerais bien qu\u2019il n\u2019a pas perdu une minute de sa vie laborieuse \u00e0 se demander si sa laideur avait du charme ou n\u2019en avait pas. C\u2019\u00e9tait, de tous les hommes, le plus \u00e9tranger et le plus indiff\u00e9rent \u00e0 ces sortes de choses, et il avait bien raison de ne pas s\u2019en soucier.<\/p>\n<p>Comme il y avait de la g\u00e8ne dans son maintien, il y avait aussi de l\u2019embarras et presque de la gaucherie dans ses premi\u00e8res paroles. Son \u00e9locution, au d\u00e9but, semblait souffrir d\u2019une sorte de timidit\u00e9 physique ; elle \u00e9tait diffi\u00adcile, lente, et ne se d\u00e9gageait qu\u2019avec peine d\u2019une cer\u00adtaine obscurit\u00e9. Elle Il\u2019osait s\u2019enhardir que peu \u00e0 peu, sous la pression de cette dialectique int\u00e9rieure de la pens\u00e9e que l\u2019obstacle provoque ou que la sympathie \u00e9chauffe. Les premiers moments \u00e9taient toujours \u00e0 l\u2019in\u00adcertitude et au trouble, aussi bien dans une conversation priv\u00e9e, en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec un \u00e9colier que dans un entre\u00adtien \u00e9cout\u00e9, au milieu d\u2019un salon; dans la chaire modeste du coll\u00e8ge comme dans cette chaire de la Sorbonne qui, de temps \u00e0 autre, n\u2019\u00e9tait pas sans avoir quelque air de tri\u00adbune. Mais cette mauvaise honte c\u00e9dait bient\u00f4t, non pas tant au l\u00e9gitime sentiment d\u2019une sup\u00e9riorit\u00e9 qui se rend justice \u00e0 elle-m\u00eame, qu\u2019au vaillant effort d\u2019une volont\u00e9 pour laquelle c\u2019\u00e9tait un devoir de produire les id\u00e9es avec toute la force et la chaleur qu\u2019on doit mettre au service de la v\u00e9rit\u00e9. Son talent \u00e9tait encore de la conscience. Ces singuli\u00e8res timidit\u00e9s d\u2019une pens\u00e9e qui s\u2019effrayait d\u2019elle- m\u00eame se marquaient visiblement dans son \u00e9criture tour\u00adment\u00e9e, in\u00e9gale, surcharg\u00e9e de ratures. Une lettre, des noies \u00e9parses, une page destin\u00e9e \u00e0 la publicit\u00e9, lout ce qui sortait de sa plume portait l&#8217;empreinte d\u2019un labeur difficile, d\u2019un go\u00fbt inquiet, toujours m\u00e9content de son \u0153uvre, et d\u2019une certaine ind\u00e9cision h\u00e9sitant entre les formes diverses et les nuances d\u2019une id\u00e9e. Il y avait de tout cela dans Ozanam quand il \u00e9tait de sang-froid. Mais le travail de l\u2019id\u00e9e produisait l\u2019enthousiasme, et tous ces embarras disparaissaient; la parole ou le style devenaient tout d\u2019un coup vifs, imp\u00e9tueux; en un instant, tout chan\u00adgeait de face; l\u2019homme trop d\u00e9liant de lui-m\u00eame dispa\u00adraissait dans l\u2019orateur ou dans l\u2019\u00e9crivain sur de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Tel nous apparut Ozanam, apr\u00e8s les incertitudes du d\u00e9but. Les s\u00e9v\u00e9rit\u00e9s de la premi\u00e8re heure c\u00e9d\u00e8rent vite \u00e0 un sentiment d\u2019int\u00e9r\u00eat qui passa par des phases succes\u00adsives et devint une sorte d\u2019admiration affectueuse et fami\u00adli\u00e8re. Nous ne raconterons pas le d\u00e9tail de ces deux ann\u00e9es scolaires que le souvenir d\u2019Ozanam consacre dans notre c\u0153ur. Nous dirons seulement, pour marquer d\u2019un mot l&rsquo;influence que le professeur sut prendre sur sou jeune auditoire, que plusieurs de nos condisciples pro\u00adlong\u00e8rent leur tempsde coll\u00e8ge et s\u2019offrirent spontan\u00e9ment \u00e0 doubler leur ann\u00e9e de rh\u00e9torique, dans le but unique de continuer cette douce vie intellectuelle, sous la disci\u00adpline de ce inailre excellent. On ne se lassait pas de vivre avec lui.<\/p>\n<p>Si le caract\u00e8re de cette \u00e9lude nous interdit les d\u00e9tails, il nous impose au contraire l\u2019obligation de marquer les grands traits de cet enseignement qui nous serviront \u00e0 taire revivre la physionomie d\u2019\u00dczanam. Le qui dominait en lui, c\u2019\u00e9tait une sorte d\u2019art tout spontan\u00e9 mais tr\u00e8s effi\u00adcace, pour \u00e9veiller le sentiment litt\u00e9raire dans des intel\u00adligences m\u00eame endormies. Il avait le secret d\u2019int\u00e9resser tout le monde aux choses de l\u2019esprit. Les \u00e2mes les plus st\u00e9riles et les plus glac\u00e9es s\u2019ouvraient aux impressions de sa parole et sentaient na\u00eetre je ne sais quelle curiosit\u00e9 nouvelle qui les \u00e9tonnait ellcs-m\u00e9mes. Ces \u00e9coliers maus\u00adsades et grossiers, ces b\u00e9otiens de coll\u00e8ge, qui sont le d\u00e9sespoir des professeurs et la honte d\u2019une classe, ne res\u00adtaient pas toujours isol\u00e9s dans leur indiff\u00e9rence. Quelques- uns comprenaient, d\u2019autres croyaient comprendre, ce qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un grand progr\u00e8s. Cette action p\u00e9n\u00e9trante d\u2019Ozanam sur les intelligences les plus rebelles tenait \u00e0 deux causes principales : le mouvement et l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation morale de son enseignement. Il avait toutes sortes de prises sur l\u2019esprit. Il le saisissait par la raison, qu\u2019il avait forte et exerc\u00e9e, par l&rsquo;imagination qu\u2019il avait heureuse, et surtout par une esp\u00e8ce de dialectique socratique, o\u00f9 il excellait, et par laquelle, interrogeant l\u2019\u00e9l\u00e8ve et le con\u00adduisant avec art, il lui donnait l\u2019illusion d\u2019avoir trouv\u00e9 ce qu\u2019il lui faisait voir. Ces formes vari\u00e9es et dramatiques ajoutaient un vif int\u00e9r\u00eat \u00e0 ses le\u00e7ons, aiguillonnaient la paresse, r\u00e9veillaient la somnolence, et r\u00e9pandaient autour de lui une agitation qui, r\u00e9gl\u00e9e et dirig\u00e9e, devenait une f\u00e9conde activit\u00e9. Avec lui on aimait \u00e0 penser. Il \u00e9levait doucement \u00e0 son niveau les jeunes gens, encourageant leurs efforts, applaudissant de tout c\u0153ur au z\u00e8le heureux, plein d\u2019une indulgente sympathie pour les \u00e9carts d\u2019une imagination adolescente ou les \u00e9checs d&rsquo;une intelligence pauvrement dou\u00e9e. Pourvu que l\u2019on f\u00fbt courageux, il \u00e9tait content; il adorait la bonne volont\u00e9. Aucun ensei\u00adgnement, moins que le sien, n\u2019\u00e9tait tourn\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des succ\u00e8s frivoles. Il ne m\u00e9prisait pas ces concours clas\u00adsiques, o\u00f9 l&rsquo;\u00e9mulation double l\u2019effort et fait produire \u00e0 un jeune esprit toutes ses ressources. Mais il regardait plus haut et ne souffrait pas que le coll\u00e8ge n&rsquo;aspir\u00e2t qu\u2019\u00e0 faire des laur\u00e9ats. Il voulait qu\u2019on emport\u00e2t de sa classe le vif sentiment du beau, qui du reste ne se s\u00e9parait pas, dans sa pens\u00e9e, du bien moral. Nul plus heureusement que lui n&rsquo;associa ce double culte. Sans aucune affectation, il don\u00adnait \u00e0 son enseignement un tour aust\u00e8re et grave, il excel\u00adlait \u00e0 faire voir que l\u2019id\u00e9e du bien est la cons\u00e9cration et le couronnement de toute bonne et saine litt\u00e9rature. Et cela, il le montrait sans le d\u00e9montrer, aimant mieux avoir recours \u00e0 l\u2019exemple, \u00e0 la citation, qu\u2019\u00e0 la th\u00e9orie, et ame\u00adnant l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 conclure, sans lui imposer la contrainte d\u2018un argument en r\u00e8gle. \u00c0 Dieu ne plaise que je trans\u00adforme cet aimable esprit en un pr\u00e9dicateur de morale. Ce serait assur\u00e9ment le bien mal comprendre. Je cherche \u00e0 rendre l\u2019impression qu\u2019il produisait sur son auditoire, et cette impression \u00e9tait double. Il faisait aimer les lettres, mais les lettres nobles, vraiment lib\u00e9rales, celles qui \u00e9l\u00e8vent la pens\u00e9e et qui ont s\u00e9rieusement \u00e0 c\u0153ur la gran\u00addeur morale de riiumanil\u00e9, htimaniores litter\u0153. L\u2019intelli\u00adgence [ne profitait pas seule \u00e0 ce commerce; l\u2019\u00e2me tout enti\u00e8re s\u2019y d\u00e9veloppait.<\/p>\n<p>Il fallait l\u2019entendre expliquer Virgile. Il fallait le voir tenant \u00e0 la main un vieil exemplaire des Ge&rsquo;orgiques, lisant ce po\u00e8me tout p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 du parfum de la nature, s\u2019animant \u00e0 cette grave m\u00e9lodie du vers latin, et apr\u00e8s les essais malheureux de quelque \u00e9cofier in\u00e9gal \u00e0 cette grande po\u00e9sie, reprenant la traduction faiblement \u00e9bauch\u00e9e, rec\u00adtifiant le sens ind\u00e9cis, condensant le style, et ramassant tout l&rsquo;effort de son intelligence pour lutter de pr\u00e9cision avec un beau vers, de grandeur avec une belle image, d\u2019harmonie avec toute cette po\u00e9sie qui est l\u2019harmonie m\u00eame. C\u2019\u00e9tait plaisir d\u2019assister \u00e0 un enthousiasme si na\u00eff et si vrai. Dante lui avait appris \u00e0 aimer Virgile avec une sorte de pi\u00e9t\u00e9. Toute son \u00e2me passait dans ces improvi\u00adsations, jet\u00e9es avec une verve br\u00fblante sur le texte latin. La traduction appelait le commentaire. Le commentaire d\u2019un vers appelait le commentaire du po\u00e8me tout entier. L&rsquo;esprit du professeur, invit\u00e9 par la-propos, agrandissait de plus en plus le sujet; ce qui n\u2019\u00e9tait d&rsquo;abord que l\u2019exer\u00adcice d\u2019une classe, devenait, par le progr\u00e8s naturel de l\u2019id\u00e9e et l\u2019enthousiasme croissant du ma\u00eetre, un v\u00e9ritable cours d\u2019\u00e9loquence et de po\u00e9sie latine. L\u2019histoire vivante, passionn\u00e9e, s\u2018y m\u00ealait dans une juste proportion. On sor\u00adtait enfin de ce cercle pu\u00e9rilement monotone des \u00c9pi\u00adsodes, qui ont trop longtemps fait oublier le po\u00e8me lui-m\u00eame, pour embrasser d\u2019un coup d\u2019\u0153il l\u2019id\u00e9e fonda\u00admentale de l\u2019ouvrage, l\u2019ordre harmonieux des d\u00e9velop\u00adpements, la grandeur simple des d\u00e9tails, cet art incom\u00adparable que poss\u00e8de Virgile de rester po\u00e8te au milieu des descriptions vraies et des conseils savants, po\u00e8te dans le technique m\u00eame, et surtout ce patriotisme m\u00e2le qui rap\u00adpelle Rome d\u00e9j\u00e0 corrompue \u00e0 l\u2019antique vertu des champs. Tout cela exprim\u00e9 dans un langage parfois in\u00e9gal, incor\u00adrect m\u00eame, mais toujours vif, saisissant, color\u00e9, sinc\u00e8re surtout et exprimant avec ing\u00e9nuit\u00e9 le mouvement int\u00e9\u00adrieur de la pens\u00e9e, tout cela tenait l\u2019auditoire sous le charme, et dans nos imaginations \u00e9coli\u00e8res, Virgile gran\u00addissait \u00e0 vue d\u2019\u0153il, avec son interpr\u00e8te. Dans la suite, j\u2019ai vu Ozanam plus ma\u00eetre de lui, plus habile dans ses effets, plus \u00e9tudi\u00e9 dans sa vive parole. Je ne l\u2019ai jamais vu plus naturellement \u00e9loquent que dans ces conf\u00e9rences fami\u00adli\u00e8res o\u00f9 il se p\u00e9n\u00e9trait de l\u2019\u00e2me si grande et si douce de Virgile. Un des plus grands chagrins de ma vie d\u2019\u00e9colier, un chagrin que la vie d\u2019homme elle-m\u00eame ne m\u2019a pas fait oublier, est d\u2019avoir perdu un exemplaire o\u00f9 j\u2019avais not\u00e9, d\u2019une main pr\u00e9cipit\u00e9e, les plus belles inspirations de cette imagination savante aux prises avec le po\u00e8te des G\u00eborgiques, un Virgile comment\u00e9 par Ozanam, et dont le prix \u00e9tait infini \u00e0 mes yeux. Il y aurait eu l\u00e0 des \u00e9l\u00e9ments d\u2019une \u00e9tude des plus curieuses, quelque chose sur les G\u00eborgiques d\u2019analogue au travail d\u00e9licatement \u00e9rudit et plein d\u2019aper\u00e7us nouveaux que M. Sainte-Beuve a consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;<em>\u00c9n\u00e9ide<\/em>. Bien entendu que, dans noire pens\u00e9e, le rap\u00adprochement ne va pas au del\u00e0 d\u2019une certaine similitude dans le genre du travail. Les diff\u00e9rences entre ces deux esprits parlent d\u2019elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Un jour, apr\u00e8s l\u2019explication d\u2019une des pages les plus simples et les plus vraies des G\u00e9orgiques, nous fumes tout surpris de voirie ma\u00eetre s\u2019abstenir de tout commentaire, et tirer silencieusement un petit livre de la poche de son habit, r\u00e9ceptacle habituel de papiers, de notes, ou d\u2019el- z\u00e9virs microscopiques. Il ouvrit ce livre et lut. Ce n\u2019\u00e9\u00adtaient plus des vers latins, et c\u2019\u00e9tait pourtant encore la m\u00eame harmonie puissante, calme, sereine. Ce n\u2019\u00e9tait plus Virgile, m\u00eame traduit par l\u2019abb\u00e9 Delille, et pourtant c\u2019\u00e9\u00adtait l\u2019inspiration directe de Virgile, c\u2019\u00e9tait une po\u00e9sie toute virgilienne d\u2019accent, d&rsquo;\u00e9motion; c\u2019\u00e9tait la note des G\u00e9orgiques, miraculeusement retrouv\u00e9e dans une langue nouvelle, m\u00e9lodieuse, pleine de sentiments et d\u2019images, \u00e0 laquelle il ne manquait vraiment qu&rsquo;une chose pour \u00eatre tout \u00e0 fait digne du po\u00e8te romain, la juste mesure. Nous assistions, charm\u00e9s, \u00e0 cette vie rustique, racont\u00e9e depuis la premi\u00e8re heure du travail jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re heure du jour. A la fui de la lecture, je crois qu\u2019un ap\u00adplaudissement contenu \u00e9clata. Ai-je besoin de dire que l\u2019aust\u00e8re interpr\u00e8te de Virgile venait de nous lire les La\u00adboureurs, de M. de Lamartine? Le lendemain, qui \u00e9tait un jour de sortie, la plupart d\u2019entre nous revinrent avec un Jocelyn. Ce r\u00e9sultat n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu par notre excellent ma\u00eetre, qui se fut fait, j\u2019en suis s\u00fbr, un cas de conscience de son enthousiasme litt\u00e9raire. Pendant quinze jours on ne parla que de Laurence. 0 fragilit\u00e9 des im\u00adpressions humaines! Virgile et les Laboureurs \u00e9taient ou\u00adbli\u00e9s.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas rencontr\u00e9 d\u2019homme qui prit si fort \u00e0 c\u0153ur les grandes choses, la po\u00e9sie, la religion, l&rsquo;art, l\u2019\u00e9loquence, la philosophie. Sur tous ces sujets, il s&rsquo;expri\u00admait avec une verve \u00e9lev\u00e9e et sinc\u00e8re. Il mettait, du reste, dans tout ce qu\u2019il faisait, la grandeur et la force de sa pens\u00e9e, ne m\u00e9prisant aucun exercice scolaire, et sa\u00adchant tirer parti de tout ce que lui pouvait offrir le cours diversifi\u00e9 des \u00e9tudes classiques pour animer les esprits, et r\u00e9pandre parmi eux, sous les formes les plus vari\u00e9es, le culte du beau. Il ne ressemblait en rien \u00e0 ces profes\u00adseurs qui, s\u2019estimant tr\u00e8s sup\u00e9rieurs \u00e0 leur m\u00e9tier, en m\u00e9prisent les d\u00e9tails, et croient compenser leur indo\u00adlence d\u00e9daigneuse \u00e0 l\u2019\u00e9gard des petits travaux, par la vi\u00adgueur de l\u2019impulsion g\u00e9n\u00e9rale. Mauvais raisonnement. L\u00e0 o\u00f9 le d\u00e9tail fait d\u00e9faut, l\u2019ensemble manque aussi, sur\u00adtout dans l\u2019\u0153uvre laborieuse de l\u2019instruction, o\u00f9 l\u2019in\u00adfluence ne s\u2019obtient, o\u00f9 l\u2019action ne s\u2019exerce que par un soin pers\u00e9v\u00e9rant et une assiduit\u00e9 presque minutieuse. Ozanam le savait, et il veillait tout particuli\u00e8rement \u00e2 mettre en estime les travaux du genre le plus classique. Il est vrai qu\u2019il nous apprenait \u00e0 d\u00e9couvrir, m\u00eame dans ces \u0153uvres modestes, des c\u00f4t\u00e9s int\u00e9ressants et nouveaux. Il s\u2019appliquait surtout \u00e0 relever les vers latins d&rsquo;une sorte de discr\u00e9dit o\u00f9 ils \u00e9taient tomb\u00e9s, depuis quelques ann\u00e9es, dans l\u2019Acad\u00e9mie de Paris, et \u00e0 nous faire voir que m\u00eame sous une forme surann\u00e9e et toute d\u2019imitation, il y avait encore une naturelle issue pour des sentiments ou des pens\u00e9es po\u00e9tiques. Lui-m\u00e8me, autrefois, au col\u00adl\u00e8ge, nous savons qu\u2019il excellait \u00e0 manier cette forme, et que souvent il avait condens\u00e9, avec un rare bonheur, dans le m\u00e8tre de Virgile, une po\u00e9sie juv\u00e9nile, mais ori\u00adginale et brillante, dont son ancien ma\u00eetre, M. Urbain Legeay, un modeste et excellent humaniste, conserve pieusement aujourd\u2019hui les aimables reliques. M\u00eame alors, devenu ma\u00eetre \u00e0 son tour, Ozanam aimait encore cet exercice ing\u00e9nieux., et plus d\u2019une fois, comme saisi d\u2019une sorte d\u2019\u00e9mulation na\u00efve et charmante, nous le v\u00eemes, \u00e0 propos d\u2019une pi\u00e8ce ou d\u2019une tirade incompl\u00e8te, reprendre l\u2019\u00e9bauche de l\u2019\u00e9l\u00e8ve, s\u2019animer au jeu, et nous rapporter le lendemain quelques vers latins que Vani\u00e8re ou Santeul auraient sign\u00e9s. Il appartenait vraiment et de plein droit \u00e0 cette \u00e9lite des esprits pour qui nul la\u00adbeur n\u2019est ennuyeux ou insignifiant, parce qu\u2019ils savent \u00e9lever les choses jusqu\u2019\u00e0 eux. Il trouvait dans chaque \u0153uvre, m\u00f4me secondaire, un v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat, parce qu\u2019il y apportait l\u2019int\u00e9r\u00eat de son esprit si vivant, de son imagination f\u00e9conde, de sa verve savante. Sa vie intellec\u00adtuelle, si riche de son fonds, et si s\u00e9rieusement occup\u00e9e, se r\u00e9pandait sur toute personne et sur toute chose autour de lui.<\/p>\n<p>Avec tout cela, pas l\u2019ombre de p\u00e9danterie, l\u2019ing\u00e9nuit\u00e9 m\u00eame et l\u2019esprit dans toute sa naturelle vivacit\u00e9 ; car il en avait, et du meilleur, du plus agile \u00e0 la repartie et du plus gai. On ne l\u2019a pas connu, sous cet aspect de jeunesse spirituelle et riante, dans sa chaire publique de la Sor- bonne, o\u00f9 ce qu\u2019il avait d\u2019oratoire dominait et absorbait tout en lui. Et puis, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il fut le plus en vue, les douleurs de plus en plus vives, les soucis navrants de l\u2019avenir, les inqui\u00e9tudes de toute sorte, publiques et pri\u00adv\u00e9es, avaient marqu\u00e9 leur trace dans cette \u00e2me si jeune et qui se sentait d\u00e9j\u00e0 en proie \u00e0 la mort. L\u2019esprit avait encore chez lui, m\u00eame alors, de vives \u00e9chapp\u00e9es, imp\u00e9\u00adtueuses, franches, souvent \u00e9blouissantes ; mais ce n\u2019\u00e9tait plus que l\u2019exception aimable et comme l\u2019intervalle lu\u00admineux d\u2019une vie sur laquelle s\u2019\u00e9tendait l\u2019ombre, de jour en jour croissante ; ce n\u2019\u00e9tait plus d\u2019ailleurs que dans l&rsquo;intimit\u00e9 que ce charmant esprit osait \u00eatre libre et sui\u00advre sa veine heureuse et gaie ; tout le reste de son exis\u00adtence avait pris un tour s\u00e9rieux, je dirais presque triste, s\u2019il pouvait y avoir de la tristesse o\u00f9 il y a de la vraie b ont\u00e9. Mais \u00e0 cette \u00e9poque privil\u00e9gi\u00e9e de la vie d\u2019Oza\u00adnam, o\u00f9 nous l&rsquo;avons rencontr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois, et o\u00f9 sa maturit\u00e9 pr\u00e9coce retenait encore tout l\u2019entrain et le premier \u00e9lan de la jeunesse, il se livrait volontiers \u00e0 cette aimable et franche gaiet\u00e9 d\u2019esprit, qui est un rafra\u00ee\u00adchissement au milieu des \u00e9tudes aust\u00e8res. Il s\u2019y aban\u00addonnait avec cette sinc\u00e9rit\u00e9 d\u2019une \u00e2me excellente et pure, que les fortes douleurs n\u2019ont pas encore touch\u00e9e, et qui, pleine de la joie de sentir vivre sa pens\u00e9e et son c\u0153ur, laisse, de temps \u00e0 autre, cette joie de la vie int\u00e9rieure \u00e9clater au dehors. Notre jeunesse surtout, semblait lui rendre toute la sienne; ce savant qui avait d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 des travaux consid\u00e9rables, et qui portait de grandes choses dans sa pens\u00e9e, redevenait, \u00e0 certaines heures, na\u00eff et joyeux avec nous, Il avait le rire si franc, si na\u00adturel, la plaisanterie si agr\u00e9able, si vivement tourn\u00e9e, bien que toujours temp\u00e9r\u00e9e par un sentiment exquis des convenances, que c\u2019\u00e9tait un charme de le surprendre en ses douces gaiet\u00e9s. On l\u2019y provoquait, tant que cela \u00e9tait possible. Il r\u00e9sistait le plus souvent, et l\u2019on voyait que sa conscience, qui \u00e9tait d\u2019une d\u00e9licatesse extr\u00eame, se re\u00adtranchait alors dans le respect de la r\u00e9gie, dans la s\u00e9\u00adv\u00e9rit\u00e9 du devoir, et aussi dans la gravit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e de son enseignement. Parfois il c\u00e9dait \u00e0 nos innocentes provoca\u00adtions ; quelque chose agissait alors en lui, soit le charme du beau soleil, dont il \u00e9tait amoureux comme un po\u00e8te, soit l\u2019influence d\u2019un de ces rayons int\u00e9rieurs qui, sortis du plus profond de l\u2019\u00e2me, viennent s\u2019\u00e9panouir \u00e0 la sur\u00adface; il fallait l\u2019entendre alors. Que de jeunesse dans cet esprit d\u00e9j\u00e0 vieux par la science! Quelle candeur dans la gaiet\u00e9, et, par un \u00e9trange contraste, quelle finesse dans la plaisanterie ! Candide et fin, c\u2019\u00e9tait bien la mani\u00e8re d\u2019\u00eatre d\u2019Ozanam, quand il s\u2019\u00e9gayait, et s\u2019il y aune con\u00adtradiction, nous la mettons \u00e0 la charge de la nature, qui avait conserv\u00e9 \u00e0 Ozanam la simplicit\u00e9 du c\u0153ur, au mi\u00adlieu des raffinements litt\u00e9raires de l\u2019esprit.<\/p>\n<p>Ing\u00e9nu et bon, il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner s\u2019il \u00e9tait popu\u00adlaire parmi tous les jeunes gens r\u00e9unis et group\u00e9s au\u00adtour de lui. Je n\u2019ai jamais connu ma\u00eetre plus aim\u00e9. La jeunesse allait \u00e0 lui par d\u2019in\u00e9vitables sympathies. Et ces sympathies, des deux c\u00f4t\u00e9s, \u00e9taient fid\u00e8les. Par le progr\u00e8s des ann\u00e9es, ses anciens \u00e9l\u00e8ves devenaient presque tous ses amis. On ne se d\u00e9cidait pas \u00e0 se passer de lui quand on l&rsquo;avait connu. L\u2019int\u00e9r\u00eat vif que le ma\u00eetre avait excit\u00e9 se reporta tout entier et ardent sur l&rsquo;homme. Nous vou\u00adl\u00fbmes conna\u00eetre sa vie, son jeune pass\u00e9, ses succ\u00e8s r\u00e9\u00adcents, ses chances d\u2019avenir, ses modestes ambitions. Pas un d\u2019entre nous qui ne s\u2019associ\u00e2t vivement et de toute son \u00e2me, \u00e2 ses diverses fortunes dans les lettres et dans l&rsquo;universit\u00e9. Le jour o\u00f9 il obtint, \u00e0 titre d\u00e9finitif, la succession de M. Fauriel, il sembla \u00e0 chacun de nous que cette nomination \u00e9tait la n\u00f4tre autant que la sienne, et que nous montions tous ensemble avec lui dans cette vieille chaire, vaillamment conquise. Ses triomphes \u00e9taient \u00e0 nous. Nous ne nous serions jamais consol\u00e9s d\u2019une disgr\u00e2ce du pouvoir ou d\u2019une d\u00e9faveur du public. Ces deux \u00e9preuves nous furent \u00e9pargn\u00e9es dans sa per\u00adsonne. Son talent le prot\u00e9geait naturellement aupr\u00e8s de l\u2019autorit\u00e9, sa loyaut\u00e9 aupr\u00e8s du public. Il trouva partout l\u2019accueil dont il \u00e9tait digne. Ce fut heureux; une injus\u00adtice aurait bris\u00e9 ce c\u0153ur singuli\u00e8rement sensible, et d\u2019une d\u00e9licatesse presque maladive.<\/p>\n<p>Le moment est venu d&rsquo;esquisser rapidement celte bio\u00adgraphie trop courte, et o\u00f9 il n\u2019y eut gu\u00e8re d\u2019int\u00e9ressant que des \u00e9v\u00e9nements de sentiment ou d\u2019id\u00e9e.<\/p>\n<p>On ne comprendrait pas tout l&rsquo;homme si l\u2019on ne mar\u00adquait les premi\u00e8res et d\u00e9cisives influences qui agirent sur son enfance et sa jeunesse. Le P. Lacordaire, dans une page anim\u00e9e, a r\u00e9sum\u00e9 les traditions domestiques qui eurent une si grande part dans la direction des id\u00e9es d\u2019Ozanam : \u00ab Il descendait originairement d une famille juive de la Bresse, convertie par saint Didier, l\u2019an 000 de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne. Un de ses anc\u00eatres, Jacques Ozanam, dont Fontcnelle a \u00e9crit l\u2019\u00e9loge, \u00e9tait, au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, un math\u00e9maticien remarquable et un chr\u00e9tien fort droit. On a retenu ce mot que lui avaient inspir\u00e9 les querelles tli\u00e9ologiques de son temps : \u00ab Il appartient aux docteurs de Sorboune de disputer, au pape de prononcer et aux math\u00e9maticiens d\u2019aller en paradis par la perpen\u00addiculaire. \u00bb Le p\u00e8re d\u2019Ozanam, dans une vie trop t\u00f4t tranch\u00e9e par un accident, fruit de sa charit\u00e9, avait connu des situations bien diverses : tour \u00e0 tour soldat, n\u00e9go\u00adciant, exil\u00e9 volontaire en Italie, puis \u00e9tudiant et m\u00e9decin ; mais autant sa carri\u00e8re avait \u00e9prouv\u00e9 de vicissitudes, au\u00adtant la foi chr\u00e9tienne \u00e9tait demeur\u00e9e l\u2019ancre immuable o\u00f9 s\u2019appuyait la constance de ses vertus. Il avait abdiqu\u00e9 la guerre au moment o\u00f9 elle lui promettait, dans nos cam\u00adpagnes d&rsquo;Italie, le prix du sang qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 vers\u00e9 pour la France. Lyon, en lui donnant alors une femme digne de lui, avait impos\u00e9 \u00e0 son amour le sacrifice de ses go\u00fbts, et huit ann\u00e9es d\u2019un travail obscur avaient inaugur\u00e9 les commencements d\u2019un bonheur qui n\u2019excluait pas le d\u00e9sir d\u2019occupations plus hautes, parce qu\u2019elles sont plus d\u00e9vou\u00e9es. Un changement de fortune le d\u00e9livra du joug. Milan le re\u00e7ut comme dans un asile que la victoire avait rendu fran\u00e7ais, mais que la nature et les souvenirs pro\u00adt\u00e9geaient contre une pr\u00e9sence trop vive d\u2019un ma\u00eetre tout- puissant: et l\u00e0, plus libre qu\u2019il ne l\u2019avait encore \u00e9t\u00e9, on le vit \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trente-six ans, se cr\u00e9er la carri\u00e8re qui l&rsquo;avait fui, et obtenir de sa constance, sur une terre \u00e9trang\u00e8re, le renom de m\u00e9decin savant, habile et chari\u00adtable. Quand l\u2019Autriche, apr\u00e8s nos revers, eut appliqu\u00e9 \u00e0 ce sol po\u00e9tique son sceplre lourd et d\u00e9fiant, le .p\u00e8re d&rsquo;Ozanam revint demander \u00e0 la France une meilleure patrie, et vingt ann\u00e9es de s\u00e9jour \u00e0 Lyon Fy rattach\u00e8rent de nouveau en attendant que la mort l\u2019y naturalis\u00e2t pour jamais.<\/p>\n<p>\u00ab Fr\u00e9d\u00e9ric Ozanam \u00e9tait n\u00e9 de ce p\u00e8re dans le temps de l\u2019exil, le ao\u00fbt 1815. Sa m\u00e8re, Marie Nantas, fille d\u2019un honorable n\u00e9gociant de Lyon, avait aussi connu dans son enfance les chemins de l\u2019\u00e9tranger. Le flot de l\u2019\u00e9migration l\u2019avait port\u00e9e en Suisse, au bourg d\u2019\u00c9chal- lens, \u00e0 moiti\u00e9 route de Lausanne et d\u2019Yverdun, entre ces deux beaux lacs de Gen\u00e8ve et de Neuch\u00e2tel. Cinquante ans apr\u00e8s, Fr\u00e9d\u00e9ric y retrouvait les traces de sa m\u00e8re, et d\u00e9posait dans une note touchante l\u2019impression qu\u2019il avait re\u00e7ue de cette pieuse rencontre&#8230;. II eut pour sa m\u00e8re vivante un culte qu\u2019il lui conserva toujours, et j\u2019ai remarqu\u00e9 dans ses lettres qu\u2019il en parlait sans cesse avec une tendre admiration. Quand il l\u2019eut perdue, sa douleur fut extr\u00eame : mais, le premier d\u00e9chirement pass\u00e9, il se fit en lui un ph\u00e9nom\u00e8ne, qu\u2019il appelle quel\u00adque part la conviction de la pr\u00e9sence r\u00e9elle de sa m\u00e8re. Il lui semblait qu\u2019elle le suivait encore, qu\u2019elle l\u2019inspirait, qu\u2019elle le r\u00e9compensait, comme au temps de son en\u00adfance, par des caresses sensibles. \u00bb<\/p>\n<p>Ce culte persistant fut un des soutiens de sa vie reli\u00adgieuse et morale. Sa m\u00e8re fut pour lui Fange familier du bon conseil et l\u2019inspiratrice secr\u00e8te de son c\u0153ur. Toute sa vie, il resta quelque chose de cette impression dans la mani\u00e8re dont il jugeait et parlait des femmes. Cette \u00e2me pure gardait \u00e0 leur \u00e9gard une sorte de senti\u00adment chevaleresque et de respect attendri. Il avait une horreur toute particuli\u00e8re pour ces conversations l\u00e9\u00adg\u00e8res ou ces libres \u00e9crits qui profanent l\u2019id\u00e9e de ce sexe et avilissent l\u2019amour. \u00c0 peine pouvait-il souffrir m\u00eame la v\u00e9rit\u00e9 historique, quand elle t\u00e9moignait des faiblesses de quelque femme illustre qu\u2019il aurait voulue irr\u00e9prochable. Je me rappelle son embarras charmant \u00e0 propos des allu\u00adsions discr\u00e8tes de Bossuet, dans l\u2019oraison fun\u00e8bre de la duchesse d&rsquo;Orl\u00e9ans. Sa chaste imagination n\u2019osait pas aller aussi loin que la grave pens\u00e9e du pr\u00eatre.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019influence de sa m\u00e8re, qui remontait aux premiers jours de son enfance, une autre, bien salutaire et pro\u00adfonde, \u00e9tait venue s\u2019ajouter, dans ces ann\u00e9es de crise qui s\u00e9parent l\u2019adolescence de la jeunesse et qui pr\u00e9pa\u00adrent si activement la vie. Il avait rencontr\u00e9, dans son ma\u00eetre de philosophie au coll\u00e8ge de Lyon, un pr\u00eatre sa\u00advant, auquel sa foi \u00e9clair\u00e9e et sa forte raison donnaient une autorit\u00e9 exceptionnelle sur toutes les g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9l\u00e8ves qui traversaient sa classe. M. l\u2019abb\u00e9 Noirot, que M. Cousin proclama un jour le premier professeur de la France, s\u2019emparait des esprits avec une grande force. Nous avons connu un certain nombre d\u2019\u00e9l\u00e8ves qu\u2019il a form\u00e9s, et presque tous, dans la vari\u00e9t\u00e9 de leur intelli\u00adgence, gardaient l\u2019ineffa\u00e7able empreinte du ma\u00eetre, je veux dire un esprit philosophique tr\u00e8s exerc\u00e9 et rompu \u00e0 la dialectique, s\u2019unissant \u00e0 un go\u00fbt vif pour les v\u00e9rit\u00e9s religieuses. Ozanam ne fit donc que confirmer par le rai\u00adsonnement, dans la soci\u00e9t\u00e9 de ce pr\u00eatre modeste, qui \u00e9tait en m\u00eame temps un philosophe distingu\u00e9, son incli\u00adnation religieuse, d\u00e9j\u00e0 forte des traditions et des exemples de sa maison. M. Noirot, qui se connaissait en jeunes gens, faisait le plus grand fond sur le jeune Ozanam, et l\u2019avait admis, tout \u00e9colier qu\u2019il f\u00fbt encore, dans une sorte d\u2019intimit\u00e9 philosophique. Les jours de cong\u00e9, on allait faire de longues promenades sur les rives pittoresques de la Sa\u00f4ne, et ces promenades, dont Ozanam se souvenait avec enchantement, \u00e9taient l\u2019occasion naturelle de graves entretiens, o\u00f9 la sagesse sereine du ma\u00eetre se r\u00e9pandait sous forme d&rsquo;interrogations habiles, et faisait \u00e9clore la pens\u00e9e dans ces jeunes \u00e2mes, impatientes de la v\u00e9rit\u00e9. \u2014 L\u2019enseignement de M. Noirot \u00e9tait admirablement plac\u00e9 \u00e0 Lyon. Il y a, dans cette cit\u00e9 vraiment noble, comme un fonds naturel de pi\u00e9t\u00e9 traditionnelle et un catholicisme de race. Tous les hommes distingu\u00e9s que cette ville a produits, en dehors de la politique exalt\u00e9e, ont une ten\u00addance incontestable vers les id\u00e9es et les sentiments reli\u00adgieux. Il est \u00e0 peine besoin de citer des noms propres : au commencement du si\u00e8cle, le doux et mystique Bal- lanclie, l\u2019illustre Amp\u00e8re; de nos jours, un artiste ori\u00adginal, M. Janmot, qui n\u2019a rien moins entrepris que de repr\u00e9senter, dans une s\u00e9rie de tableaux s\u00e9rieusement \u00e9tu\u00addi\u00e9s, les phases diverses de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de lame, et un po\u00e8te, M. de Laprade, dont le vers spiritualisle semble \u00eatre un d\u00e9fi au si\u00e8cle; tous ces noms, auxquels nous pourrions ais\u00e9ment en ajouter d\u2019autres, si certaines convenances ne nous l\u2019interdisaient, prouvent assez la persistance de ce que je pourrais appeler Y \u00e9cole lyonnaise \u00e0 travers des temps aussi troubl\u00e9s que les n\u00f4tres, L\u2019\u00e9cole dure, en d\u00e9\u00adpit des \u00e9preuves, et chaque jour des recrues nouvelles lui arrivent comme pour remplacer les vaillants soldats tomb\u00e9s sous le feu de la vie. Ozanam appartenait enti\u00e8re\u00adment \u00e0 ce mouvement d\u2019id\u00e9es catholiques, et il contri\u00adbua beaucoup, pour sa part, \u00e0 l&rsquo;entretenir et \u00e0 l\u2019\u00e8tendre dans cette ville, qui \u00e9tait pour lui sa v\u00e9ritable patrie, sinon de naissance, du moins de choix, de famille et d\u2019in\u00adtelligence.<\/p>\n<p>Cette double influence de la famille et d\u2019un ma\u00eetre v\u00e9n\u00e9r\u00e9 fut d\u00e9cisive. D\u2019ailleurs, pour ceux qui ont connu Ozanam, il n\u2019est pas douteux qu\u2019il ait eu, au plus haut degr\u00e9, le temp\u00e9rament religieux; l\u2019intelligence naturelle\u00adment port\u00e9e vers les grandes croyances qui ouvrent, du c\u00f4t\u00e9 du ciel, des perspectives illimit\u00e9es; la raison forte et humble \u00e0 la lois, assez forte pour porter la doctrine dans ce qu&rsquo;elle a de plus sublime, assez humble pour accepter le myst\u00e8re; le c\u0153ur admirablement pur, inca\u00adpable de laisser une de ses faiblesses se transformer en sophisme, ou de tirer d\u2019un vice secr\u00e8tement caress\u00e9, uue objection contre la foi; enfin une volont\u00e9 loyale, droite et en m\u00eame temps perp\u00e9tuellement d\u00e9fiante d\u2019elle-m\u00eaiiie, aimant \u00e0 se r\u00e9fugier dans la gr\u00e2ce et \u00e0 invoquer leseeours divin contre les tentations et les surprises; l&rsquo;humilit\u00e9 d\u2019un enfant dans une grande \u00e2me !<\/p>\n<p>La religion en lui n\u2019avait rien d\u2019intol\u00e9rant ni de fas\u00adtueux; elle s\u2019alliait \u00e0 une merveilleuse douceur d ame. Il en donna une preuve sensible lorsque sorti du coll\u00e8ge et attir\u00e9 par tous les instincts vers la grande vie intellec\u00adtuelle de Paris, il accepta le joug que lui imposa la pru\u00addence de sa famille et qui le ret int quelque temps dans l\u2019ombre peu litt\u00e9raire d\u2019une \u00e9tude d\u2019avou\u00e9. Il re\u00e7ut plus tard une merveilleuse compensation pour ces ann\u00e9es, obscur\u00e9ment perdues, si le d\u00e9vouement pouvait jamais l\u2019\u00e9tre. Arriv\u00e9 enfin \u00e0 Paris, simple \u00e9tudiant en droit, des lettres de recommandation lui permirent d\u2019aborder M. de Chateaubriand, qui lui fit un accueil plein d&rsquo;engageantes promesses. Cette visite au plus grand \u00e9crivain du si\u00e8cle resta grav\u00e9e dans sa m\u00e9moire avec les plus familiers d\u00e9tails, et il en parlait longtemps apr\u00e8s avec uue \u00e9motion charmante. D\u2019heureuses circonstances de famille lui va\u00adlurent une autre bonne fortune. Il fut, pendant deux ans, l\u2019h\u00f4te et le commensal de M. Amp\u00e8re, dont le fils devait continuer \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019Ozanam, par une sorte d\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, l\u2019aimable patronage. \u00ab M. Amp\u00e8re, dit l&rsquo;abb\u00e9 Lacordaire (qui a touch\u00e9 avec une heureuse sagacit\u00e9 cette premi\u00e8re \u00e9poque d\u2019une vie pure et pourtant inqui\u00e8te), M. Amp\u00e8re se prit d\u2019estime et d\u2019affection pour le jeune \u00e9tudiant que la Providence lui avait envoy\u00e9 ; il conversait souvent avec lui, le prenait \u00e0 part dans son cabinet et lui\/exposait sa philosophie des sciences ; il le faisait m\u00f4me travailler sous ses yeux, et l\u2019on a conserv\u00e9 des pages \u00e9crites \u00e0 moiti\u00e9 par l\u2019un et par l\u2019autre. Ces entretiens amenaient dans l\u2019Ame du savant, \u00e0 propos des merveilles de la na\u00adture, des \u00e9lans d\u2019admiration pour leur auteur; quelque-fois, mettant sa t\u00e8te entre ses deux mains, il s\u2019\u00e9criait tout transport\u00e9 : \u00ab Que Dieu est grand! Ozanam, que Dieu est grand! \u00bb Cette cohabitation dura deux ann\u00e9es. C&rsquo;\u00e9taient les premi\u00e8res qu\u2019Ozanam passait \u00e0 Paris. Elles lui ouvri\u00adrent de plus larges horizons que ceux o\u00f9 il avait v\u00e9cu jusque-l\u00e0, en lui donnant lieu de conna\u00eetre et d\u2019entendre, dans le salon de M. Amp\u00e8re, des hommes \u00e9minents. M. Pallanche, sou compatriote, fut celui qui le toucha davantage&#8230;. Le lecteur se demandera sans doute ce que faisait enfin ce pr\u00e9coce \u00e9tudiant, si favoris\u00e9 de la nature et de la Providence. Il faisait ce que sa famille avait sou\u00adhait\u00e9 de lui. Fils ob\u00e9issant, il portait sur les bancs de l\u2019\u00c9cole de droit une intelligence docile et cependant rebelle, parce que tousses instincts l\u2019entra\u00eenaient ailleurs, aux grands rivages de la po\u00e9sie, de l\u2019histoire, de l\u2019\u00e9rudi\u00adtion litt\u00e9raire et philosophique. Il lisait les anciens et les modernes, et, dans les intervalles perdus, jetait \u00e0 son esprit, comme une distraction, la connaissance de l\u2019ita\u00adlien, de l\u2019espagnol, de l\u2019anglais et de l\u2019allemand. Il y ajoutait quelque teinture aventur\u00e9e de l\u2019h\u00e9breu et du sanscrit. Des amis de son \u00e2ge, presque tous issus de sa ville natale, commen\u00e7aient aussi \u00e0 l\u2019entourer et \u00e0 lui dis\u00adputer ses heures. Mais les joies de l\u2019amiti\u00e9, ni celles de l\u2019\u00e9tude et celles de la religion ne parvenaient \u00e0 le d\u00e9fen\u00addre d\u2019une teinte de m\u00e9lancolie, car, si riche qu\u2019il f\u00fbt par ses dons, il en avait le contre-poids dans une sant\u00e9 faible et dans une tendance \u00e0 s\u2019inqui\u00e9ter de l\u2019avenir. De plus, tout jeune encore, il sentait vivement les mis\u00e8res de son si\u00e8cle. S\u2019il l\u2019e\u00fbt liai et m\u00e9pris\u00e9, il e\u00fbt pu demander \u00e0 l\u2019orgueil l\u2019insouciance de la destin\u00e9e commune; mais il aimait cet \u00e2ge tourment\u00e9 du bien et du mal, il en esp\u00e9\u00adrait beaucoup, il le portait dans son sein comme un ma\u00adlade faisant effort vers la vie, et tout ce qui tendait \u00e0 l\u2019avilir ou \u00e0 le d\u00e9tourner de sa route lui causait une sen\u00adsible affliction. \u00bb<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons pas l\u2019intention de suivre chronologique\u00adment le cours de ces ann\u00e9es laborieuses et d\u2019\u00e9crire ici une biographie. Nous voulions seulement marquer les influences diverses sous l\u2019action desquelles s\u2019\u00e9tait form\u00e9 cet aimable et vigoureux esprit, et le repr\u00e9senter autant que possible dans sa sinc\u00e8re originalit\u00e9. Pour cela, nous l\u2019avons suivi surtout dans les parties les plus inconnues de son existence, sa premi\u00e8re jeunesse et son professorat de coll\u00e8ge. Du moment o\u00f9 il entre dans la lumi\u00e8re d\u2019une publicit\u00e9 de jour en jour croissante, les documents abondent, on peut les consulter; on nous pardonnera d\u2019\u00e8tre bref.<\/p>\n<p>\u00c0 vingt-six ans, d\u00e9j\u00e0 docteur en droit depuis trois an\u00adn\u00e9es, il se pr\u00e9sentait devant la Facult\u00e9 des lettres de Paris avec deux th\u00e8ses, l\u2019une, De frequenli apud veteres po\u00ealas heroum ad inferos descensu, et l\u2019autre, sur Dante et la Philosophie catholique au treizi\u00e8me si\u00e8cle. Ce fut un grand succ\u00e8s d\u2019\u00e9rudition, de nouveaut\u00e9 litt\u00e9raire, de cri\u00adtique ind\u00e9pendante et de sagacit\u00e9 philosophique. Ce fut aussi un v\u00e9ritable succ\u00e8s de parole improvis\u00e9e. Ce jour- l\u00e0, Ozanam venait de marquer sa place parmi ses juges. Il ne tarda pas \u00e0 la prendre. Apr\u00e8s avoir c\u00e9d\u00e9 une ann\u00e9e de sa vie aux instances de ses amis de Lyon, qui venaient de lui faire obtenir dans cette patrie d\u2019adoption une chaire de droit commercial, il revint \u00e0 Paris prendre sa part d\u2019un concours tr\u00e8s brillant institu\u00e9 par M. Cousin pour le titre d\u2019agr\u00e9g\u00e9 \u00e0 la Facult\u00e9 des lettres. Le con\u00adcours fut pour lui une occasion toute naturelle de d\u00e9ve\u00adlopper son savoir pr\u00e9coce et de rares ressources desprit. On se souvient encore d\u2019une le\u00e7on sur les scolastiques qui lit \u00e9v\u00e9nement en Sorboune. Ozanam obtint le premier rang dans le concours, et, \u00e0 la rentr\u00e9e de la Facult\u00e9, en !840, il prenait la suppl\u00e9ance de M. Fauriel, et mon\u00adtait, \u00e0 titre provisoire, dans cette chaire qu&rsquo;il avait main\u00adtenant \u00e0 d\u00e9fendre et \u00e0 conqu\u00e9rir line seconde fois par le succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Le premier usage qu\u2019il lit de sa nouvelle fortune uni\u00adversitaire, ce fut d\u2019en faire hommage \u00e0 une jeune Fille bien digne de son amour, et qui se montra plus tard \u00e0 la hauteur de toutes les \u00e9preuves que la Providence tenait en r\u00e9serve, comme elle se montra, dans les ann\u00e9es heu\u00adreuses, au niveau de cette intelligence et de ce c\u0153ur qui venaient de se donner \u00e0 elle. Le P. Lacordaire semble regretter que ce doux pi\u00e8ge n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9vit\u00e9. Il estime qu\u2019Ozaunm \u00e9tait encore bien jeune pour une f\u00e9licit\u00e9 si ennemie des grandes nuises; que, comme le pr\u00eatre, l&rsquo;homme de lettres est consacr\u00e9; qu\u2019il est difficile, au milieu des joies domestiques, de conserver l\u2019assiduit\u00e9 du travail et la libert\u00e9 de l\u2019intelligence, et plus difficile encore de retenir ses besoins dans la modestie de ses ressources \u2014 Un mot seulement sur cette d\u00e9licate question. A qui a connu Ozanam dans l&rsquo;intimit\u00e9, avec cette teinte d\u2019inqui\u00e9tude, celte timidit\u00e9 physique, cette facilit\u00e9 d\u2019i m pressions tant\u00f4t vives et gaies, tant\u00f4t tristes et d\u00e9courag\u00e9es, et surtout \u00e0qui l\u2019a connu dans les vicissi\u00adtudes cruelles dune sant\u00e9 si fragile et si pr\u00e9caire, il n\u2019est pas douteux que le mariage ne f\u00fbt pour lui \u00e0 la fois un boiiheur et un appui. Il avait besoin de retremper son Ame vaillante, mais servie par des organes trop faibles, dans une affection forte et profonde qui doubl\u00e2t, si je puis dire, en lui la vie et le sentiment de la vie. Il avait besoin \u00e0 la fois do se d\u00e9vouer \u00e0 quelqu\u2019un et que quelqu\u2019un se d\u00e9vou\u00e2t pour lui. Pieux et croyant connue il \u00e9tait, le ser\u00advice de Pieu et la cause de la v\u00e9rit\u00e9 suffisaient sans doute \u00e0 stimuler son z\u00e8le pour le travail. Mais quand les devoirs positifs de la famille vinrent se joindre \u00e0 l\u2019obligation g\u00e9\u00adn\u00e9rale qui p\u00e8se sur la destin\u00e9e de chacun, il semble que ses forces, ses talents m\u00eame en furent doubl\u00e9s. Avec quelle intelligente activit\u00e9 il sembla multiplier le temps, avec quel courage il disputa \u00e0 la mort les restes d\u2019une sant\u00e9 ruin\u00e9e et d\u2019une \u00e9nergie min\u00e9e par la souffrance! La pr\u00e9sence de sa femme et d\u2019une charmante enfant qu\u2019il adorait \u00e9levaient au plus haut degr\u00e9 sa force morale. Les beaux travaux qui remplirent les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, ces travaux n\u00e9s au milieu des plus vives dou\u00adleurs, dans ces heures qui n\u2019\u00e9taient plus que le prolon\u00adgement artificiel d\u2019une vie irr\u00e9m\u00e9diablement condamn\u00e9e, il ne les e\u00fbt pas accomplis sans doute, si l\u2019id\u00e9e de la famille n\u2019e\u00fbt fait de lui vraiment un h\u00e9ros. Il voulait prot\u00e9ger sa famille orpheline par l\u2019\u00e9clat de ses derni\u00e8res \u0153uvres. Dieu n\u2019a pas permis que son espoir f\u00fbt tromp\u00e9.<\/p>\n<p>Nous avons anticip\u00e9 sur les \u00e9v\u00e9nements. Ozanam eut de 1841 \u00e0 1846 cinq ann\u00e9es pleinement heureuses. Des \u00e9tudes remarqu\u00e9es n\u2019\u00e9taient que l\u2019intervalle et le repos d&rsquo;un cours Laborieux dont le succ\u00e8s grandissait chaque ann\u00e9e. En 1844, \u00e0 la mort de M. Fauriel, Ozanam obtint \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9 sa succession, et \u00e0 trente-deux ans, apr\u00e8s quatre ann\u00e9es d\u2019une suppl\u00e9ance fort applaudie, il se trouva titulaire d\u2019une chaire de Sorbonne, c\u2019est-\u00e0-dire du poste le plus \u00e9minent de l\u2019Universit\u00e9 militante. Ce grand honneur, dont lui seul s\u2019\u00e9tonna, ne le prit pourtant pas au d\u00e9pourvu. Il avait amass\u00e9 d\u2019immenses mat\u00e9riaux, d\u2019o\u00f9 il tira un cours excellent avant d\u2019en tirer d&rsquo;excellents livres. Nous retrouverons tout \u00e0 l&rsquo;heure ses id\u00e9es sous forme d\u2019ouvrages, et ce sera le lieu d&rsquo;en juger. Nous vou\u00addrions ici dire quelques mois de l\u2019orateur. Ce qui \u00e9tait nouveau \u00e0 la Sorbonne, quand il y entra, ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019\u00e9loquence (ces vieilles vo\u00fbtes y \u00e9taient habitu\u00e9es), c\u2019\u00e9tait le genre de son \u00e9loquence. Avant lui, autour de lui, d\u2019illustres ma\u00eetres avaient obtenu de grands et l\u00e9gi\u00adtimes succ\u00e8s de parole. Mais chacun d\u2019eux y avait ap\u00adport\u00e9 sa mani\u00e8re et le tour naturel de son esprit, soit une rare fermet\u00e9 de vues et une grandeur simple dans la d\u00e9duction des faits g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, soit une vive souplesse d\u2019intelligence et l\u2019art d\u2019\u00e9clairer la critique par la multi\u00adplicit\u00e9 des rapprochements et des points de vue, ou bien encore lel\u00e9vation, l\u2019ampleur oratoire au service des grandes sp\u00e9culations philosophiques, ou enfin l\u2019agilit\u00e9 lumineuse d\u2019une pens\u00e9e fine, jointe \u00e0 l\u2019ironie l\u00e9g\u00e8re du bon sens. Rien de semblable dans Ozanam. Son \u00e9loquence \u00e9tait laborieuse et in\u00e9gale, mais souvent pleine d\u2019\u00e9clat et de feu. Nous avons parl\u00e9 ailleurs des efforts qui signa\u00adlaient le d\u00e9but h\u00e9sitant de sa parole. Chose \u00e9trange! H avait consacr\u00e9 toute une semaine de religieux travail \u00e0 rassembler les preuves et les documents, \u00e0 en ordonner la lumineuse \u00e9conomie, \u00e0 f\u00e9conder sa pens\u00e9e par la m\u00e9\u00additation int\u00e9rieure, \u00e0 manier, si je puis dire, dans tous les sens, l\u2019id\u00e9e savante ou profonde qui devait \u00eatre le centre vivant de sa le\u00e7on, et l\u2019heure venue, il tremblait comme un enfant. Il arrivait a la Sorbonne avec de v\u00e9ri\u00adtables angoisses. Il montait \u00e0 sa chaire, p\u00fble et min\u00e9 par le travail fi\u00e9vreux de l\u2019id\u00e9e. Un puissant effort de.volont\u00e9 pouvait seul, chaque fois, le pousser h para\u00eetre en public. Il commen\u00e7ait d\u2019une voix sourde et concentr\u00e9e; sa phy\u00adsionomie \u00e9tait immobile, son regard lourd, ses yeux ferm\u00e9s; on eut dit qu\u2019il craignait de voir en face ce ter\u00adrible auditoire, qui pourtant l&rsquo;adorait. On souffrait de le voir souffrir ainsi. C\u2019\u00e9tait la sensation p\u00e9nible de quel\u00adques minutes; mais ces minutes, en proie \u00fb la g\u00e9ne, semblaient durer des si\u00e8cles. Une fois que les difficult\u00e9s du pr\u00e9ambule \u00e9taient surmont\u00e9es et que le professeur se jetait dans le plein courant de son id\u00e9e, c\u2019\u00e9tait un tout autre homme; la parole s\u2019accentuait, la physionomie s\u2019\u00e9clairait de la lumi\u00e8re int\u00e9rieure, le regard s\u2019ouvrait et parlait aussi, tout s\u2019animait \u00e0 la vie : la pens\u00e9e \u00e9largis\u00adsait la phrase, l\u2019image se pressait, harmonieuse et vari\u00e9e, sur les l\u00e8vres de l\u2019orateur; l\u2019\u00e9loquence abondait, vive et press\u00e9e; une m\u00e9tamorphose \u00e9tait accomplie. Quelque chose de hardi et de nouveau, d\u2019original et de vif, de libre et d\u2019imp\u00e9tueux, saisissait l\u2019attention de l\u2019auditeur. Cette attention une fois saisie, le professeur ne la laissait plus reprendre, il la captivait par des r\u00e9cits na\u00effs et tou\u00adchants, il l\u2019\u00e9tonnaitpar les r\u00e9flexions profondes et fortes, il la retenait par mille traits \u00e9blouissants et vari\u00e9s. La le\u00e7on inaugur\u00e9e par l\u2019embarras de l\u2019orateur et l\u2019in\u00e9vita\u00adble froideur de l\u2019auditoire, qui demande \u00e0 \u00eatre \u00e9chauff\u00e9, s\u2019achevait in\u00e9vitablement aussi par un triomphe, et, comme 0Il l\u2019a dit si bien avant nous, tout palpitant d\u2019un bonheur achet\u00e9 par huit jours de travail et par une heure de verve, il retournail chez lui retrouver la peine, qui est la condition de tout service et l\u2019instrument de toute gloire.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas que le genre d\u2019\u00e9loquence d\u2019Ozanam f\u00fbt \u00e0 l\u2019abri de tout reproche. Nous avons entendu des gens d\u2019un go\u00fbt fin bl\u00e2mer plus d\u2019une fois en lui la pompe des images, la splendeur trop pr\u00e9par\u00e9e de quelques effets, l\u2019abus du trait. On disait qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas assez difficile dans le choix des ornements ; on disait surtout qu\u2019il n\u2019en \u00e9tait pas assez sobre. L\u2019imagination \u00e9garait parfois son go\u00fbt et le faisait succomber \u00e0 la tentation d\u2019un faux lyrisme. Tout cela est vrai dans une certaine mesure ; mais il ne faut pas oublier, comme circonstances att\u00e9\u00adnuantes, que la parole improvis\u00e9e a des libert\u00e9s interdites au si vie \u00e9crit, et quo. d&rsquo;ailleurs, ces d\u00e9fauts \u00e9taient moins de l&rsquo;homme que de l\u2019\u00e9poque. Ozanam avait v\u00e9cu dans les plus belles ann\u00e9es du romantisme, et bien que, jeune encore, il se f\u00fbt soigneusement pr\u00e9serv\u00e9 des exc\u00e8s de l\u2019\u00e9cole, il en avait respir\u00e9 l\u2019atmosph\u00e8re ; c\u2019\u00e9tait assez pour que l\u2019influence occulte e\u00fbt quelque peu p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans son esprit. Ajoutons que chaque ann\u00e9e marquait un progr\u00e8s dans sa mani\u00e8re, et que cette intelligence, ca\u00adpable au plus haut degr\u00e9 de se perfectionner elle-m\u00eame, serait infailliblement arriv\u00e9e \u00e0 ce point unique o\u00f9 la juste mesure s\u2019\u00e9tablit entre l\u2019imagination et le go\u00fbt, entre l\u2019\u00e9clat et la sobri\u00e9t\u00e9. Le temps lui manqua peut- \u00eatre pour atteindre \u00e0 ce temp\u00e9rament heureux, d\u2019o\u00f9 d\u00e9\u00adpend la perfection dans l\u2019art.<\/p>\n<p>\u2019Si notre dessein avait pu \u00eatre de tracer une esquisse compl\u00e8te, il nous resterait \u00e0 parler des qualit\u00e9s char\u00admantes de son \u00e2me, de celte candeur \u00e9lev\u00e9e, de cette loyaut\u00e9 s\u00e9v\u00e8re et scrupuleuse qui faisaient de lui le type de l\u2019honn\u00eate homme; de ses vertus aimables et souriantes qui rendaient la vie int\u00e9rieure si heureuse et si facile autour de lui; de la jeunesse toujours fra\u00eeche de ses sensations, de la po\u00e9tique ivresse qu\u2019excitaient en lui un beau paysage, une belle rivi\u00e8re, la verdure des pr\u00e9s et des bois ; de sa tendresse de c\u0153ur, de cette affabilit\u00e9 qui ouvrait si g\u00e9n\u00e9reusement la porte de son cabinet de travail, m\u00eame aux jeunes gens inconnus, dont plusieurs venaient le consulter comme un ap\u00f4tre la\u00efque; enfin de cette in\u00e9puisable charit\u00e9 qui fut peut-\u00eatre le caract\u00e8re dominant de sa vie et dont ses biographes nous ont con\u00adserv\u00e9 des preuves bien touchantes. Cette charit\u00e9 aura sa l\u00e9gende, elle a d\u00e9j\u00e0 son histoire, elle a fond\u00e9 une insti\u00adtution florissante qu\u2019il suffit de nommer pour faire ap\u00adpr\u00e9cier ce que peuvent r\u00e9pandre de bonnes \u0153uvres dans le monde la pens\u00e9e et la volont\u00e9 d&rsquo;un seul homme; la soci\u00e9t\u00e9 de <em>Saint-Vincent de Paul<\/em>, qu\u2019il institua avec huit jeunes gens, dans sa mansarde d\u2019\u00e9tudiant, au mois de mai 1855, et qui aujourd&rsquo;hui couvre l\u2019Europe. Nous au\u00adrions aussi aim\u00e9 \u00e0 faire voir, dans toute sa noblesse et sa sinc\u00e9rit\u00e9, l\u2019attitude politique qu\u2019il sut prendre, en ces derni\u00e8res ann\u00e9es, entre les catholiques violemment r\u00e9tro\u00adgrades et les catholiques violemment novateurs; double vio\u00adlence qui compromet \u00e9galement et qui perd la\u2019foi dans les \u00e2mes. Il croyait \u00e9nergiquement au progr\u00e8s, mais au pro\u00adgr\u00e8s par le christianisme; il estimait que l\u2019\u00c9vangile, sin\u00adc\u00e8rement consult\u00e9, contient tous les germes des progr\u00e8s l\u00e9gitimes, des am\u00e9liorations sociales et d\u2019un raisonnable avenir qui ne serait ni l&rsquo;\u00e2ge de fer d\u2019un moyen \u00e2ge res\u00adsuscit\u00e9, ni l\u2019\u00e2ge d\u2019or des utopies.<\/p>\n<p>Je ne veux plus marquer qu\u2019un dernier trait, le trait supr\u00eame qui est comme la cons\u00e9cration de cette noble vie. Ozanam \u00e9tait la conscience in\u00e9me et le d\u00e9vouement \u00e0 son devoir. Un jour, au printemps de 1852, malade et retenu au lit par une forte fi\u00e8vre, il apprend que son auditoire le r\u00e9clame. Il se l\u00e8ve et court \u00e0 la Sorbonne, improvise une magnifique le\u00e7on qui fut sa derni\u00e8re, et la termine par ces simples paroles : \u00ab Messieurs, on re\u00adproche h notre si\u00e8cle d&rsquo;\u00eatre un si\u00e8cle d&rsquo;\u00e9go\u00efsme, et l\u2019on dit les professeurs atteints de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie g\u00e9n\u00e9rale. Ce\u00adpendant, c\u2019est ici que nous alt\u00e9rons nos sant\u00e9s, c\u2019est ici que nous usons nos forces; je ne m\u2019en plains pas ; notre vie vous appartient, nous vous la devons jusqu&rsquo;au dernier souffle, et vous l\u2019aurez. Quant \u00e0 moi, messieurs, si je meurs, ce sera \u00e0 votre service. \u00bb Il quitta sa chaire et retomba mourant dans ce lit qui fut presque pour lui le lit fun\u00e8bre, puisqu\u2019il ne s\u2019en releva que pour aller, sous d\u2019autres climats, et d\u00e9j\u00e0 frapp\u00e9 \u00e0 mort, chercher un soleil qui ne put ranimer dans ses veines la vie glac\u00e9e. \u2014 Mourir ainsi, nVst-ce pas mourir comme le soldat sur la br\u00e8che? Et la blessure du fer est-elle aussi cruelle que cette blessure de la parole publique dans une poi\u00adtrine mourante?<\/p>\n<p>Il y a dans Bossuet un mot charmant, par lequel il loue la duchesse d\u2019Orl\u00e9ans : \u00ab Elle fut douce envers la mort \u00bb. Par je ne sais quel pressentiment, ce mot avait profond\u00e9ment touch\u00e9 Ozanam, et il ne le commentait qu\u2019avec des larmes. Lui aussi fut doux envers la mort. Il la sentait venir dans la pleine maturit\u00e9 de l\u2019\u00e2ge, au moment o\u00f9 il allait recueillir, dans la gloire qui com\u00admen\u00e7ait et dans une grande situation litt\u00e9raire qui se pr\u00e9parait pour lui, les fructueuses promesses de sa des\u00adtin\u00e9e. La vie le fuyait, comme un vin g\u00e9n\u00e9reux qui s\u2019\u00e9\u00adchappe du cristal bris\u00e9. Des voyages, de tristes voyages aux Eaux-Bonnes, \u00e0 Biarritz, en Espagne, d\u2019o\u00f9 il rapporta son P\u00e8lerinage au pays du Cid, en Italie enfin, ne firent que tromper son agonie en la prolongeant C\u2019est \u00e0 Pise, le 25 avril 1855, qu\u2019il \u00e9crivit les lignes suivantes, que l\u2019on citera toujours comme l\u2019expression sublime et na\u00advrante de cette sainte \u00e2me, d\u00e9chir\u00e9e et r\u00e9sign\u00e9e : \u00ab J\u2019ai dit au milieu de mes jours : J\u2019irai aux portes de la mort&#8230;. C\u2019est le commencement du cantique d\u2019\u00c9z\u00e9chias; je ne sais si Dieu permettra que je puisse m\u2019en appliquer la fin. Je sais que j\u2019accomplis aujourd\u2019hui ma quaran\u00adti\u00e8me ann\u00e9e, plus que la moiti\u00e9 du chemin ordinaire de la vie. Je sais que j\u2019ai une femme jeune et bien-aim\u00e9e, uue charmante enfant, d&rsquo;excellents fr\u00e8res, une seconde m\u00e8re, beaucoup d\u2019amis, une carri\u00e8re honorable, des travaux conduits pr\u00e9cis\u00e9ment au point o\u00f9 ils pouvaient servir de fondement \u00e0 un ouvrage longtemps r\u00e9v\u00e9. Voil\u00e0 cependant que je suis pris d\u2019un mal grave, opini\u00e2tre, et d\u2019autant plus dangereux qu\u2019il cache probablement un \u00e9puisement complet. Faut-il donc quitter tous ces biens que vous-m\u00e8me, mou Dieu, m\u2019aviez donn\u00e9s? Ne voulez- vous point, Seigneur, vous contenter d&rsquo;une partie du sacri\u00adfice? Laquelle faut-il que je vous immole de mes affections d\u00e9r\u00e9gl\u00e9es? N\u2019accepterez-vous point l\u2019holocauste de mon amour-propre litt\u00e9raire, de mes ambitions acad\u00e9miques, de mes projets m\u00eames d&rsquo;\u00e9tudes, o\u00f9 se m\u00ealait peut-\u00eatre plus d\u2019orgueil que de z\u00e8le pour la v\u00e9rit\u00e9? Si je vendais la moiti\u00e9 iie mes livres pour en donner le prix aux pau\u00advres, et si, me bornant \u00e0 remplir les devoirs de mon emploi, je consacrais le reste de ma vie \u00e0 visiter les indi\u00adgents, \u00e0 instruire les apprentis et les soldats, Seigneur, seriez-vous satisfait et me laisseriez-vous la douceur de vieillir aupr\u00e8s de ma femme et d\u2019achever l\u2019\u00e9ducation de mon enfant? Peut-\u00eatre, mon Dieu, ne le voulez-vous point. Vous n\u2019acceptez point ces offrandes int\u00e9ress\u00e9es, vous rejetez mon holocauste et mon sacrifice : c\u2019est moi que vous demandez : Il est \u00e9crit au commencement du Livre que je dois faire votre volont\u00e9, et j&rsquo;ai dit : Je viens, Seigneur.<\/p>\n<p>\u00bb Je viens, si vous m\u2019appelez, et je n\u2019ai pas le droit de me plaindre. Vous avez donn\u00e9 quarante ans de vie \u00e0 une cr\u00e9ature qui est arriv\u00e9e sur la terre, maladive, fr\u00eale, destin\u00e9e \u00e0 mourir dix fois, si la tendresse et l\u2019intelligence d\u2019un p\u00e8re et d\u2019une m\u00e8re ne l\u2019avaient dix fois sauv\u00e9e. Que les miens ne se scandalisent point si vous ne voulez pas faire aujourd\u2019hui un miracle pour me gu\u00e9rir! Mon en\u00adfance, heureusement \u00e9coul\u00e9e au milieu de tant de p\u00e9rils, n\u2019\u00e9tait-elle pas un premier miracle? Il y a cinq ans, ne ufavez-vous pas ramen\u00e9 de bien loin et ne m\u2019avez-vous pas accord\u00e9 ce d\u00e9lai pour faire p\u00e9nitence de mes p\u00e9ch\u00e9s et pour devenir meilleur? Ah! toutes les pri\u00e8res qu&rsquo;alors on vous adressa pour moi furent \u00e9cout\u00e9es. Pourquoi celles qu\u2019on vous fait aujourd\u2019hui, et en bien plus grand nombre, seraient-elles perdues? Mais peut-\u00eatre, Seigneur, vous les exaucerez d&rsquo;une autre mani\u00e8re. Vous me donlierez le courage de la r\u00e9signation, la paix de l\u2019\u00e2me, et ces consolations inexprimables qui accompagnent votre pr\u00e9sente r\u00e9elle. Vous me ferez trouver dans la ma\u00adladie une source de m\u00e9rites et de b\u00e9n\u00e9dictions, vous les ferez retomber sur nia femme, mon enfant, sur tous les miens, \u00e0 qui mes travaux auront peut-\u00eatre moins servi que mes souffrances. \u00bb<\/p>\n<p>N&rsquo;y a-t-il pas, dans ce cri d\u2019Ozanam mourant, comme une note \u00e9mouvante et sacr\u00e9e de la <em>Pri\u00e8re de Pascal pour demander \u00e0 Dieu le bon usage de la maladie<\/em>? Tous les deux laissent \u00e9clater leur \u00e2me si jeune et si pleine de vie dans ces pages, qui sont \u00e0 la fois une pri\u00e8re et un adieu, une plainte \u00e9touff\u00e9e par la r\u00e9signation. C\u2019est le lyrisme chr\u00e9tien avec toute sa grandeur et son charme. Je ne crains pas de dire que la derni\u00e8re page d\u2019Ozanam fut sa plus belle; elle touche \u00e0 Pascal, avec un accent plus moderne et quelque chose de plus affectueux encore et de plus attendri. C\u2019\u00e9tait son testament litt\u00e9raire et reli\u00adgieux; il lit l\u2019autre presque en m\u00eame temps, et, quelques mois apr\u00e8s, il rendait \u00e0 Dieu sa belle \u00e2me, en abordant sur la terre fran\u00e7aise, qu\u2019il put revoir encore. Est-il be\u00adsoin de dire qu\u2019il mourut comme meurent les saints? \u2014 Personne peut-\u00eatre, de nos jours, n\u2019a laiss\u00e9 derri\u00e8re lui plus de sympathies afflig\u00e9es et de plus inconsolables re\u00adgrets. Je ne parle pas de sa famille; de pareilles bles\u00adsures ne peuvent m\u00eame se sonder. Je parle d\u2019un groupe tr\u00e8s nombreux de la jeunesse fran\u00e7aise dont il \u00e9tait l\u2019idole et l&rsquo;esp\u00e9rance. \u00c0 la t\u00eate de ce groupe ardent et sinc\u00e8re sa place restera \u00e9ternellement vide.<\/p>\n<h2>II<\/h2>\n<p>\u00ab Je ne connais pas d&rsquo;homme de c\u0153ur qui veuille mettre la main \u00e0 ce dur m\u00e9tier d\u2019\u00e9crire sans une conviction qui le domine. \u00bb Ce mot d\u2019Ozanam le peint tout entier. Le talent n\u2019\u00e9lait qu\u2019un moyen \u00e0 ses yeux, et qui n\u2019avait de valeur que par le but. C\u2019\u00e9lait un artiste, pourtant, en fait de litt\u00e9rature et de style, et l\u2019on se tromperait fort en confondant Ozanam avec ces \u00e9crivains, tr\u00e8s z\u00e9l\u00e9s pour la d\u00e9fense de la foi, mais qui se croient dispens\u00e9s par leur z\u00e8le de toute obligation litt\u00e9raire. Il avait au contraire le plus grand souci de la forme et attachait un soin et un prix infinis \u00e0 la question d\u2019art. Mais il estimait que la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait le seul objet qui m\u00e9rit\u00e2t tant d\u2019efforts et de peines, tant d\u2019\u00e9tudes ingrates, tant de jours laborieux et de nuits pass\u00e9es sans sommeil. D\u00e8s sa premi\u00e8re jeunesse, il s\u2019\u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 ce culte aust\u00e8re qui devait remplir sa vie. A peine \u00e2g\u00e9 de quinze ans, on nous dit qu\u2019il avait con\u00e7u la pens\u00e9e d\u2019un ouvrage qui devait s\u2019appeler D\u00e9\u00admonstration de la v\u00e9rit\u00e9 de la religion catholique par l&rsquo;an\u00adtiquit\u00e9 des croyances historiques, religieuses, morales. C\u2019\u00e9tait un titre na\u00efvement ambitieux; mais il y avait l\u00e0 d\u00e9j\u00e0 quelque germe de l\u2019\u0153uvre future. Il se pr\u00e9para, par des \u00e9tudes tr\u00e8s fortes et tr\u00e8s vari\u00e9es, \u00e0 ce r\u00f4le d\u2019apolo\u00adgiste chr\u00e9tien, qui, \u00e0 notre \u00e9poque, r\u00e9clame les connais\u00adsances les plus diverses en histoire, en ethnographie, en linguistique, eu g\u00e9ologie m\u00eame, en philosophie. Deux, ans avant sa mort, dans un avant-propos qui est un mor\u00adceau achev\u00e9, il r\u00e9v\u00e9lait hardiment son plan longtemps m\u00e9dit\u00e9, et racontait par quelle progression d\u2019id\u00e9es il y avait \u00e9t\u00e9 naturellement conduit : \u00ab La vie s\u2019avance, disait-il, il huit saisir le peu qui reste des rayons de la jeunesse. Il est temps d\u2019\u00e9crire et de tenir \u00e0 Dieu les pro\u00admesses de mes dix-huit ans&#8230;.La\u00efque, je n\u2019ai pas de mis\u00adsion pour traiter des points de th\u00e9ologie, et d\u2019ailleurs Dieu, qui aime \u00e0 se faire servir par des hommes \u00e9loquents, en trouve assez de nos jours pour justifier ses dogmes. Mais pendant que les catholiques s\u2019arr\u00eataient \u00e0 la d\u00e9fense de la doctrine, les incroyants s\u2019emparaient de l\u2019histoire. Ils mettaient la main sur le moyen \u00e2ge, ils jugeaient l&rsquo;\u00c9glise quelquefois avec inimiti\u00e9, quelquefois avec les respects dus \u00e0 une grande ruine, souvent avec une l\u00e9g\u00e8\u00adret\u00e9 qu\u2019ils n\u2019auraient pas port\u00e9e dans des sujets profanes. Il faut reconqu\u00e9rir ce domaine, qui est \u00e2 nous, puisque nous le trouvons d\u00e9frich\u00e9 de la main de nos moines, de nos b\u00e9n\u00e9dictins, de nos bollandistes. Ces hommes pieux n\u2019a- vaientpointcruleurviemal employ\u00e9e\u00e0p\u00e2lirsur les chartes et les l\u00e9gendes. Plus tard, d\u2019autres \u00e9crivains sont venus aussi relever une \u00e0 une et remettre en honneur les images profan\u00e9es des grands papes, des docteurs et des saints. Je tente une \u00e9tude moins profonde, mais plus \u00e9tendue; je veux montrer le bienfait du christianisme dans ces si\u00e8cles m\u00eames dont on lui impute les malheurs&#8230;. J\u2019ai r\u00e9solu d\u2019\u00e9crire l\u2019histoire des progr\u00e8s \u00e0 cette \u00e9poque o\u00f9 Gibbon n\u2019aper\u00e7ut que d\u00e9cadence, l\u2019histoire de la civilisation aux temps barbares, l\u2019histoire de la pens\u00e9e \u00e9chappant au naufrage de l\u2019empire des lettres, enfin, traversant ces flots des invasions, comme les H\u00e9breux pass\u00e8rent la mer ltouge et sous la m\u00eame conduite, forti tegente brachio. Je ne connais rien de plus surnaturel, ni qui prouve mieux la divinit\u00e9 du christianisme que d\u2019avoir sauv\u00e9 l\u2019es\u00adprit humain, \u00bb<\/p>\n<p>Il est dans la destin\u00e9e de l\u2019apolog\u00e9tique chr\u00e9tienne de se renouveler souvent. Il faut que, tout en conservant l\u2019immuable identit\u00e9 de la doctrine, elle modifie de temps \u00e0 autre son plan de d\u00e9fense, selon que l\u2019exige la strat\u00e9gie<\/p>\n<p>de l\u2019attaque. Les objections changent de caract\u00e8re et de forme. Le caract\u00e8re et la forme de l\u2019apolog\u00e9tique doivent changer, sous peine d\u2019insuffisance et de st\u00e9rilit\u00e9. A me\u00adsure qu\u2019une science sp\u00e9ciale avance, les esprits hostiles ne manquent pas de tirer de chaque progr\u00e8s de cette science un argument nouveau contre la foi. Le terrain se d\u00e9place plusieurs fois par si\u00e8cle. Tant\u00f4t c\u2019est la g\u00e9o\u00adlogie qui pr\u00e9tend donner d\u2019irr\u00e9futables d\u00e9mentis \u00e0 la Bible ; tant\u00f4t c\u2019est la science moderne des races, second\u00e9e parles ouvertures nouvelles del\u00e0 physiologie; une autre fois c\u2019est la critique des textes, l\u2019ex\u00e9g\u00e8se et la linguistique qui fournissent des armes contre l\u2019authenticit\u00e9 des \u00c9cri\u00adtures; c\u2019est enfin l\u2019histoire qui vient pr\u00e9senter sous les plus f\u00e2cheux aspects l&rsquo;\u00e9tablissement du christianisme, les ori\u00adgines et les d\u00e9veloppements de l\u2019\u00c9glise. Ajoutez \u00e0 cela que chaque g\u00e9n\u00e9ration apporte ses inqui\u00e9tudes propres et ses motifs particuliers de douter, tir\u00e9s soit des condi\u00adtions nouvelles de la vie sociale, soit des esp\u00e9rances con\u00adfuses de l\u2019avenir. Il faut, sous peine d\u2019abdiquer devant des ennemis incessamment renouvel\u00e9s et une strat\u00e9gie habi\u00adlement vari\u00e9e, il faut que l\u2019apolog\u00e9tique sache se plier \u00e0 toutes les exigences de l\u2019attaque qui sont en m\u00eame temps les signes des temps nouveaux. C\u2019est l\u2019honneur du chris\u00adtianisme de n\u2019\u00eatre jamais rest\u00e9 d\u00e9sarm\u00e9 en face de scs adversaires, qu\u2019ils s\u2019appellent Symmaque ou Julien, Bayle ou Voltaire, Strauss ou Fcuerbach. Ozanam circonscrivit son domaine dans la limite de ses forces, sinc\u00e8rement consult\u00e9es, et dans la sp\u00e9cialit\u00e9 de ses \u00e9tudes approfon\u00addies. Il prit \u00e0 partie l\u2019histoire, dans une p\u00e9riode d\u00e9ter\u00admin\u00e9e, la p\u00e9riode de transition du monde ancien au monde moderne, se proposant de faire voir, preuves en mains, que c\u2019est \u00e0 tort que l\u2019on accuse le christianisme d\u2019avoir \u00e9touff\u00e9 le d\u00e9veloppement l\u00e9gitime de l\u2019humanit\u00e9, parce que c\u2019est l\u2019\u00c9glise, au contraire, qui sauva tout ce qu\u2019il y avait de l\u00e9gitime dans l&rsquo;h\u00e9ritage de la civilisation ancienne, le conservant par le travail, le purifiant par la saintet\u00e9, le f\u00e9condant par le g\u00e9nie, et le faisant passer dans nos mains pour qu&rsquo;il s\u2019y accroisse Il reconna\u00eet la de&rsquo;cadonce du monde antique sous la loi du p\u00e9ch\u00e9, mais il entreprend de d\u00e9montrer le progr\u00e8s des temps chr\u00e9tiens. Telle est, marqu\u00e9e par lui-m\u00eame avec une pr\u00e9cision lumi\u00adneuse, la forte situation qu\u2019il va occuper dans la science. Il veut reprendre aux mains de Gibbon et de ses disci\u00adples, qui l\u2019ont d\u00e9natur\u00e9e, l\u2019histoire des premiers si\u00e8cles de la soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne, montrer que, sous le d\u00e9sordre de la surface, le progr\u00e8s agit, qu\u2019une Providence secr\u00e8te et bienfaisante organise cette barbarie, et que la civili\u00adsation marche pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cette heure o\u00f9 les incroyants affirment qu\u2019elle s\u2019arr\u00eate ou qu\u2019elle r\u00e9trograde. Voil\u00e0 sa th\u00e8se, et je n\u2019en sais pas qui soit plus int\u00e9ressante et plus hardie. Voil\u00e0 par o\u00f9 Ozanam a rempli un grand r\u00f4le dans l\u2019apolog\u00e9tique chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>Son \u0153uvre n\u2019\u00e9tait pas seulement religieuse; elle \u00e9tait, aussi, patriotique et nationale. Il le marque express\u00e9\u00adment quelque part : \u00ab Toute la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise repose sur trois fondements : le christianisme, la civilisation romaine, et l\u2019\u00e9tablissement des barbares. Ce sont les trois sujets d\u2019\u00e9tude auxquels il ne faut passe lasser de revenir d\u00e8s qu\u2019on veut s\u2019expliquer le droit public du pays, ses m\u0153urs, sa litt\u00e9rature. \u00bb Cette double ambition, servir la religion, servir son pays parla science, fut celle de toute sa vie. Il eut ces deux grandes passions, les plus grandes \u00e0 coup sur qui puissent faire battre le c\u0153ur humain et donner du prix \u00e0 l\u2019existence, le patriotisme et l\u2019amour de la v\u00e9rit\u00e9 qui pour lui ne se s\u00e9paraient pas de la foi.<\/p>\n<p>A mesure qu\u2019il avan\u00e7ait dans l\u2019\u00e9tude de son sujet, il en admirait davantage la grandeur, et son exaltation crois\u00adsante aimait \u00e0 faire hommage \u00e0 Dieu m\u00eame de l\u2019id\u00e9e qui lui avait mis la plume \u00e0 la main. Il n&rsquo;\u00e9tait pas loin de voir dans son \u0153uvre comme une mission sp\u00e9ciale pour laquelle tout s\u2019\u00e9tait trouv\u00e9 naturellement pr\u00e9par\u00e9 dans sa vie. La Providence, selon lui, par des moyens impr\u00e9vus et dont il admirait l&rsquo;\u00e9conomie, avait tout dispos\u00e9 pour l\u2019arraclicr aux affaires et l\u2019attacher au travail d\u2019esprit. Le concours des circonstances l\u2019avait fait \u00e9tudier surtout la religion, le droit et les lettres, c\u2019est \u00e0-dire les trois choses les plus n\u00e9cessaires \u00e0 son dessein. Il avait visit\u00e9 les lieux qui pouvaient l&rsquo;instruire, depuis les catacombes de Home, o\u00f9 il avait vu le berceau tout sanglant de la civilisation chr\u00e9tienne, jusqu\u2019\u00e0 ces basiliques superbes par lesquelles elle prit possession de la Normandie, de la Flandre et des bords du Rhin. Enfin le bonheur de son temps lui avait permis d\u2019entretenir de grands chr\u00e9tiens, des hommes illustres par l\u2019alliance des sciences et de la foi, et d\u2019autres qui, sans avoir la foi, les servaient \u00e0 leur insu par la droiture et la solidit\u00e9 de leur science.<\/p>\n<p>Je plaindrais ceux qui seraient tent\u00e9s de sourire de cette ing\u00e9nuit\u00e9 sinc\u00e8re. De grandes \u0153uvres ne se font pas sans une grande foi dans une id\u00e9e. Il fallait qu\u2019Ozanam sentit ou cr\u00fbt sentir en lui la marque secr\u00e8te de l\u2019inspiration et le signe d\u2019une vocation sp\u00e9ciale, pour entreprendre une t\u00e2che immense et ardue. El pourquoi donc, apr\u00e8s tout, la Providence n&rsquo;agirait-elle pas, par des voies ca\u00adch\u00e9es et intimes, sur les intelligences, comme nous sen\u00adtons, \u00e0 certaines heures privil\u00e9gi\u00e9es de la vie, qu\u2019elle agit presque sensiblement sur nos volont\u00e9s et sur nos c\u0153urs?<\/p>\n<p>Ce que nous avons dit de l\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale et du plan de l\u2019\u0153uvre d\u2019Ozanam, suffit \u00e0 expliquer tout ce qu\u2019il a \u00e9crit. Il n\u2019y a pas un seul de ses ouvrages importants, il n&rsquo;v a presque pas m\u00eame un opuscule, qui de pr\u00e8s ou de loin ne s\u2019v rattache. Nous n\u2019avons qu\u2019\u00e0 suivre, pour le mon\u00adtrer, les indications \u00e9parses dans les lettres ou les avant- propos d\u2019Ozanam et lumineusement r\u00e9sum\u00e9es dans la pr\u00e9face de M. Amp\u00e8re. L\u2019\u0153uvre totale aurait port\u00e9 ce titre caract\u00e9ristique : Histoire de la Civilisation aux temps bar\u00adbares. Elle devait r\u00e9unir sous ce titre g\u00e9n\u00e9ral des travaux tr\u00e8s vari\u00e9s, tableaux historiques, \u00e9tudes litt\u00e9raires, re\u00adcherches sp\u00e9ciales, monographies, m\u00e9moires, mais tous reli\u00e9s entre eux par l\u2019unit\u00e9 du sujet. Les deux volumes publi\u00e9s par les \u00e9diteurs sous le titre de La Civilisation au cinqui\u00e8me si\u00e8cle, formaient l\u2019introduction naturelle de ce vaste ouvrage. C\u2019est le tableau, esquiss\u00e9 \u00e0 grands traits, de l\u2019\u00e9tat du monde romain transform\u00e9 par le christia\u00adnisme, au moment o\u00f9 vont se dessiner les groupes prin\u00adcipaux et les familles diverses des peuples,d\u2019o\u00f9 sortiront les nationalit\u00e9s modernes. Il devait exposer ensuite dans le d\u00e9tail l&rsquo;entr\u00e9e des barbares dans la soci\u00e9t\u00e9 catholique, la longue \u00e9ducation que l\u2019\u00c9glise donne A ces diff\u00e9rents peuples, la naissance des nationalit\u00e9s, des idiomes et des litt\u00e9ratures, dont il voyait d\u00e9j\u00e0 poindre des sympt\u00f4mes au cinqui\u00e8me si\u00e8cle, et les prodigieux travaux de ces grands instituteurs des peuples, comme Bo\u00eace, comme Isidore de S\u00e9ville, comme B\u00e8de, saint Boniface, qui ne permirent pas \u00e0 la nuit de se faire et se pass\u00e8rent de main en main le flambeau jusqu\u2019\u00e0 Charleiuagne. De celte vaste partie de l\u2019\u0153uvre il est rest\u00e9 un excellent ouvrage, les \u00c9tudes germaniques, auxquelles l\u2019Acad\u00e9mie des in\u00adscriptions d\u00e9cerna deux fois le premier prix de la fonda\u00adtion Gober\u00ee. Ozanam se proposait ensuite d\u2019\u00e9tudier l\u2019\u0153uvre r\u00e9paratrice de Charlemagne, de montrer que les lettres, qui n\u2019avaient pas p\u00e9ri avant lui, ne s\u2019\u00e9teignirent pas apr\u00e8s, de faire voir tout ce qui se fit de grand en Angleterre au temps d\u2019Alfred, en Allemagne sous les Olton, et d\u2019arriver ainsi \u00e0 Gr\u00e9goire VII et aux croisades. \u00ab Alors, s\u2019\u00e9crie-t-il dans l\u2019enivrement de sa pens\u00e9e, alors j\u2019aurais les trois plus glorieux si\u00e8cles du moyen Age, les th\u00e9ologiens comme saint Anselme, saint Bernard, Pierre Lombard, Albert le Grand, saint Thomas, saint Bonaventure, les l\u00e9gislateurs de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat, Gr\u00e9goire VII, Alexan\u00addre Il1, Innocent III et Innocent IV, Fr\u00e9d\u00e9ric II, saint Louis, Alphonse X ; toute la querelle du sacerdoce et de l\u2019empire, les communes, les r\u00e9publiques italiennes, les chroniqueurs et les historiens, les universit\u00e9s et la re\u00adnaissance du droit; j\u2019aurais toute cette po\u00e9sie chevale\u00adresque, patrimoine commun de l\u2019Europe latine, et au- dessous, toutes ces traditions \u00e9piques particuli\u00e8res \u00e0 chaque peuple et qui sont le commencement des litt\u00e9ra\u00adtures nationales; j\u2019assisterais \u00e0 la formation des langues modernes, et mon travail s\u2019ach\u00e8verait par la Divine Com\u00e9die, le plus grand monument de cette p\u00e9riode, qui en est comme l\u2019abr\u00e9g\u00e9, et qui en fait la gloire. \u00bb Deux ouvrages seulement correspondent \u00e0 cette derni\u00e8re partie du plan gigantesque que s\u2019\u00e9tait trac\u00e9 l\u2019infatigable tra\u00advailleur; ce sont les Po\u00e8tes franciscains et Dante ou la Philosophie catholique au treizi\u00e8me si\u00e8cle. Tout le reste est demeur\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019id\u00e9e pure, ou sous la forme em\u00adbryonnaire de documents, de mat\u00e9riaux et de fragments, parmi lesquels on remarque deux discours d\u2019ouverture, l\u2019un sur le po\u00e8me des Niebelungeu, l&rsquo;autre sur les illin- nesinger (trouv\u00e8res allemands), un tr\u00e8s curieux travail sur les Sources po\u00e9tiques de la Divine Com\u00e9die, un savant m\u00e9moire sur les \u00c9coles et l&rsquo;instruction publique en Italie aux temps barbares, et une quantit\u00e9 consid\u00e9rable de notes tr\u00e8s int\u00e9ressantes o\u00f9 l\u2019on retrouve les \u00e9l\u00e9ments de plu\u00adsieurs cours profess\u00e9s par lui sur les origines de la litt\u00e9\u00adrature allemande, sur l\u2019ancienne po\u00e9sie germanique, sur l\u2019histoire intellectuelle de l\u2019Angleterre \u00e0 partir du sixi\u00e8me si\u00e8cle, sur la p\u00e9riode carlovingienne en Italie, sur le livre c\u00e9l\u00e8bre de Pierre Lombard, la philosophie de saint Anselme et la th\u00e9ologie scolastique. Il avait m\u00eame abord\u00e9 l\u2019Espagne par le <em>Romancero<\/em>, et il a donn\u00e9 dans le P\u00e8lerinage au pays du Ci(l une marque de ce qu\u2019il aurait fait un jour en traitant de l\u2019histoire et des l\u00e9gendes de la po\u00e9sie espagnole. Toutes ces notes avaient \u00e9t\u00e9 ou devaient \u00eatre des cours avant d\u2019\u00eatre des livres. Ozanam nous r\u00e9v\u00e8le lui-m\u00eame qu\u2019il en aurait fait l&rsquo;objet de son enseignement au moins pendant dix ans, si Dieu lui avait pr\u00eat\u00e9 vie; ses le\u00e7ons st\u00e9nographi\u00e9es auraient form\u00e9 la premi\u00e8re r\u00e9dac\u00adtion du volume qu\u2019il devait publier, eu les remaniant, \u00e0 la fin de chaque ann\u00e9e. Il esp\u00e9rait que cette fa\u00e7on de travailler donnerait \u00e0 ses \u00e9crits un peu de cette chaleur que le professeur trouve quelquefois dans sa chaire et qui abandonne trop souveut l\u2019\u00e9crivain dans son cabinet. \u2014 Et maintenant tout est l\u00e0, suspendu, inachev\u00e9. M. Am\u00adp\u00e8re a trouv\u00e9 une juste et naturelle image pour rendre cette impression navrante de l\u2019\u0153uvre interrompue. En parcourant, dit-il, ce vaste ensemble de notes, de le\u00e7ons, d\u2019\u00e9crits, on croit parcourir l\u2019atelier d\u2019un sculpteur qui aurait disparu jeune encore, et qui aurait laiss\u00e9 beau\u00adcoup d\u2019ouvrages arriv\u00e9s \u00e0 un in\u00e9gal degr\u00e9 de perfection. Il y a l\u00e0 des statues termin\u00e9es et polies avec une extr\u00eame diligence : il en est qui ne sont qu\u2019\u00e9bauch\u00e9es ou d\u00e9\u00adgrossies \u00e0 peine, mais toutes portent l\u2019empreinte de la m\u00eame Ame et la marque de la m\u00eame main.<\/p>\n<p>Nous nous sommes appliqu\u00e9 \u00e0 marquer, le plus exacte\u00adment possible, l\u2019origine, le d\u00e9veloppement, et dans ses phases diverses, l\u2019ex\u00e9cution de la grande id\u00e9e histori\u00adque A laquelle Ozanam avait vou\u00e9 sa vie. Certes, il va de la force d\u2019esprit dans la conception d\u2019une pareille id\u00e9e; il y a surtout bien de la force de volont\u00e9 dans celte ten\u00adtative de r\u00e9alisation que le temps seul a trahie, et dont Ozanam ne s\u2019est pas laiss\u00e9 distraire nu seul instant, hormis les heures \u00eele crises o\u00f9 il sentait qu\u2019il devait sa plume, comme on doit son fusil, \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en p\u00e9ril, et que le travail solitaire du cabinet serait devenu presque de l\u2019\u00e9go\u00efsmo. Sauf ces distractions n\u00e9cessaires, qui n\u2019\u00e9taient que le strict accomplissement d\u2019un devoir, Oza- nam ne d\u00e9tourna pas de son grand projet une seule des journ\u00e9es que lui laissait la maladie. Depuis sa premi\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 sa derni\u00e8re \u0153uvre, il garda \u00e0 son id\u00e9e une invio\u00adlable fid\u00e9lit\u00e9 ; chose rare \u00e0 une \u00e9poque comme la n\u00f4tre, o\u00f9 les meilleures intelligences, emport\u00e9es par leur mobi\u00adlit\u00e9 \u00e0 travers les sujets les plus divers, courent d\u2019\u00e9bau\u00adches en \u00e9bauches, commen\u00e7ant tout, n\u2019achevant rien, donnant tout \u00e0 l\u2019improvisation du journal, ne r\u00e9servant rien pour l\u2019\u0153uvre s\u00e9rieuse, et sacrifiant \u00e0 la tyrannie de ce mot et de cette id\u00e9e barbare, l&rsquo;actualit\u00e9, les ressources de leur esprit et la fortune de leur avenir. Il s\u2019est trouv\u00e9 qu\u2019Ozanam, en sacrifiant son existence tout enti\u00e8re \u00e0 une seule pens\u00e9e, a fait, en fin de compte, le plus habile des calculs. Il a laiss\u00e9 des \u0153uvres durables, fortement m\u00e9dit\u00e9es et se soutenant merveilleusement entre elles.<\/p>\n<p>Nous voudrions aborder de plus pr\u00e8s quelques-uns de ces livres, et faire p\u00e9n\u00e9trer le lecteur dans l&rsquo;intimit\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre, que nous n\u2019avons jusqu\u2019ici consid\u00e9r\u00e9e que du dehors, et par les grands c\u00f4t\u00e9s de l\u2019\u00e9difice. Nous ne pre\u00adnons pas l\u2019engagement de faire une analyse r\u00e9guli\u00e8re et un inventaire m\u00e9thodique de ces huit volumes. Il est bien entendu que nous garderons, comme toujours, la libre familiarit\u00e9 de nos allures et la facult\u00e9 de suivre un peu l\u2019inspiration du moment&#8230;. C\u2019est le seul moyen de donner d\u2019un auteur ou d\u2019un livre une impression exacte, sans fatigue et sans s\u00e9cheresse.<\/p>\n<p>La <em>Civilisation au cinqui\u00e8me si\u00e8cle<\/em> est, aux trois quarts, une reconstruction des \u00e9diteurs. Cet ouvrage, compos\u00e9 avec les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;un cours, est divis\u00e9 en le\u00e7ons connue l\u2019\u00e9taient les c\u00e9l\u00e8bres publications de MM. Cuizot, Ville- main et Cousin. Mais la ressemblance ext\u00e9rieure s\u2019arr\u00eate l\u00e0 Les illustres devanciers d\u2019Ozanam ne donnaient leurs le\u00e7ons au public qu\u2019apr\u00e8s les avoir revues et retouch\u00e9es avec un soin scrupuleux. Ce travail de r\u00e9vision, Ozanam n\u2019a pu le faire que pour les cinq premi\u00e8res le\u00e7ons. Toutes les autres, recueillies par un st\u00e9nographe intelli\u00adgent, ont paru dans la forme primitive et souvent un peu hasard\u00e9e que donne l\u2019improvisation. Les nombreux et savants amis d\u2019Ozanam n\u2019ont pas manqu\u00e9 de les revoir au point de vue de l\u2019exactitude des citations et des faits. Ils se sont bien gard\u00e9s de toucher au texte, et tout au plus, comme l\u2019a dit M. Amp\u00e8re, ont-ils adouci \u00e7\u00e0 et l\u00e0 quelques asp\u00e9rit\u00e9s, d\u2019une main respectueuse et discr\u00e8te. Ce sont donc, en r\u00e9alit\u00e9, pour la plupart, des le\u00e7ons improvis\u00e9es que nous avons sous les yeux, mais improvis\u00e9es, selon les saines habitudes d\u2019Ozanam, apr\u00e8s de longues \u00e9tudes et de profondes m\u00e9ditations. Si le style se laisse de temps \u00e0 autre surprendre en quelque r\u00e9p\u00e9tition ou n\u00e9gligence, le fonds n\u2019en est pas moins tr\u00e8s substantiel et fortement pr\u00e9par\u00e9.<\/p>\n<p>Ozanam nous montre, dans cette s\u00e9rie de le\u00e7ons, le christianisme moralisant le monde romain, et assurant ainsi l\u2019avenir au moment o\u00f9 l\u2019on croit que tout va s\u2019\u00e9crou\u00adler. Rien ne p\u00e9rira que ce qui devait l\u00e9gitimement p\u00e9rir; tout ce qui m\u00e9ritait de vivre va survivre au grand nau\u00adfrage, et, recueilli par l\u2019\u00c9glise, va f\u00e9conder la barbarie. C\u2019est la m\u00eame erreur, inspir\u00e9e par des causes contraires, de supposer, avec quelques historiens aveugl\u00e9s par le pr\u00e9jug\u00e9, que toute la soci\u00e9t\u00e9 antique a \u00e9t\u00e9 saccag\u00e9e, an\u00e9antie par le christianisme brutalement victorieux, ou de croire, comme certains fid\u00e8les trop peu \u00e9clair\u00e9s, que tout \u00e9tait \u00e0 d\u00e9truire dans le pass\u00e9 et que la foi a fond\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement renouvel\u00e9e, sans lien avec la civilisation qu\u2019elle venait remplacer. Ozanam marque \u00e0 plusieurs reprises, et avec beacoup de force, que le chris\u00adtianisme n\u2019a point fait l\u2019humanit\u00e9, mais qu\u2019il l\u2019a refaite; qu\u2019il ne cr\u00e9e pas, qu\u2019il transforme. Avant lui l\u2019homme existe, mais sous la loi de la chair; la famille, mais sous la loi du plus fort; la cit\u00e9, mais sous la loi de l\u2019int\u00e9r\u00eat. Le christianisme r\u00e9forme l&rsquo;homme par la renaissance de l\u2019esprit; la famille, par le droit des faibles; la cit\u00e9, par la conscience publique. Il trouve dans les soci\u00e9t\u00e9s antiques des temples, des sacrifices, des pr\u00eatres; il ne les abolit pas, il les purifie; le christianisme n\u2019a rien aboli, il a tout r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9. Tel est le point de vue \u00e9lev\u00e9 o\u00f9 se place l\u2019historien de la civilisation nouvelle, et d\u2019o\u00f9 il juge, avec une rare sagacit\u00e9, le grand travail qui transforme le monde antique et fonde la home nouvelle sur les assises du Capitole.<\/p>\n<p>Il faut suivre Ozanam dans toutes les parties de ce bril\u00adlant tableau o\u00f9 la vivacit\u00e9 du coloris ne fait que mettre plus en relief la puret\u00e9 du dessin. On ne recommence ,pas un tableau. Il nous suffira d\u2019indiquer quelques cha\u00adpitres et de nous attacher plus sp\u00e9cialement \u00e0 l\u2019un d\u2019eux, qui nous sera une occasion naturelle de faire appr\u00e9cier, par le d\u00e9tail, la mani\u00e8re propre \u00e0 l\u2019auteur. Qu\u2019on lise ces curieux chapitres : Comment p\u00e9rit le christianisme, et s&rsquo;il p\u00e9rit tout entier ? \u2014 Comment les lettres entr\u00e8rent dans le christianisme? \u2014 Comment la langue latine devint chr\u00e9tienne? \u2014 L&rsquo;art chr\u00e9tien. \u2014La civilisation mat\u00e9rielle de l&#8217;empire. On conviendra, apr\u00e8s les avoir lus, qu\u2019il est impossible d\u2019allier une science de meilleur aloi \u00e0 un art plus habile de mise en \u0153uvre. Nous d\u00e9tachons de cette brillante s\u00e9rie de le\u00e7ons, une entre autres, particuli\u00e8re\u00adment propre \u00e0 caract\u00e9riser le talent d\u2019Ozaiiarn, qui ne se s\u00e9pare jamais des inspirations du c\u0153ur; je veux parler de la le\u00e7on sur les M\u0153urs chr\u00e9tiennes. Nous r\u00e9sumons, ne pouvant tout citer; mais ce que nous retiendrons suffira pour faire voir quelle d\u00e9licatesse d\u2019analyse, quelle \u00e9motion p\u00e9n\u00e9trante, quelle dialectique vive et vari\u00e9e se m\u00ealent chez lui \u00e0 l\u2019histoire, pour i\u2019\u00e9lever au plus haut niveau de moralit\u00e9 o\u00f9 elle puisse atteindre. \u2014 \u00ab Dans le christianisme naissant, les institutions \u00e9taient fortes, mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des lois il y a les m\u0153urs. Une soci\u00e9t\u00e9 se tient encore moins assise sur ces bases larges, solides et appa\u00adrentes qu\u2019on appelle le droit que sur ces autres fonde\u00adments cach\u00e9s, profonds, plac\u00e9s, ce semble, hors de la port\u00e9e de la science, et qu\u2019on appelle les m\u0153urs, ltomo pa\u00efenne eut aussi des institutions puissantes; seulement, le progr\u00e8s des lois y fut en raison de la d\u00e9cadence des m\u0153urs. Il s&rsquo;agit de savoir si la soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne au cinqui\u00e8me si\u00e8cle pr\u00e9sentera le m\u00eame contraste, ou si le progr\u00e8s des m\u0153urs y accompagnera le progr\u00e8s des lois. Je m\u2019arr\u00eate \u00e0 deux points qui font la sup\u00e9riorit\u00e9 des m\u0153urs chr\u00e9tiennes : la dignit\u00e9 de l\u2019homme et le respect de la femme&#8230;. Le premier ressort, le ressort secret, profond, de la soci\u00e9t\u00e9 moderne, c\u2019est ce sentiment excellent qu\u2019on appelle l\u2019honneur, qui n\u2019est antre chose que l\u2019ind\u00e9pendance et l\u2019inviolabilit\u00e9 del\u00e0 conscience humaine; c\u2019est le sen\u00adtiment de la diguil\u00e8 de l\u2019homme, et nous ne devons pas m\u00e9conna\u00eetre combien l\u2019antiquit\u00e9, avec toutes ses vertus civiques, avait opprim\u00e9 cet instinct l\u00e9gitime de la dignit\u00e9 personnelle. En pr\u00e9sence de la patrie, le citoyen n\u2019est rien; en pr\u00e9sence de la loi, la conscience se tait; en pr\u00e9\u00adsence de l\u2019\u00c9tat, riioiume ne conna\u00eet pas de droit. Voil\u00e0 la loi g\u00e9n\u00e9rale; et en m\u00eame temps que l\u2019antiquit\u00e9 \u00e9crasait la dignit\u00e9 humaine par la majest\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, elle fl\u00e9trissait la personne dans trois sortes d\u2019hommes qui composaient la grande majorit\u00e9 du genre humain : les esclaves, les ouvriers et les pauvres. \u00bb<\/p>\n<p>Ici se d\u00e9veloppe un parall\u00e8le des plus anim\u00e9s entre la condition de ces parias de la soci\u00e9t\u00e9 antique sous la loi pa\u00efenne, et la situation nouvelle que le christianisme fait \u00e0 ces fr\u00e8res r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s. Ozanam nous montre abondam\u00adment comment la religion releva la personne en recon\u00adstruisant la conscience de l\u2019esclave, comment elle r\u00e9ha\u00adbilita, par l\u2019exemple du Christ et des ap\u00f4tres, le travail libre que l\u2019antiquit\u00e9 avait avili, comment enfin elle cr\u00e9a le respect de la pauvret\u00e9 et l\u2019assistance : \u00ab \u00c0 Rome, dit- il, l\u2019aum\u00f4ne n\u2019\u00e9tait un devoir pour personne, c\u2019\u00e9tait un droit pour tous. Le christianisme fit tout le contraire : dans l\u2019\u00e9conomie chr\u00e9tienne, l\u2019aum\u00f4ne n\u2019est un droit pour personne et est un devoir pour tout le inonde. Elle est un devoir sacr\u00e9, un pr\u00e9cepte et non pas simplement un conseil. Mais si le christianisme fait de l&rsquo;aum\u00f4ne un devoir envers le pauvre, c*est envers le pauvre anonyme, universel, envers ce pauvre fjui s&rsquo;appelle le Christ, qui est pauvre en la personne de tous les pauvres. Lui seulement est cr\u00e9ancier; lui seulement a un tribunal o\u00f9 il attend le mauvais riche. \u00bb Il y a dans tout ce morceau comme un souffle sup\u00e9rieur. Mais ou la raison \u00e9mue d\u2019Ozanam \u00e9clate dans toute sa noblesse, c\u2019est \u00e0 la derni\u00e8re page. Nous ne r\u00e9sistons pas au d\u00e9sir de la citer : \u00ab L\u2019antiquit\u00e9 nous a surpass\u00e9s eu \u00e9levant des monuments au plaisir; quand je vois nos villes de boue et de fange, nos maisons entass\u00e9es les unes sur les autres, et la condition dure et mis\u00e9rable faite \u00e0 ces populations emprisonn\u00e9es dans les murs d\u2019une cit\u00e9, je me dis que si les anciens revenaient, ils nous trouveraient barbares, et si nous leur montrions nos th\u00e9\u00e2tres, ces petites salles enfum\u00e9es ou nous nous pressons les mis contre les autres, ils se retireraient sans doute avec d\u00e9go\u00fbt. Eux, ils entendaient bien mieux l\u2019art de jouir; rien ne leur co\u00fbtait pour \u00e9lever leurs colis\u00e9es, leurs th\u00e9\u00e2tres, leurs cirques o\u00f9 venaient s\u2019asseoir les spectateurs par nombre de quatre-vingt mille; ils sa\u00advaient mieux l&rsquo;art de jouir, mais nous les \u00e9crasons par les monuments \u00e9lev\u00e9s \u00e0 la douleur et \u00e0 la faiblesse, par ces innombrables h\u00f4tels-Dieu que nos p\u00e8res ont b\u00e2tis en riionneurde la vieillesse et de la souffrance. Les anciens savaient jouir, mais nous avons une autre science ; ils savaient aussi quelquefois mourir, il faut l\u2019avouer, mais mourir, c\u2019est bien court&#8230;. Nous, nous savons ce qui fait la v\u00e9ritable dignit\u00e9 humaine, ce qui est long, ce qui dure autant que la vie, nous savons souffrir et travailler. \u00bb Ou nous nous trompons fort, ou la v\u00e9ritable \u00e9loquence a pass\u00e9 par les l\u00e8vres qui ont prononc\u00e9 ces paroles.<\/p>\n<p>Ce qui fait l\u2019autorit\u00e9 d\u2019Ozanam, dans ces \u00e9tudes o\u00f9 l\u2019histoire est une forme de l\u2019apolog\u00e9tique chr\u00e9tienne, c\u2019est la mod\u00e9ration. On le croirait entra\u00een\u00e9, sur la pente de sa doctrine, aux pr\u00e9jug\u00e9s qui courent dans une cer\u00adtaine \u00e9cole contre la litt\u00e9rature pa\u00efenne et en faveur du moyen \u00e2ge. Son esprit \u00e9clair\u00e9 et son ferme bon sens le prot\u00e9g\u00e8rent contre ces exc\u00e8s. Il s\u2019arr\u00eata toujours \u00e0 celte juste limite que d\u00e9passent, du premier bond, les esprits violents. Il suffit d\u2019ouvrir ses livres pour se convaincre de l\u2019admiration affectueuse que lui inspirent les grands \u00e9crivains de l\u2019antiquit\u00e9, ceux que l\u2019on appelle les classi\u00adques, et qui, en d\u00e9pit de leur nom, sont profond\u00e9ment ignor\u00e9s de la plupart de ceux qui les attaquent. Ce qu\u2019il craint, et ce qu\u2019il d\u00e9nonce avec \u00e9nergie, ce n\u2019est pas la forte \u00e9ducation litt\u00e9raire que tant de g\u00e9n\u00e9rations ont puis\u00e9e \u00e0 ces sources consacr\u00e9es, c\u2019est le r\u00e9veil de ces mauvais instincts que g\u00eane l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 du christianisme, et qui sont comme le paganisme imp\u00e9rissable de l\u2019hu\u00admanit\u00e9. Mais le r\u00e9veil de pareils instincts n&rsquo;est pas l\u2019effet de la lecture des classiques. Ne rendons pas Virgile et Cic\u00e9ron responsables des tendances de notre \u00e9poque. Rentrons en nous-m\u00eames, et voyons si ce n\u2019est pas au plus profond de notre conscience que nous trouverons la raison secr\u00e8te de nos imaginai ions perverties, de notre sensualit\u00e9 blas\u00e9e, de nos d\u00e9sirs surexcit\u00e9s, de nos vo\u00adlont\u00e9s vacillantes. Ce secret, apr\u00e8s tout, n\u2019est-ce pas le secret de la triste com\u00e9die qui se joue ici-bas, autour de nous, en nous? Est-ce autre chose que l\u2019ennui de toute r\u00e8gle et le d\u00e9cha\u00eenement de l\u2019\u00e9go\u00efsme? Ozanam savait cela, et il l\u2019aurait dit sans doute si l\u2019occasion s\u2019\u00f4tait pr\u00e9\u00adsent\u00e9e. Mais, du moins, c\u2019est bien la doctrine qui ressort de toutes ses conversations et de ses \u00e9crits, et nous som\u00admes parfaitement assur\u00e9 d\u2019\u00eatre, en ce point, son fid\u00e8le interpr\u00e8te. Il n\u2019\u00e9tait pas moins \u00e9loign\u00e9 d\u2019une autre th\u00e8se excessive, tr\u00e8s vivement d\u00e9velopp\u00e9e de nos jours et qui place au moyen Age l\u2019id\u00e9al de la f\u00e9licit\u00e9 humaine. Ozanam bl\u00e2me \u00e9nergiquement cette r\u00e9action indiscr\u00e8te en faveur d\u2019une \u00e9poque mal connue par ses admirateurs, et il en d\u00e9nonce les p\u00e9rils, dans l\u2019avant-propos de la Civilisation au cinqui\u00e8me si\u00e8cle, en des termes dont la mesure m\u00eame fait ressortir la force : \u00ab On finira par soulever de bons esprits contre une \u00e9poque dont on veut justifier les torts. Le christianisme para\u00eetra responsable de tous les d\u00e9sordres dans un Age o\u00f9 on le repr\u00e9sente ma\u00eetre de tous les c\u0153urs. Il faut savoir louer la majest\u00e9 des cath\u00e9drales et l\u2019h\u00e9ro\u00efsme des croisades, sans absoudre les horreurs d\u2019une guerre \u00e9ternelle, la dur\u00e9e des institutions f\u00e9odales, le scandale de ces rois toujours en lutte avec le Saint-Si\u00e8ge pour leurs divorces et leurs simonies. Il faut voir le mal, le voir tel qu\u2019il fut, c\u2019est-a-dire formidable, pr\u00e9cis\u00e9ment afin de mieux conna\u00eetre les services de l\u2019\u00c9glise, dont la gloire, dans ces si\u00e8cles mal \u00e9tudi\u00e9s, n\u2019est pas d\u2019avoir r\u00e9gne, mais d\u2019avoir combattu. J\u2019aborde mon sujet avec horreur pour la barbarie, avec respect pour tout ce qu\u2019il y avait de l\u00e9gitime dans l\u2019h\u00e9ritage de la civilisation an\u00adcienne. \u00bb Il est impossible de voir plus finement et plus juste. La pr\u00e9diction d\u2019Ozanam s\u2019est r\u00e9alis\u00e9e. La cause du moyen \u00e2ge a gravement compromis, dans beaucoup d\u2019in\u00adtelligences, celle du christianisme; et cela devait \u00eatre.<\/p>\n<p>A force d\u2019entendre r\u00e9p\u00e9ter que le moyen Age a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9po\u00adque privil\u00e9gi\u00e9e du christianisme, l&rsquo;opinion abus\u00e9e a iden\u00adtifi\u00e9 cette longue et t\u00e9n\u00e9breuse p\u00e9riode avec la religion qui \u00e9tait son id\u00e9al sans doute, mais aper\u00e7u de bien loin et lentement r\u00e9alis\u00e9 dans les institutions et dans la pra\u00adtique. On a confondu ce qui \u00e9tait la barbarie, je veux dire les m\u0153urs violentes, les supplices atroces, le go\u00fbt du sang, avec ce qui \u00e9tait la foi nouvelle, je veux dire le sentiment croissant de la justice et de la charit\u00e9, le res\u00adpect du droit et de la dignit\u00e9, les d\u00e9licatesses du sens moral, la civilisation s\u2019humanisant et la conscience hu\u00admaine s\u2019\u00e9purant. Comme il y a eu des apologistes impru\u00addents pour louer tout en masse, et revendiquer, en faveur de la religion, une d\u00e9testable solidarit\u00e9, il y a eu des d\u00e9trac\u00adteurs ignorants pour condamner tout en masse, et r\u00e9pudier, avec horreur, une religion qui prend si volontiers \u00e0 son compte un si lourd h\u00e9ritage. Les d\u00e9clamations en faveur du moyen Age ont amen\u00e9 logiquement les d\u00e9clamations contre le christianisme. De bons esprits, mais ignorants, \u2022 ont \u00e9t\u00e9 pris au pi\u00e8ge de cette confusion d\u00e9plorable. Allez au fond des pr\u00e9jug\u00e9s qui soul\u00e8vent tant de raisons irrit\u00e9es contre l&rsquo;\u00c9glise, vous trouverez beaucoup moins de haine contre la foi que d\u2019horreur pour les exc\u00e8s du moyen Age. Voltaire peut sourire; il s\u2019est trouv\u00e9 des chr\u00e9tiens pour faire son \u0153uvre.<\/p>\n<p>Les \u00c9tudes germaniques marquent, pour une nationa\u00adlit\u00e9, ce que M. Ozanam comptait faire pour les grandes nationalit\u00e9s modernes. Il y expose, en deux volumes con\u00adsid\u00e9rables par le soin et l\u2019\u00e9tendue des recherches, l&rsquo;\u00c9tat des Germains avant le christianisme et la Civilisation chr\u00e9tienne ches les Francs, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019histoire eccl\u00e9\u00adsiastique, politique et litt\u00e9raire des temps m\u00e9rovingiens et du r\u00e8gne de Charlomagnc. L\u2019\u00e9tude des peuples germains avant leur transformation religieuse, et l\u2019\u00e9tude de cette transformation, voil\u00e0 le double et grand objet que se propose l\u2019auteur et qu\u2019il a aussi compl\u00e8tement atteint que le comporte la science actuelle dans une mati\u00e8re si obscure et si vaste. Il a \u00e9t\u00e9 puissamment second\u00e9 par les travaux de l&rsquo;\u00e9rudition allemande; mais il a su garder son originalit\u00e9 au point qu\u2019il r\u00e9fute le plus souvent cette \u00e9rudition dans les tendances qu\u2019elle manifeste, tout en profitant des secours qu\u2019elle lui apporte; il avoue la dette contract\u00e9e envers ses adversaires, au moment m\u00eame o\u00f9 il les combat. Son \u0153uvre \u00e9tait impossible, il le sait, s\u2019il n\u2019avait trouv\u00e9 les fouilles ouvertes par ces hardis mineurs de Fbistoire, de l\u2019idiome et du droit allemands, les fr\u00e8res Grimni, Copp, Gans, Philipps, Klenze, Rask, Geijer, et tant d\u2019autres collaborateurs de l\u2019\u0153uvre patriotique des origines. Mais il sait aussi que l\u2019on ne descend pas \u00e0 ces profondeurs sans en rapporter une sorte de vertige. Les grands travaux ont une hallucination qui leur est propre. C\u2019est ainsi qu\u2019il s\u2019est form\u00e9, \u00e0 la suite de ces ma\u00eetres de la science, une \u00e9cole teutonique, vou\u00e9e \u00e0 l\u2019admiration la plus exclusive, et qui a fini par ne rien voir que de gi\u00adgantesque et de plus qu\u2019bumain dans les m\u0153urs de l\u2019an\u00adcienne Germanie. \u00ab On a vant\u00e9, dit Ozanam, la puret\u00e9 de la race allemande, quand, vierge comme ses forets, elle ne connaissait pas les vices de l\u2019Europe civilis\u00e9e. On n\u2019a plus tari sur la sup\u00e9riorit\u00e9 de son g\u00e9nie, sur la haute moralit\u00e9 de ses lois, sur la profondeur philosophique de ses religions, qui pouvaient la conduire aux plus hautes destin\u00e9es, si le christianisme et la civilisation latine n\u2019avaient d\u00e9truit ces esp\u00e9rances. Il n\u2019y a pas longtemps que Lassen, cet orientaliste consomm\u00e9, opposait, dans un \u00e9loquent parall\u00e8le, le paganisme lib\u00e9ral des Germains au Dieu \u00e9go\u00efste des H\u00e9breux ; et Gervinus, l\u2019historien de la po\u00e9sie allemande, ne peut se consoler de voir que la mansu\u00e9tude catholique lui a gAt\u00e9 ses belliqueux anc\u00eatres. \u00bb<\/p>\n<p>Ozanam d\u00e9truit ces illusions trop patriotiques; il ex\u00adcelle \u00e0 faire voir la barbarie se faisant jour violemment \u00e0 travers les institutions et les m\u0153urs. Pour cela, il pousse l\u2019\u00e9tude de l\u2019ancienne religion et des lois des Germains jusqu\u2019\u00e0 leurs origines. Arriv\u00e9 \u00e0 ces premi\u00e8res origines, il d\u00e9couvre des \u00e9l\u00e9ments inattendus, et comme un fonds de puissance, de moralit\u00e9 et de grandeur. Mais ce fonds n\u2019est pas exclusivement germanique. C\u2019est, nous assure- t-il, une doctrine religieuse qui se rattache, par d\u2019in\u00adcontestables analogies, aux plus fameuses religions de l\u2019antiquit\u00e9 ; ce sont des lois qui sauvent les principes de la propri\u00e9t\u00e9, de la famille, de la justice publique, et qui s\u2019accordent en plus d\u2019un point avec les lois de l\u2019Orient; des langues o\u00f9 se marquent tous les signes d\u2019une \u00e9troite parent\u00e9 avec le latin, le grec et le sanscrit; une po\u00e9sie enfin qui, sous des formes imparfaites, re\u00adproduit l\u2019inspiration, les proc\u00e9d\u00e9s et souvent jusqu\u2019aux fables de l\u2019\u00e9pop\u00e9e classique. Partout reparaissent les traces d\u2019une tradition commune aux peuples errants du Nord et aux soci\u00e9t\u00e9s polies du Midi, partout les restes d\u2019un ordre ancien aux prises avec l\u2019esprit de d\u00e9sordre et de destruction, partout un \u00e9tat de lutte qui est le propre de la barbarie. Nous sommes loin de cette Atlantide for\u00adtun\u00e9e que l\u2019\u00e9cole tcutonique a rencontr\u00e9e dans les for\u00eats de la vieille Germanie.<\/p>\n<p>On pressent la conclusion de ce travail pr\u00e9liminaire sur les origines. Cette conclusion est fondamentale aux yeux d\u2019Ozanam, et avec raison : \u00e0 cette profondeur o\u00f9 sa pens\u00e9e est descendue, l\u2019historien touche, si je l\u2019ose dire, au point de d\u00e9part de l\u2019humanit\u00e9; et si la d\u00e9monstration est bien faite, ce point de d\u00e9part, fortement saisi par l\u2019induction, devient visible, palpable. Si l\u2019induction est rigoureuse, c\u2019est un \u00e9l\u00e9ment de la v\u00e9rit\u00e9 religieuse re\u00adtrouv\u00e9e par la langue des faits. L&rsquo;histoire change de caract\u00e8re : ebe devient une forme saisissante de la th\u00e9o\u00adlogie. \u2014 Voici quelle est cette conclusion, habilement pr\u00e9par\u00e9e par trois cents pages de d\u00e9monstration et d\u2019ana\u00adlyse. L\u2019id\u00e9e principale qui domine ce long travail, c\u2019est l\u2019incontestable fraternit\u00e9 des nations germaniques avec les deux grands peuples du Nord, les Celtes et les Slaves, en m\u00eame temps qu\u2019avec les peuples polic\u00e9s du Midi; en d\u2019autres termes, c&rsquo;est l\u2019unit\u00e9 radicale des peuples indo- europ\u00e9ens, prouv\u00e9e par les migrations des races, par la comparaison des mythologies, par le rapprochement des lois, des langues, des religions, par un fonds subsistant de principes et de traditions. Quelque diff\u00e9rente que soit la destin\u00e9e de ces diff\u00e9rents peuples, ils donnent tous le spectacle de la m\u00f4me lutte. Il n\u2019en est pas de si barbare, s\u2019\u00e9crie l\u2019historien, ou l&rsquo;on ne voie un reste de civilisation qui se d\u00e9fend ; il n\u2019en est pas de si cultiv\u00e9 o\u00f9 l\u2019on ne touche au vif je ne sais quelle racine de barbarie que rien ne peut arracher. Au fond des soci\u00e9t\u00e9s, comme au fond de la conscience humaine, on retrouve la loi et la r\u00e9volte ; on retrouve la contradiction, le d\u00e9sordre, c\u2019est- \u00e0-dire ce que Dieu n\u2019v a pas mis. L\u2019histoire, comme la tradition, aboutit au myst\u00e8re de la d\u00e9ch\u00e9ance; nous arri\u00advons, par un chemin bien long, \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 bien vieille ; mais rien n\u2019est plus digne de la science que de donner des preuves nouvelles \u00e0 de vieilles v\u00e9rit\u00e9s. Tout le tra\u00advail des si\u00e8cles ne consiste qu\u2019\u00e0 r\u00e9parer cette d\u00e9\u00adch\u00e9ance, \u00e0 effacer cette contradiction, \u00e0 remettre l\u2019unit\u00e9, la paix dans l\u2019homme, dans les peuples, dans le genre humain.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que, sous forme de conclusion \u00e0 la premi\u00e8re partie de ses \u00c9tudes, Ozanam pose un des dogmes de sa philosophie de l\u2019histoire. Cette philosophie n\u2019est pas nou\u00advelle: c&rsquo;est celle de Bossuet et du <em>Discours sur l&rsquo;Histoire universelle<\/em>. \u2014 Je ne pr\u00e9tends pas prendre la responsa\u00adbilit\u00e9 de toutes les brillantes inductions par lesquelles tGranam pr\u00e9pare 1 \u00e9tablissement de ce domine : nous n\u2019avons fait qu\u2019une exposition, et sous l&rsquo;unique condition del\u00e0 plus scrupuleuse fid\u00e9lit\u00e9. Je ne pr\u00e9tends pas que la science des sources n&rsquo;ait rien \u00e0 contredire dans cette doctrine, du moins dans les preuves qui la fondent. Mais ce que les adversaires eux-m\u00e9mes nous accorderont sans peine, c&rsquo;est qu\u2019il est bien rare de rencontrer un si vigoureux esprit de s vu th\u00e8se joint \u00e0 uue si p\u00e9n\u00e9trante analyse: ce qu\u2019ils nous acconleront aussi, c&rsquo;est que l&rsquo;histoire s&rsquo;\u00e9le\u00advant \u00e0 cette hauteur d\u2019id\u00e9es devient un admirable svs- t\u00e8ine, et que si la vraisemblance d&rsquo;un svst\u00e8nie est dans la simplicit\u00e9 des principes et la f\u00e9condit\u00e9 des r\u00e9sultats, il n en est pas de plus vraisemblable que celui qui ex\u00adplique d\u2019une mani\u00e8re si naturelle et si f\u00e9conde \u00e0 la fois le travail des peuples et la destin\u00e9e des si\u00e8cles dans le drame de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Poursuivons l&rsquo;analyse des id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales qui sont la substance m\u00eame du livre et qui en font l\u2019incontestable originalit\u00e9.<\/p>\n<p>Les Germains sout l\u00e0. sur le seuil de l\u2019empire romain, croissant et multipliant dans l&rsquo;ombre, et se pr\u00e9parant &lsquo;vins le savoir \u00e0 prendre en main l&rsquo;avenir de Incident. Mais pour cela il faut qu\u2019ils cessent d&rsquo;\u00e9tre barbares, et ils le sont encore profond\u00e9ment, en d\u00e9pit de leurs na\u00effs admirateurs. Ils ont subi \u00e0 plusieurs reprises les armes de Rome et ils sont encore barbares. Comment cela est-il possible ? comment se fait-il que la civilisation de Rome ne les ait pas coaqu\u00ee&gt; \u00e0 jamais et n\u2019ait pas achev\u00e9 par les id\u00e9es l\u2019\u0153uvre des armes ? La mission \u00able Roiue o&rsquo;\u00e9Liit- elle pas de r\u00e9tablir l\u2019unit\u00e9 d\u00e9truite de la famille humaine? Tout semblait fait pour assurer cette destin\u00e9e La societ\u00e9 des C\u00e9sars \u00e9tait comme le r\u00e9sultat et comme l&rsquo;abr\u00e9g\u00e9 des civilisations antiques. Le g\u00e9nie de f\u00eeome s\u2019\u00e9tait form\u00e9 en profitant de tout ce qui l&rsquo;avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, des religions an\u00adtiques, ties lettres et des arts de la Gr\u00e8ce, et en y ajou\u00adtant ce qu\u2019il avait de propre, l&rsquo;id\u00e9e du juste, la passion du droit et la volont\u00e9 de le faire r\u00e9gner parmi les hommes. Rome ne paraissait avoir recueilli les traditions des peu\u00adples civilis\u00e9s que pour faire l\u2019\u00e9ducation de l\u2019humanit\u00e9. Ce sentiment de l\u2019universalit\u00e9 romaine \u00e9clate en quelques cris irr\u00e9cusables d&rsquo;\u00e9loquence et de sinc\u00e9rit\u00e9 chez les his\u00adtoriens. les philosophe^, les po\u00e8tes, chez Cic\u00e9ron et Vir\u00adgile, chez Plutarque et Florus, Tacite et S\u00e9n\u00e8que. Quelle est donc la cause secr\u00e8te qui suspendit l\u2019action du g\u00e9nie romain et tln\u00eet m\u00eame par lui ravir l&#8217;empire du monde? La voici : Rome pa\u00efenne pouvait pr\u00e9parer, elle n&rsquo;\u00e9tait pas en mesure d\u2019achever l&rsquo;\u00e9ducation de ces peuples. Ce qu&rsquo;elle ne fit jamais, ce quelle ne pouvait pas faire, c&rsquo;\u00e9tait la conqu\u00eate des eooxriences. et tant que cette derni\u00e8re con\u00adqu\u00eate n&rsquo;est pas faite, la trace peut \u00eatre profonde dans le sol. dans les institutions, dans les esprits, mais le fond de l ;ime r\u00e9sist\u00e9 et c&rsquo;est assez pour qu&rsquo;une nationalit\u00e9 tout enti\u00e8re \u00e9chappe au dominateur. FI ne faudrait pas croire pourtant que la mission des Romains en Germanie ait \u00e9t\u00e9 st\u00e9rile. Ozanam nous le d\u00eet dans un beau langage qui se souvient de Bossuet : \u00ab Quand la Providence prend \u00e0 son service des ouvriers comme les Romains, assur\u00e9\u00adment elle ne se propose rien de m\u00e9diocre. Quand elle permet qu\u2019un pays soit labour\u00e9 pendant plus de trois cents ans par les plus terribles guerres, c&rsquo;est qu&rsquo;elle se reserve de semer dans le sillon. Au moment ori Drusus jetait des ponts sur le Rhin et per\u00e7ait des routes \u00e2 tra\u00advers la for\u00eat Voire, il \u00e9tait temps de se h\u00e2ter, car dix ans apr\u00e8s devait na\u00eetre, dans une bourgade de la Jud\u00e9e, celui dont les disciples passeraient par ces chemins pour achever la d\u00e9faite de la barbarie. Les lois des empereurs, si savamment comment\u00e9es par les jurisconsultes, introdui\u00adsaient le r\u00e8gne de la justice, qui pr\u00e9parait celui de la charit\u00e9. La langue latine donnait aux esprits ces habi\u00adtudes de clart\u00e9, de pr\u00e9cision, de fermet\u00e9, aussi n\u00e9ces\u00adsaires au progr\u00e8s de la science qu\u2019au maintien de la foi. \u00bb Et ici se pr\u00e9sente une occasion toute naturelle, mais vive\u00adment saisie par Ozanam, de nous faire appr\u00e9cier, par l\u2019exemple de la civilisation romaine, la raison humaine dans ce qu\u2019elle a produit de plus grand, et de reconna\u00eetre, non pas qu&rsquo;elle ne peut rien, mais qu\u2019elle ne suffit pas.<\/p>\n<p>Ce que Rome pa\u00efenne Ile fit que pr\u00e9parer, Rome chr\u00e9\u00adtienne l\u2019accomplit. Cette inqui\u00e9tude del\u00e0 conscience hu\u00admaine que n&rsquo;avaient pas eue les l\u00e9gislateurs et les phi\u00adlosophes du paganisme, ce fut elle qui poursuivit sans rel\u00e2che les missionnaires chr\u00e9tiens et qui les poussa bien au del\u00e0 des fleuves o\u00f9 s&rsquo;\u00e9taient arr\u00eat\u00e9es les l\u00e9gions. Ils ne songeaient qu\u2019\u00e0 sauver les \u00e2mes; mais par elles ils sauv\u00e8rent tout le reste. Et dans un large tableau, dont nous Ile pouvons d\u00e9tacher que quelques traits, Ozanam exprime et r\u00e9sume avec une singuli\u00e8re vivacit\u00e9 tout le travail de la civilisation chr\u00e9tienne chez les Germains: \u00ab De toutes les fondations romaines, on n\u2019en voit point qui se fussent conserv\u00e9es, si le christianisme ne f\u00fbt venu les purifier et y mettre son signe. Les d\u00e9frichements commenc\u00e9s par les colons militaires \u00e9taient perdus sans les colonies monastiques qui en h\u00e9rit\u00e8rent et qui les pous\u00ads\u00e8rent plus loin. Les villes rest\u00e8rent debout, mais parce qu\u2019elles eurent des saints, comme saint Aignan, saint Loup, saint Severin, pour relever le courage des habi\u00adtants et fl\u00e9chir la col\u00e8re des barbares. Les institutions municipales ne p\u00e9rirent pas, mais parce que, au milieu de leur d\u00e9cadence, elles furent prot\u00e9g\u00e9es par un pou\u00advoir nouveau, celui de l\u2019\u00e9v\u00eaque devenu d\u00e9fenseur de la cit\u00e9. La monarchie imp\u00e9riale recommen\u00e7a avec Charle- magne ; mais les peuples qui avaient droit de se d\u00e9fier d\u2019un pouvoir si dangereux, voulurent que cette monarchie r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e s&rsquo;appel\u00e2t le Saint-Empire; ils voulurent que l\u2019empereur, au jour de son couronnement, f\u00fbt ordonn\u00e9 diacre, c\u2019est-\u00e0-dire serviteur des pauvres. On est moins surpris de l&rsquo;autorit\u00e9 des lois romaines au moyen \u00e2ge, quand 0Il les trouve d\u00e9clar\u00e9es saintes et v\u00e9n\u00e9rables par les ca\u00adnons de l\u2019\u00c9glise. Enfin, pendantqueles lettres s\u2019\u00e9teignaient \u00e0 l\u2019ombre des \u00e9coles d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9es, l\u2019\u00e9loquence se r\u00e9fugiait dans la chaire \u00e9vang\u00e9lique, o\u00f9 elle retrouvait les grands int\u00e9r\u00eats et les grands auditoires qui l\u2019inspirent. La po\u00e9\u00adsie, cet art religieux et populaire, revivait dans les hymnes sacr\u00e9es et dans les l\u00e9gendes. Ne d\u00e9daignons pas m\u00eame ce latin d\u2019\u00c9glise dont on ne remarque pas assez la na\u00efvet\u00e9 et la gr\u00e2ce : ce fut pendant plusieurs si\u00e8cles le seul langage possible de l\u2019enseignement et des affaires, \u2014 L\u2019histoire n\u2019a peut-\u00eatre pas de plus beau moment que celui o\u00f9 le christianisme intervient de la sorte entre le monde civilis\u00e9 et la barbarie, afin d\u2019achever un rappro\u00adchement pr\u00e9par\u00e9 de loin, mais arr\u00eat\u00e9 par des ressenti\u00adments terribles. L\u2019\u00c9glise, dont la mission est de r\u00e9con\u00adcilier les ennemis, conclut cette pacification, elle en dicta les termes; elle resta gardienne du pacte sur la foi duquel la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne se constitua.<\/p>\n<p>Telle est l\u2019esquisse, trac\u00e9e par Ozanam lui-m\u00eame, des id\u00e9es dont le second volume des \u00c9tudes germaniques nous pr\u00e9sentera le d\u00e9veloppement. C\u2019est faire le plus grand \u00e9loge de ce volume que de dire que le plan a \u00e9t\u00e9 rempli. Lue s\u00e9rie de chapitres substantiels, fortement con\u00e7us et profond\u00e9ment \u00e9tudi\u00e9s aux sources, nous mon\u00adtre la Germanie sous les Romains, le christianisme p\u00e9n\u00e9\u00adtrant avec les arm\u00e9es romaines, les \u00e9glises conqu\u00e9rantes se formant sur les confins de la barbarie, le g\u00e9nie latin respirant dans ces s\u00e9nats d\u2019\u00e9veques qui constituent l\u2019unit\u00e9 de croyance et de discipline; le christianisme de\u00advant les invasions, les esp\u00e9rances cl les dangers de la foi nouvelle en pr\u00e9sence des barbares, les pressentiments de Salvien et de Paul Orose qui prennent hardiment le parti de ces peuples nouveaux contre tous les souvenirs et toutes les traditions de la majest\u00e9 romaine, la grande et singuli\u00e8re figure de l&rsquo;\u00e9v\u00e8que Ulphilas, l\u2019h\u00e9r\u00e9sie tra\u00advaillant d\u00e9j\u00e0 ces convertis de la veille. L\u2019auteur nous arr\u00eate tout sp\u00e9cialement sur ces trois grands \u00e9v\u00e9nements qui d\u00e9cident la victoire supr\u00eame du christianisme, la conversion des Francs, la pr\u00e9dication des Irlandais, la conversion des Anglo-Saxons. Le r\u00f4le providentiel des Francs est marqu\u00e9 \u00e0 grands traits : Ils entrent au service du christianisme, succ\u00e8dent aux Romains et arr\u00eatent le Ilot des invasions. Continuateur des Romains et repr\u00e9\u00adsentant de la Germanie chr\u00e9tienne, Charlemagne nous est montr\u00e9 dans toute la s\u00e9v\u00e8re grandeur de sa mission, suscit\u00e9 pour briser la conf\u00e9d\u00e9ration saxonne, c\u2019est-\u00e0-dire la Germanie d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 rester barbare, pour fonder la li\u00adbert\u00e9 politique de l\u2019\u00c9glise en renouvelant avec plus d\u2019\u00e9clat et de force la domination de P\u00e9pin, pour affermir la chr\u00e9tient\u00e9 au dedans et l\u2019\u00e9lcndre au dehors, organisateur et conqu\u00e9rant, l\u00e9gislateur aussi bien que h\u00e9ros. Apr\u00e8s l\u2019histoire pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 grands traits vient l\u2019int\u00e9ressant ta\u00adbleau des institutions et des doctrines. Comment des races barbares, travaill\u00e9es par l\u2019\u00c9vangile, une civilisa\u00adtion sortit, et avec elle tout un empire, voil\u00e0 ce que l\u2019on nous montre dans les \u00e9tudes qui compl\u00e8tent si fortement ce livre : Y \u00c9glise, Y\u00calat, les \u00c9coles. Il n&rsquo;y a plus de bar\u00adbares apr\u00e8s Charlemagne. Le monde moderne est fond\u00e9.<\/p>\n<p>Je ne sais si j\u2019ai pu faire comprendre l\u2019int\u00e9r\u00eat de cet immense travail. Ce que je sais bien, c\u2019est qu\u2019en fermant le second volume des \u00c9tudes germaniques, on ressent une sorte de v\u00e9n\u00e9ration pour la probit\u00e9 courageuse de l\u2019auteur, qui n&rsquo;a recul\u00e9 devant aucune recherche pour donner \u00e0 ses conclusions un fondement solide. On \u00ebst \u00e9tonn\u00e9 de trouver tant d\u2019\u00e9loquence jointe \u00e0 une science si profonde. Cette r\u00e9union de deux qualit\u00e9s tr\u00e8s diff\u00e9rentes, sinon contraires, est un caract\u00e8re dominant chez Oza- uam, professeur ou \u00e9crivain. Il sait, \u00e0 force de vari\u00e9t\u00e9, de mouvement et d\u2019\u00e9clat, r\u00e9pandre de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat sur les plus aust\u00e8res documents. Il passionne l&rsquo;\u00e9rudition. D&rsquo;ailleurs, il Ile laisse jamais perdre de vue le but o\u00f9 il aspire, et ce but est toujours si grand, si \u00e9lev\u00e9, qu\u2019on est lier de le poursuivre avec lui. Son but, partout indiqu\u00e9, partout pressenti, n&rsquo;est pas moins que de montrer, \u00e0 la pleine lumi\u00e8re de l&rsquo;histoire, les tr\u00e9sors de civilisation politique, religieuse, litt\u00e9raire et sociale que contient en soi le christianisme. C\u2019est, si je puis dire, la d\u00e9monstration du christianisme par ses rapports avec la civilisation.<\/p>\n<p>Dans toutes les grandes parties de l\u2019histoire, Ozanam apporte une gravit\u00e9 de ton et de style, une force et une ampleur d\u2019argumentation qui lui assurent sa place parmi les \u00e9crivains \u00e9minents de notre temps ; mais il faut le voir \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les l\u00e9gendes, celle po\u00e9sie des igno\u00adrants et des petits. Personne, de nos jours, n&rsquo;a su prendre avec une si heureuse justesse le ton naturel de la na\u00efvet\u00e9 \u00e9mue. Il s\u2019\u00e9meut, eu effet, il s\u2019enchante de son propre r\u00e9cit. Il est tout p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 du sentiment qui fait les l\u00e9gen\u00addes ; il est tout peuple d\u2019imagination et de c\u0153ur. Il croit avec sa sensibilit\u00e9 charm\u00e9e, m\u00eame quand sa raison sou\u00adrit, et celle foi, qui est une gr\u00e2ce, donne en m\u00eame temps une forme exquise \u00e0 son talent. Je Ile peux que recom\u00admander en passant les d\u00e9licieuses l\u00e9gendes entrem\u00eal\u00e9es au r\u00e9cit de la vie laborieuse de saint Colomban et de saint tionifacedans les \u00c9tudes germaniques. C&rsquo;est comme un nid babillard, na\u00efvement suspendu aux arceaux d\u2019une \u00e9glise.<\/p>\n<p>Mais ou ce sens d\u00e9licat de la po\u00e9sie populaire s&rsquo;est donn\u00e9 libre carri\u00e8re, c\u2019est dans un livre publi\u00e9 en 18 48, au retour d\u2019un voyage en Italie, sur les Po\u00eales francis\u00adcains au treizi\u00e8me si\u00e8cle. Ozanam nous marque, dans sa pr\u00e9face, qu&rsquo;une pens\u00e9e commune anime pour lui ces vi\u00advantes images du pass\u00e9, les basiliques italiennes, conser\u00adv\u00e9es dans leur caract\u00e8re par la v\u00e9n\u00e9ration des peuples, et ces religieux qui les desservent, aussi pauvres qu\u2019il y a cinq cents ans. \u00ab En consid\u00e9rant de pr\u00e8s le moyen \u00e2ge italien, dit-il, j\u2019y croyais reconna\u00eetre, plus visible qu\u2019ailleurs, le lien qui unit la foi et le g\u00e9nie, et par quelles inspirations les saints suscit\u00e8rent les grands ar\u00adtistes. Je voyais le saint le plus populaire de cette \u00e9poque, saint Fran\u00e7ois, en devenir aussi l\u2019inspirateur, composer lui-ni\u00e8me des cantiques admirables et laisser apr\u00e8s lui toute une \u00e9cole de po\u00e8tes, d\u2019architectes, de peintres, qui se form\u00e8rent au tombeau d\u2019Assise pour se r\u00e9pandre jus\u00adqu\u2019aux Alpes et jusqu\u2019\u00e0 la baie de Naples. J\u2019ai donc voulu raconter les commencements de la po\u00e9sie religieuse chez les franciscains italiens, en rattachant \u00e0 ce sujet mes souvenirs et mes inspirations avec la complaisance qu\u2019on pardonne aux voyageurs pour les lieux qui les ont charm\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019inspiration de l\u2019artiste, du chr\u00e9tien et du voya\u00adgeur qui a produit cet aimable ouvrage, o\u00f9 la po\u00e9sie se m\u00eale \u00e0 la science, comme le liseron au bl\u00e9 mur. Nous ne ferons que marquer la place que ce livre occupe dans les \u0152uvres compl\u00e8tes d\u2019Ozanam. Tout ce qui pouvait en \u00eatre dit, M. de la Yillemarqu\u00e9 l\u2019a dit avec l&rsquo;accent des vraies douleurs et des vraies amiti\u00e9s, ^appelons seulement la gracieuse couronne qu\u2019une main, bien ch\u00e8re \u00e0 l&rsquo;auteur, a tress\u00e9e avec les petites Fleurs de saint Fran\u00e7ois, et dont elle a orn\u00e9 le monument. I)e tous ses ouvrages, celui-ci \u00e9tait devenu le plus cher au c\u0153ur d\u2019Ozauam. Un saint et pur amour avait pass\u00e9 par l\u00e0; il y a laiss\u00e9 son charme avec son parfum.<\/p>\n<p>Nous ne parlerons aussi que pour m\u00e9moire des deux autres ouvrages; l\u2019un est le premier qui ait fait conna\u00eetre le nom d\u2019Ozanam; c\u2019est Dante et la philosophie catho\u00adlique au treizi\u00e8me si\u00e8cle ; l\u2019autre est l\u2019ouvrage qui a jet\u00e9 un dernier reflet sur son nom, le P\u00e8lerinage au pays du Cid. Mais d\u00e9j\u00e0, quand ce livre parut, l\u2019infatigable travail\u00adleur s\u2019\u00e9tait endormi sur sa gerbe de beaux livres et de bonnes \u0153uvres, et, pour la premi\u00e8re fois, il go\u00fbtait le repos. Par une ironie de la providence capricieuse qui r\u00e8gle le destin des livres, ce fut cet opuscule qui, de tous les \u00e9crits d\u2019Ozanam, fit le plus de bruit dans la presse. Ce n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019une gloire posthume. \u2014 Nous ne pouvons que mentionner l\u2019ouvrage sur Dante, o\u00f9 M. Ozar.am s\u2019est montr\u00e9 un des promoteurs les plus actifs de cette r\u00e9volution litt\u00e9raire en l\u2019honneur du po\u00e8te flo\u00adrentin, dont nous parlait tout r\u00e9cemment, dans quel\u00adques pages fortement con\u00e7ues, un des \u00e9l\u00e8ves les plus distingu\u00e9s d&rsquo;Ozanam ; c\u2019est assez dire un autre fid\u00e8le de Dante. Nous aurions aussi aim\u00e9 \u00e0 nous arr\u00eater qifblque temps sur le P\u00e8lerinage au pays du Cid et \u00e0 faire voir le talent d&rsquo;Ozanam sous une face toute nou\u00advelle, l\u2019esprit aimable et enjou\u00e9. Mais la fleur du sujet a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e. Ces deux \u0153uvres sont parfaitement con\u00adnues de nos lecteurs. Ce qui a \u00e9t\u00e9 bien fait ne se recom\u00admence pas.<\/p>\n<p>Ces principaux ouvrages d\u2019Ozanam, tous reli\u00e9s entre eux par la communaut\u00e9 du sujet et du but, sont suivis de deux volumes de m\u00e9langes, pieusement recueillis par les \u00e9diteurs. Les fragments qui les composent sont d\u2019une valeur bien in\u00e9gale. Et, \u00e0 cet \u00e9gard, nous dirons notre pens\u00e9e enti\u00e8re ; nous regrettons que ces deux volumes ne soient pas diminu\u00e9s de moiti\u00e9. Il y a l\u00e0 d\u2019excellentes pages qu\u2019\u00e0 tout prix il fallait conserver; il y en a d\u2019autres qui font bonne figure dans l\u2019\u0153uvre compl\u00e8te d&rsquo;Ozanam, sans se recommander par un m\u00e9rite particulier; il y en a un assez bon nombre dont la perte n\u2019eut \u00e9t\u00e9 sentie par personne, et qui auraient disparu sans aucun d\u00e9triment pour la r\u00e9putation de l\u2019\u00e9crivain. Je range dans cette troisi\u00e8me cat\u00e9gorie les Notes d&rsquo;un cours de droit com\u00admercial, qui sont, je n\u2019en doute pas, les \u00e9l\u00e9ments d\u2019un excellent cours, mais qui n\u2019offrent plus qu&rsquo;un bien faible int\u00e9r\u00eat, m\u00eame \u00e0 ceux qui ont le courage d\u2019aborder ces programmes, d\u2019pu la vie s\u2019est retir\u00e9e avec la parole ; des \u0153uvres qui sont trop sensiblement des \u0153uvres de cir\u00adconstance, comme une Notice sur l&rsquo;\u0153uvre de la propaga\u00adtion de la foi, et deux Discours aux conf\u00e9rences de Saint- Vincent de Paul, \u00e0 Florence et \u00e0 Livourne; enfin quelques \u00e9crits o\u00f9 se r\u00e9v\u00e8le l\u2019extr\u00eame jeunesse de l\u2019auteur par un je ne sais quoi d\u2019ind\u00e9cis dans l\u2019\u00e9rudition et de d\u00e9clama\u00adtoire dans le style, comme les R\u00e9flexions sur la doctrine de Saint-Simon et les Deux chanceliers d&rsquo;Angleterre. Nous demandons mille fois pardon de notre franchise aux savants amis de M. Ozanam, qui, sans se faire illu\u00adsion sur la valeur de ces \u0153uvres, ont cru cependant que c\u2019\u00e9tait pour eux un devoir presque religieux de restituer l\u2019\u00e9crivain dans son int\u00e9grit\u00e9. J&rsquo;honore l\u2019intention, mais je suis convaincu que c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 une plus grande pi\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00eatre plus s\u00e9v\u00e8re dans le choix des m\u00e9langes. Qui doute que quelques-unes de ces pages soient autre chose que de simples essais et presque des amplifications d\u2019un bril\u00adlant \u00e9colier? N\u2019est-ce pas donner beau jeu aux adver\u00adsaires, si le talent \u00e9lev\u00e9 et sympathique d\u2019Ozanam doit en rencontrer? Les amis d\u2019un \u00e9crivain doivent faire, il me semble, comme l\u2019\u00e9crivain ferait lui-m\u00eame s&rsquo;il publiait ses \u0153uvres. Que de pages on laisserait derri\u00e8re soi et qui tomberaient justement dans l\u2019oubli ! Ce sont des pr\u00e9ludes, si l\u2019on veut, ce ne sont pas des \u0153uvres. Rien de tout cela ne doit survivre \u00e0 la circonstance.<\/p>\n<p>Ce qui m\u00e9ritait de vivre et ce qui vivra, c\u2019est une sa\u00advante et judicieuse notice sur M. Fauriel et son enseigne\u00adment; ce sont d&rsquo;excellentes \u00e9tudes sur la litt\u00e9rature alle\u00admande au moyen \u00e2ge, sur les Niebelungen et la po\u00e9sie \u00e9pique; c\u2019est un discours sur la puissance du travail, prononc\u00e9 \u00e0 une distribution de prix du coll\u00e8ge Stanislas, et qui, par la moralit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e du sujet, aussi bien que par l\u2019\u00e9motion de l\u2019orateur, devint un des plus grands succ\u00e8s oratoires auxquels nous ayons assist\u00e9. Je ne parle pas du P\u00e8lerinage au pays du Cid qui figure parmi les m\u00e9langes et qui a l\u2019importance d\u2019un ouvrage \u00e0 part. Mais je citerai encore deux morceaux distingu\u00e9s sur le Progr\u00e8s par le Christianisme et les devoirs litt\u00e9raires des Chr\u00e9tiens. Je citerai surtout les extraits de Y\u00c8re nouvelle, tout parti\u00adculi\u00e8rement l\u2019article profond et touchant sur le divorce, et l\u2019\u00e9tude anim\u00e9e des origines du socialisme. Ce sont l\u00e0 sans doute des \u0153uvres de circonstance. Distinguons pourtant. L\u2019occasion seule de ces articles \u00e9tait chose de circon\u00adstance. Le fonds appartient \u00e0 la plus haute morale et \u00e0 la science la plus s\u00e9rieuse. Ce serait le cas de dessiner ici l\u2019attitude noble et ind\u00e9pendante d\u2019Ozanam comme journa\u00adliste. Il le fut quelque temps, pendant une p\u00e9riode de quelques mois, tant que dura Y\u00c8re nouvelle, et il apporta, on peut le croire, dans ce m\u00e9tier nouveau pour lui, ces deux choses si rares dans la presse quotidienne, la mod\u00e9\u00adration daus la discussion et le courage du bon sens. Mais \u00e0 quoi bon insister sur ce c\u00f4t\u00e9 tout exceptionnel de la vie d&rsquo;Ozanam ? Les \u00e9v\u00e9nements sont si loin de nous ! Du moins il restera, du rapide passage d\u2019Ozanam dans le journalisme, quelques excellents mod\u00e8les de pol\u00e9mique vive, press\u00e9e, mod\u00e9r\u00e9e pourtant, et le souvenir d\u2019un caract\u00e8re qui savait \u00eatre aimable sans faire aucun sacrifice de conscience.<\/p>\n<p>Nous croyons avoir donn\u00e9 une id\u00e9e exacte des \u0153uvres d\u2019Ozanam. On a vu que ce que nous recherchions par\u00addessus tout, dans cette exposition, c\u2019est la fid\u00e9lit\u00e9. Nous n\u2019avons pas cru qu\u2019il f\u00fbt int\u00e9ressant, pour le public, de marquer longuement dans quelle mesure nous donnons notre adh\u00e9sion \u00e0 la doctrine historique et philosophique d\u2019Ozanam. Il valait mieux, du moins nous l\u2019avons pens\u00e9, mettre cette doctrine dans tout son jour. Il nous semble que c\u2019est l\u00e0 un des premiers devoirs de la critique, et c\u2019est assur\u00e9ment celui qu\u2019elle n\u00e9glige davantage. Il est tout \u00e0 fait de mode aujourd\u2019hui de refaire de fond en comble les \u0153uvres dont on rend compte. Au lieu de les analyser, on les recommence. On rectifie, avec une science de fra\u00eeche date, les conclusions pr\u00e9par\u00e9es par des ann\u00e9es de travail. On d\u00e9truit, en un tour demain, le plan du livre, ce plan si souvent remani\u00e9. On indique, avec un aplomb superbe, les sources nouvelles qu\u2019il fallait consulter et qui ont \u00e9t\u00e9 le plus souvent \u00e9puis\u00e9es par le pauvre auteur. Chaque critique se hausse, non pas \u00e0 la taille de l\u2019\u00e9crivain, mais \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur, d\u2019o\u00f9 il juge sans appel des \u0153uvres dont il n\u2019aurait pu ni con\u00adcevoir l\u2019id\u00e9e ni \u00e9crire une page. Il est bon peut-\u00eatre, de temps \u00e0 autre, de donner l\u2019exemple d\u2019une exposition sinc\u00e8re et consciencieuse d\u2019\u0153uvre ou de doctrine. Que les critiques inventeurs se rassurent ! L\u2019exemple ne sera pas suivi; la peine serait trop grande. Il faudrait tout d\u2019abord \u00e9tudier les \u0153uvres dont on parle. Et combien y a-t-il de critiques qui accepteraient cette condition?<\/p>\n<p>Nous avons montr\u00e9 dans Ozanam la doctrine et le puis\u00adsant encha\u00eenement des id\u00e9es. Il nous reste \u00e0 dire un mot de l\u2019\u00e9crivain, qui a son caract\u00e8re aussi. On sait qu\u2019il y a deux familles \u00e9ternelles d\u2019auteurs qui se perp\u00e9tuent de\u00adpuis qu\u2019il y a des litt\u00e9ratures. Ce sont les esprits fins et les esprits oratoires. Non pas que je veuille dire, Dieu m\u2019en garde! que les esprits Fins manquent d\u2019\u00e9loquence ou les esprits oratoires de finesse. Mille noms, pr\u00e9sents \u00e0 toutes les m\u00e9moires, viendraient \u00e0 l\u2019instant m\u00eame me contre\u00addire. J\u2019indique seulement le trait dominant des uns et des autres, et dans cette limite ma pens\u00e9e ne peut pas rencontrer d\u2019opposition. Les uns ont le tour libre et d\u00e9\u00adgag\u00e9, la pens\u00e9e alerte, le raisonnement vif et subtil. Il y a telle de leurs phrases qui est comme un spirituel sourire de l\u2019\u00e9crivain, llsprennent de chaque id\u00e9e l\u2019es\u00adsence, se gardant bien de l\u2019\u00e9puiser jamais. Ils ont de ces demi-mots qui en disent plus que de longues p\u00e9riodes ; ils proc\u00e8dent volontiers par allusions, par r\u00e9ticences, par sous-entendus, aiguisant l\u2019esprit du lecteur, l\u2019animant \u00e0 leur suite, le mettant en go\u00fbt des choses plus qu\u2019ils ne le satisfont. La forme de ces vives intelligences est tout naturellement la forme incisive, coup\u00e9e, brusque, \u00e9ga\u00adlant par l\u2019agilit\u00e9 du mot la promptitude du trait. Le nom de Voltaire est au bout de ma plume. \u2014 Les autres sont n\u00e9s avec le temp\u00e9rament oratoire. Ils portent en toute chose la pl\u00e9nitude de la pens\u00e9e, du mot et de la phrase. Ils ne courent pas d\u2019un bond si agile \u00e0 la surface des choses. Ils s\u2019y arr\u00eatent plus volontiers, insistant sur la preuve et la pr\u00e9sentant sous les formes les plus riches et les plus vari\u00e9es. Ils ne manquent pas de mouvement, mais le mouvement de leur parole ou de leur style vient plut\u00f4t de la passion qu\u2019ils mettent aux choses que de cette mobilit\u00e9 qui court \u00e0 travers les id\u00e9es. Ils ont l\u2019abon\u00addance, ils ont l\u2019\u00e9clat. Ils ont l\u2019image hardie et neuve, la chaleur, la verve de la parole int\u00e9rieure; car ils parlent toujours, m\u00eame quand ils \u00e9crivent. Ils sont encore ora\u00adteurs la plume \u00e0 la main. Cic\u00e9ron est le vieux et aimable type de ce genre d\u2019esprits, si heureusement dou\u00e9s, \u00e0 qui rien ne manque, peut-\u00eatre, que la sobri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Ozanam est de cette noble race. Il a l\u2019ampleur de l\u2019argument oratoire, le mouvement harmonieux de la pens\u00e9e et de la passion, la force et l\u2019\u00e9clat de l\u2019imagina\u00adtion. Il a le trait abondant et brillant, pr\u00e9par\u00e9 souvent de loin et avec un rare bonheur. Peut-\u00eatre, parfois, d\u00e9si\u00adrerait-on que l\u2019\u00e9crivain concentr\u00e2t davantage ses forces et m\u00e9nage\u00e2t un peu plus l\u2019usage de ses dons brillants. Nous l\u2019avons dit ailleurs et nous le r\u00e9p\u00e9tons volontiers : C\u2019\u00e9tait un vrai prodigue. Son fonds \u00e9tait in\u00e9puisable. Il r\u00e9pandait \u00e0 pleines mains la source pr\u00e9cieuse dans ses discours et dans ses \u00e9crits.<\/p>\n<p>Nous arrivons au terme de cette longue \u00e9tude et nous voudrions \u00eatre assur\u00e9 que nous avons fait estimer \u00e0 sa juste valeur l\u2019homme et le philosophe chr\u00e9tien. Nous ne craignons pas d\u2019avancer qu\u2019il n\u2019y a pas beaucoup d\u2019\u00e9cri\u00advains de ce temps que la post\u00e9rit\u00e9 doive placer au-dessus de l\u2019auteur de la Civilisation chr\u00e9tienne au cinqui\u00e8me si\u00e8cle et des \u00c9ludes germaniques. Si cette id\u00e9e ne ressort pas des pages qui pr\u00e9c\u00e8dent, elles trahissent d\u00e9plorablement notre pens\u00e9e. En entreprenant ce travail, nous vou\u00adlions rendre \u00e0 la fois justice et hommage : justice \u00e0 des \u0153uvres \u00e9minentes, encore peu connues, hommage \u00e0 une aimable et ch\u00e8re m\u00e9moire.<em><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est line pieuse pens\u00e9e des amis d\u2019Ozanam d\u2019avoir consacr\u00e9 \u00e0 sa m\u00e9moire line \u00e9dition compl\u00e8te de ses \u0153uvres. \u2014 \u00c0 coup sur, si celle belle \u00e2me prend encore quelque int\u00e9r\u00eat au t\u00e9moignage des hommes, cette &#8230; <a href=\"https:\/\/vincentians.com\/fr\/frederic-ozanam-philosophie-et-philosophes\/\" class=\"more-link\">Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":104110,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[118],"tags":[],"class_list":["post-108196","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-formation-vincentienne"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Fr\u00e9d\u00e9ric Ozanam (Philosophie et philosophes) - Nous Sommes Vincentiens<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/vincentians.com\/fr\/frederic-ozanam-philosophie-et-philosophes\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Fr\u00e9d\u00e9ric Ozanam (Philosophie et philosophes) - Nous Sommes Vincentiens\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"C\u2019est line pieuse pens\u00e9e des amis d\u2019Ozanam d\u2019avoir consacr\u00e9 \u00e0 sa m\u00e9moire line \u00e9dition compl\u00e8te de ses \u0153uvres. \u2014 \u00c0 coup sur, si celle belle \u00e2me prend encore quelque int\u00e9r\u00eat au t\u00e9moignage des hommes, cette ... 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Baudrillart de l\u2019Oratoire Mon cher ami, Vous me demandez d\u2019\u00e9crire quelques lignes en t\u00eate de cette biographie d\u2019Ozanam que vous avez retrac\u00e9e avec autant de talent que d\u2019intelligente sympathie, et vous me le demandez \u00e0 l\u2019heure am\u00e8re o\u00f9, frapp\u00e9 dans tout ce \u00e0 quoi j\u2019ai donn\u00e9\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Fr\u00e9d\u00e9ric Ozanam&quot;","block_context":{"text":"Fr\u00e9d\u00e9ric Ozanam","link":"https:\/\/vincentians.com\/fr\/category\/the-vincentian-family\/founders\/frederic-ozanam\/"},"img":{"alt_text":"Ozanam01","src":"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/Ozanam01-254x300.jpg?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":107941,"url":"https:\/\/vincentians.com\/fr\/frederic-ozanam-lhomme-et-loeuvre-chapitre-6\/","url_meta":{"origin":108196,"position":5},"title":"Fr\u00e9d\u00e9ric Ozanam, l\u2019homme et l\u2019\u0153uvre (Chapitre 6)","author":"Francisco Javier Fern\u00e1ndez Chento","date":"14\/12\/2014","format":false,"excerpt":"Chapitre VI: Les \u0152uvres \u00ab Je ne connais pas d\u2019homme de c\u0153ur qui veuille mettre la main \u00e0 ce dur m\u00e9tier d\u2019\u00e9crire sans une conviction qui le domine... 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